‹ Sur un épisode d'Aimeri de NarbonneChapitre 5 sur 12 · Cf. encore « Chronique ascendante », v · texte numérisé non relu

Cf. encore « Chronique ascendante », v

2. Les Chroniques de Normandie, p. p. Fr. Michel, Rouen, Frère, 1839; Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. p. Fr. Michel, Paris, 1840 (Société de l'Histoire de France).

3. Ms. fr. 5947, fol. 37 ve; fr. $949, fol. 64 v° ; fr. 8326, fol. 33 v° ; fr. 10468, fol. 33 r°.

4. Recueil, t. XI, p. 327. D. Bouquet suivait un manuscrit appartenant au marquis d'Averne, qui n'est aucun de ceux de la Bibl. nat., et qu'il attribue au XIIIe siècle; mais la langue est visiblement plus moderne.

$. Mauvaise traduction du v. 3070. L'écrivain du XIIIe siècle ne comprenait plus qu'un prince voyageât sur une mule.

6. On voit que le prosateur n'a rien compris à son texte, ne s'imaginant pas qu'on pût, chez un empereur, s'asseoir sur son manteau. Il a remplacé la réponse

osté leur manteaus ; le duc leur en donna de meilleurs et de plus beaus. — Quant le duc Robert vout partir de Constantinoble, l'empereur fist crier et deffendre que nul ne presist denier de chose que le duc et ses gens eussent despendu, mais nientmoins le duc fist tout paier, et a ceus qui ne vouloient conter il fist baillier d'argent plus de la moitié qu'il ne leur devoit •'. — Quant l'empereur oui dire que le duc de Normandie ne vouloit riens avoir qu'il ne paiast, si fist deffendre que nul ne vendist ne livrast a ses gens point de bois dont il peust cuire sa viande, fors par la main de l'empereur2. Et quant le duc Robert le seut, si commanda a ses gens qu'il achetassent toutes les noiz qu'il pourroient trouver, et des eschales cuisissent leur viande ; et ainsi fu fait. Et quant l'empereur eut veu la largesse et l'onesteté des Normans, si les en prisa moût. — En ce tens l'empereur et toutes ses gens mangeoient a terre, ne n'avoient tables ne fourmes pour eus seoir; mais pour ce que le duc Robert en faisoit faire par tout ou il venoit, l'empereur et les gens du pais par ou il passoit les aprinrent a faire lors 3.

Beneeit, qui a emprunté à Wace plusieurs des traits sur Robert Ier qu'il ne trouvait que chez lui, n'a pas raconté les épisodes qui nous occupent, les jugeant peut-être trop peu sérieux. De graves historiens n'ont pas eu la même circonspection. L'auteur de la chronique mise sous le nom de Jean Brompton, qui écrivait au xve siècle 4, mais qui compilait des documents plus anciens, a admis l'abrégé suivant du récit de Wace s :

[Dux Robertus] mulam etiam quam equitabat auro fecit ferrari, prohibens omnes suos ne quando ferratura caderet sustollerent. Divertens autem se per terram imperatoris Constantinopolitani 6, in curia ipsius pluribus facetiis declaratus est. Audiens itaque imperator eum esse virum illustrem, profusum et generosum, magnanimitatem animi sui probare volens, eum ad prandium invitavit praecepitque clam suis ut nullus ei cederet aut locum daret ad sedendum. Qui mox eum ad prandium venisset et nullum scamnum in domo videret7, exuit clamidem propriam sive capam, et plicans eam sub se super eam in medio omnium sedit, et jussit ut omnes sui similiter sederent. Post prandium accepta

ironique de Robert : « Je n'emporte pas mon siège avec moi », par la raison, tirée de son imagination, que le manteau avait touché la terre.

1 . Ceci n'est pas dans Wace ; c'est encore une invention de l'auteur de la rédaction en prose, qui comprenait sans doute mal les vers 3100-1 10.

