LIVRE QUATRIÈME
SUITE DES CABACTÈBES DE LA BOYAUTÉ.
ARTICLE PREMIER
L'autorité royale est absolue.
Pour rendre ce terme odieux et insupportable, plusieurs affectent de confondre le gouvernement absolu, et le gouvernement arbitraire. Mais il n’y a rien de plus distingué , ainsi que nous le ferons voir lorsque nous parlerons de la justice.
PBBUIBBE PBOPOSmOR.
Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu’il ordonne.
•• Observez les commandements qui sortent de « la bouche du roi , et gardez le serment que vous
* Pa. I.V1 , 5.
> ifttrf. cxxxix, 3.
* Ptov. xvi, 14.
* Ibid. XV, I.
‘ Eccl. VII , 22.
’ Prov. XXV, 23.
POLITIQUE
• lai avet Ne seo;^ pas à échapper de de-
• vant sa face , et ne demeurez pas dans de mau- ■ vnises oeuvres, parce qu'il fera tout ce qu'il < voudra. La parole du roi est puissante ; et per- 1 suime ne lui peut dire : Pourquoi faites-vous - ainsi 7 Qui obéit n'aura point de mal
!>ans cette autorité absolue , il ne peut ni faire le bien , ni réprimer le mal : il faut que sa puissance soit telle , que personne ne puls.se espérer de lui échapper ; et enlln la seule défense deà particuliers , contre la puissance publique , doit être leur innocence.
Cette doctrine est conforme à ce que dit saint Paul : • Voulez-vous ne craindre point la puis-
• sance , faites le bien *. •
II' PBOPOSITIOn.
Quand le prince a jugé , U n’; a point d'autre jugeaient.
Les jugements souverains sont attribues à Dieu même. Quand Josaphat établit des juges pour juger le peuple ; • Ce n’est pas , disait-il, au nom
• des hommes que vous jugez , mais au nom de
• Dieu «
Cest ce qui fait dire ù l'Ecclésiastique ; ■< Ne
• jugez point contre le juge *. • A plus forte raison contre le souverain juge qui est le roi. Et la raison qu'il en apporte, « c'est qu'il juge selon la jus- " tice. • Ce n’est pas qu’il y juge toujours : mais c'est qn’il est réputé y juger; et que personne n'a droit déjuger, ni de revoir après lui.
Il faut donc obéir aux princes comme & la justice même , sons quoi il n’y a point d'ordre ni de fin dans les affaires.
Ils sont des dieux , et participent en quelque façon a l’indépendance divine. « J'ai dit : Vous
• êtes des dieux, et vous êtes tous enfanta du
• Très-Haut *. »
Il n’y a que Dieu qui puisse juger de leurs jugements , et de leurs personnes. • Dieu a pris sa
• séance dans l'assemblée des dieux ; et assis au milieu , il juge les dieux ‘. •
C’est pour cela que saint Grégoire , evéque de Tours, disait au roi Cbilpérie, dans un concile : « Nous vous parlons ; mais vous nous écoutez si « vous voulez. Si vous ne voulez pas, qui vous « condamnera, sinon celui qui a dit qu’il était ■ la justice même ’? »
De là vient que celui qui ne veut pas obéir nu prince n'est pas renvoyé à un autre tribunal : mais il est condamné irrémissiblemcnt à mort ,
I Bccl. TIII, 2, 3, 4, tt.
» Fom. xm, 3.
^ 11. Par. XIX, 9.
' Fçel. VIII, 17.
‘ Pt. Lxxxi, e.
J; llid. I.
“ G'«ÿ. Tur. lib. VI, Elit.
comme l'ennemi du repos publie , et de la soclélé. humixinc. • Qui sera orgueiileux et ne voudra pas
• obéir nu commandement du pontife , et A l’or-
• donnance du juge , ii mourra , et vous êlerez le . mal du milieu do vous • Et encore : . Qui refu- " sera d'obéir à tous vos ordres , qu'il meure ’. • C’est le peuple qui parle ainsi à Josué.
Le prince se peut redresser lui-même, quand il connaît qu’il a mal fait : mois contre son autorité, il ne peut y avoir de remède que dans son autorité.
C'est pourquoi il doit bien prendre garde à ec qu’il ordonne. • Prenez garde à ce que vous fai-
• tes ; tout ce que vous jugerez retombera sur
• vous : ayez la crainte de Dieu : faites tout avec
• grand soin
C'est ainsi que Josaphat instruisait les juges à qid il confiait son autorité : combien y pcnsait-il quand il avait à juger lui-même !
■ Il' PBOPOSITIOX.
Il, n’y s point de force coectire cooire le prlnoc.
On appelle force eoactive , une puissance pour contraindre et e.xécuter ce qui est ordonné légitimement. Au prince seul appartient le commandement légitime; à lui seul appartient aussi la force coactive.
C'est aussi pour cela que saint Paul ne donne le glaive qu'à lui seul. • Si vous ne faites pas bien,
• craignez; car ce n'est pas en vain qu’il a le
• glaive •
Il n'y a dans un État que le prince qui soit arme : autrement tout est en confusion , et l’État retombe en anarchie.
Qui se lait un prince souverain, lui met en main tout ensemble , et l'autorité souveraine de juger , et toutes les forces de l’État. • Notre roi •> nous jugera , et il marchera devant nous, et il . conduira nos guerres <• C’est ce que dit le peuple juif quand il demanda un roi. Samuel leur déclare , sur ee fondement , que la paissance de leur prince sera absidue , sans pouvoir être restreinte par aucune autre puissance • Voici le droit du roi qui régnera sur vous, dit < le Seigneur ; Il prendra vos enfants , et les met- . tra à son service ; il se saisira de vos terres, et ■ de ce que vous aurez de meilleur, pour le don- 1 ner à ses serviteurs , • et le reste.
