Partie supérieure de la cuisse
Les mamelles sont toujours inégales, haut. 50 41
épaisseur. 51 46
Nous avons également esssayé de traduire en cbiüfes l’amoindrissement de volume du testicule gauche, mais une mensuration précise ne nous a pas été possible.
Résumons les traits saillants de cette observation : arthrite du g-enou gauche , épaississemenf unilatéral du tissu sous-cutané, atrophie simultanée des muscles, intumescence de la mamelle et hypotrophie du testicule correspondant. La relation de ces deux derniers faits semble ordinaire, et l’on pourrait peut-être voir là une confirmation du principe énoncé par Serres : « La maladie reproduit chez l’homme non-seulement l’état fœtal des viscères, mais l’état normal des org-anes chez les animaux inférieurs. » L’aspect si différent des appareils sexuels est l'un des faits les plus curieux du développement régulier^ parfait dans l’espèce humaine : il semblerait que dans ce cas la différenciation tende à s’atténuer, La mamelle devient plus volumineuse, le caractérisque mâle s’affirme moins nettement, g’râce à la diminution de volume de l’org'ane dominant du système g’énital. De même ({ue dans les affections du cœur, la gêne du cours du sang dans les poumons retentit sur le foie , jimène une ampliation de .ses vaisseaux , et donne à l’organe hépatique une ressemblance éloignée avec le foie des animaux plongeurs, A l’état nornal, les veines du foie représentent chez ceux-ci de vastes réservoirs où le sang s’accumule , lorsque l’acte respiratoire est suspendu : chez l’homme les conditions nouvelles de respiration favorisent l’ectasie des canaux vasculaire.s de la glande hépatique, ce qui peut diminuer d’autant les chances
d’une stase pulmonaire. D’ailleurs , la fragilité de Texplication ne porte pas atteinte au fait lui-même, qui se reproduit assez souvent pour paraître rég’ulier. M. Gailhet a, dans un travail, mis ce point de patholog-ie hors de contestation; M. Gubler apu le vérifier plusieurs fois, et en apprenant que ce malade avait la mamelle g^auche plus volumineuse que celle de l’autre côté , il a annoncé que le testicule correspondant devait être amoindri.
D’un autre côté , Godard a vu une ectopie du testicule coïncider avec un arrêt de développement de la moitié correspondante du corps. Dans le cas que nous rapportons la loi de dualité symétrique est aussi violée. On trouve une répartition presque analog*ue des altérations patholog*iques dans certaines affections des centres nerveux. Mendel a , en effet , observé chez des aliénés des pigmentations unilatérales des téguments. M. Gubler m’a cité des cas extrêmement remarquables où l’homme droit semblait en quelque sorte différent de l’homme gauche. D’abord , c’est un malade qui présentait une périostose en nappe de l’os frontal droit, une exostose de la clavicule droite , une tumeur gommeuse de la région mammaire droite , un sarcocèleet une sciatique très-tenace du même côté, enfin une lésion spécifique du gros orteil droit. Dans le second cas, il s’agissait d’une jeune fille qui portait des cicatrices très-apparentes au cou, du côté gauche : elles succédaient à des
Collette. I
adénites suppurées. Les os de la jambe et les g’ang'lions ing’uinaux étaient malades à g*auche, enfin elles présentaient au poumon g*auche des sig*nes incontestables de néoplasies tuberculeuses. Ainsi un empoisonnement véritable, l’adultération de l’économie par le virus syphilitique, ne se traduit que par des lésions unilatérales; on comprend plus facilement, ce semble, pourquoi une simple diathèse multiplie ses actes patholog'iques d’un seul côté. Mais tous ces faits ont une valeur indéniable pour démontrer la réalité de certaines dispositions morbides limitées à tels ou tels départements de l’org’anisme.
Cette disposition préexiste à la lésion ou au symptôme dominateur, et il suffit d’une circonstance souvent banale pour la révéler. — Chez notre malade , les modifications de la mamelle et du testicule ont précédé l’arthrite, d’après les renseigmements qu’il nous a fournis : il y avait donc une diminution effective de la vitalité , qui a sans doute favorisé la pi-oduction de l’arthropathie.