2. Cette phrase ajoutée par le rédacteur en prose n'est ni utile ni claire.

3. Cette dernière phrase montre encore que le prosateur ne comprenait pas du tout son original, où l'introduction des sièges dans le palais de Constantinople est naturellement rattachée à l'aventure des manteaux. Le prosateur devait d'ailleurs avoir sous les yeux un ms. pareil à D, où au v. 3132 on lit mengier au lieu de seeir.

4. Voy. Th. Duffus Hardy, Catalogue of the historical Manuscripts of England, t. II, p. 539.

$. Dans Twysden, Historiœ Anglicœ Scriptores, t. X (Londini, 1652), p. 91 1.

6. L'éd. porte per imperatorem Constantinopolitanum ; cf. Wace, v. 3067.

7. L'auteur ne s'est pas expliqué non plus comment on pouvait, à la cour de l'empereur, s'asseoir sur son manteau, et il a motivé la chose à sa manière.

licentia ab imperatore, capis omnibus, sicut dux praeceperat, in loco relictis, cum suis exivit. Admirans imperator jussit capas sibi afferri ; at dum moniti fuissent a curialibus ut eas résumèrent, respondit dux : « Non est, inquit, patriae nostrae consuetudo scamna nostra nobiscum de loco in locum portare. » Et dum rogaretur ab imperatore sumptus ad viandum capere, respondit se velle, dum peregrinaretur, de suo vivere, sed in redeundo régis facere voluntatem. Unde rex prohibuit ne quis ei ligna ad cibaria coquenda venderet. Unde dux nucium testas emi fecit, cum quibus cibaria sua coxerunt. Imperator autem probitatem suam admirans bancos loco caparum in curia sua erexit*.

Un chroniqueur de la fin du xive siècle, Henri de Knighton, raconte également l'histoire des fers d'or, des manteaux et des noix. Son récit ressemble de fort près, par certains détails, à celui de Brompton; mais d'autre part il est plus fidèle à l'original (par exemple il n'a pas, comme Brompton, altéré l'aventure des manteaux). Il est probable que les deux chroniqueurs ont puisé à une source latine où le récit de Wace avait été directement utilisé. Voici le passage de Knighton2 :

[Dux Robertus] mulam cui insederat fecit auro ferrari, et prohibuit ne, quando ferraturae caderent, eas recolligerent. Inde Constantinopolim ad imperatorem veniens et cum eo loquens, cum scamnum non haberetur in domo, sedit super pallium proprium secundum morem patriae suae, et id idem fecerunt milites sui. Surgentes autem, sicut dux praeceperat, dimiserunt pallia sua ibi, dicentes se non debere secum auferre sedilia sua. Et dum Robertus rogaretur ab imperatore sumptus ab eo accipere, respondit se velle, dum peregrinaretur, de suo vivere, sed in redeundo se velle imperatoris voluntatem facere. Imperator jussit ne quis ei ligna ad coquendum cibos venderet. At dux nuces émit, quibus coxit victualia. Imperator admirans ducis probitatem bancos in curia sua statuit deinceps loco palliorum suorum3.

On voit qu'il n'y a rien de nouveau à tirer de ces versions postérieures, où le récit de Wace est simplement abrégé ou défiguré. Mais un rapprochement vraiment intéressant nous est offert par la Saga des Rois de Norvège. Des trois épisodes dont se compose le récit de Wace, nous n'en retrouvons ici que deux, celui des fers d'or et celui des noix ; celui des manteaux est absent. Ces deux traits sont attribués, comme dans Wace, à un pèlerin passant par Constantinople, seulement ce n'est pas Robert de Normandie, c'est le roi Sigurd le Pèlerin. Sigurd fit le saint voyage en 1 1 n 4, par conséquent 76 ans après Robert; c'est avec Alexis Com-

i. Que veut dire loco caparum? D'après Wace, l'empereur aurait introduit les bancs pour remplacer l'usage grec des manteaux; mais le chroniqueur latin ne connaît pas cet usage.

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