‹ Sur une nouvelle méthode pour déterminer la chronologie des dialogues de Platon [microform]. Mémoire lu le 16 mai 1896, à l'institut de France devant l'Académie des sciences morales et politiquesChapitre 2 sur 3 · DE DÉTERMINER LA CHRONOLOGIE DES DIALOGUES · texte numérisé non relu

DE DÉTERMINER LA CHRONOLOGIE DES DIALOGUES

Le problème de la chronologie des œuvres de Platon a été souvent dénoncé comme insoluble, à cause du manque à peu près complet de témoignages directs, procédant soit de Platon lui-même, soit de ses disciples. Cependant, pour rintelligence même de la philosophie de Platon, il est indispensable d'avoir une idée précise de la succession de ses écrits. 11 a changé d'opinion sur beaucoup de points durant les cinquante ou soixante années de sa carrière littéraire. Il est impossible de construire un système de platonisme sans contradictions, si l'on veut tenir compte de tout ce que Platon a écrit, sans distinguer les dates. Certains savants ont cru pouvoir simplifier le problème en ^ niant l'authenticité d'un grand nombre de dialogues. Mais ce procédé n'aboutit pas à aplanir les difficultés, tant qu'on maintient l'authenticité au moins de la Républiqice et du Phédon d'un côté, des Lois et du Timée de l'autre. Il faut donc affronter le problème de la chronologie dans toute sa complexité, comme l'ont fait la plupart des historiens allemands de la philosophie, et il n'est plus permis de l'envisager comme secondaire.

On serait excusable de se désintéresser de la chronologie des dialogues, si ce problème était réellement insoluble. Mais il y a une raison objective pour en affirmer la solubi-

lité, c'est la croissante harmonie des résultats obtenus par difïérentes méthodes.

Cette harmonie, qui s'est manifestée surtout pendant les trente dernières années, n'a pag encore été indiquée et démontrée comme elle mérite de l'être; cependant elle existe, et avant d'aborder l'explication d'une nouvelle méthode qui l'augmente encore, je dois insister sur Tidentité des résultats déjà obtenus. Du moment où cette identité sera reconnue, on écartera comme incompétent tout ouvrage sur la philosophie de Platon qui ne sera pas basé sur une connaissance scientifique de l'ordre dans lequel il a composé ses principaux ouvrages.

La philosophie de Platon ayant aujourd'hui surtout un intérêt historique, il faut en connaître l'origine et le développement, au lieu de se limiter à en saisir les doctrines saillantes, dont quelques-unes ont été abandonnées par Platon lux-même de son vivant.

On attribue généralement à Tennemann le mérite d'avoir inauguré les recherches sur la chronologie des œuvres de Platon.

Tennemann a beaucoup contribué à établir une hypothèse fortement ébranlée par les recherches ultérieures, et cependant encore actuellement maintenue par Edouard Zeller, à savoir que Platon a écrit les dialogues qu'on nomme dialectiques par excellence, le Sophiste, le Politique et le Parménide, peu de temps avant la mort de Socrate, sous l'influence de l'École de Mégare, où, d'après certaine tradition, il aurait séjournjé quelque temps, vers la trentième année de sa vie. La question de savoir quand Platon a écrit ces dialogues dialectiques est d'une importance capitale pour toute la chronologie des œuvres de Platon, car les dialogues dialectiques forment le contraste le plus frappant avec un autre groupe, qu'on pourrait nommer les dialogues poétiques par excellence, formé surtout par la République, le Phédon et le Banquet,

Si on bavait- lequel de ces deux groupes est le plus récent on aurait une indication générale de la direction prise par le développement de la pensée de Platon, et ou gagnerait un point de départ pour juger les autres dialogues.

Tennemann, ainsi que Schleiermacher et Hermann, malgré les nombreuses divergences qui les divisent pour d'autres questions de détail, s'accordent à regarder les dialogues dialectiques comme des œuvres de la jeunesse de Platon, et les dialogues poétiques comme écrits plus tard.

Ast, qui avait passé une grande partie de sa vie à commenter, éditer et étudier Platon, est arrivé à douter de l'authenticité des dialogues dialectiques, ne pouvant se résoudre à les placer avant les dialogues poétiques.

Plus tard, Suckow (1855) et peu après aussi Munk (1856), ont attribué les dialogues dialectiques à la vieillesse de Platon, mais en se fondant sur des raisonnements assez étranges et peu convaincants.

Le travail très érudit et consciencieux de Susemihl maintenait, quant à la relation mutuelle des dialogues poétiques et des dialogues dialectiques, l'ancienne tradition de Schleiermacher et Hermann.

Ce n'est qu'en 1861 que le problème de la chronologie fut traité pour la première fois par un logicien, et les résultats obtenus confirmèrent l'ancienne vérité, qu'une bonne méthode est l'instrument le plus puissant pour la solution des problèmes compliqués. Ce logicien, Ueberweg, n'avait pas autant d'éruditiou philosophique que Hermann, ni autant de talent herméneutique que Schleiermacher, ni une connaissance aussi intime du langage de Platon que Ast, mais il avait une bonne méthode, savait se préserver du jeu de son imagination et distinguer le vraisemblable du possible. Trop souvent une simple possibilité avait été érigée en probabilité, une probabilité en certitude. Ueberweg a écarté tous les arguments dont la probabilité

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