L’empâtesient qui se montrait au-dessus et audessous de la jointure lésée n’est peut-être pas sans analog’ie avec la tuméfaction résistante, non œdémateuse , que M. Charcot a sig*nalée au voisinag*e des a-rthropathies survenues chez des ataxiques. La lésion g'énératrice occupe dans ces cas les cellules de la substance g’rise de la moelle probablement , mais on a sig’iialé cette forme de g’onfle-
ment dans le cours de simples névrites des cordons périphériques (1).
Lorsque le malade revint à l’hôpital , la peau et son pannicule charnu étaient d’une densité énorme: on aurait dit d’un étal sclérémateux des tég*uments. Dans une première période, en effet, il y a une simple polysarcie du tissu sous-cutané : plus tard, dans Jes cas plus sérieux, les éléments fibreux semblent se multiplier. La consistance au g-mente , et la mobilité sur les couches plus profondes diminue.
Observation II.
F..., 27 ans, voyageur. Ce malade entre à l’hôpital Beaujon, service de M. Gubler, pour une bronchite : mais il présente une ancienne arthrite du genou gauche, avec lésions des téguments et des muscles voisins.
Il n’a jamais eu de rhumatismes articulaires; de temps à autre, il a des furoncles et dans la première jeunesse il conserva longtemps des croûtes dans les cheveux. Il n’a pas de cicatrices au cou. Dans le cours de l’année 1870, il fut pris d’une douleur pénible au genou, puis d’une véritable arthrite. Il fut soigné à l’hôpital d’une ville de Normandie, où ses affaires l’avaient appelé. Plusieurs vésicatoires, appliqués coup sur coup, mirent fin aux douleurs, et l’articulation redevint presque aussi libre qu’auparavant. Pendant l’hiver de 1871, il entre à l’hôpital d’Epinay et y séjourne quatre mois. Lorsqu’il est à Beaujon, on constate une ankylosé incomplète, les mouvements de flexions sont limités. Les extrémités osseuses prœ-articulaires sont tuméfiées. Le mem-
(t) Charcot, journ. de physiol. ; Mittchell, ext. dans les Arch. de méd.; Mougeot,Couyba, thèses inaugurales.
bre paraît moins volumineux que celui du côté opposé : la peau est plus colorée, les poils sont plus abondants, mieux développés. La peau est manifestement épaissie. Elle mesure en eflFet :
à gauche. à droite.
A trois travers de doigt au-dessus de la
rotule € i5 H
A la partie moyenne et interne de la cuisse. 23 16
A la partie inféro-in terne 24 17
A 3 cent, du pli inguinal.. 21 15
A la face externe de la cuisse 16 13
Au-dessous du genou, les téguments ont la même épaisseur que du côté droit.
Observation III.
Celte malade est depuis plusieurs mois dans le service de M. Dolbeau; elle commençait à marcher, lorsque j’ai eu l’occasion de l’examiner. Je n’ai pu donner son histoire complète, parce qu’elle voulut sortir brusquement. Tl s’agissait d’une mono-arthrite du genou droit chez une jeune fille, anémique, sans apparence de prédisposition à la scrofule. L’articulation malade ne jouissait que de mouvements limités, elle n’était plus douloureuse. Il était très-facile de reconnaître à la première vue combien la jambe gauche l’emportait en volume sur la jambe droite : au-dessus de la rotule, sur la face interne du genou, se dessinait une sorte de gouttière, répandant à l’atrophie du muscle droit interne. La circonférence de la partie moyenne de la jambe gauche mesurait 36 centimètres : celle de la jambe droite 32 seulement.
Voici l’épaisseur de la peau, aux régions symétriques.
Côté droit. Côté gauche.
