QUATRIÈME PARTIE
Nous avons fait, au début de nos expériences, des préparations d’hémochromogène, et nous avons, à cet effet, traité du sang par la pyridine et le sulfure d'ammonium. Nous nous sommes servi de solutions aqueuses de sang frais d'homme, de lapin, etc., puis de dissolutions de taches plus ou moins anciennes de sang de diverses espèces.
Nous avons ainsi obtenu, avec plus ou moins de facilité et en plus où moins grande quantité, des cristaux d’hémochromogène, de couleur rouge brunâtre ou rouge vif, de dimensions variables, ayant la forme de petits bâtonnets ou, plus souvent, d’aiguilles groupées en étoiles, en pinceaux, en épis caractéristiques.
Les cristaux d'hémochromogène disparaissent assez rapidement des préparations. Cevidalli,en remplaçant la pyridine par un de ses dérivés, la pipéridine, aurait obtenu des préparations qui se conserveraient plus longtemps.
De Dominicis a essayé de substituer à la pyridine ses homologues (picoline, lutidine, etc.). Il n’a pas trouvé que celles-ci aient un avantage quelconque. Le docteur Lecha- Marzo, qui a fait des recherches à ce sujet, confirme l'opinion de De Dominicis. :
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Nous avons expérimenté ensuite le procédé du docteur Lecha-Marzo pour l'obtention des cristaux d’iodo-hématine.
Nous avions à notre disposition du sang frais, dont nous pouvions faire des solutions de concentration variable, et des taches de sang plus ou moins vieilles.
Nous nous sommes heurté tout d’abord aux inconvénients que nous signalions plus haut (excès de réactif, dissolution des cristaux), surtout lorsque nous employions des dissolutions de taches anciennes. Les solutions de sang frais nous ont donné des résultats. Mais il nous est arrivé souvent alors d’avoir des préparations, dont le fond était si foncé que les cristaux n’apparaissaient plus, et qu'il fallait difficilement chercher un point de la préparation assez clair pour les apercevoir distinctement.
Les préparations montrent un mélange de cristaux d'hémochromogéne et d’iodo-hématine. La couleur des cristaux varie du rouge violacé de l'iode au rouge vif. Ce sont des bâton: nets rhomboïdaux, ou de petites tablettes rectangulaires, ressemblant aux cristaux de Teichmann, isolés ou groupés par deux, quatre, etc. On observe des étoiles formées de cristaux en aiguilles, apparaissant souvent Incurvés.
Nous avons consulté, à ce sujet, la thèse de Bonnel (Paris, 1903) où se trouve décrit et indiqué comme moyen de diagnostic le procédé de Strzyonski pour l'obtention des cristaux d'iodo-hématine. Ce procédé, qui consiste à traiter le sang par un réactif spécial à base d'acide iodhydrique, nous a semblé bien inférieur, au point de vue pratique, au procédé du docteur Lecha-Marzo, qui est d’une technique bien plus simple.
Néanmoinsles résultats que nous a donnés ce dernier procédéne nous ont point paru aussi satisfaisants que nous aurions
pu le penser. Ces résultats sont très inégaux, ils varient beau-
AU) Ve
coup suivant l'ancienneté des taches de sang, ils dépendent trop du degré de concentration des solutions sanguines.
Nous avons essayé de remplacer la solution d’iode par une solution de brome, afin de voir ce que la réaction nous donnerait. Nous nous sommes servi des mêmes solutions sanguines, et nous avons toujours procédé de la même façon.
Il nous a été plus facile de réussir nos préparations. Nous avons obtenu des cristaux de bromo-hématine, affectant toujours à peu près la forme des cristaux d’hémine, mais bien plus petits.
Nous nous sommes enfin adressé au chlore, qui nous paraissait, en vertu de ses propriétés chimiques plus spéciales, devoir agir plus énergiquement et plus complètement dans la réaction, et nous donner les résultats les meilleurs. Sur ce point ont porté la plus grande partie de nos recherches.
Nous avons suivi la technique précédemment exposée, et ‘nous avons fait nos expériences avec du sang d'espèces diverses, de date plus ou moins ancienne, et se trouvant dans des conditions différentes. Nous avons toujours facilement obtenu des cristaux de chloro-hématine, en nombre parfois extraordinaire.
