DANS UN BOIS DE CYPRES
La rose qui naissait au souffle du désir Amour! ne m'est plus douce et, comme empoisonnée, Augmente encor l'angoisse où mon âme étonnée Cherche à ne plus vouloir qu'un frisson de plaisir.
Mais ton vaste pavot violet dont mourir Plaisir! ne m'offre pas dans sa coupe évasée Cet oubli tendre et doux que cherche ma pensée, 'Lasse du vain espoir gardé par l'avenir.
Sombre lys sépulchral du cœur qui se connaît, Toi seul sais parfumer la Douleur, 6 T^egret ! Et je veux, ouvrier mélancolique, un soir,
Imitant la minceur longue de tes pétales,
Te ciseler dans du platine aux tons très pâles,
Pour y brûler l'Amour comme en un encensoir.
tT enêtre étroite dont les vitres dans Vébène "Encastrent leur clarté pâle où le givre luit, Je suis las d'accouder ma pensée incertaine Devant toi pour fixer une éternelle nuit.
T enêtre étroite et longue et qui semble un cercueil Qu'effleurent les cyprès, gardiens des sombres drames. Qui du fond des fossés de ce château de deuil Montent te poignarder de leurs funèbres flammes,
0 ténébreuse, ô toi, fenêtre de mon cœur, Quand donc sentiras-tu les brises du bonheur Dissiper l'ombre qui t'érigeait en miroir,
Et quand verrai-je enfin dans la nuit qu'elle entame
L'envergure d'une aile au battement d'espoir
Qui viendrait vers mon front mieux qu'une main de femm
Longs étuis pour l'âme souffrante.
Les cyprès font l'obscurité ; Leur ascension douce et lente Dresse de la sérénité.
Dans le vent comme un grand reflux Sur eux, tuyaux d'orgues muets, Ils sont l'orgueil qui ne sait plus Que son effort, à tout jamais.
Vagues cierges voués au deuil D'un culte profond et funèbre Pour lequel le silence cueille Une prière de ténèbre,
Ils sont étranges, fiers et doux ; Pinceaux de quelque éternité, Us paraissent, ainsi debouts, "Estomper V immobilité.
Ils fixent une larme d'ombre.
Ils dardent une flamme morte, Gardiens d'un catafalque sombre Dont l'horizon cache la porte.
Ils aident le travail austère Creusé de méditation "En fuselant dans la lumière Leur morne résignation.
Surtout ils poignardent V espace, Lames vainement obstinées Plaisant à la révolte lasse De Vâme qu'usent les années.
Et, tandis qu'ils veillent la lune, Leur velours épais, près des tombes, Enclôt dans la douceur nocturne Le roucoulement des colombes.
JV
Lorsque tu apparais au tournant de la Yie, Amour, tout se colore et notre désespoir, Apaisé tout à coup, élève Vostensoir Où brûle le soleil rouge de son hostie.
Un pardon prolongé s'éployant vers les choses Tombe comme un parfum du cœur prêt à fleurir ; Et c'est sur le passé, pour le faire mourir, Doucement, une lente ejfeuillaison de roses.
7/ semble que le monde ait perdu sa tristesse ; Partout drape un azur inconnu ; le bonheur Berce en un infini si vaste qu'on a peur, Un peu, de tant de joie et de tant de tendresse.
iZnfant qui ne sait pas ce que V Archer moissonne, Cueille chaque printemps, chaque été, chaque automne, Mais, tandis qu'une main feutre tout sous tes pas, Conserve-toi ton cœur et ne le donne pas.
-siutrefois les sentiers d'amour étaient plus doux ;
L'alérion du casque ombrageait de légende
Le rêve ardent et fier du chevalier jaloux
Qui savait se garder pour la suprême offrande.
Les bois ne cèlent pas quelque Brocéliande ! L'écho ne répond pas à V appel lent du cor ; Le magique château verl de la fée llrgande 'Ne déchiquette plus Vhorizon gris d'Armor.
La mer a revêtu les sapins de Cornouailles ; Les cloches sont trop loin sous Veau qui les endort ; Dans son filet tendu dont il fouille les mailles Le pêcheur du passé ne voit rien luire encor.
