III. — Réalisation expérimentale de lésions hépatiques
Nous avons déjà cité plus haut, à propos des hémorragies, le travail de notre collègue H. Brocarp sur les « Lésions du parenchyme hépatique consécutives à l’injection de toxiques minéraux au voisinage du système neuro-végétatif abdominal » (C. R. Soc. Biol., 22 juin 1935, p. 841). H. Brocarp a obtenu chez l’animal des lésions du parenchyme hépatique en déposant des produits toxiques dans des conditions analogues aux nôtres, soit au niveau du splanchnique gauche ou droit, soit au niveau des filets sympathiques de l’artère hépatique. Ces lésions sont identiques quel que soit le lieu d’inoculation. Elles ont été réalisées en des délais variant de dix jours à deux ou trois mois. Elles sont de trois ordres :
— atteinte du système réticulo-endothélial : tuméfaction et desquamation des cellules de l’endothélium des artères hépatiques, pouvant aller Jusqu'à l’oblitération. Prolifération et hypertrophie des cellules de Küpffer ;
— troubles du régime circulatoire : dilatations velneuses et sinusales. Les sinusoïdes apparaissent
gorgés de sang ;
160 LA CIRRHOSE HYPERTROPHIQUE ANICTÉRIQUE
— lésions cellulaires, qui peuvent être de deux types : — hépatite diffuse à prédominance péri-portale, — hépatite nodulaire, par îlots de dns cence cellulaire.
L'irritation du système neuro-végétatif abdominal est donc capable d’entraîner des réactions hépatiques importantes. Nous avons vérifié que, comme on pouvait sy attendre, l’irritation du sympathique splénique obtient des résultats absolument comparables.
Au cours des expériences.de courte durée (acétate de plomb ou liquoïde), les lésions observées sont en rapport avec des troubles du régime circulatoire ou avec une atteunte du système réliculo-endothélial. Exemple :
Cobaye 46/14 : reçoit le 10 novembre 2 mgr. d’acétate de plomb au contact de l’artère splénique.
Mort le 12 novembre avec des hémorragies gastriques.
Le foie est macroscopiquement normal. Au microscope, on obsérve une image de stase hépatique. Dilatations veineuses et des sinusoïdes, foyers apoplectiques avec dissociation des travées hépatiques par les globules rouges. Tuméfaction des cellules de Küpffer. Tuméfaction des cellules de l’endothélium des artères hépatiques (voir fig. 10).
Au cours des expériences de durée prolongée peuvent apparaître des lésions cellulaires. Nous n’avons malheureusement pas eu recours pour les analyser, à des techniques d’histologie fine (coloration du chondriome, de la réticuline).
La majorité de nos animaux présente un aspect histologique sur la signification duquel nous n’osons pas nous prononcer. Nous voulons parler d’un état clair généralisé des cellules hépatiques, à prédominance périportale et sous-capsulaire. Le protoplasme cellulaire paraît homogène et 1l prend mal le colorant. C’est, sur-
RECHERCHES EXPÉRIMENTALES 161 tout, la systématisation péri-portale parfois très nette de cette clarification cellulaire qui nous inclinerait à y trouver l’expression d’un premier stade d’hépatite dégénérative diffuse.
FiG. 10. — Foie de cobaye ayant recu de l’acétate de plomb dans le sympathique splénique.
Enormes dilatations vasculaires (V). Hémorragies intra-tissulaires (H) dissociant complètement les travées hépatiques. A l'extrémité de la coupe, on remarque une zone complètement nécrosée (N). En T : tissu hépatique à peu près normal.
Mais bien plus significatives sont les lésions d’hépatite dégénérative parcellaire présentées par exemple par le cobaye 41/40 (voir plus haut).
P. FRUMUSAN ; 11
En dehors d’une stase sus-hépatique légère, on note chez cet animal la présence de quelques tlots lumphoïdes péri-portaux et surtout de nombreux îlots de nécrose, à systématisation péri-portale avec in filtration dense de polynucléaires (voir fig. 11).
F1c. 11. — Hépatite dégénérative parcellaire (cobaye 41-40).
Enormes dilatations vasculaires (V). Ilots de nécrose (N). En I : infiltrat leucocytaire péri-portal.
L'injection de substances toxiques dans le sympathique splénique entraîne done les mêmes réponses hépatiques que l’injection de toxiques dans le tronc du
splanchnique ou dans le sympathique du foie luimême.
gi
mx
Arrivé maintenant au terme de cette étude expérimentale, nous pouvons conclure qu’un ébranlement nerveux au niveau des filets sympathiques de la rate entraîne un triple retentissement, digestif, splénique et hépatique
— retentissement digestif : c’est le plus frappant. Hémorragies de la muqueuse, sans rupture vasculaire ;
— retentissement splénique : infarctus ou dilatation des sinus veineux, hémato-macrophagie, prolifération endothéliale :
— retentissement hépatique : stase lobulaire, foyers apoplectiques, réaction réticulo-endothéliale.
Que cet ébranlement devienne chronique et l’on voit apparaître en outre l’altération du tissu noble des deux glandes : sclérose pulpaire pour la rate, hépatite dégénérative diffuse ou nodulaire pour le foie.
Ces constatations expérimentales nous autorisentelles à proposer une théorie sympathique des splénopathies cirrhogènes comme elles nous avaient conduit à proposer une théorie sympathique des hémorragies digestives d’origine splénique ? En ce cas, le rôle du système neuro-végétatif abdominal ne se bornerait pas à celui d’un intermédiaire entre la rate et les vaisseaux gastro-duodénaux. C’est par son canal que l’intoxication ou l'infection hypothétique, que nous sommes obligé de supposer à l’origine de la maladie, arriverait à adultérer le parenchyme splénique. C'est par son intermédiaire également que la rate malade agirait secondairement sur le foie. Que la rate retentisse sur le foie par un mécanisme sympathique, c'est après tout
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une hypothèse qui n’est pas plus invraisemblable que celle qui suppose un mécanisme circulatoire humoral. Les deux glandes n’ont pas seulement une communauté de régime circulatoire, mais une communauté d’innervation. L'exemple de la maladie de Wilson est là pour montrer la réalité des altérations cirrhotiques hépatiques en rapport avec une lésion du système nerveux.
Tous les auteurs sont d’accord pour insister sur l’importance du rôle joué par le tissu réticulo-endothébal dans les cirrhoses en général, dans les splénopathies cirrhogènes en particulier. Les travaux de RerLzzy et ses collaborateurs montrent par ailleurs l’interdépendance extraordinairement intime du tissu réticulé et du système sympathique : le premier constitue véritablement le reflet du second. Nous aurions volontiers tendance à admettre que la maladie qui fait l’objet de ce mémoire, est dans son essence, une maladie neuroréticulaire.
Diagnostic positif.
Pour porter le diagnostic de cirrhose hypertrophique anictérique, on se fondera surtout sur les éléments sui-