A trois travers de doigt au-dessus de la
rotule (ligne médiane) 30 24
Id. en dedans 31 27
A 30 c. de la rotule (ligne médiane) 35 27
Id. en dehors 30 27
Id. en dedans 38 34
A 8 c. au-dessous du genou (en dedans).. . . 17 15
Id. en dehors 21 17
A 6 c. au dessus de l’art, tibio-tarsienne. . . 15 15
Observation IV
A., domestique, département de l’Indre. Cette femme, âgée de 23 ans, a joui d’une santé jusque-là parfaite. Pas de maladie sérieuse, pas de glandes cervicales persistantes, pas de rhumatismes articulaires ni de torticolis.
Elle fut réglée à 14 ans, et rien de notable ne coïncida avec l’établissement de la fonction cataméniale. La malade n’a pas de troubles nerveux, de douleurs névralgiques sur les côtés du thorax; jamais elle n’a la sensation de boule hystérique.
Elle eut un enfant à 19 ans, c’est-à-dire, il y a quatre ans. Couches régulières. L’enfant meurt avant 6 mois.
Devenue veuve pendant l’été de 1871, elle arrive à Paris au mois de novembre et sert comme domestique. Elle n’habite pas le rez-de-chaussée; elle n’est pas accablée de besogne.
Cette malade entre à l’hôpital Beaujon, salle sainte-Marthe, dans le service de M. Gubler, le 3 février 1872.
Depuis deux jours elle souffre du poignet droit. Sans avoir reçu de coup, sans avoir fait de grands efforts, elle ressentit brusquement une douleur très-vive au poignet dans la soirée du 2 février. Elle dut interrompre son travail. Le lendemain
matin la douleur s’accroît encore et la malade éprouve un peu de fièvre, précédée de frissons.
4 février. La région du poignet droit est gonflée, chaude. L’articulation radio-carpienne devient très- douloureuse, si la malade essaye de se mouvoir. Le dos de la main est gonflé, mais on ne voit pas les lignes rouges qui correspondent aux tendons des extenseurs des doigts. Peau un peu chaude. 84 pulsations. Rien au cœur. — Compresses froides sur la main; sulfate de quinine, 0,.^0.
Le 6. M. Guhler nous fait observer qu’il n’y a aucune amélioration, bien que depuis deux jours, nous ayons pu constater la présence d’un œdème généralisé sur le dos de la main ; œdème qui est un signe ordinaire de la fin de \â maladie.
Vésicatoire volant
Le 8. Gomme le vésicatoire n’a point pris, on savonne avec soin les téguments qui recouvrent l’articulation lésée : sui’ la face palmaire se développent des groupes cohérents de vésicules. Frictions du 10 au 14 avec l’onguent mercuriel belladoné.
Le 15. Sur les limites du vésicatoire, on voit une série de petites vésicules : le lendemain, l’avant-bras tout entier est gonflé, chaiid, rouge. Le simple toucher est douloureux ; par la pression on creuse des godets. Cette sorte d’œdème se termine par un contour assez net à l’origine du bras. Ce pseudoérysipèle pâlit dès le 17 février ; il disparait complètement après trois jours.
L’arthrito du poignet et la tuméfaction des tissus circumvoisins ne se modifiant pas, injections de morphine (0,01J, puis compression à l’aide de la ouate.
Le 22. On lève l’appareil qui est à peine serré. — Cataplasmes laudanisés, après avoir mis la main et l’avant-bras sur une attelle pour obtenir l’immobilité. — Bromure de potassium, 2 gr.
Le 26. La main est toujours déformée par l’œdème; la jointure est moins gonflée, toujours douloureuse. — L’avant-
bras semble moins gros : on mesure à l’aide d’un lacs circulaire, et on constate un amoindrissement notable,
2 mars. Mensuration nouvelle.
La main droite est tovijours déformée par un cédènle occupant toute la face dorsale, aussi mesure-t-elle 1 centimètre de plus que la main gauche, au point d’attache d'ü pouce.
