‹ Sur une forme particulière du spasme de la glotteChapitre 4 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le spasme de la glotte est surtout une affection de l'enfance. Elle est en effet rare chez l'adulte et nombreux sont les étudiants qui ont achevé leur stage hospitalier sans en avoir vu un seul cas dans les services ordinaires des hôpitaux. Chez les enfants au contraire, elle est relativement fréquente et tous les médecins connaissent le stridor inspiratoire, qui effraie tant les mères.

Les auteurs distinguent habituellement deux variétés de spasme de la glotte. L’une, de beaucoup la plus fréquente, dite forme symptomatique, n’est qu'un phénomène accessoire, surajouté à une maladie de l’enfant.

On la trouve fréquemment par exemple, associée à la laryngite diphtéritique, à la coqueluche, à la laryngite striduleuse, parfois à la broncho-pneumonie, à l’adénopathie trachéo-bronchique, à l’éclampsie, etc. Nous laisserons de côté cette forme, dont la connaissance de l’étiologie est rendue facile par le diagnostic de la maladie causale, pour ne nous occuper que de la seconde. Celle-ci, beaucoup plus rare, est

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généralement inexpliquée ; d’où le nom de spasme de la glotte « essentiel » que lui donnent les auteurs. Cette forme que nous envisagerons dans ses points les plus intéressants, a jusqu'ici été considérée comme une maladie bien définie. Elle constitue une de ces nombreuses entités qui disparaissent peu à peu devant les progrès réalisés dans la recherche des causes et de la pathogénie des maladies. C'est ainsi que le spasme essentiel du larynx se réduit de plus en plus à la valeur d'un symptôme, traduisant simplement la répercussion laryngée d’une affection concomitante.

Dans ce travail après avoir montré comment, dans le cours des siècles passés, on expliqua ce spasme, nous en donnerons un rapide aperçu, résumant les notions indispensables sur les symptômes et la marche de l’affection. Puis nous examinerons parmi les principales conceptions émises, celles qui actuellement paraissent le plus en faveur.

Nous ne dirons que peu de chose des opinions de Kassovitz, et de West et Comby, qui furent l’objet de thèses antérieures de la part de Joly et de Fontan pour examiner de plus près celle d'Escherich. Ensuite en un chapitre spécial, nous essaierons de montrer la relation étroite qui existe dans la plupart des cas entre le spasme glottique et les végétations adénoïdes du pharynx nasal, relation qui na pas été assez remarquée, et que M. le professeur Weill a observée très fréquemment chez le nourrisson.

Définition. — Historique.

« Le spasme essentiel de la glotte est une affection spéciale des nourrissons, caractérisée par des accès intermittents de convulsions des muscles adducteurs des cordes vocales (1). »

Hippocrate (2) est le premier auteur qui nous ait laissé dans ses écrits quelques documents sur ce qu'il appelait |” « asthme des enfants ». Et il est probable que cette affection, qui, écrit-il, se présente dans les villes pendant l'hiver, n'était autre que le spasme de la glotte.

Lorsqu'on étudie, dans les ouvrages des anciens auteurs, les maladies pulmonaires et en particulier celles qui sont accompagnées de dyspnée, on est frappé de la grande confusion qui a régné dans leur diagnostic et dans leur classification, confusion qui a régné jusqu’au milieu du siècle dernier.

Jusqu'à Home, en effet, toutes les maladies aiguës des voies respiratoires, caractérisées chez les enfants par une forte oppression, et suivies d’une mort

A) E. War : Précis de médecine infantile, 2° édit. (sous presse). (2) Hippocrate : Fœsù Francof, 1621, p. 281.

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rapide, étaient attribuées au catarrhe suffocant. Home en 1763 commença à mettre un peu de lumière dans ce chaos, en isolant les symptômes du croup, et en faisant connaître l'existence des fausses membranes.

C'est l’Anglais Millar le premier, qui, en 1769, dans un mémoire d'ailleurs fort embrouillé et d’une imprécision extrême, décrivit le spasme de la glotte, auquel il donna le nom de asthma acutum et chronicum. Puis, un demi-siècle après, l'affection fut étudiée, toujours en Angleterre, par une série d’auteurs célèbres, dont les principaux sont Hamilton (1813), Clarke (1815), Cheyne (1819).

Sur le continent, il semble que le spasme de la glotte dit « essentiel » ait passé inaperçu jusqu'en 1817, époque à laquelle, en Allemagne, Eberhard le décrivit, en l'appelant singularis infantum apnæa periodica.

La symptomatologie de l'affection était dès lors suffisamment connue. Restait à en déterminer la pathogénie et les causes, problème des plus complexes si l’on envisage la longue série des théories explicatives qui depuis cette époque se succédèrent jusqu'à nos jours; théories dont la majeure partie contiennent leur part de vérité.

En 1836, Ley (1) mit en avant cette idée que l'hypertrophie des ganglions du cou et du médiastin était l’origine de cette affection.

