‹ Sur une route de cyprèsChapitre 3 sur 27 · XVJ · texte numérisé non relu

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L+a Douleur, patiente au fond de chaque joie, T{ejoint d'une aile lente et sûre les vols bleus Qui s'essoraient déjà, libres et fabuleux, Y ers les rayons d'un astre apparu sur leur voie.

Sous le vol le plus fier dont V attaque s'éploie, Toujours un autre vol, sombre et mystérieux, T(épond à l'essai fou de se créer des cUux Par la nuit qu'il propose en l'espoir qu'on s'y noie.

Cependant, voyageur de l'espace incertain, Continue à monter dans ton propre destin, Curieux d'augmenter le péril des abîmes :

L'épervier, amoureux de l'azur infini, Dépassant les hauteurs où la terre finit, Voit son ombre bientôt s'évanouir des cimes.

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J\e laisse plus peser le flot de la tristesse Dans ton être saisi dès qu'il le sent venir Du plus profond de lui vers la rapide ivresse Que V Amour et la foie avaient pensé cueillir.

Y a ton chemin quand même et sans plus discuter ; N'arrête pas ton doute à chaque graine éclose ; Si tu demeures trop longtemps à méditer, Tu perds ta force et laisse en toi ton âme close.

T(ien ne vaut ton regret — rien n'y pourrait suffire ! Epuise donc la vie au plus vite et crois bien Que tes pas vers la mort s'aideront du délire Que ton âme sévère et fervente entretient.

La fleur que la rosée en tr ouvre dans l'aurore, Pourvu qu'elle soit belle et se caresse au vent, Insoucieuse du soleil qui la dévore, Se livre à son destin cruel languissamment.

Mais si ton âme fière a trop tôt reconnu 'Le néant du bonheur et l'éternel mensonge, Imite le cyprès dont le long fuseau nu Assombrit d'un cercueil l'onde où il se prolonge.

Sois maître du reflet funéraire et tragique Que trouble jusqu'au jour qu'il y meurt plus d'un cygne, 'Et, sur le lac du rêve au jardin romantique. Vois passer tes espoirs d'un cœur qui se résigne.

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Dans les soirs chauds et lourds où l'air se raréfie Quelque chose d'étrange émane de la terre Qui presque ferait croire à l'étrange mystère De vivre par delà la mort une autre vie.

'Le cœur, inassouvi d'avoir battu sans cesse Yers d'autres cœurs fermés à ses propres desseins, Se rêve un avenir selon les lendemains Qu'il espérait au temps de sa jeune paresse.

Les astres, incertains de transpercer l'orage, Comme voilés déjà d'humidité prochaine, Tiltrent une lueur si pâle et si lointaine Qu'elle parait rester aux grèves d'un autre âge.

La lune incurve un arc de cuivre jaune et passe 'Entre les peupliers lentement, lentement, Evoquant le décor d'un passé d'Orient Où des tambours battraient une retraite lasse.

Le ruisseau, sans murmure au long des berges grises, Coule comme un serpent qui se révélerait Par quelque tache, ici et là, et ses reflets Aux feux de trois maisons le long de Vende assises.

Tout est calme. Les yeux, fatigués par le jour, S'ouvrent avec repos dans l'ombre qui les baigne. Tout appelle à la paix. L'heure, sans qu'on la craigne, Promet de l'oubli tendre et conduit à l'amour.

Pourquoi donc même ici suis-je toujours brisé, Désireux d'avenir et ne pouvant y croire, L'âme vivante et fière et cependant si noire, Dégoûté du présent, fatigué du passé.

Que m'importe qu'un jour cette âme se soulève T\ecréer par delà le monde enfin mes vœux ? C'est ici que je suis ; c'est ici que je veux "Bâtir pour y chanter le palais de mon rêve.

Je me défends d'aller vers quelque au delà bleu. Lorsque ce me sera la minute dernière, Que la mort, lourdement, me scelle la paupière "Et me garde à jamais dans son sein ténébreux.

Et, s'il me faut quand même aider à ta puissance, 'Ne te sers pas de moi, Nature, pour des roses ! Que ma cendre longtemps, comme en une urne enclose, Monte dans un cyprès dire encor ma souffrance.

JVlonte longtemps vers moi des eaux et de la terre. De l'herbe, des jardins, des arbres, des forêts, Descends des monts, du ciel étoile de mystère "Et de la lune pâle où ma langueur se plaît, Ame de cette nuit douloureuse et profonde.

Perds-moi dans ce parfum vague qui vagabonde Au souffle de la brise à peine saisissable, Arrache-moi du cœur le dégoût dont il gronde Et, m' aidant à l'oubli, vaste nuit secourable, Comme un enfant qu'on berce endors-moi dans ton sein.

Pénètre de ta paix l'angoisse qui m'étreint, Inspire-moi ton calme, accentue mon mépris, Et permets-moi l'espoir en quelque lendemain Où je saurai que vivre a quand même son prix, — Surtout si ce qu'on cueille a fait saigner la main.

Jyéfléchis au laurier qui méprise la neige "Et, dédaigneux du sol enterré sous Vhermine Où persiste quand même à vivre sa racine, Grimpe fort et vivace au soleil qui V allège.

Sûr d'être jeune encor quand la chaleur abrège TJêmeraude des bois et celle des collines, Vers le ciel embrasé par les forges divines Il demeure. Jamais rien ne le désagrège.

A travers le printemps comme à travers l'automne, Que l'azur soit clément ou que l'orage tonne, Que l'aile du malheur t'ait ou non recouvert,

Conserve en toi, pour y mener rêver ta vie Quand l'heure pleure avec trop de mélancolie, Quelque arbuste de rêve au rameau toujours vert.

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