‹ Sur une méthode de traitement des abcès subaigus et chroniques des hemisphères cerebrauxChapitre 7 sur 9 · I. — Décompression · texte numérisé non relu

I. — Décompression

A. Volet. — La décompression a été obtenue par la taille d’un large volet fronto-pariétal, à large pédicule antérieur.

Bien que la dure-mère n’ait pas été ouverte — et elle ne doit pas être ouverte — la décompression est obtenue très rapidement. On a l’habitude de dire qu’un volet sans ouverture de la dure-mère ne décomprime pas, nous l’avons entendu dire maintes fois à de grands neuro-chirurgiens.

En fait, la décompression est obtenue puisque les effets de la compression disparaissent.

A une période où il n’existe plus d’hématome, on peut suivre de la vue.

VINCENT, DAVID ET ASKENASY

du doigt, sur des radiographies (fig. 18) comment se fait la décompression; le volet se soulève d’une façon progressive, poussé par la dure-mère, ellemême poussée par le cerveau et la collection qui se développe dans le sens de la moindre résistance. A la façon dont se fait le soulèvement du volet, on peut suivre le progrès de la décompression, mais aussi les progrès de la compression. Plusieurs fois, nous avons pu prédire que la jeune fdle devrait être ponctionnée le lendemain ou le surlendemain.

Après la ponction, le volet s’affaisse immédiatement. En général, il remonte très vite; souvent le soir même de la ponction, il a repris la place qu’il occupait le matin, avant la ponction. Mais on sent que la pression qu’il subit est moins forte. De fait, les accidents de compression mettent sept, huit jours à se reproduire.

Les effets de la décompression par le volet sont évidents. Quelques jours après la taille du volet, la jeune fdle était transformée. Elle pouvait se lever, vivre heureuse. On peut dire que durant quinze jours , le volet décompressif a rendu latent un abcès du cerveau à évolution très rapide.

Puis quand le volet décompressif eut donné à l’abcès et au cerveau tout l’espace qu’il pouvait donner, les troubles reparurent.

C’est alors qu’à la décompression par le volet, on ajouta la décompression produite par les ponctions.

B. Ponctions. — Il fut pratiqué en tout six ponctions : quatre à la deuxième phase de la maladie, avant la première intervention intra-cérébrale; deux à la troisième phase avant la deuxième intervention intra-cérébrale.

La première ponction est faite le jour où le volet fut taillé et rabattu. Après incision de la dure-mère de quelques millimètres, le trocart mousse de Cushing permit de reconnaître l’abcès à moins d’un centimètre de profondeur, de prendre la notion que la paroi de la collection n’avait pas l’épaisseur et la résistance suffisantes pour l'ablation en masse; de vider en grande partie le pus. La boutonnière durale antiseptisée et fermée, le volet fut remis en place, la peau suturée.

La seconde ponction fut faite environ un mois et demi après à travers la peau en utilisant un trou de trépan de la base du volet. Pour cette ponction, nous nous sommes servis d'une aiguille dont la pointe très mousse perfore péniblement la peau. Elle a l’avantage de donner une notion plus exacte de la résistance de la paroi de l’abcès, qu’une aiguille très effilée. Les diverses ponctions montrèrent une résistance progressive de la coque de l’abcès; la dernière nous indiqua que l’abcès pouvait être enlevé.

Chaque ponction affaissait le volet, nous l’avons dit. Nous avons dit aussi que le soulèvement se reproduisait très vite.

Chaque ponction était suivie d’une amélioration évidente de l’état de la malade. Cependant, il faut distinguer les résultats des ponctions faites avant la première intervention intra-cérébrale des résultats de la ponction faite avant la seconde.

Avant la première intervention, chaque ponction amenait une véritable transformation de l’état de la malade. Cette transformation était très rapide. Elle se faisait sentir presque au maximum dès le lendemain de la ponction.

Il paraissait évident que son action décompressive, c’est-à-dire mécanique, était plus importante que l'action antitoxique due à la suppression d’une certaine quantité de pus.

Avant la seconde intervention, la première ponction pratiquée à la fin d’une poussée parut transformer un état aigu en état subaigu. L’action mécanique fut évidente, mais d’étendue moindre que lors des premières ponctions. Il semblait bien que le volet, les ponctions, commençaient à avoir donné tout ce qu’ils pouvaient donner et qu’il allait falloir faire autre chose.

Quoi qu’il en soit, l’action décompressive des ponctions s’ajouta d’une façon évidente à l’action décompressive du grand volet.

En résumé, la décompression sauva la vie de la malade en lui permettant de vivre sans grand dommage avec des abcès cérébraux, jusqu’au moment où il fut possible de pratiquer leur ablation en masse. Anatomiquement, elle fit probablement évoluer les abcès vers la convexité cérébrale, c’est-àdire en sens inverse du ventricule latéral; elle donna à la paroi de l’abcès le temps de s’épaissir et de s’organiser pour avoir une résistance suffisante à l’ablation.

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