L'azur même à jamais garde Vêpervier d'or Qui sur le gant conquis s'abattait, pacifique, Battant des ailes vers le vainqueur de la mort Par-dessus les feuillets du rituel antique.
J on rituel à toi fleurissait un jardin Irréel, et s'offrait en roses parfumées ;
Mais ses pages, hélas ! ont été feuilletées
Trop vite, avec des yeux qui mentaient leur matin.
Lorsque tu t'en reviens après que l'âme lasse Amour ! a trop connu ton mensonge et ton jeu, Tout est éteint. Jl fuir trop loin de ce qui passe. Te T(êve, plume à plume, est tombé du ciel bleu.
A trop battre, le cœur s'est martelé dans l'ombre Une cellule morne à l'armure de fer "Et, dépouillé de tout ce dont l'Espoir encombre, Il écoute gronder son deuil, comme la mer.
Alors, en souriant, si la Vie encor chante, Il suit les nouveaux pas mêlés à son destin, Mais, tout en frissonnant vers celle qui l'éventé, Il murmure un aveu banal et reste loin.
JVlalgrê tant de désirs déblayant le chemin D'un souffle qui devait y susciter la mousse, Malgré V Amour chanté quand sa voix m'était douce, Je n'ai pas de bouquet à hausser dans ma main.
Tout ce que j'ai cueilli s'est effeuillé dans l'ombre Vers un lac de ténèbre où je recherche en vain Quelque pétale encor surnageant, incertain, Jusqu'à quelque château qui croule en lourd décembre.
Le long des eaux plus rien ne reste des demeures Où j'ai voulu jadis faire vivre mes vœux ; C'est bien le même sol, c'est bien les mêmes deux, Mais l'horloge du temps a marqué d'autres heures.
Mais la lande est déserte et gagne l'horizon Sans même d'arbre au loin pour cacher de l'espace; Sur l'implacable azur aucun oiseau ne passe Permettre à mon ennui l'espoir d'une chanson.
L'eau morte stagne, sombre, et, grave, s'alourdit. Chaque astre s'y reflète en un feu funéraire, Et le lac apparaît un grand drap mortuaire Jeté là sur un deuil vide comme la nuit.
JVlon deuil traîne partout son vague cimetière Mais sans qu'il se précise ou qu'il se fixe enfin ; Je le sens qui grandit ; mais si j'étends la main, Ma main ne heurte pas à quelque urne de pierre.
Si je rêve de loin prier près d'un cyprès Au pied duquel s'allonge un renflement de terre, 'Le cyprès se dérobe aux pleurs de ma prière ; Jamais je n'y accroche un peu de mes regrets.
Ah ! sentir de la mort terrible, franche et vraie, Et pleurer longuement en mâchant son mouchoir, Perdu dans un si vaste et certain désespoir Que plus rien ne vous touche ou ne vous en distraye!
Hélas ! dans mon malheur je songe à me survivre ! Je maudis ma tristesse et souffle sur sa cendre ;
Du fond des ravins noirs où je me vois descendre Je regarde les pics et leur élan m'enivre.
J'écoute si l'écho ne redit pas un cor Et, tout en attendant quelque voix inconnue, Yeilleur trop anxieux du poison qui le tue, J'épie aussi mon cœur et guette s'il est mort.
Sri on cœur bat, monotone et morne, en ma douleur, Comme un balancier rouge au tic-tac régulier, Comme un pendule lourd et cruel dont l'acier A chaque coup entrouvre un peu plus de malheur.
Je ne peux rien sur lui puisqu'il est tout moi-même, ]e sais qu'il s'usera, qu'à défaut du bonheur, Une paix triste et fière armera son ardeur Et le fera rêver de conquête suprême ;
Mais le temps est si long à fermer mes blessures, Ma solitude est telle et si lourde à porter Que souvent, dans la nuit, je m'entends appeler Par l'ange blanc qui veille au bord des sépultures.
Peu à peu, mon orgueil effrite son palais ; Chaque moulure rentre en elle ses rinceauxy Chaque fenêtre baille et simule un tombeau ; Je n'ose m' enfermer aux lieux où j'habitais.
