‹ Sur Un Kyste Rétropéritonéal PararénalChapitre 11 sur 17 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(B. Cunéo, Archives générales de médecine, février 1904.)

D..., âgée de trente et un ans, entre à l'hôpital le 27 août 1906. Depuis quatre ans, cette malade remarquait que son ventre augmentait progressivement de volume. Elle s’est aperçue de cette augmentation au moment d'une grossesse et en raison des phénomènes douloureux qui ont fait leur apparition à cette époque. Ces phénomènes douloureux ont constitué, depuis, le symptôme le plus caractéristique. Ils se manifestent sous la forme d’une douleur en barre, survenant par crises et occupant la partie inférieure de l'abdomen, sans prédilection pour les côtés. La crise douloureuse apparaît généralement quand la malade est debout. Elle dure une demi-heure et disparaît quand la malade se couche sur le côté droit ou sur le ventre : elle s'exaspère au contraire par le décubitus dorsal. La palpation du ventre n'éveille aucune sensibilité.

Ces troubles digestifs sont peu marqués. L'appétit est conservé. Il existe un peu de constipation. Même au moment des crises, il ne se produit jamais de vomissements.

Jusqu'à ces derniers temps, les règles ont été normales. Mais depuis quelques mois, les menstruations sont devenues irrégulières sans cependant s'accompagner de douleurs. Par contre, la barre abdominale revenait de plus en plus pénible, et c'est ce qui a déterminé la malade à entrer à l'hôpital.

Il n’y a rien de particulier à noter dans les antécédents,

sauf deux grossesses dont la dernière remonte à quatre ans.

Les deux enfants sont bieri portants et les accouthements n'ont présenté aucune difficulté.

A l'examen, on se trouve en présence d'une ferame dont l'état général paraît excellent, bien qu’elle déclare avoir maigri depuis quelques mois.

On est immédiatement frappé par l'augmentation de volume du ventre : celui-ci est uniformément distendu. Il n'existe aucune asymétrie. L’ombilic n’est passaillant. On ne trouve pas de circulation veineuse collatérale.

La palpation n’éveille aucune douleur. Elle permet de constater la présence d'une masse très volumineuse remplissant toute la partie inférieure de l'abdomen et remontant à quatre travers de doigt au-dessus de l’ombilic. Cette masse est nettement fluctuante, sa surface est régulière, sa mobilité à peu près nulle.

La tumeur est mate à la percussion ; mais la bande de sonorité colique n'est pas recherchée avec soin. Le toucher montre un utérus normal avec un col légèrement déchiré et un corps mobile bien distinct de la masse abdominale.

On pose le diagnostic de kyste de l'ovaire.

Opération. — Laparotomie médiane sous-ombilicale. A l'ouverture du péritoine, on constate que la tumeur kystique est indépendante des annexes et est placée en arrière du péritoine intestinal. L'intestin grêle estrejeté à droïte;le côlon descendant est refoulé à gauche et la face antérieure du kyste est croisée par les vaisseaux coliques gauches. On pense à un kyste séreux appartenant au groupe des kystes dits dû mésentère. Pensant qu'il s’agit en l'espèce d’un kyste développé aux dépens des débris séreux ménagés au moment

de la coalescence du mésocôlon descendant avec le péritoine

Die pariétal postérieur, nous renonçons à aborder la tumeur en passant au travers de l’un des intervalles limités par les branches des vaisseaux coliques gauches, et nous décidons de pratiquer le décollement du mésocôlon descendant. Après avoir incisé le péritoine en dehors et au ras du côlon descendant, nous procédons avec la plus grande faci-

lité au décollement de ce segment de l'intestin et de son mésocôlon vasculaire, et nous mettons ainsi à nu la face antérieure de la masse kystique. Nous réduisons alors le volume de celle-ci en aspirant la plus grande partie de son contenu et nous achevons de détacher la poche des organes placés en arrière d’elle.Cetisolément s'exécute très aisément sans provoquer la moindre hémorragie. On peut ainsi achever l’ablation de la tumeur sans placer une seule ligature. Le côlon est replacé dans sa situation initiale et l’incision du péritoine postérieur est suturée sauf au niveau d'un point qui livre passage à un drain qui pénètre dans la cavité de décollement. Guérison sans incident.

Examen macroscopique. — La tumeur est constituée par une poche unique dont l'épaisseur assez uniforme varie entre 6et 8 millimètres. Sa surface extérieure est gris bleuté. Sa face profonde est noirâtre et par places, d’aspect feuilleté rappelant l'aspect de la tunique vaginale dans les cas d’hématocèle.

Le liquide, contenu dans la poche et dont la quantité n'a pas été mesurée, est noirâtre, peu ou pas visqueux et présente un relief brillant dû à de nombreuses paillettes de cholestérine.

L'examen histologique, pratiqué par M. Milian, a montré que la paroi du kyste était formée par un tissu fibreux,

dense, contenant de nombreux Vaisseaux.

— gi = La nitratation a permis de constater par places un revêtement endothélial mal conservé.

L'examen chimique n'a pas permis de retrouver de traces

de ferments pancréatiques.

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