TRIPTYQUE
Le centaure Chiron fût te maître d' Achille. Jlu jeune homme incertain de lui-même et lassé Par les divers chemins où son doute a passé, Il préparait une âme énergique et virile.
Son élève une fois revenu de la ville,
Il lui disait les bois infinis, la beauté
De la force, la mer, les monts, le pic jeté
Comme un défi d'en bas vers un ciel trop servi le
Puis il arquait les reins pour prendre son élan, Martelait à sabots joyeux le sol sanglant Où gisait quelque oiseau merveilleux abattu,
Et, rivant le héros à son dos tout velu,
TJ emportait en chantant, d'une course insensée,
Pour réveiller en lui la bête dédaignée.
l ais de même, passant du siècle qui se lève; Aime les livres et V étang vers où tes pas Guident leur désespoir qui s'écoute tout bas Sur Veau morte é goutter les larmes de son rêve.
Discute en souriant Vaile qui te soulève 'Et y plume à plume, arrache à Vaile son secret ; Mais construis-en quelque autre en même temps et mets Ton orgueil à tuer ainsi ce qui V élève.
Dans le chant le plus doux de ta mélancolie, Tais retentir bien haut le clairon qui convie A la lutte toujours âpre et renouvelée;
Ton pas sera léger au sol de sa conquête.
Et ton être, tendu comme un arc qui s'apprête,
Percera V horizon d'une flèche acérée.
Jyien ne meurt. 'Le présent agrandit le passé; TJ aigle a volé plus haut que les hiboux antiques ; V allas veille toujours les chapiteaux doriques; Mais V effort ne vaut que lui-même dépassé.
A qui cherche toujours Y autel est inutile; U inconnu voile encore V éclat des nouveaux dieux; 'Et y nous qui devinons Y énigme de leurs yeux, C'est plus loin que déjà nous créons un asile.
L'avenir est un parc aux palais espacés Où, comme en des écrins ténébreux et fermés. Tout un jeu de joyaux attend notre tendresse.
Ajoute aussi ta pierre aux pierres du collier ; Tu verras naître, si tu es bon ouvrier, Jlu vide de son cercle un cou nu de déesse.