Humilié, vaincu, je farde ma torture, Mais c'est afin que nul ne sache mon affront, T5t porté par l'espoir que, d'une balle au front, ]e tombe enfin bientôt dans quelque lutte obscure
VJ
le ne laisserai plus jamais rien de mon cœur
S'égarer vers la Vie en espérant en elle ;
Je resterai fervent de ma fièvre et fidèle
Aux pleurs chauds et salés dont brûle la Douleur.
Je ferai celle-ci très hautaine et farouche,
Si forte sous Varmure où je l'enfermerai,
Que tous se heurteront à son secret muré;
Puis chaque soir, f aurai ma bouche sur sa bouche.
Malgré tant de courage elle a su triompher ! Jusqu'à ce que l'action la brise de son aile Puisqu'elle enfin saura détruire la rebelle, Je veux m'en faire un morne et savant bouclier.
Car je la sens si forte en mon âme où tout l'use, Si tenace à ronger le métal qui l'étreint, Que de son sang jailli j'espère voir enfin Naître au bronze crevé la tête de Méduse.
JLa Mort derrière nous met ses pas sur nos pas, La Mort y à pas de loup, nous drape un manteau sombre. Sa faux découpe une aile aux feux d'argent sur V ombre ; La Mort chante partout et nous n'entendons pas.
Les monts tentent la foudre et V attirent vers eux Parce que leur roc ferme, et même s'il s'écaille, 'Eternellement maître, élève sa muraille Comme pour protester contre V ennui des deux.
Les arbres, jusqu'au jour où leur bois mort s' entr' ouvre, Tiennent tête à l'orage et, même fracassés, Savent encore avec leurs troncs enracinés T{espirer sous la mousse humide qui les couvre.
Mais Marsyas battu ne peut braver les lois Qui le sacrent trophée aux mains du Cilharède, Et, mort, il ne sait pas que sa dépouille raide Tait gémir sous le vent une branche des bois.
Mais lorsqu'il se refuse à l'amour trop propice Des Ménades, Orphée en tombant sous leurs coups,
"N'ose espérer qu'enfin, sous des baisers jaloux. Sa tête saignera dans les mains d'Eurydice.
Mais devant l'Océan à l'écume indomptée, 'Lorsque l'aigle descend, le bec dur vers sa chair, L'Ancêtre ignore encor que là-bas un feu clair Grandit au sol terrestre et le fait Prométhée.
La Vie en nous offrant sa coupe nous détruit ; Vendant que nous semons vers ses sillons, quand même, Les graines de nos jours, le meilleur de nous-mêmes, La Vie à bras ouverts nous trompe et nous poursuit.
K^haque trait envolé de mon arc avec lui Emporte un peu de moi dans ses courses lointaines; C'est avec de mon sang que j'ai collé les pennes Qui rythment son essor vers un astre en la nuit.
De tous les oiseaux bleus dont j'ai lissé les plumes, Bien peu sont revenus vers leur père anxieux ; Du haut de bien des pics j'ai fatigué mes yeux A guetter leur retour au plus profond des brumes.
Le Destin aime mordre au fruit qu'il sent bien né.
7/ cherche des lutteurs et, fatal, les entraîne. Et, si l'un d'eux triomphe un instant dans l'arène, Il V épuise d'un long supplice raffiné.
"Et je revois au loin s'en aller vers Colone Œdipe ; la douleur désormais le pétrit ; Le héros glorieux est un vieillard petit, Cassé sur le bâton que dirige Antigone.
Our le pont du vaisseau vers qui la mer moutonne L'Espoir, entre la Vie et la Mort, est debout; Ses marins abattus regardent l'avant où Le bras de la Victoire a perdu sa couronne.
vit
*/tu fond de Vexil solitaire où je recule Comme en un grand désert cachant sa nécropole. J'ai cherché le chemin poudreux de V Acropole Pour détacher son bloc sur notre crépuscule.
y ai veillé vers sa pierre et j'y ai lu longtemps Avec un tel espoir en Vâme d'Jiellènie Que je croyais entendre au loin son harmonie 'Briser des ondes d'or aux falaises du Temps.
