ÉVOLUTION SPONTANÉE D'UNE PLAIE MUSCULAIRE
Si on laisse évoluer une large plaie musculaire, sans aucune autre intervention qu’une désinfection par pansements méthodiqueselsans essayer d'aucune façon la coaptation, on aboulira à des accidents, à des malformations, dont la chronicité sera des plus graves au point de vue fonctionnel.
M. le professeur Hayem a communiqué à la Société de Biologie (1870) un rapport sur la réfection histologique de ces lésions.
Entre les deux bouts du muscle sectionné le creux est occupé par une bride fibreuse qui adhère aux aponévroses et tissu cellulaire voisins. Les deux moignons écartés se cicatrisent isolément et, de chaque côté, cette cicatrice, par ses adhérences aux parties voisines, forme cette bride fibreuse indiquée plus haut.
L'examen microscopique révèle les particularitéssuivantes : dans le voisinage des cicatrices, le tissu musculaire présente les caractères d’une myosite subaiguë.Ses fibres sonten dégé-
nérescence vitreuse ou granuleuse, les noyaux sont multiples,
quelques-uns vésiculeux.
(Nous avons cité ce dernier paragraphe relatif à la microscopie pour démontrer la nécessité dans laquelle se trouvera l'opérateur, lors des sutures, de faire un avivement assez épais des surfaces musculaires à affronter, avivement qui, en même temps qu’il régularisera les surfaces supprimera au moins en grande partie la zone dégénérée et peu vivante).
Ainsi sans suture le muscle, par guérison spontanée devient « digastrique » suivant la juste expression de Lejars. C’est ce mode de guérison qui est certainement le plus favorable puisqu'il tend à rétablir la continuité du muscle, mais elle sera suivant les cas plus ou moins parfaite. En effet, cette sorte d’interformation tendineuse se comportera différemment suivant les circonstances : longue et adhérente si la plaie a suppuré, elle gênera l’action musculaire et consécutivement le corps charnu s’atrophiera ; courte, régulière elle fera l’effet d’une suture parfaite. Ce dernier cas est exceptionnel car la rétraction des lèvres de la plaie contrarie la coaptation ainsi que nous l’avons étudié dans un précédent chapitre.
L'action des antagonistes des muscles sectionnés joue aussi une action néfaste déterminant des atlitudes vicieuses et aboutissant généralement à des déformations permanentes.
La cicatrice musculaire peut, outre sa défectuosité, adhérer aux plans voisins, osseux, musculaires, aponévrotiques, cutanés. Certaines de ces adhérences, et particulièrement celles qui se font vers le plan osseux, immobilisent et entravent l’action mus-
culaire par leur solidité ; d’autres sont sans grande importance : celles qui se font à la peau par exemple s’étirent peu à peu grâce à l’extrême souplesse et à la mobilité des muscles et des téguments.
Enfin, si on considère que le blessé immobilise spontanément son membre en une position généralement vicieuse et rarement contrariée, il est fréquent que la longue évolution de la plaie détermine non seulement une cicatrisation défectueuse avec atrophie des masses musculaires, mais encore des ankyloses articulaires que les traitements mécanothérapiques les plus intenses et les plus douloureux n'arrivent que très rarement à vaincre. .