CRIE REX
2 Plurimercurialisme. — Sous ce titre, nous groupons deux particularités fort importantes : d’une part, la pluralité des voies d'apport du mercure, d'autre part, la pluralité des préparations, et nous allons envisager ces deux points :
a) Pluralité des voies d'apport. — On sait quelles voies sont constamment utilisées dans le traitement mercuriel :
L'ingestion, soit de pilules, soit d’une solution hydrargyrique ;
La vote rectale, avec les lavements mercuriels ou même mieux, comme le conseille M. Audry, en utilisant des suppositoires ;
La /riction;
L'injection de sels solubles ou insolubles.
Mais l’immense majorité des auteurs s’est toujours servie d'une voie unique. Autant que nous pouvons le savoir, M. Balzer a utilisé seul, dans quelques cas rebelles et à titre exceptionnel,
trois jours après avoir obtenu un équilibre à peu près parfait dans les éliminations.
Nous avons supprimé du traitement le lavement mercuriel afin de faciliter la séparation et l'analyse des fèces.
Pendant toute l'expérience, qui a duré quinze jours, nous avons eu la précaution de nous mettre à un régime constant comme qualité et comme quantité, afin d'éviter les écarts d'élimination qui se seraient produits avec des ingestas variables.
Nous avons analysé avant, pendant et après le traitement, les urines, les fèces et le sang. Voici les résultats obtenus :
Urine. — L’élimination des éléments organiques paraît surtout influencée.
Le poids d’urée diminue les deux premiers jours, augmente les deux jours suivants, puis revient à la normale.
Poids extrèmes : 30 gr. 80, — 27 gr. 20, — 34 gr. 30, — 30 gr. 60.
Le poids d'acide urique suil une marche inverse; il augmente sous l'influence du traitement, puis diminue et revient à la normale.
Poids extrèmes: 1 gr. 12, — 1 gr. 35, — 1 gr. 07.
Fèces. — Le poids des fèces augmente sensiblement avec le traitement et passe de 32 grammes à 37 grammes pour redescendre ensuite à 34 grammes (Poids par vingt-quatre heures des matières desséchées).
L'azote fécal varie proportionnellement aux poids des fèces.
. Sang. — Le dosage de l’urée dans le sang n’a pas décelé de rétention : 53 grammes avant et après.
A la suite du traitement, nous n’avons ressenti aucun trouble sérieux, à peine quelques douleurs d'estomac très légères le troisième jour et un pet de sensibilité des gencives.
ME l'injection à laquelle il associait simultanément l'administration de pilules mercurielles.
Nous venons de voir qu’on en élait encore réduit à des hypothèses pour savoir sur quoi et comment agit le mercure. Est-ce parce que le métal arrive au contact du syphilome, comme le veut Justus; est-ce en modifiant la nutrition? Les expériences sont contradictoires et, dans ces conditions, il y a place pour l'hypothèse qu'il peut être utile d'introduire le mercure par plusieurs voies, ou tout au moins il semble légitime de penser qu'il y a avantage à apporter le mercure aux différents tissus de l’organisme.
b) Pluralité des préparations mercurielles. — N'oublions pas : que nous ne savons rien de précis sur le mode d'action du mercure, pas plus que ce qui est «efficient » dans les préparations mercurielles. Est-ce, comme on l’a dit ces derniers temps, par la quantité de mercure libre cireulant dans l'organisme ou par la quantité de mercure libre apportée au syphilome que l’action curative a lieu? On l’a beaucoup dit, mais moins prouvé. Il peut donc y avoir intérêt à faire agir plusieurs préparations, parce qu'il est possible que telle préparation soit plus efficace que telle autre ou que l’action simultanée de plusieurs ait un effet plus important que l’action d’une seule.
3° Discontinuité. — Enfin quatrième point nouveau, le traitement que nous allons exposer est essentiellement intermittent ; quelques jours de mercurialisation, puis repos complet pendant un nombre de jours variable, mais dont nous nous efforcerons de déterminer le chiffre. Les sels solubles étant seuls employés, il est permis de considérer ces repos non comme relatifs, puisqu'il n’y à point dans l’organisme une réserve de mercure où celui-ci pourra puiser à chaque instant (comme dans les injections d'huile grise ou de calomel par exemple, qui, elles aussi, sont entrecoupées de temps d'arrêt), mais bien comme un repos absolu. Les tissus resteront saturés de mercure, l'élimination le prouve, mais ce mercure aura été déjà élaboré, assimilé ; il ne proviendra point d’une réserve.
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Jusqu'à l'heure présente, le traitement mercuriel intensif a toujours éveillé l’idée des injections, injections de sels variés solubles ou insolubles, injections tous les huit jours ou injections quotidiennes et pourtant leur emploi n’est pas à l'abri de tous les inconvénients et de toutes les critiques.
L'injection est douloureuse, il faut la répéter quotidiennement dans le cas de sels solubles, la faire en masse et à temps espacés dans le cas de sels insolubles. Ce sont le tissu cellulaire et le tissu musculaire qui subissent le choc de cette irruption mercurielle. Il y a traumatisme. Les tissus sont lésés ou brutalement par le calomel et l'huile grise ou longuement par les solutions benzoatées et biiodurées et leur vie intime en sera modifiée; il pourra y avoir réaction plus ou moins vive, c’est-àdire inflammation. Nous savons que la simple ingestion entraine des perturbations dans le tube digestif, habitué pourtant lui par la venue constante des aliments aux chocs du monde extérieur ; la désorganisation produite dans ce milieu isolé du dehors par la peau qu'est le muscle ne pourra qu'être plus importante.
Les considérations de cet ordre ont conduit M. Jacquet à diminuer, dans la mesure du possible, les excitations produites dans chaque tissu par le contact du mercure : il a limité au minimum le travail d’assimilalion de chacun d'eux. Mais en utilisant simultanément les moyens employés couramment de nos jours il arrive à une saturation mercurielle totale et supérieure. Il ulilise donc des voies multiples : l’ingestion, la friclion, l’ingection. I les utilise à la fois et obtient ainsi le maximum d'effets mercuriels avec le minimum d’inconvénients. En faisant converger le mercure par plusieurs voies, il obtient un apport considérable du remède dans l’organisme avec une excitation minime pour chaque organe en particulier. Le tube intestinal, le tissu musculaire ou conjonctif ne seront pas traumatisés avec excès, comme il arrive si pour faire un traitement intensif on vient à majorer la dose habituelle de mercure. La dose sera faible pour chaque organe en particulier; elle ne troublera point sa fonction.
Il nous à été permis de suivre pendant plusieurs mois, jour
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par jour, dans le service de M. Jacquet, l'administration chez des syphilitiques du mercure dans de telles conditions; nous allons exposer tout ce que nous avons vu journellement chez des malades ainsi traités. Nous en tirerons toutes les conclusions légitimes avec cette réserve, faite par M. Jacquet tout le premier, que la valeur de ce mode de traitement intensif a besoin d’être éprouvée par des observations ultérieures.
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