Sous l'azur clair joignant la mer à sa coupole, L'horizon détachait des barques merveilleuses Où, comme autant de fleurs d'aube, majestueuses, Les voiles recueillaient la brise en leurs corolles.
Les arbres éveillés de leur sommeil souffrant Ouvraient leurs gaines à de jeunes femmes nues ; Les roseaux soupiraient des notes inconnues Sous les milliers de doigts qu'y égrenait le vent.
Une étoile montait du gouffre le plus noir. Le sommeil éternel épuré par le feu Semait un peu du corps au hasard du ciel bleu, L'urne au marbre poli défiait le désespoir...
Hélas ! sur V horizon quelle insulte et découpe La sombre croix latine évoque les grands bras De celui qui perdit pour des deux de trépas Le secret de VEros dont nous cherchons la coupe.
J oui parle de sépulcre ; et la mort apparaît, Sombre paveuse, aux mots dont s'incrustent les dalles ; La terre d'où jaillit l'élan des cathédrales "Est un grand cimetière où tout ment son apprêt.
Le jour où se baignaient jadis les chairs païennes Se décompose aux jeux compliqués des vitraux ; Le soleil dore en vain la pierre et ses arceaux ; Un froid humide plaque aux épaules humaines.
Une carie obscure insinue aux vieux os
La crainte des péchés dont ils voudraient le fruit ;
Te Plaisir, en rampant, rôde au fond de la nuity Tout voûté sous le poids de ses mille tombeaux.
L'homme tremble devant les balances du Doute, Et, dans son infamie, avec débilité, J^isque un rire timide et triste où la gaieté Carillonne en folie au détour de la route.
Te grand Sacrifié n'enseigne que la haine; Malgré l'orgue d'où fuit un vol d'ailes pâmées, Il voit avec effroi nos lyres méprisées Tendre à en éclater vers une joie humaine.
Déjà la pierre meurt et lézarde les murs; Tous savent le néant qu'enchâssent les reliques ; Le prêtre ne peut plus, quand montent les cantiques, Y perdre son tourment, hanté des jours futurs.
Cependant, sombre croix, nous t'adorons encor ! "Nul n'ose se targuer, malgré de beaux mensonges, De n'avoir pas laissé sourdre au fond de ses songes Un peu de l'alchimie étrange de ton or.
Dû que nous conduisions nos pas de pèlerins, Où que nous arrêtions Vennui de nos sandales, 'Nous souhaitons toujours de nouvelles escales 'Et retournons fixer les horizons marins.
"Notre proue effilée a fatigué V espace
De son bois anxieux, tenace et maraudeur ;
Mais Veau seule a miré V incertaine lueur
Qui vers le haut des mâts guide la mouette lasse.
Chaque môle aperçu dissipait vers le jour L'illusion de sa promesse et de son port; Aussitôt descendus, nous revenions à bord Plus pâles, et blessés au fond de notre amour.
T{ien ne germe aux sillons où le Désir moissonne. Nos vœux les plus ardents meurent sans révéler Le sang des belles fleurs dont ils rêvaient casquer La joie qui répondait à Vespoir monotone.
L'urne êclot de V amphore où la fontaine impure Verse souvent une eau mauvaise, quoique blanche ;
Et les choses sur nous prennent une revanche Mystérieuse dont profite la filature.
Le coup sourd du heurtoir se répercute en vain De quelque porte qu'il s'enfonce au long des salles ; Tout sonne vide et creux ; nos mains, comme fatales. Taillent sans V entamer le marbre du Destin.
Et notre autel à nous est un dolmen rugueux Où, comme tabernacle et comme saint ciboire, Nous érigeons un mince et long lacrymatoire Tin peu recourbé vers V orgueil sec de nos yeux.
Le cœur en reniant le mal dont il tressaille Sent au fond de sa chair qu'il n'est plus aussi fort ; El lorsqu'il se redresse ensuite à son effort, Il sait trop qu'un démon ténébreux le travaille.
Ce qu'il bat cependant est une vérité Puisqu'il y a guidé le meilleur de son être ; Qu'on raille ! L'appétit qui le porte à renaître Tranchira le JSléant dont il s'est révolté.