Côté droit. Côté gauche. -
Au niveau des apophyses styloïdos
36 li4
Au trois travers de doigt au -dessus. *
IS li2
A huit cuits des apophyses styloïdes ^
16 li2 17
A quatre travers de doigts des tubérosités
humérales
plus de 19
Au bras, il n’est pas possible de trouver de différence. Les téguments semblent plus épais cependant à l’avant-bras du côté malade. L’exploration du sens tactile permet de conclure à l’absence d’anesthésie. La maladé sent les deux branches du compas, armées d’épingle, à la même distance sur les deux avant-bras.
Voici les résultats de la mensuration de la peau doublée de son fascia cellulo-adipeux.
Côté droit. Coté gauche.
Sur la face dorsale, à 5 cent, de l’art 10 ft 7
plus haut.. ' plus de 12 0 !)
Sur la face palmaire ' li 0 8
Sur le bord interne. 13 10
Sur le bord externe 12 0 8
J’ai répété plusieurs fois la même opération aux points symétriques et j’ai toujours constaté une augmentation d’épaisseur du côté malade. Sur les bras le pannicule souscutané était gros, mais sans prédominance aucune au profit ou au désavantage du bras droit.
Le 6. Le travail digestif est très-lent, l’appétit presque nul. Eau de Spa, teinture de noir vomique avant les repas et élixir de pepsine.
Le 23. La malade se plaint de douleurs aux deux jambes On trouve un léger œdème limité à la moitié inférieure des membres. La peau est rouge à ce niveau, hyperesthésiée, car le simple contact est désagréable. Il semble que la teinte rouge est distribuée irrégulièrement, qu’il y a des îlots plus colorés, sans qu’il soit possible de reconnaître en ces points des plaques indurées :^on dirait d’un érythème noueux, sans nodosités.
Le 28. Les douleurs ont disparu, la coloration a pâli ; la malade peut marcher aisément, pas d’œdème.
2 avrü. Elle parle de douleurs entre les épaules : du côté droit, dans le segment inférieur de la poitrine, le son est plus obscur, le murmure vésiculaire plus faible. Certainement le tube correspondant du poumon fonctionne moins activement.
Le 5. Plus de douleurs interscapulaires. La respiration a ses caractères normaux. — Frictions sur l’avant-bras malade avec le baume de Pioraventi. — La tuméfaction péri-articulaire a beaucoup diminué.
Le 26 mars, la malade demande à sortir. Elle ne souflfre plus de son poignet : elle peut le mouvoir avec peine, dans les mouvements commnniqués, on ne trouve que des lignes de raideur avec quelques frottements rudes. La flexion des doigts est possible, quoique imparfaite. Le dos de la main est encore le siège d’un léger œdème, la peau de l’avantbras est pigmentée, les poils semblent plus noirs, plus développés. L’avant-bras est encore moins volumineux, bien que le pannicule sous-tégumentaire demeure plus épais, plus résistant.
La forme du début de l’arthrite du poignet chez cette malade est peu commune. D’emblée, la douleur est très-intense, et le mal semble se prolonger comme dans une tumeur blanche, où l’endolorissement est, en thèse générale, g’raduel et lent. Dans les manifestations rhumatismales franches, nous
avons pu voir plusieurs fois, ainsi que nous l’indiquait M. Gubler, combien la participation des g-aînes synoviales tendineuses à la maladie, modifie l’aspect des arthrites du poig*net. Au niveau même de l’articulation, le gonflement est sans doute apparent, mais il se prolonge sur la face dorsale de la main et cesse à 2 centimètres de la tête des métacarpiens. D’abord limité, il se répand d’une façon plus uniforme, et alors on peut annoncer la fin prochaine du mal. Pour notre malade la règle ne fut pas observée.
Le pseudo-érysipèle de l’avant-bras, l’érythème douloureux des jambes rappellent les congestions passagères et mobiles que l’on observe dans le cours du rhun}atisme. Brodie a décrit une affection douloureuse des articulations, accompagnée de rougeur et d’enflure, et survenant chez les hystériques. Pour lui, la douleur est le phénomène principal, elle provoque de la rougeur et du gonflement dans ces cas, tandis qu’à la face elle détermine le type convulsif.