‹ Sur une route de cyprèsChapitre 15 sur 27 · TOMBEAUX D'ITALIE · texte numérisé non relu

TOMBEAUX D'ITALIE

Ksoffrels d'orgueil farouche, ô tombeaux d'Italie Qui bosselez aux murs de ma mélancolie Comme aux églises qui protègent vos moulures Votre lourd souvenir, glorieux d'aventures, Vous vivez à jamais dans mon âme fidèle Dont le doute par vous fut allégé d'une aile Qui la réveilla toute et la porta, ravie, Vers ces cendres d'un feu que regrette la vie, Tant l'effort acharné qui se conquit ces pierres Par sa fièvre vouée à dresser la matière Humaine en un beau marbre au Paros éclatant, Oppose sa grandeur calme à notre néant Et, devant nos yeux las, plissés d'indifférence, Détache gravement, sur un fonds de souffrance, Sa masse autoritaire, ardente et magnifique !

Blocs où se sont réduits tant de corps héroïques

Equestres et cabrés sous réclair de leur glaive, Seul lit des condottières où Vun deux s achève Veut-être encore sous sa cuirasse, ô reliques ! Tombes de T{imini, tombe du Colleone, Chapelles des Scala, diadème de Vérone, Vous surtout demeurez impérissablement Dans mon âme d'où fuit la tendresse, à pas lents, Ramenant son manteau trop mauve et trop pâli Sur sa poitrine tiède et que tout a meurtrie... Et je veux votre masse à jamais sur V ennui De vivre et quelle pèse, forte, et puis s'élève Pour arrêter Vélan fastidieux du rêve, Et, sur ce qui demeure en moi de trouble encor, Jusqu'à l'heure où mon souffle entrera dans ta mort, Turieux, mais content de ce désespoir même Qui l'aura rendu maître au culte de soi-même, Incruster pesamment, et frapper, svelte et haut, Le catafalque où dort Cane Signorio.

TOMBEAUX DES SACLA

A Henri de Régnier

. J els des aigles couchés pour mourir dans leurs aires, Plus forts que le travail funèbre du néant Par la beauté qui nimbe encor leur monument, Ils se sont achevés sous ces grands reliquaires.

Comme ils vécurent, forts et d'âme solitaire, Tels ils ont poursuivi le suprême sommeil; La Gloire les défend de son laurier vermeil ; La Mort n'a pas mêlé leurs cendres à la terre.

Ils possèdent enfin la paix des condottières

Que leur vie acharnée à vaincre refusa;

La ville que l'effort de leur race créa

Etend tout autour d'eux sa houle et ses poussières.

Ils s'incrustent au cœur de l'œuvre qu'ils tentèrent. Malgré la faux du temps, ils la veillent encor ;

La lance des Cane guette dans la nuit l'or Des astres que les lois du ciel leur consacrèrent.

Une majesté grave anime la matière Des ogives dont Varc s'amincit et s'élève Comme si quelque sombre et formidable sève Yivifiait sans fin ces vertèbres de pierre.

Leur orgueil indompté s attestant tutélaire Pèse jusqu'à nos jours l'empreinte de ses sceaux, Et Yérone apparaît faite pour leurs tombeaux Sur lesquels s'est cassé le croc du populaire.

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