Le T{éveil, pierre à pierre, élève dans l'attente Le piédestal du jour où parleront les armes ; Le malheur, refoulant cruellement ses larmes, Apprête quelque part une onde véhémente.
Les lourds béliers du Temps frappent les fausses tours Où nul Dieu ne s'élève, exorcisant la foule ; L'espace est si désert qu'il tentera la houle ; Le parfum de la mort attire les vautours.
"Nous voulons vivre. Tin jour, par tous trop insultés, Yieux de mâcher le vide où crèvent nos desseins, Nous laisserons l'orgueil bosseler à nos seins, Le métal jusque-là froid de nos volontés.
'Et, las de voir partout notre moisson coupée, Par-dessus le drapeau fané du souvenir, y ers l'Aube, au Porche qui s'ouvre sur l'Avenir, J\ous ferons naître enfin l'éclair droit d'une épée.
vm
Il n'y a pas longtemps encor, quand la douleur Insinuait son deuil vers mon indifférence. Je savais déserter sa fièvre, et mon absence Voyageait en chantant l'avenir du bonheur.
Bientôt, au bruit du chant, j'imaginais réel Le pays estompé par le rêve et l'oubli; Mais ces deux compagnons si doux m'ont trop menti, "Et l'enclos du bonheur fleurit des asphodèles.
— Cela n'est plus ! Mon cœur, trop fervent en amour, J\e sait plus s'évader lorsque l'heure s'abrège Et reste prisonnier du mauvais sortilège Sans courage au chemin escarpé du retour.
Ma vie, en se livrant, a trop aimé la vie.
Le désir du moment commande en maître obscur;
L'attente me détruit et ronge le futur,
"Et la fleur dans mes doigts meurt à peine cueillie.
Cela n'est plus ! Mon âme est-elle encore la mienne ? Sans cesse elle s'attaque à de nouveaux essais; Mais rien ne la saisit ni ne la satisfait, "Et tous les pics conquis sont mornes sur la plaine.
Pour vivre même hélas! et posséder enfin Un sommeil lourd qui pèse en plomb sur la paupière, Il faut que fuse en moi cette âme meurtrière JK mille jeux dont je souris le lendemain.
\J mes vers, confidents autrefois tant choyés, Je vous entends à peine et ne sais plus vous suivre ; Yous êtes un amour qui cherche à se survivre En réchauffant sa cendre aux flammes du passé.
JX
Destin cruel et froid, je me plais à sentir
Ta hache, à coups profonds, ébranler mes châteaux ;
Le malheur m' apparaît Vaile vers V avenir
Qui lasse pour porter mieux ensuite et plus haut.
La joie active en elle un courant qui la mine Et ne vaut qu'au moment où, conquise, elle est fraîche A peine née au cœur de qui se la destine, "Elle fatigue, énerve, et tombe sous la bêche.
Tout vaut mieux que Yennui vorace où, clandestin, Par crainte du danger, plus d'un, las, se cantonne, Savant à s'édifier une maison de nain Pour y filer ses jours en chanvre monotone.
Ce qui surtout ici terrasse, c'est que rien J\e soulève ou n'entraîne et que la mer moutonne Yers d'immenses déserts où rechercher en vain Quelque lutte tragique et ce qui s'y moissonne.
Tout est tombé. Tout est petit. Ta fourmillière Monte à l'assaut des tours qui subsistaient encor Quoi qu'en ruine, et faisaient ondoyer leur bannière. Chiffon déchiqueté par l'âpre vent du nord.
Malgré les mots masqués d'espoir et de promesse, Ta vie est lamentable à l'heure où nous vivons; Tout s'acharne à briser le reste d'allégresse Dont nous voulions quand même azurer nos chansons.
Des demeures, du sol insulté, de la mer, Des plaines, des forêts si graves attaquées Alors qu'en elles un cantique à l'orgueil fier Dans les branches, frôlait des cordes de pensées,
De toute la nature et de toute la terre, 'Et de toute la vie humaine, et du ciel même, ïln long gémissement de deuil et de colère Gronde, monte, grandit vers une heure suprême.
