PHYSIOLOGIE
Avant d'entreprendre l'étude de la suture des muscles sectionnés, ilest nécessaire pour comprendre certaines des difficultés que l'opérateur rencontrera de se souvenir de quelques notions sommaires de la physiologie des parties molles : peau, aponévroses, muscles. Les traumatismes des vaisseaux et des nerfs forment une classe si importante et si vaste de la chirurgie joursalière de guerre que nous n’en aborderons à aucun moment l’étude bien qu’elle soit intimement liée à celle des grands fracas des régions anatomiques intéressées que nous nous proposons d'exposer.
Le derme des membres de l'enfant et de l’adulte est très Clastique partout où il n’est pas doublé d'une couche épidermique ou d’un pannicule graisseux d’une épaisseur considérab'e (Farabeuf). La meilleure notion que nous pouvons rappeler à ce sujet est la rétraction considérable en longueur de la peau au cours des amputations et que le chirurgien doit évaluer au tiers de sa longueur normale. Ainsi plus la plaie cutanée sera grande, plus l’écartement des
lèvres sera considérable et par conséquent plus l'affrontement sera difficultueux.
Les muscles donnent lieu aux mêmes observations : la rétraction est cependant moins considérable qu’au niveau de la peau. La rétraction des chefs musculaires est proportionnelle à la longueur du muscle. Ce raccourcissement est en partie entravé par l’action de la gaine aponévrotique, les aponévroses d’un segment de membre étant solidaires. De même les connexions étendues des muscles avec le plan osseux empêche l’écartement des deux bouts sectionnés (1). Ainsi les muscles sont élastiques, rétractiles et extensibles comme la peau, mais ces propriétts ne peuvent s'exercer que dans un seul sens, celui de la longeur. Les muscles possèdent enfin deux propriétés toutes spéciales : {a tonicité et la contractilité. Ge sont ces deux dernières propriétés qui seront les obstacles principaux au cours des sutures : le premier sera vaincu en partie par des pressions énergiques exercées par ua aide vigoureux sur les masses musculaires séparées ; le deuxième le sera par l’anesthésie générale. L’anesthésie aide d’ailleurs à vaincre le tonus car celui-ci est aussi sous la dépendance du système nerveux (Giey).
1. Bouchard et Roger, Nouv. traité de Path. générale, 19x12, p.741.
ÉTIOLOGIE
L'étude des causes des ruptures musculaires nous permet d'entreprendre simultanément l’ébauche d'une classification.
Deux grandes classes bien caractérisées doivent d'abord être faites :
A. Les ruptures que nous appellerons physiologiques.
B. -— Celles que nous dénommerons {raumatiques proprement dites.
Dans le premier groupe nous avons à considérer deux subdivisions bien nettes : a) les ruptures dues à une traction exagérée sur l’une des extrémités ; b) les ruptures dynamiques par contraction violente. Les plaies musculaires de ce premier groupe, étant toujours fermées, nous n’aurons pas à nous en occuper dans la suite de ce travail.
Au contraire, dans les ruptures musculaires traumatiques proprement dites, beaucoup seront à ciel ouvert et souvent infectées.
Dans ce deuxième groupe, nous ferons rentrer toutes les ruptures dues à l’action violente de corps
étrangers :
fai SES
a) Sections musculaires par instruments tranchants tels que sabre, couteau, hache... ;
b) Ruptures musculaires avec plaies contuses dont le type est la vaste déchirure par éclat volumineux d’obus ;
c) Enfin, ruptures avec arrachements de masses musculaires plus ou moins volumineuses.
Poursuivant notre classification nous aurons à considérer dans ces ruptures à ciel ouvert les cas où ce foyer sera ou aseptique ou septique. Enfin nous devons tenir compte du degré et de la complexité des lésions :
Section d’un muscle isolé ;
Section d'un groupe musculaire ;
Section des masses musculaires avec fracture sous-jacente ;
Section de muscles compliquée de plaies vasculaires importantes, et de plaies nerveuses.
En pratique, toute plaie devra être considérée comme septique et soumise à un traitement microbicide approprié pendant un lemps plus ou moins prolongé.
SYMPTOMATOLOGIE
La symptomatologie des plaies musculares est essentiellement variable suivant le siège et le degré des blessures. Nous n'’insisterons donc pas sur ce. sujet. L'écart des bouts des chefs musculaires sectionnés et l’impotence fonctionnelle, tels sont les deux signes qui méritent mention.
D'autre part les blessures des vaisseaux et nerfs jouent aussi un rôle capilal parmi les symptômes et nous n’en voulons pas aborder lPétude.
La radiographie devra être systématiquement pratiquée pour renseigner sur l’état du squeletie sousjacent et aussi sur la présence, toujours possible dans les plaies de guerre, de corps étrangers.
L'examen électrique des réflexes rendra enfin des services importants tant au point de vue du traitement qu’à celui du pronostic. On devra le renouveler à plusieurs reprises au cours de la guérison et du traitement consécutif à la suture des muscles.
Un nouvel examen, capital aujourd’hui, s'ajoute aux précédents et servira désormais de guide au chirurgien chaque fois qu'il lui sera possible de le pratiquer ; c’est l’examen bactériologique des exsu-
dats de la plaie. Nous devons en ce lieu citer A. Carrel à qui l’on doit les premiers essais de ce genre, et qui, par la suite, a réglé d’une façon positive pour ne pas dire absolue, le traitement préparatoire, les prélèvements, les examens qui permettent de poser à peu près à coup sûr les indications opératoires dans les plaies qui nous intéressent.