‹ Sus au sénat [microforme]Chapitre 4 sur 14 · SUS AU S£NAT · texte numérisé non relu

SUS AU S£NAT

tune; ce mouvement universel vers un point déter-

miné à créé un Courant énorme, un “ boom ” mer-

veilleux dont deux PAYS peuvent seuls profiter: le Canada et les États-Unis, Cent mille, peut-être deux cent mille hommes seront là-bas demain, et avant de partir il leur faut s'outiller et s'approvisionner pour Un an au moins: on conçoit quelle imme

aubaine pour le négociant et l'industriel, cheurs d’or, se

nse Ces cherst dit le gouvernement d'Ottawa, il faut leur créer une roûte

pour les faire passer par chez nous atin qu'ils pre

nnent ici leur outillage et leurs Provisions, afin que nous en fassions bénéficier Victoria et Vancouver sur les côtes du Pacifique, Montréal, Toronto et les centres industriels qui fournissent le marché de l'Ouest, L'idée était d'autant plus juste, plus sérieuse qu'il s’agi par là Seattle, Tacoma et San-Franci ricaines, de détourner à leur

d'empêcher villes amébénéfice le mouvement des voyageurs et des aventuriers, qu’il s'agissait d’amener ceux-ci à nous afin de leur faire acheter des marchandises canadiennes,

Il n’y avait pas Une minute à perdre, pas une seconde à risquer; M. Laurier et ses collèvues se mirent à l’œuvre, conférèrent avec plusieurs Capitalistes d'Angleterre, des États-Unis et du Canada et finalement conciurent un marché avec Mann et Mackenzie pour la construction immédiate d’une voie ferrée de Glenora au lac Teslin, et en outre d’une

route carrossable entre les deux mêmes points. I] ne pouvait être question de subsides, car la caisse nationale est assez obérée, la dette publique est assez lourde et le service des intérêts nous ronge déjà trop; alors le gouvernement imagina de donner aux deux entrepreneurs près de quatre millions d’acres de terre, à même les 80 millions d’acres que comprend la superficie du territoire du Yukon. C’est-à-dire que nous réalisions sans délai — pour le 1er septembre —la construction d’un route entièrement canadienne à Dawson City, sans tirer un seul dollar du trésor public, mais par un simple octroi de terre sans valeur appréciable,

Voilà toute la question dn Yukon.

L’urgence de l’entreprise a été reconnue dans tous les journaux, par tous les orateurs aux Communes et au Sénat: il n’y a pas de divergence d'opinion à ce sujet,

La supériorité de la route choisie par le gouvernement a été admise par les adversaires comme par les amis.

Sir Charles Tupper üisait, le 15 février dernier, que la route de Glenora au lac Teslin était la seule possible et que les voies projetées d’Edmonton, de Prince Albert ou d’Asheroft n'auraient d'autre résultat que de faire de Seattle et San-Francisco les ports d’approvisionnement du grand et riche territoire canadien du Yukon.

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D'autre part, les Chambres de Commerce de Montréal, Québec, Toronto, Victoria, Vancouver et autres ont adopté des résolutions confirmant ce qui précède, Voici d’ailleurs celle du Board of Trade de notre ville :

“Considérant que l'ouverture de ( avec le district du Yukon e vitale aux intérôts mercantile ce pays, et

ommunications st d’une importance S et manufacturiers de

“Considérant que telle Communication peut, dans l'opinion de ce conseil, être cbtenue dans le plus court délai par la construction d’une ligne de chemin de fer entre le lac Teslin et Je port Simpson,

en conséquence,

IT est résolu que le conseil du Board of Trade de Montréal prie par les présentes le p Canada de légiférer pour de cette voie sur le terr Teslin et le por

arlement du la construction immédiate itoire canadien entre le lac & Simpson, ou aucun autre point important ouvert à la navigation sur la côte du Pacifique, et de pourvoir à ce que là partie du chemin entre le lac Teslin et Glenora soit complétée pour le premier de septembre de cette année,”

Aucune considération n’a pu ébranler le Sénat et il à assassiné le bill du Y ukon par 52 voix contre 14, Par une majorité de 38 voix, notre Chambre Haute a élevé son arbitraire

au-dessus du cabinet et des Communes, au-dessus

de la volonté populaire,

pis RS

, et sacrifié les grands intérêts commerciaux et industriels du Canada aux haïines et à la soif de vengeance des vaincus du 23 juin 1896.

Il y avait vingt ans que le Sénat votait avec les Communes constamment, servilement même, parce que les gouvernements avaient tous été conservateurs ; maintenant c’est l’histoire de 1873 à 1878 qui recommence, c’est l’ancienne hostilité au régime Mackenzie qui renaît, c’est le vieux jeu qui reprend,

La conduite du Sénat en la circonstance actuelle est un acte d’infamie politique et marquera dans l'histoire impartiale le déshonneur de tout ce qui reste de l’ancien parti de Macr.onald et de Cartier.