Surgira-t-elle enfin ? De l'ombre, peu à peu, Avance; et ce n'est pas le plafond étoile T^êvé par les enfants en levant leur œil bleu, TV/ le manteau propice au poète épuisé;
La nuit qui monte vient comme un grand vol de faux Qui descend, se précise et brille, menaçante, T\ecule, balance, hésite et siffle au niveau Tout à coup, de la terre anxieuse et tremblante.
Les cygnes du Désir sont saisis de sommeil, Les aigles de l'Espoir vont mourir pour toujours... Passant, penche la tête; au lieu du grand réveil, Si tu sais écouter, sans mentir à tes jours,
Si lu cherches la chair sous V armure dorée, Après n'avoir trouvé qu'une plaie infinie, Tu connaîtras sur ta face creuse et cuivrée Le souffle d'une houle aux plaintes d'agonie.
Dompte-là! Y a ta route et demeure fervent! Malgré chaque jardin flétri, malgré le soir, Abandonne ta voile à V ivresse du vent, Pars fatiguer la vie avec ton désespoir.
Qu'il te soit le pilote et le compagnon franc Barrant d'un coup robuste et calme, l'œil vers l'eau;
Ef toi, reste debout, sans regrets, à V avant Le regard bien ouvert sur chaque cap nouveau.
Lasse tout Yhorizon de ta ténacité Pour qu'il succombe un jour à te croire éternel, Sans cesse ainsi debout, drapé de volonté, Capitaine des mers et corsaire du ciel.
Apaise la tempête à force d'y courir,
La proue haute et coupante et rude à chaque flot,
Vivante par l'étrange et vigilant menhir
Que ta veille figure à l'endroit qui l'enclôt.
Yers toi, comme vers son symbole et son drapeau, Tu sentiras souffrir et vivre l'œuvre obscur Qui développe une âme aux choses du bateau "Et lui gonfle des flancs légers vers le futur.
T(ivé, comme émané de son bois, cependant Son maître, et le guidant selon ton seul désir, Sans fin tu passeras par delà l'orient Dans l'espace et vers lui, pour et sans le saisir.
A peine un homme alors, pas encore de granit,
De marbre, de bronze ou de métal éperdu, Débarrassé de tout ce qui doute et finit, Pétrifié toi-même en ta propre vertu
D'avoir haussé ta vie à son plus grand effort. Ton bateau dispersé planche à planche et perdu Dans la tempête morne et vaste de la mort. Tu fixeras un phare au fond de l'inconnu,
Monument funéraire et bras victorieux,
Te geste encor levé dans ce défi suprême
De répondre au néant par un poing lumineux
Perpétuant aux dieux la haine et le blasphème.
V ers le fleuve qui va, fort et beau, vers la mer Mille ruisseaux boueux déversent leur eau noire; — Le courant les emporte; au soleil qui le moire Le fleuve pailleté coule, rapide et clair.
Au tronc du chêne dont la tète est dans les deux Quelque amoureux distrait ouvre une vaine entaille ; L'êcorce, en repoussant, perd la lettre et s en raille; Le chêne inviolé durcit son tronc noueux.
Contre Vaigle éperdu de planer lentement "L'homme essaie un plomb vil pour lui casser les ailes ; Trop haut et protégé par les brumes fidèles, L'aigle rit de la balle et monte au firmament.
La terre fume un souffle empesté sous Vazur Depuis V éternité des âges et du monde; — Le soleil le détruit de sa lumière blonde; Chaque astre de la nuit brille d'un éclat pur.
— Passant, inspire-toi de tant d'indifférence. Si l'on s'acharne après ta vie et, par derrière, Si l'on parle de toi dans l'ombre, avec colère, Tu es heureux ; l'envie ignore le silence.
\Jui, tout peut-être est bien, même V ennui de vivre; Mais on est las de tout, et sans vouloir mourir ; On ouvre en vain les bras à l'Espoir qui délivre, Les ailes de l'Espoir ont trop de souvenir!
