Bresslau, /. c
Harald et Sigurd ; mais il n'est pas assuré qu'il en soit ainsi. Il est plus probable que l'histoire de l'ambassade à Constantinople circulait en Allemagne comme en France, et que Berthold la connaissait avant son pèlerinage et l'a appliquée à son héros pour égayer un peu son pieux récit. Cette annexion lui était naturellement suggérée par le fait que l'ambassade de Mangold avait pour but de demander en mariage la fille de l'empereur, si, comme je le crois, le poème primitif attribuait également l'aventure à des envoyés chargés de cette mission.
Dans Aimeri de Narbonne, le vieux poème, mieux conservé en certains points, a subi une déviation nouvelle. Le cadre est resté ce qu'il était : les héros du récit sont des messagers venant demander la main d'une princesse. Mais les noms sont changés; au lieu d'un roi de France (peutêtre Charlemagne), nous avons Aimeri de Narbonne; au lieu de l'empereur de Constantinople, le roi de Pavie. C'est là une modification sans importance, pareille à celle qu'a subie le Pèlerinage de Charlemagne dans une de ses versions, où le roi de Constantinople est devenu le roi de Portugal1. L'auteur d' Aimeri (qui est aussi celui de Girard de Vienne2) écrivait au commencement du xme siècle. Il ne connaissait sans doute qu'imparfaitement l'ancien poème, car s'il a conservé l'épisode des manteaux, oublié par Berthold et la saga norvégienne, il a laissé perdre celui des montures ferrées d'or, qui figurait certainement aussi dans la chanson primitive. D'ailleurs il est d'accord avec Wace et Berthold dans les points où ils diffèrent de la saga : il ne donne aucun rôle à la reine, il motive comme Wace l'interdiction de vendre du bois, il ne parle pas d'un repas offert par les étrangers au roi. Il a ajouté de son chef quelques traits qui ne se rencontrent pas ailleurs : il fait précéder l'interdiction de vendre du bois d'un premier essai du roi, consistant à surélever tous les prix, invention facile; aux noix il ajoute comme combustible des hanaps, ce qui, nous l'avons vu, ne devait pas se trouver dans l'ancien poème; il raconte que les ambassadeurs tinrent leur table ouverte à tous. Mais ce sont là des détails peu importants; dans l'ensemble, il se rapproche visiblement de Berthold et de Wace, tandis que les sagas présentent avec le groupe Berthold- Wace-yl imeri des différences notables.
Un trait curieux à signaler, dans ces deux dernières versions, est la façon dont elles entendent l'épisode des manteaux, qu'elles contiennent seules. Wace, évidemment, en est embarrassé. De son temps, il n'était plus compréhensible que des chevaliers admis chez un roi en fussent réduits à plier leurs manteaux sous eux pour s'asseoir. Aussi remarque-t-il
i. Voy. Rom. IX, 3. Dans la version galloise, il s'agit d'Arthur et du roi de Cornouaille (ib.t p. 2).