LE COMPLÉMENT
L'élément essentiel de la réaction de Bordet et Gengou est le complément. Qu'est-ce donc que cette substance un peu mystérieuse ou plutôt ce groupe de substances, puisqu'on connaît au moins quatre facteurs différents dont l’action combinée explique l'effet complémentaire du sérum sanguin frais ? É
On appelle complément, (Erlich) ou alerine (Buchner) un ensemble de substances contenues dans tous les sérums qui complètent l’action de certains anticorps tels les hémolysines et bactériolysines. Cette action complémentaire déclenche la Iyse des hématies ou des bactéries sensibilisées par l’anticorps spécifique. Indépendamment de cette action complémentaire, l’alexine est aussi capable de se fixer sur la plupart des complexes antigèneanticorps. De ces propriétés, c’est l’action du complément sur les hématies sensibilisées par l’hémolysine qui constitue celle se prêtant le mieux à son étude (Bordet). On s'est, par exemple, très vite aperçu que cette propriété disparaissait lorsqu'on soumet les sérums frais à des traitements physiques ou chimiques variés et cela a permis de différencier les substances entrant en jeu dans l’action complémentaire, l'absence d’une seule d’entre elles suffisant pour faire disparaître toute activité. En précipitant les euglobulines du sérum frais (par dilution dans l’eau distillée légèrement acide), on divise le complément en deux parties :
— une fraction dite € euglobulinique » qui précipite (appelée aussi chaînon intermédiaire ou mid-piece) :
— une fraction qui reste dissoute, dite à tort € albuminique » (chaînon terminal ou end-piece).
La réunion des deux chaînons reconstitue le complément actif, chacun d'eux étant démuni de toute activité.
On peut donc déjà considérer que le complément est constitué par au moins deux composants : le chaînon intermédiaire et le chaînon terminal. Poussant plus loin cette analyse les auteurs modernes dénombrent quatre composants du complément désignés sous les symboles : C/r, C/2, C3 et C/4.
C'r se retrouve en entier dans le chaînon intermédiaire, C/2 passe en totalité dans le chaînon terminal. Ces deux premiers composants sont détruits par le chauffage du sérum frais pendant 30 minutes à 56° (inactivation). Mais il existe aussi deux autres composants qui résistent à ce traitement, ce sont les troisième et quatrième composants (C/3 et C/4) ; C/3 se trouve surtout dans le chaînon intermédiaire et C/4 passe en totalité dans le chaînon terminal.
Les deux composants thermo-stables se différencient d’après les substances qui les détruisent. C/3 est détruit par la zymase de la levure [1] ou par le venin de cobra [2], C/4 l’est par l’ammoniaque [3] ou les amines primaires [4].
L'action de ces diverses substances sur le sérum frais fait disparaître l’activité complémentaire qui réapparaît lorsqu'on ajoute du sérum inactivé par chauffage à 56°.
Des recherches récentes poursuivies par Ecker, Pillemer, Oncley et Cohn [5-6] ont permis d’élucider en grande partie la nature chimique des quatre composants. Ces auteurs obtinrent C/1, C/2 et C/4 à l’état purifié sous forme de protéines bien définies, en opérant par précipitation fractionnée du sérum de cobaye par le sulfate d’ammonium et dialyse. C/1 est une globuline dont la constante de sédimentation est de 6,4 et le point isoélectrique de pH 5,2-5,4. C2 et C/4 n’ont pu être séparés et constituent une muco-euglobuline apparemment pure et contenant 10,3 o/o de glucides, avec un point iso-électrique de 6,3-6,4. C/3 se retrouve dans toutes
les fractions et semble être un phospho-lipide ou une phospho-protéine.
PRINGIPE DE LA RÉACTION D'HÉMOLYSE SÉRIQUE
La réaction d’hémolyse sérique, c’est-à-dire l’hémolyse des hématies d'une espèce animale par un immun-sérum provenant d’une autre espèce est démonstrative du rôle du complément. On en connaît le principe (Bordet) [7] : si l'on prépare (par injections successives) un lapin ou un cheval contre des hématies de mouton, on obtient, après un certain temps, un
sérum qui, à l’état frais (c’est-à-dire contenant du complément), Iyse les
hématies de mouton. Ce sérum, chauffé pendant 30 minutes à 56°, perd sa propriété hémolytique, mais la récupère si on ajoute du complément sous forme de sérum frais d’un animal quelconque : en pratique on utilise surtout le sérum de cobaye et la réaction se fait dans les conditions optima si on opère à 37°. On appelle globules rouges sensibilisés des hématies traitées par du sérum hémolytique, décomplémenté, correspondant à l'espèce animale qui a fourni les globules : par exemple globules de mouton traités par un sérum hémolytique chauffé de lapin anti-mouton. Ces globules sensibilisés ont fixé l’anticorps hémolytique et sont utilisés en sérologie comme révélateur de la présence de complément qui seul peut déclencher la lyse de ces globules imprégnés de l’anticorps (que l’on appelle aussi
hémolysine, sensibilisatrice ou ambocepteur).