Cependant le Passé se pave de tombeaux Et partout où mes yeux promènent leur ennui, Des cônes de pins noirs s'élèvent vers la faux Que découpe la lune errante dans la nuit,
Alors, pourquoi rester? C'est agrandir l'ornière, Préparer des cercueils, voir s'effeuiller des fleurs, Semer vers la mort des graines de cimetière... Mais quelque chose attend, tenace, dans le cœur.
Et qui sait ? C'est l'Espoir, sans doute en l'inconnu Dont l'horizon lointain ondule en or sa grève. — La clarté de la lune au croissant mince et nu JSe vient que du soleil et meurt quand il se lève.
yHh ! soleil, brûle-moi ! Dévore mon front pâle ! Donne-moi le bonheur d'éclairer mon destin 'Et de marcher confiant vers l'aube d'un matin Où, comme un rubis clair, plus fort que toute opale, Mon cœur caille son sang auprès du but atteint !
Mais si tu ne dois pas enfin mûrir mon rêve, Ensevelis tes feux au fond du crépuscule, Mauvais victorieux que la victoire annule A l'heure même où ta pourpre saigne et s'élève,.,. Ah! soleil, éteins- toi sur la mer et recule!
Et qu'une nuit sans fin, voluptueuse et nue, M'enveloppe à jamais avec de la douceur ; Qu'elle évapore au fond de son ombre une fleur Dont le calice noir à l'odeur inconnue Balance à l'infini le regret du bonheur.
Veut-être alors, bercé d'un roulis monotone, Pourrai-je revenir aux vœux de mes quinze ans
El, dépouillé des jours emportés par les vents Mauvais, et des remords médités en automne, Croire aux bras d'une femme à reposer longtemps !
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ÏZt puis, pourquoi me plaindre ? En moi-même, toujours,
La tristesse survit avec avidité,
Même si le Destin, enguirlandé d'amours,
M'offre par le plaisir tout un flot indompté.
A peine le bonheur effleure-t~il ma vie Que je le sens mourir vers cette inquiétude De Vétendre plus loin que l'instant qui le nie Puisque j'y reste encor avec ma solitude.
7{ien ne m'emporte assez pour que je m'y oublie! Mais ce jeu de l'orgueil n'est pas sans diadème, Et les parfums puisés dans ma mélancolie Ont une douceur grave et spéciale que j'aime.
A vivre ainsi, je suis le maître de mes jours, Et, s'ils se font le soir quelquefois un fardeau, Du moins je reste libre et me construis des tours D'où je contemple en paix le ciel, la terre et l'eau.
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Les mirages sont morts créés dans les ailleurs. Pays de nostalgie aux songes en détresse; Contre le château sombre où vécut ma tristesse Un piétinement sourd promet des jours meilleurs,
'Et c'est comme une armée en marche dans mon cœur, Mûre pour les combats, lourde et disciplinée; Je Ventends qui menace et s'avance, obstinée, Grave du grand silence où monte sa rumeur.
— Regarde dans toi-même! En cohortes serrées Elle vient; ses drapeaux semblent attendre ici L'élan qui mettra la victoire dans leurs plis En gonflant leurs couleurs sous V éclair des épées.
Ecoute! Tes vers, là-bas, passent dans le soir Sur le pont mince et gris dont Varc mange Vabîme Où le bruit du torrent gronde un refrain sublime, Sous leur pas qui martèle un heureux désespoir ...
Tes vers passent là-bas, passent au fond des soirs Comme des lansquenets flanqués de retires noirs.
\s 'est fini ! De tes vœux, de tes désirs, des rêves Qui palpitaient sur toi comme pour t'isoler, T(ien ne reste! Et la cendre où leur bûcher s'achève Va bientôt sous le vent d'automne s'envoler.
Qu'importe! Tout est vain, et la minute brève, Qu'elle soit rose ou noire, est la même au cadran Où les jours, un à un, se répètent sans trêve. Le monde, fatigué, se fait indifférent.
Mais sache attendre encore et, maître de toi-même, Plus fort de par la nuit qui bat sous ton front blême, Garde l'obstination de vivre; elle retient;
Surtout, pour achever le sombre sacrifice,
Etouffe peu à peu jusqu'à ce qu'il périsse
Ce cœur trop jeune, hélas ! qui rôde sous ton sein !