‹ Sur une variété peu connue d'oesophagisme (oesophagisme réflexe)Chapitre 5 sur 6 · CHAPITRE IV Pathogénie · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Pathogénie

Nous serons bref sur ce point, puisque nous avons déjà abordé la question en discutant l'observation ; mais il est néanmoins très-important, pour affirmer plus positivement notre diagnostic, de jeter un nouveau coup-d'œil sur le mécanisme de la dysphagie dans certaines circonstances.

Mondière indique parmi les causes de l'œsophagisme « l'inflammation plus ou moins profonde de la » muqueuse de l'œsophage, inflammation qui se » propage aux nerfs qui se distribuent à ce canal » et en produit le resserrement spasmodique ou même » l'oblitération t. »

On voit donc que notre diagnostic n'est pas le fait d'une invention chimérique, puisque Mondière a signalé la possibilité d'une semblable affection ; et certes tous les auteurs reconnaissent à ce médecin une telle connaissance des affections de l'œsophage, que quelquesuns donnent au spasme de l'œsophage le nom d'œsofhagisme de Mondière.

1 Ancien Journal, t. VI, p. 250. — Cooch, op. chir., t. II, p. 108.

Toutefois, nous préférons nous appuyer sur des raisons anatomiques et des faits cliniques.

Tout le monde sait que, dans les affections organiques de l'estomac ou de l'œsophage, le hoquet est très fréquent. C'est une contraction réflexe du diaphragme, dont le point de départ est le nerf pneumogastrique. Or, il peut se faire que, dans certains cas, une excitation des pneumogastriques amène seulement, au lieu d'une convulsion du diaphragme, une contraction limitée aux fibres extrinsèques phréno-œsophagiennes, et qui vient s'ajouter au spasme des muscles œsophagiens eux-mêmes.

Mais ce qui donne plus de poids à notre diagnostic, c'est la dysphagie dans la pêricardite.

Nous avons assisté, en 1877, à l'hôpital de la Charité, à une leçon de M. Hardy qui signalait d'une façon toute particulière, à ses auditeurs, ce symptôme de la pêricardite D'après ce savant professeur, on pouvait expliquer cette dysphagie ou bien par la compression de l'œsophage par un épanchement dans le péricarde , ou bien par l'inflammation de la partie inférieure de l'œsophage. Mais comme la dysphagie est souvent un signe du début de la pêricardite , alors qu'il n'y a aucun épanchement, il faut bien se ranger à la seconde interprétation. Cette dysphagie a donc la même origine et la même valeur semeiologique que la douleur au niveau des scalènes ; dans les deux cas, c'est l'inflammation du péricarde qui s'est étendu à l'œsophage et aux pneumogastriques pour la dysphagie, au phrénique pour la douleur des scalènes.

M. Bourceret 1 a même fait plusieurs autopsies d'in-

1 Bourceret, th. de doct. Paris, 1876.

dividus morts de périçardite, et l'examen microscopique des pneumogastriques et des phréniques lui a montré que ces nerfs avaient participé à l'inflammation.

C'est faute de connaissance sur ce point d'anatomie pathologique que plusieurs auteurs ont avancé que le rhumatisme se portait souvent sur l'œsophage , et déterminait de l'œsophagisme.

Nous sommes intimement convaincu que les manifestations rhumatismales ne se montrent que très rarement sur l'œsophage, et que les prétendus cas d'œsophagisme rhumatismal étaient presque toujours des dysphagies symptomatiques d'un commencement de périçardite.

Ainsi, Portai cite l'observation d'une dame qui succomba après avoir éprouvé de la difficulté à parler et à avaler, surtout les liquides, qui refluaient souvent dans les fosses nasales. A l'autopsie, on s'attendait à trouver le siège de la maladie dans le larynx ou dans le tube pharyngo-œsophagien, mais ces parties étaient dans l'état le plus sain.

Le 'péricarde, d'un rouge violet, adhérait au cœur par des fausses membranes.

Mondière lui-même croyait trop à l'œsophagisme rhumatismal quand il a écrit : « L'œsophagisme peut » être sous la dépendance de douleurs rhumatismales, » comme semble le prouver l'observation rapportée » par M. Trolliet, et qu'il a décrite sous le nom de » globe aniipéristallique de l'œsophage »

C'est donc un fait admis aujourd'hui que la dys-

1 Journal universel, t. XXXIX, p. 287.

phagie dans la péricardite est due à l'inflammation de l'œsophage, ou au moins des nerfs qui sont contenus dans son épaisseur.

Or, si nous examinons attentivement les caractères de cette dysphagie, nous voyons qu'elle est produite par un spasme de tout l'œsophage, bien que la lésion siège seulement près du cardia, que la déglutition des liquides est entravée à ce point que M. Bourceret décrit dans sa thèse inaugurale, la péricardite à forme hydrophobique; enfin qu'il n'existe pas de vomissement œsophagien, ni de régurgitation comme cela est signalé dans presque toutes les observations de rétrécissement spasmodique de l'œsophage; voilà une analogie parfaite avec la maladie de M. X. .

Nous nous croyons donc en droit d'admettre qu'une inflammation de la muqueuse a réagi sur les nerfs de l'œsophage comme cela a lieu dans la péricardite ; mais il faut ici la présence d'un corps étranger, le bol alimentaire, par exemple, pour mettre en jeu l'excitabilité morbide de ces nerfs terminaux, qui deviennent alors le point de départ d'une contraction réflexe de l'œsophage tout entier.

Nous pensons d'ailleurs que la dysphagie de la péricardite disparait avec la cause qui l'a produite, tandis que les atteintes répétées d'œsophagite chez M. X... ont amené une altération des extrémités nerveuses qui n'a aucune tendance à disparaître.

En un mot, et c'est tout ce que nous aurions à dire pour l'anatomie pathologique, nous pensons qu'il existe là une névrite chronique des filets nerveux qui se distribuent à la muqueuse œsophagienne au niveau du sphincter diaphragmatique.

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