‹ Sur un mode de traitement intensif plurimercuriel et discontinué de la syphilisChapitre 7 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Mode d'application

1° Préparation au traitement. — Le fait que nous administrons le mercure à des doses aussi importantes permet à lui seul de supposer que le maximum possible des précautions prépatatoires est très rigoureusement mis en œuvre, et c’est à cela que nous devons l’innocuité et la tolérance du médicament.

Tout syphilitique entrant dans le service est mis au repos pendant quelques jours (sauf le cas d'accidents urgents).

Pendant ce temps, l’état de sa bouche, sa dentition sont soigneusement examinés : les dents très cariées sont arrachées:; celles qui ne sont que légèrement atteintes sont nettoyées et obturées : la couche de tartre est enlevée: les gencives et les dents sont frottées deux fois par jour après chaque repas avec une brosse enduite de savon ou de craie préparée. Bref, ia bouche est mise dans le meilleur état possible avec la plus grande minutie. Toute cause d’irritation buccale, le tabac entre autres, est supprimée.

Le tube digestif est surveillé; la diarrhée ou la constipation sont combattues par une bonne hygiène; mastication lente, pas d’excès de nourriture ni de boisson; l'alcool est, bien entendu, absolument proscrit.

Dès l’arrivée du malade dans le service, il est procédé à une analyse complète de ses urines, afin de s'assurer que le rein fonctionne bien ; on note la quantité des urines émises en vingtquatre heures, la présence des éléments normaux ou anormaux (albumine); c’est par le rein, en effet, que se fait la plus grande

proportion de l'élimination mercurielle et avec un traitement intensif on a besoin de son parfait état.

Toutes ces précautions étant prises, le traitement est commencé.

2 Traitement proprement dit. — Le traitement comprend :

1° Deux pilules de protoiodure de mercure de 0 gr. 05 centigrammes prises malin et soir pendant les repas.

2 Un lavement avec 20 grammes de liqueur de Van Swieten dans 100 grammes d’eau.

3° Une friction faite selon le mode ordinaire avec 2 grammes d’onguent mercuriel.

4 Une injection de 1 centigramme de biodure de mercure portée quelquefois à 2 centigrammes.

Ce traitement est appliqué pendant un laps de temps qui a varié de deux à dix jours consécutifs, mais c'est quatre ou cinq jours qui constituent la moyenne la plus généralement usitée.

Après cette période de cinq jours, on arrête toute médication mercurielle pendant une période qui varie de cinq à vingt jours (huit à dix jours correspondent à la moyenne des cas) et suivant la manière dont le malade a supporté cette mercurialisation, suivant la gravité de sa syphilis ou l’état de ses lésions, reprise d’une autre période avec nouveau repos absolu consécutif au point de vue mercuriel.

D'après les préparations indiquées et la quantité de chacune administrée, on peut voir que nous avions raison de prétendre au maximum de mercurialisation utilisée jusqu’à ce jour et il est certain, qu'on nous passe cette expression familière, que M. Jacquet détient le record de la mercurialisation. En effet, en évaluant la quantité de mercure contenue dans chaque préparation, nous aVONS :

1° Protoiodure pour 10 centigrammes : — 0,0610 de mercure.

2° Liqueur de Van Swieten pour 20 gr. = 0,014.

3° Injection de biiodure pour 1 centigr. — 0,004408.

4° Friction d’onguent pour 2 grammes — 1 gramme.

Nous arrivons comme total à 1 gr. 0794 de mercure pur par jour. Mais cette quantité totale est-elle absorbée ? Bien entendu,

ro

nous n'y prétendons pas, car, si pour les trois premiers sels on peut admettre qu'ils sont à peu près totalement assimilés, on doit faire les plus grandes réserves pour la friction. Ce qu'il y a de sûr cependant, c’est que, bien faites, les frictions constituent un puissant moyen de mercurialisation. On ne saurait dire comment, dans ce procédé, le mercure pénètre dans l'organisme. Est-il absorbé uniquement à l’état de vapeurs, comme le soutient Merget (:), ou est-il au contraire. absorbé par la peau, comme tendrait à le prouver la constatation de particules de mercure dans des fragments de peau excisés après friction (*). Quoi qu'il en soit, il est certain qu'elles agissent là où d’autres traitements ont parfois échoué.

Mais, même en défalquant de notre total le mercure qu’ap-

porte la friction, il nous reste la quantité de :

0 gr. 079 de mercure métallique, qui est à peu près sûrement incorporée aux tissus. Chaque période de traitement étant de cinq jours environ (‘), nous aurons à multiplier ce chiffre par 5, ce qui nous donne:

0 gr. 397 de mercure au bout de cinq jours.

(‘) Merczr, Thèse de Bordeaux 1888.

() Voir à ce sujet l'excellent et très pratique Zraitement de la Syphilis que viennent de publier MM. Jacquet et Ferrand dans l’ « Encyclopédie Léauté ».

(5) L'administration mercurielle a été poussée jusqu’à huit et dix jours sans inconvénient quelconque.

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