‹ Sur un épisode d'Aimeri de NarbonneChapitre 6 sur 12 · Voy. Riant, Les Scandinaves en Terre-Sainte^ p · texte numérisé non relu

Voy. Riant, Les Scandinaves en Terre-Sainte^ p

nène que l'aventure des noix lui serait arrivée. La source la plus ancienne de cette histoire est un manuscrit du xme siècle, connu sous le nom de la Morkinskinna1, mais ce manuscrit est défectueux précisément à l'endroit où on raconte le trait des fers d'or; il est suppléé par un autre ms., qu'on appelle la Hulda2. Voici ce qu'on y lit :

On raconte que le roi Sigurd, avant d'entrer dans la ville [Constantinople], fit ferrer d'or son cheval et les chevaux de ceux qui l'accompagnaient3. Il leur recommanda de s'avancer par la ville en grands seigneurs et sans aucune modestie, de ne se laisser faire impression par rien de ce qu'ils pourraient voir de nouveau, et de ne faire aucune attention sH les fers des chevaux se détachaient. Et ils firent comme il avait dit.

Dans le Codex Frisianuss cet épisode est ainsi rapporté :

On raconte que le roi Sigurd fit ferrer d'or son cheval avant d'entrer dans la ville, et qu'il s'arrangea pour qu'un des fers se détachât en pleine rue, sans qu'aucun de ses gens dût y faire attention.

L'histoire des noix est ainsi conçue dans la Morkinskinna (p. 1 64) :

Ensuite le roi Sigurd voulut un jour donner un repas à l'empereur. Et il ordonna à ses gens de préparer magnifiquement tout ce qui était nécessaire, selon qu'il en avait l'habitude et qu'il convenait à de riches hommes. Et le roi Sigurd dit à ses gens d'aller dans la ville dans la rue où on vendait le bois ; il pensait qu'il en faudrait beaucoup. Ils dirent qu'ils voyaient entrer chaque jour dans la ville beaucoup de charges de bois et qu'il n'avait pas à craindre que le bois manquât. Mais il arriva que tout le bois dont ils avaient besoin avait disparu. Et ils le dirent au roi Sigurd. Il dit : « Voyez si vous pouvez vous procurer des noix ; nous ferons notre feu avec cela aussi bien qu'avec du bois. » Ils allèrent et en achetèrent autant qu'ils voulurent. Sur ce, l'empereur arriva et ses amis avec lui. Ils s'assirent ensemble. Et Sigurd avait fait de grands frais, et il les hébergea royalement. Et quand l'empereur et sa femme virent que rien ne manquait, elle envoya des gens pour voir avec quoi ils faisaient leur feu. Et ils arrivèrent à une petite chambre et virent qu'elle était pleine de noix. Et ils lui dirent que cette chambre était pleine de noix et qu'ils avaient fait leur feu

1 . Morkinskinna. Pergamentsbog fra fœrste Halvdel af det XIII. Aarhundrede. Udgiven af C. R. Unger. Christiania, 1867. Sur le rapport de la Morkinskinna avec les autres sagas royales, voy. G. Storm, Snorre Sturlesons Historieskrivning, Kjobenhavn, 1873, p. 28 ss., et à d'autres endroits indiqués à la table.

2. Fommanna Sôgur, t. VII, p. 94. Sur la Hulda, voy. G. Storm, 1. 1., p. 69 ss.

3. La mule pacifique de Robert est ici remplacée par un cheval : nous sommes après les Croisades (cf. Rom. IX, 18).

4. A partir de ce mot, le texte de la Morkinskinna est conservé.

5. Codex Frisianus. En Samling af norske Konge-Sagaer. Udgiven ved C. R. Unger, Christiania, 1871, p. 287. Sur le Codex Frisianus, voy. G. Storm, I. 1., p. 69.

avec. Elle répondit : « Certes, ce roi est fier et ne donne guère prise au blâme, car aucun bois ne brûle mieux que les noix. » Elle avait empêché qu'ils pussent se procurer du. bois, pour éprouver le roi Sigurd et voir quel parti il prendrait.

Ce récit se retrouve à peu près identiquement dans le Codex Frisianus1, le ms. Hulda2, et les manuscrits les moins anciens de la Heimskringlai de Snorre Sturleson 4.

Mais Sigurd n'est pas le seul roi norvégien auquel ait été attribuée notre aventure. Bien avant lui, et précisément à l'époque où Robert de Normandie partait pour Constantinople, s'y trouvait Harald le Sévère, qui devait régner plus tard en Norvège s. Mais il n'y était pas en pèlerin : sous le nom de Nordbrikt il commandait les Varangues attachés à la garde de l'empereur. Or la saga qui le concerne raconte6 que malgré cette situation il ne se faisait pas faute d'humilier le souverain byzantin. Il construisit une église, mais l'empereur défendit au clergé de l'inaugurer.

Nordbrikt n'en fit pas moins préparer un repas splendide. L'empereur défendit [de vendre] le bois nécessaire pour le repas, en donnant pour raison que Nordbrikt, par son arrogance excessive, dépouillait les empereurs de leurs droits et de l'honneur qui leur était dû. Malgré cela, Nordbrikt sut trouver moyen de faire préparer le repas malgré l'empereur... [Il décida l'empereur à permettre l'inauguration et à assister même au repas]. L'empereur lui demanda avec quoi il avait entretenu le feu, puisqu'il n'avait pu acheter de bois ; il lui fit voir qu'il avait employé de vieux navires, des cordages de cuir et des noix.

De cette existence en double chez les Norvégiens du conte relatif aux noix brûlées, on serait tenté de conclure à l'origine Scandinave du récit7. Il aurait d'abord été appliqué, soit à Harald lui-même, soit à

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