‹ Sur une route de cyprèsChapitre 7 sur 27 · LA TRISTESSE DU SATYRE · texte numérisé non relu

LA TRISTESSE DU SATYRE

// va depuis l'aurore à travers la forêt, T\ampe dans les fourrés, tout à coup apparaît, Dieu du sol qu'il martelé, en haut d'une colline, Traverse les chemins, grimpe aux arbres, s incline Sur quelque ruisseau clair que sa soif a choisi, Puis se cache aux roseaux qu'il traverse, et saisi Du désir éperdu dont tout l'été frissonne, Guette si quelque nymphe errante s'abandonne Au jeu de sentir dans le courant frais et doux L'eau monter peu à peu vers le poil doux et roux Qui cache au bas du ventre où sa main s'est posée La fleur d'amour en qui sa chair toute épuisée De désir brûle et bat un appel langoureux. Certain de vaincre alors et portant dans ses yeux La force de longs jours lassés de solitude, Il se glisse en rampant, adoucit son bras rude, T5t l'emporte d'un bond sous l'ombrage propice. . .

Jl va depuis longtemps sans qu'aucun précipice

Interrompe sa course ardente ; il a surpris

D'autres nymphes d'abord timides; il a pris

'Le plaisir avec force et rage, furieux

De le sentir en lui, toujours impérieux.

Suggérer dans l'étreinte encore languissante

Un autre corps nouveau pour sa chair trop ardente.

Vainement la forêt est toute saccagée;

Aucun souvenir vers le détour d'une allée

'Ne le ramènera, pensif, le lendemain.

L'oubli sur tout cela déjà jette la main

'Et, perdant à jamais plus d'un charmant visage,

Les emporte bien loin de ce cœur trop sauvage.

Maintenant la forêt, à travers le feuillage, S'éclaire et prévient par cette clarté lointaine Que la lisière est proche où ce sera la plaine, — Et la voici déjà, immense et désolée.

Le soleil brûle sur les herbes ondulées

Par la brise du soir et, lentement, descend.

L'or de ses longs rayons s'empourpre ; il esl de sang

Bientôt sur la nature entière qui s'endort.

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"Etre obscur où tressaille un incertain remord,

'Le satyre étonné se sent triste et s écoute;

Jl lui semble que ses jours vont à la déroute

Et que de tant d'ardeur éparse sur la vie

Jl ne lui reste rien que sa mélancolie.

Tristement travaillé d'une nouvelle fièvre,

Jl sent son cœur monter en sanglots vers sa lèvre

Et lui bourrer la gorge, et lui meurtrir les yeux.

Qu'y a-t-il donc? Jl tremble; il réfléchit aux dieux;

Des noms s'en sont venus vers lui de Galilée

Et des paroles qui disaient la terre désolée.

Jl a vu quelquefois des hommes sans jeunesse

Varier d'un ciel lointain et, d'une voix traîtresse,

J{enier cette terre et ses lois éternelles...

Un tourment prolongé l'agite; il suit les ailes

Des oiseaux dont le vol disparaît dans les deux ;

Puis, bientôt dégoûté de son trouble et honteux ,

Terrible et déchaîné, il retourne avec rage

Au fond de la foret qui noircit son ombrage,

Eperdu, désireux de s'abattre bientôt

Dans son propre sommeil comme dans un tombeau.

V olupté, tu n'es plus comme autrefois sacrée! Aucun flot ne soulève en sa conque nacrée Celle qui naquit de V écume et dans V aurore; Ht cependant, il la faudrait vers nous encore T{edire à notre ennui dégoûté de lui-même Que le corps de la femme est le meilleur poème.

TLe plaisir est hâtif; on ne sait plus le vivre ; Au lieu qu'il soit une aile à Vâme qu'il délivre, 7/ oppresse la chair tant qu'il n'est pas cueilli Pour l'abandonner dès que son éclair a lui. On ne sait plus goûter la rêveuse paresse Qui suivait la tempête heureuse et la tendresse Des yeux, quand ils sont clairs encor d'avoir aimé. Se ternit vite, hélas ! et voile sa clarté. Jl semble, malgré tout, qu'autrefois le bonheur Savait mieux demeurer aux plis secrets du cœur

Le griser longuement de son parfum unique El, quand il s'envolait, comme quelque relique Devant qui Vencensoir fut souvent balancé, L'imprégner pour toujours d'un peu de son passé. Au contraire, aujourd'hui, le souvenir est triste, Et la pierre à choisir serait une améthyste, Pierre de solitude au regret égoïste!

Peut-être tout cela n'est-il que du désir; Peut-être V autrefois n'aurait-il su saisir Notre âme et rafraîchir sa soif insatiable. Sans doute au sablier filtrait le même sable. 'Nul ne peut sûrement prétendre que la joie Offrait jadis à l'homme une meilleure proie : La légende agrandit toujours ce qui n'est plus ; La mer qu'on ne voit pas a de plus beaux reflux ; Dans le cadre du temps la tête qui s'isole Aux feux des soleils morts s'entoure d'auréole...

Cependant j'imagine et souvent je crois voir Sous le vertige calme et languissant du soir . Où la vie est plus loin de la chair allégée Une ville de rêve et d'orient frôlée Par des vols de pigeons, précurseurs de l'aurore,

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Et, sous le ciel qui tremble et qui se décolore, Le long d'un escalier jonché de formes blanches Qu'un reste de frisson anime au creux des hanches En les soulevant comme une mer d'épis lourds, Une femme inouïe aux longs yeux de velours Qui, triste de me voir la pensée inconnue, Dégrafant son manteau sombre sur sa peau nue, Murmure d'une voix doucement triomphale : (( Enfant, oui, j'ai vécu, je suis la reine Omphale. »

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