‹ Sur une méthode de traitement des abcès subaigus et chroniques des hemisphères cerebrauxChapitre 6 sur 9 · II. — Le développement de l’abcès cérébral · texte numérisé non relu

II. — Le développement de l’abcès cérébral

Lors de notre intervention dn 26 Octobre 1935, nous avons enlevé un abcès du cerveau, et nous en avions laissé un. Lors de notre intervention du 13 Février 1936, nous en avons retrouvé deux. Il s’en était reformé un, exactement à la même place que celui que nous avions extirpé. On peut discuter sur son origine. Fragment laissé en place, insuffisamment carbonisé, ou inoculation du cerveau par du pus répandu. Ce qui est certain, c’est qu’en trois mois et demi, il s’était reconstitué dans le lit du premier, un abcès ayant des caractères presque identiques à celui-ci. Il était de même forme, petite poire d’un volume de 60 cmc. environ, avec une sorte de queue, plongeant dans la région olfactive et y adhérant. Celui-ci n’adhérait pas à la faux, et cela facilita grandement son extirpation. Il avait avec l’abcès profond les mêmes rapports que le précédent. Son contenu était du pus jaune, lisse, dans lequel existait du staphylocoque vivant. Sa paroi était sensiblement de même épaisseur, environ 1 cm. 5, que celle du premier abcès et que celle de l’abcès profond. Ce qui tend à montrer que l’épaisseur de la paroi dépend moins du temps que des réactions individuelles à un microbe donné.

Quelle a été l’évolution clinique de cet abcès ?

Entre la première intervention (26 Octobre 1935) et la seconde (13 Février 1936), il s’est écuolé un peu plus de cent jours (fig. 25).

Si nous mettons de côté les dix premiers jours, qui correspondent à la période post-opératoire, il reste un peu plus de 90 jours, c’est-à-dire trois mois. Ces trois mois peuvent être divisés en deux périodes secondaires : une, étendue du 10 Novembre au 18 Décembre, et une autre, du 18 Décembre au 13 Février.

Du 10 Novembre au 18 Décembre, il n’existe aucun phénomène d’hypertension intra-cranienne : l’apyrexie est complète, l’état général est excellent; la jeune fille a bonne mine, prend du poids. Elle se lève chaque jour, circule. Et cependant, il se développe un abcès du cerveau. Il est vrai que le crâne est ouvert et que le cerveau est vacciné. Cela ne suffît pas cependant, puisque au bout de cinq semaines la collection va se manifester. (Il est vrai de dire que les signes sont peut-être communs aux deux collections, l’ancienne et la nouvelle.)

Le 18 Décembre, on note une ascension thermique à 38°, 8 avec céphalée, nausées, soulèvement du volet. Depuis trois jours déjà la jeune fdle avait moins d’entrain, devait se forcer pour manger, se sentait fatiguée. A partir de ce moment et pendant dix jours la température reste élevée. Pendant quatre jours, elle se tient au voisinage de 38°, puis pendant trois jours elle fait des oscillations de plus d’un degré autour de 38°. Progressivement alors, les oscillations deviennent moins amples. Il faut près de deux semaines pour que la température revienne à la normale. Durant ce temps, le volet est soulevé; il existe de la céphalée, des vomissements, de la raideur de la nuque, l’appétit est nul, la malade est pâle. Comme on le voit, troubles

dus à l’hypertension et troubles de l’état général coexistent. La ponction fait encore disparaître pour un temps les deux sortes de phénomènes. Mais jusqu’à la dernière intervention intra-cérébrale, poussent de temps à autre des clochers thermiques, qui sont l’indice que le feu couve sous la cendre et que les collections ne pourront plus longtemps être supportées.

Phénomènes d’hypertension, troubles de l’état général — sans phénomènes méningés ou encéphalitiques — peuvent être les seuls signes par lesquels se manifeste une collection intra-cérébrale, dont le développement a été d’abord latent.

S’il est vrai qu’il y a des abcès cérébraux dont les manifestations sont d’abord bruyantes, puis deviennent latentes, il est vrai que certains abcès cérébraux longtemps latents peuvent devenir bruyants, puis procéder par poussées successives à la façon de certaines endocardites.

Il ne faut pas nécessairement compter sur l’évidence de la cause, sur les phénomènes méningés ou encéphalitiques, pour faire penser à un abcès. La céphalée, la torpeur, l’anorexie avec pâleur, la fièvre, en sont les meilleurs signes révélateurs; l’hyperémie papillaire et la stase en sont les signes de diagnostic décisif.

Remarques au sujet du traitement.

Le traitement a consisté à traiter la sinusite et l’ostéomyélite frontales; à traiter la collection intra-cérébrale; à traiter les abcès extra-duraux de la première et de la dernière période; à traiter l’ostéite du volet.

Le traitement a été avant tout chirurgical. Cependant, il y a été joint un traitement bactériothérapique, un traitement chimiothérapique.

Traitement chirurgical. — Nous laissons de côté celui de l’ostéomyélite frontale qui n’a eu rien de particulier, pour insister sur le traitement chirurgical de la collection intra-cérébrale.

Il a consisté en décompression par volet sans ouverture de la dure-mère, puis par ponctions, et cela à la deuxième et à la troisième phase de la maladie.

Il a consisté finalement en extirpation d’une première poche, enfin des deux poches, sans drainage.

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