[ls ont la forme de bâtonnets rhomboïdaux, de dimensions variables, isolés, ou se coupant en forme de croix, de V, d'Y, quelquefois réunis en étoiles. Les préparations en sont véritablement remplies. Mais ce qui caractérise ces cristaux, —- et ceci mérite d'être retenu — c’est leur colorationintense. Tandis que dans le procédé classique, les cristaux de chlorohématine sont d’une couleur brune sombre, presque noire, on obtient ici des cristaux fortement colorés en rouge ou brun-rougeâtre brillant.
Les préparations contiennent presque toujours, à côté des cristaux de chloro-hématine, des cristaux d’ hémochromogène. Ceux-ci sont d’ailleurs en nombre variable, mêlés à la masse-
Cristaux d'Hémochromogène et de Chloro-hématine.
des cristaux d'hémine, ou, le plus souvent, groupés à la limite de ces derniers, dans certaines parties de la préparation. Ils sont d’une belle couleur rouge et se groupent en figures caractéristiques.
Nous avons obtenu, avec une solution de taches de sang de lapin datant de quelques jours, des préparations remarquables en ce qu’elles montraient dans un même champ microscopique toutes les formes de cristaux d’hémine qu'on a signalées, depuis l’état sablé jusqu'aux larges tablettes rhomboïdales, en passant par tous les groupements caractéristiques et toutes les dimensions.
A yant essayé la réaction avec du sang d'espèces différentes (homme, chien, âne, lapin, etc.), nous avons eu des cristallisations plus ou moins abondantes, plus ou moins rapides, mais nous n'avons pu remarquer, dans la forme ou le groupement des cristaux, aucun caractère particulier permettant de faire un diagnostic d'espèce. En recherchant les cristaux d’iodo-hématine avec du sang de divers animaux, le docteur Lecha-Marzo a aussi toujours obtenu des cristallisations semblables. M. Szigetti a constaté de mème l'identité de forme des cristaux d'hémine pour les sangs d’homme, de bœuf, de mouton, etc.
Il nous fallait expérimenter le procédé avec des taches de sang plus ou moins anciennes. Nous avons taché de sang divers tissus et divers objets, et nous avons pratiqué la réaction après quelques jours, quelques semaines, un mois, etc. Nous avions, au laboratoire de médecine légale, des taches de sang de différentes espèces et de date plus où moins vieille, un an, deux ans, trois ans et davantage. Nous avons pu ainsi nous placer dans toutesles conditions possibles de diagnostic. Toujours nous avons obtenu de parfaits résultats.
Une solution faite avec des taches de sang de lapin datant d’une dizaine de jours a été mêlée de limaille de fer, en
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partie oxydée. Au bout de quelque temps on a fait la réaction. Nous avons eu, au milieu des granulations noirâtres qui encombraient la préparation, un grand nombre de cristaux de chloro-hématine, de couleur brun rougeâtre, de forme et de disposition caractéristiques.
En déposant sur des objets en fer quelques gouttes d’une solution faite avec de vieilles taches de sang, nous avons eu, quelque temps après, des taches de rouille contenant une très petite quantité de sang. Nous avons fait une dissolution de ces taches avec un peu d’eau distillée, et nous avons essayé la réaction Parmi les particules et les amas grisâtres de rouille se montraient de nombreux cristaux de chlorohématine, avec tous leurs caractères, mais. surtout remarquables par leur couleur rouge vif qui tranchait sur le fond sombre de la préparation. Nul doute qu'avec le procédé ordinaire il eût été impossible d'obtenir dans ce cas un résultat positif.
Dans le but de rechercher la sensibilité de la réaction, nous avons fait des solutions de concentration variable. Nous avons remarqué qu'il est préférable, quand il s’agit de taches anciennes, d’avoir des solutions assez concentrées. La cristallisation est plus facile et plus abondante. Mais on obtient toujours des résultats, même avec des solutions très diluées. Les expériences que nous avons mentionnées ci-dessus montrent que la réaction nous a permis de déceler des quantités minimes de sang, et dans des conditions tout à fait spéciales et très peu avantageuses.
Nous nous sommes préoccupé de la durée des préparations. Il serait exagéré de dire que, même avec l’iode, on obtient des cristaux permanents. En réalité, leur durée n’eêt pas très longue. Mais on peut conserver les préparations plus longtemps en les scellant au baume du Canada, ce qui empêche l'entrée de l’air et des Corps étrangers.
PNR