Le contrat du Yukon pouvait n'être pas du goût des sénateurs, mais alors leur devoir et les exigences de la situation imposaient aux “vieux” le devoir et l'obligation de faire des suggestions, de définir au moins quelle sorte de contrat aurait fait le parti tory s'il eût été au pouvoir, et jusqu’à quelle limite aurait pu se rendre le gouvernement ; mais ils se sont contentés de voter purement et simplement contre le bill, contre la construction de la route de la rivière Stickeen,

Jamais, l'esprit de parti ne s’est affiché aussi effrontément, Jamais un corps politique ne s’est

* autant déconsidéré devant le pays.

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En 1831, le comte de Grey disait que la Chambre des Lords sétait constituée en “ wrecking committee” pour assassiner le bill de Réforme et, en 1878, Alexandre Mackenzie reprochait amèrement et avec raison au Sénat de n'avoir été pendant cinq ans qu'un comité conservateur, qu'un tory committee” chargé d'étouffer la législation ministérielle.

Or, le cabinet d’assassins politiques de 1831, le cabinet noir de 1873 à 1878, revit dans le Sénat canadien de 1898, et on a en ce moment, dans un pays qui se flatte de jouir du gouvernement responsable, le spectacle d’un corps sans responsabilité écrasant le gouvernement du peuple par le peuple et substituant le régime du caprice et u bon plaisir au gouvernement de la majorité,

Si le vote du 30 mars au Sénat valait quelque chose, il faudrait admettre que les élections de 1896 n'ont pas mis le parti libéral au pouvoir, que les foules sont impuissantes à se choisir un régime et que le parti tory peut encore diriger et gouverner le pays, même après la retentissante condamnation du 23 juin.

Mais ce vote du Sénat, affirmation chevrotante d'une assemblée qui ne représente rien que ses infirmités et ses faiblesses, qui n'a de mandat de

personne et n'a aucun contact avec le sentiment public, est un outrage à l’histoire, aux cinquante dernières années de luttes parlementaires, au sang

généreux versé pour la conquête de nos libertés politiques.

Les Communes ont décidé de créer immédiatement une route entièrement canadienne au Yukon, afin d'assurer des centaines de millions de piastres au commerce canadien ; leur attitude a été approuvée par tous les hommes d’affaires, la route Stickeen a été universellement reconnue la meilleure et même proclamée la seule possible par sir Charles Tupper lui-même ; tous les esprits sérieux et sans préjugés ont déclaré qu'il n’y avait pas un instant à perdre pour faire construire un chemin de fer, pour cutiller une voie qui ferait de l'Ouest canadien le chenal naturel vers le Yukon,

Si le bill ratifiant le contrat Mackenzie et Mann n’était pas aussi bon qu'ils auraient voulu, les sénateurs auraient dû en laisser porter la faute au gouvernement et au parti libéral plutôt que d'agir de façon à faire perdre à nos hommes d’affaires tout le trafic du Klondyke, plutôt que de servir les intérêts des villes américaines de la côte du Pacifique au détriment de Victoria et Vancouver.

Si le bill était bon, les sénateurs se sont rendus coupables d’une grande iniquité en le rejetant, car c’est pousser l'esprit de parti aux limites de la folie.

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Des hommes heureux de ce vote, c’étaient Livernash, Hamilton Smith et les autres Américains qui sont venus passer des semaines à Ottawa pour “cabaler” nos inamovibles, pour chauffer leurs mauvaises passions et pour leur faire bloquer la législation du gouvernement, Ces étrangers ne sont Pas Venus ici pour travailler pour nous et pour notre pays ; ils représentaient les intérêts commerclaux de Seattle et San-Francisco, les intérêts de nombreux industriels américains et ils avaient la mission de faire rater le projet du gouvernement, afin de retarder ainsi d’un an, si possible, la création d’une route entièrement canadienne et permettre aux hommes d’affaires des Etats-Unis d'accaparer tout le trafic du Klondyke,

Livernash et Hamilton Smith ont trouvé parmi nos sénateurs assez de domestiques et de valets pour les servir et ils ont battu le gouvernement,

Voilà le rôle déshonorant que vient de jouer notre Sénat,

Si la Chambre Haute était restée dans son rôle de chambre d'examen et de réflexion, elle aurait pu indiquer, dénoncer les parties du contrat qui lui répugnaient, mais laisser passer le bill en en laissant la responsabilité au gouvernement,

Or elle vient de se placer dans une situation insoutenable, contraire aux enseignements constitutionnels et à l’idée des Pères de la Confédération,

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