SÉANCE I)U '23 NOVEMBRE
même place, une seconde corolle gamopétale ou, comme le dit M. Masters, une catacorolle, dont il semble même, à en juger par la figure (tig. 214-, p. 552), que les lobes sont opposés à ceux de la corolle normale.
En raison du petit nombre de faits de ce genre qui ont été signalés jusqu’ici, il peut y avoir quelque intérêt à en décrire un de plus. Or, celui-ci est offert aujourd’hui, à litre de variété horticole, par une Gesnéracée à laquelle M. J. Vallerand, horticulteur à Bois-Colombes (Seine), qui en est l’obtenteur, a donné le nom de Nægelia Madame Heine. Une fleur de cette plante m’ayant été remise, voici ce que j'y ai vu.
La corolle normale de la fleur n’a subi aucune altération dans sa forme naturelle : les cinq lobes de son limbe sont arrondis, très obtus, un peu plus larges que longs; les trois inférieurs étant sensiblement plus saillants que les deux supérieurs en raison de l’obliquité de l’orifice du tube, l’ensemble est un peu bilabié. La coloration de la corolle diffère aux deux lèvres, de manière à permettre de reconnaître les parties qui appartiennent à l’une et à l’autre ; c’est Là un point qu’il importe de faire remarquer. Les deux lobes de la lèvre supérieure, à leur face interne, sont colorés en beau pourpre uniforme, et, sous eux, l’intérieur du tube est d’un blanc rosé; les trois lobes de la lèvre inférieure sont largement bordés du même pourpre, et leur disque blanc rosé passe à un beau jaune qui colore, au-dessous d’eux, la gorge et l’intérieur du tube. Toute cette portion claire est marquée de points pourpres nombreux, rangés en lignes longitudinales à la base des lobes inférieurs, épars sur la portion correspondante du tube. Toute la face externe de la corolle a une teinte beaucoup plus pâle.
A l’extérieur de cette corolle gamopétale adhèrent cinq pétales bien distincts les uns des autres, écartés même l’un de l’autre de 5 à 6 millimètres. Leur adhérence s’étend à tout leur long onglet, dont toutefois les deux bords sont libres et réfléchis en dehors ; leur limbe arrondi est libre. Ils alternent régulièrement avec les cinq lobes de la corolle normale. Ces pétales supplémentaires ont eu dehors leur face interne parfaitement caractérisée par une coloration identique avec celle de la face interne de la corolle normale. Les trois supérieurs ressemblent entièrement aux trois supérieurs de celle-ci, avec lesquels ils alternent, constituant, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’analogue d’une lèvre supérieure ternaire, tandis que les deux inférieurs ressemblent, de leur côté, aux trois inférieurs de la même corolle .normale, formant dès lors l’analogue d’une lèvre inférieure binaire. L’androcée de cette fleur n’avait subi
aucune altération.
On voit que, dans la fleur du Nægelia Madame Heine , il existe deux corolles : une interne, gamopétale et normale; une externe, pentapétale, alterne avec la première, et que les deux se sont sondées sur une grande