‹ Sutures musculaires dans les plaies de guerreChapitre 13 sur 24 · PÉRIODE PRÉPARATOIRE À LA MYORRAPHIE DANS LES PLAIES INFECTÉES · texte numérisé non relu

PÉRIODE PRÉPARATOIRE À LA MYORRAPHIE DANS LES PLAIES INFECTÉES

Ce chapitre nous retiendra peu, car le sujet qu'il traile rentre dans l’étude du traitement général des plaies; toutes les méthodes bien employées y donnent de bons résultats. Il n’y a pas de façon spéciale de traiter une plaie, il y a autant de façons que de chirurgiens et chaque chirurgien emploie bien souvent plusieurs méthodes en présence de plaies différentes et suivant leur processus de guérison.

Les plaies de guerre qui arrivaient du front après plusieurs jours au début des hostilités, recouvertes du petit pansement individuel, méritent cependant

de retenir l'attention car il est rare de rencontrer des plaies aussi souillées et aussi anfractueuses dans la pratique chirurgicale courante. Chacun de ces pansements cachait souvent outre une vermine abondante, des foyers putrides et d'odeur repoussante. Les exsudats et le sang épanché aux premières heures de la blessure y formaient, à la suite de fermentations sans nombre, des lacs de pus où baïgnaient des tissus sphacélés détachés des divers tissus environnants. Les téguments immédiats souillés de boue et de sang desséchés achevaient de rendre horribles ces plaies béantes et le phlegmon s’y faisait menaçant quand déjà les espaces cellulaires n'étaient pas envahis.

Ce sont ces plaies-là, qu'il me parait impossible. d’aseptiser totalement quelque méthode qu'on emploie. Les deux observations personnelles qu’on lira plus loin ont été faites sur des sujets qui avaient été porteurs de semblables plaies et qu'un traitement énergique avait amélioré suffisamment.

Voici la méthode que nous avons employée dans ces cas d’une façon systématique et dont les résultats nous ont toujours satisfait.

Chaque matin, et si besoin étail, matin et soir, après que le pansement eut été enlevé, le membre blessé était mis dans un bain d’eau bouillie très chaude (45 degrés environ) additionnée de sel, ou de liqueur de Labarraque et y séjournait une heure ou plus (Nous avions fait construire de grands récipients

PIE SS pour permettre le bain des membres inférieurs, le blessé étant assis).

L'eau de ces bains était renouvelée fréquemment par une personne spécialement désignée, afin d’en maintenir la température élevée.

Sortant de son bain où s'était accompli un détergement prolongé et efficace, la plaie était lavée sous jet de liquide incolore : eaux bouillie pure ou additionnée de liqueur de Labarraque ou d'alcool! à 90 degrés (au 1/6 environ), eau de mer (chauffée au bain-marie), sérum physiologique, ete. La pince ou le ciseau aidaient le courant laveur à détacher les débris vestimentaires ou de sphacèle. Ce lavage était terminé dans les plaies profondes et présentant des trajets anfractueux par un lavage à l'éther pur (1/4 ou 1/2 litre). Ces lavages à léther sont absolument indolores. Ce liquide, malheureusement coûteux pour être employé couramment, nous a rendu des services incomparables, grâce à sa facile ébullition dans la plaie même, ébullition qui a pour résultat de distendre les cloaques et de permettre à l'éther de rem. plir son rôle d’antiseptique énergique jusqu'au plus profond du plus minime cul-de-sac. Son action désodorisante est d’ailleurs celle qui nous a donné les meilleurs résultats.

Souvent dans ces plaies irrégulières des débridements et des drainages sont nécessaires pour entraver des poussées phlegmoneuses, ils ne géneront en rien la suture des chefs musculaires sectionnés, ils préparent au contraire le terrain en l’aseptisant.

Alors se place la question à l’ordre du jour: la surveillance microscopique des exsudats de la plaie pour déterminer la date propice de sa fermeture. Nous n’avons malheureusement aucune expérience personnelle sur ce sujet et nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à la communication de M. Depage citée plus haut.

On nous demandera alors ce qui servait de base à notre intervention ? Ce n'est que lorsque le foyer nous semblait vraiment favorable et lorsque le bourgeonnment des extrémités musculaires sectionnees manifestaient la vitalité intense des tissus que nous considérions que le moment favorable à la suture était arrivé, Chaque fois nos présomptions élaient fondées.

Il est bon évidemment — mais il ne nous paraît pas indispensable — que toute suppuration ait cessé pour que le processus de guérison suive sa marche normale ; il suffira d'établir dans ce cas un bon drainage en tunnel et la plupart du temps les choses suivront leur évolution normale.

En résumé, il ne faudra fermer hermétiquement une plaie de muscles suturés que lorsqu'on sera absolument certain de son asepsie, preuve faite et refaite au microscope. Dans tous les autres cas, si belles que paraissent les plaies, il sera nécessaire d'établir un large drainage en tunnel pour éviter lefphlegmon menaçant.

Ayant terminé ce chapitre sur la préparation du

foyer’ opératoire, passons à l'étude de lafréalisation

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