Puis Goodhart et Steffen reprirent l’idée de Ley, mais y apportèrent des modifications importantes.

(1) Lay : An Essay on Laryngismus, London, 1836.

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Goodhart (1), le premier, fait intervenir la notion de rachitisme. Il considère le spasme laryngé comme ayant une origine centrale lorsque le rachitisme est très accentué. Lorsqu'il n’est que peu marqué, il serait dû à « l’irritation réflexe provenant de l’excitation des terminaisons du vague par les ganglions médiastinaux hypertrophiés » (2).

Steffen (3) admet la thèse soutenue par Goodhart, maisil la considère comme loin d’être universellement applicable, et il est évident qu'il ne l’adopte que faute de mieux. De plus, il pense que la nature paroxystique de l'affection provient des variations circulatoires qui acecroissent ou diminuent la taille des ganglions, et font varieren conséquence leur pression sur les nerfs. Mais cette explication est en défaut pour expliquer certaines phases du spasme glottique, et de plus, elle est justiciable, de même que celle de Goodhardt en ce qui concerne l'explication réflexe, de l’objection fondamentale faite à la théorie de Ley.

Puis vient Marshall Hall (4) qui, reprenant sa fameuse théorie réflexe, l’applique au spasme de la glotte. Pour lui, le laryngospasme est toujours d'origine réflexe, que le point de départ en soit dentaire, gastrique ou intestinal. Le centre de ce réflexe est dans la moelle ; etles voies centripètes et centrifuges sont indiquées dans le tableau suivant que nous empruntons à Gay.

(4) Goopmanr : Diseases of Children.

(2) Gay : Laryngismus, Brain, vol. XII, 1890.

(3) Srerren : Ziemssen’s Handbook, vol. XIL.

(4) Marsnazz Hazz : Diseases and derangenients of the nervous system, p. 71. d

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NERFS SENSITIFS NERFS MOTEURS (voies centripètes) CENTRE (voies centrifuges) Trijameau (dents). . . . . Moelle Récurrent.

Pneumogastrique (estomac). — Intercostaux.

Spinal (intestin). . . . . . — Diaphragmatiques.

Gay (1) estime que cette théorie marque un progrès considérable sur les précédentes, et peut être acceptée comme une explication suffisante de beaucoup de paroxysmes.

En 1838, Kopp, en Allemagne, reprenant une très ancienne opinion qu'au xvirr' siècle avaient timidement avancée Richa, Verdriès'et P. Franck, prétendit que le spasme respiratoire n’était que le résultat de l’hypertrophie et de la dégénérescence du thymus et, en conséquence, le baptisa asthmethymique. Cette façon de voir recueillit rapidement un grand nombre de partisans qui donnèrent même à l'affection le nom d'asthme de Kopp. Mais les Anglais se refusèrent toujours à l’adopter, persévérant à tenir le spasme de la glotte pour une « convulsion partielle ».

Kn somme, en ce moment, il était impossible de savoir à quoi s en tenir, et l’accord était trop difficile à faire entre une série d'observateurs qui confondaient sous le nom de spasme de la glotte les affections les plus différentes, « comme le laryngospasme essentiel, la laryngite striduleuse, les crises de dyspnée de l’adénopathie trachéo-bronchique » (Marfan) (2).

(4) Gay : Loc. cit.

(2) Marran : Laryngospasme essentiel, in Traité des maladies des enfants, GRANcuER, Marran et Comay, ete., t. III,

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A cette époque, les Français, qui jusque-là s'étaient peu occupés de la question à cause de la rareté dans notre pays de l'affection qui nous occupe, viennent apporter un contingent de faits bien observés et éclaircir la discussion.

En 1835, Constant publie une remarquable observation dans le Bulletin de thérapeutique.

En 1838, Barrier, le premier, en présente l’histoire dans le Dictionnaire de Médecine (t. XVI, Paris, 1838).

En 1845, Rilliet et Barthez (1) publient plusieurs observations et un article où ils signalent la coexistence fréquente du spasme de la glotte et de la tétanie.

En 1845, Trousseau montre que l'affection n’est qu'une convulsion partielle, comme l'avaient bien vu les auteurs anglais. De plus, pour lui, cette convulsion ne siège pas uniquement dans le larynx (spasme de la glotte proprement dit), mais occupe, au contraire, tout l'appareil musculaire de la respiration.

Aussi lui donne-t-il le nom de conpulsion partielle des muscles respiratoires. En même temps, il établit que l’hypertrophie du thymus (Kopp) n'est pas rencontrée très souvent dans les cas de mort par spasme de la glotte, et aussi que, dans les cas où le thymus est hypertrophié, cette hypertrophie n’entraine pas nécessairement la coexistence du laryngospasme.

En 1847 parait à Paris la remarquable thèse d’'Hérard (2) qui produit une grosse impression. Il

(A) Razer et Barrez : Traïlé des maladies des enfants, 2: édit., t. IIT, p. 498.

(2) HérarD : Thèse de Paris, 1847,

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