‹ Sur un épisode d'Aimeri de NarbonneChapitre 8 sur 12 · Fornmanna Sôgur, VI, 147 ; trad. latine, VI · texte numérisé non relu

Fornmanna Sôgur, VI, 147 ; trad. latine, VI

7. Un trait Scandinave se trouverait, d'après M. Riant, auquel je dois l'indication de la saga de Harald, dans la mention des fers d'or. Cet ornement aurait été réservé aux rois, et Knut le Grand aurait chassé son scalde Stein Skaptason pour s'être permis cette fantaisie (Riant, Les Scandinaves en Terre-Sainte, p. 196). Mais M. G. Storm m'a fait remarquer que ce fait n'est pas absolument exact :

quelque autre chef des Varangues : les rivalités et les querelles étaient fréquentes entre cette milice turbulente et les Grecs, les empereurs euxmêmes. Les Normands, qui restèrent longtemps en relations de tout genre avec leurs frères d'origine, purent recueillir cette histoire soit en France, soit peut-être à Constantinople même, et en faire honneur à leur duc. Toutefois, l'hypothèse contraire est beaucoup plus probable. Les relations entre les Normands de France et ceux de Scandinavie ont pu faire passer le conte d'un pays à l'autre en sens inverse ; les Norvégiens ont pu s'approprier un récit qu'ils avaient recueilli dans quelque visite sur nos côtes. Il n'est pas admissible que les sagas norvégiennes se soient inspirées de Wace, car on trouve dans celle de Sigurd (celle de Harald nous est évidemment parvenue sous une forme altérée) des traits plus anciens ou plus complets. Ainsi dans Wace Robert défend à ses hommes de ramasser l'or de sa mule si elle vient à se déferrer, mais on ne voit pas que cette prévision se réalise ; Sigurd au contraire, d'après le Codex Frisianus, qui a conservé ici la forme la meilleure, fait en sorte qu'un des fers de son cheval se détache pour que le peuple voie qu'on ne le ramasse pas1. En outre, Robert n'a fait ainsi ferrer qu'une seule mule, Sigurd a chaussé d'or tous ses chevaux, ce qui paraît plus conforme à l'esprit fastueux du récit2. D'ailleurs il y a entre la saga de Sigurd et le récit de Wace des différences assez notables : dans la saga de Sigurd (et dans celle de Harald) l'interdiction de fournir du bois aux étrangers se produit au moment d'un repas où ils ont invité l'empereur; dans Wace, il a pour cause le refus des étrangers de vivre aux dépens de l'empereur. Le rôle de l'impératrice est inconnu à Wace?. Enfin si le rédacteur de la Sigurdarsaga avait connu la Geste des Normaux, il n'aurait certainement pas négligé l'épisode des manteaux. D'autre part, Wace présente quelques traits qui semblent plus anciens. Au premier rang je signalerai le fait que la monture du héros est une mule et non un cheval. Ce trait indique probablement, comme je l'ai montré ailleurs [Rom. IX, 18), une époque

la Saga de saint Olaf raconte seulement que Stein avait fait mettre à son cheval des fers d'or, « comme pour le roi »; mais elle ne dit pas que cela fût défendu, ni que Stein ait été chassé. — M. Riant remarque aussi que brûler des noix devait paraître un grand luxe aux gens du nord, pour qui la noix est un fruit exotique (p. 201). Toutefois le récit n'étant pas originaire du nord, et la combustion des noix étant primitivement, comme on le verra, une preuve de sagesse plutôt que de faste, cette observation ne s'applique pas ici.

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