Est-ce qu'ils auront droit de faire tout cela licitement? à Dieu ne plaise. Car Dieu ne donne point de tels pouvoirs : mais ils auront droit de
* Dfut. XVII , 13.
* Jnt. I, 18.
* II. Par, XIX, C, 7.
I ttom. xin, «.
1 I- Heÿ. vai, 30.
* Jbtd. II, clé.
TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. IV
le faire Impunément ft l’épard de la justice humaine. C'est pourquoi David disait ' : . J’ai pé-
■ chc contre vous seul: A Seipneur, ayez pitié de
■ moi ! « » Parce qu’il était roi , dit saint Jcrùmc " sur ce passage * , et n'avait que Dieu seul à
• craindre. •
Et saint Ambroise dit sur ces mêmes paroles ■T ni péché contre vous seul « Il était roi ; il n’é-
• tait as.sujeltl à aucunes lois , parce que les rois
• sont affranchis des peines qui lient les criml-
• nels. Car l’autorité du commandement ne per- « met pas que les lois les condamnent au supplice.
• David donc n'a point péché contre celui qui « n’avait point d’action pour le faire châtier. •
Quand la souveraine puissance fut accordée â .Simon le Machabée, on exprima en ces termes le pouvoir qui lui fut donné <. . Qu’il serait le « prince , et le capitaine général de tout le peu-
• pic, et qu’il aurait soin des saints ( c'est ainsi " qti’on appelait les Juifs ) : et qu’il établirait les
• directeurs de tous les ouvrages publics , et de " tout le pays ; et les gouverneurs qui coraman- " deraient les armes et les garnisons; et que ce
■ serait à lui de prendre soin du peuple ; et que
• tout le monde recevrait ses ordres , et que « tous Ica actes et décrets publics seraient écrits " en son nom ; et qu’il porterait la pourpre et « l’or ; et qu’aucun du peuple ni des prêtres ne
• ferait contre ses ordres , ni ne s’y pourrait oppo-
• scr, id ne tiendrait d’assemblé-e sans sa permis- " sion ; ni ne porterait la pourpre ou la boucle
• d’or, qui est la marque du prince ; et que qui-
• conque ferait au contraire , serait criminel. Le
• peuple consentit ft ce décret, et Simon accepta
• la puissance souveraine à ces conditions. Et il " fut dit que cette ordonnace serait gravée en « cuivre , et nfllchée au parvis du temple au lieu
• le plus fréquenté ; et que l’original en demeure-
• mit dans les archives publiques entre les mains
• de Simon et de scs énfants ■
Voilà ce qui se peut appeler la loi royale des Juifs, où tout le pouvoir des rois est excellemment expliqué. An prince seul appartient le soin général du peuple : c’est là le premier article et le fondement de tous les autres : à lui les ouvrages publics , à lui les places et les armes ; ù lui les décrets et les ordotmanecs : à lui les marques de distinction ; nulle puissance que dépendante de ta sienne ; nulle assemblée que par son autorité.
C’est ainsi que pour le bien d’un État, on en ' Pi. t, s.
• Hier in Pi. L. '
• j4mbr. in Ps. l; et Apolnj, David, cap. x, n- 61 I. i col. 8«2.
S I. Maeh. XÏT, «, 43, 44. 46- ^ Jlid..V6, 47, 48, 49.
tâ$
réunit en un toute la force. Mettre la force hors de là, c’est diviser l’État; c’ert ruiner la paix publique ; c’est taire deux maîtres , contre cet oracle de l’Évangile : . Nul ne peut servir deux « moiti'cs '. ■
Le prince est par sa charge le père dn peuple ; il est par sa grandeur au-dessus des petits Intérêts ; bien plus ; toute sa.grandeur et son intérêt naturel , c. est que le peuple soit conservé ; puisqu ’enlln le peuple manquant, il n’est plus prince. Il n’y a donc rien de mieux , que de laisser tout le pouvoir de l’État à celui qui a le plus d’intérêt à la conservation et à la grandeur de l’État même.
IV" PBOPOsmox.
Les rois ne sont pa.s pour cela aiïrancltis des lois.
• Quand vous vous serez établi un roi , Il ne lui sera pas permis de multiplier sans mesure
■ ^ chevaux et ses équipages ni d'avoir une
• si grande quantité de femmes qui amollissent « son courage; ni d’entasser des sommes immen-
■ scs d’or et d’argent. Et quand il sera assis dans 9 son trône, il prendra soin de décrire cette loi ,
« dont il recevra un exemplaire de la main des " prêtres de la tribu de Lévi, et l’aura toujours « en main , In lisant tous les Jours de sa vie ; afin
• qu’il apprenne à craindre Dieu , et à garder ses » ordonnances et ses Jugements. Que son cœur
• ne s’enfle pas au-dessus de ses frères, et qu’il
• marche dans la loi de Dieu sans se détourner A 9 droite et à gauche, afin qu’il règne longtemps
• lui et ses enfants '. •
Il faut remarquer que cette loi ne comprenait pas seulement la religion , mais encore la loi do royaume, à laquelle le prince était soumis autant que les autres, ou plus que les antres, par la droiture de sa volonté.
C’est ce que les princes ont peine à entendre.
• Quel prince me tronverez-vous , dit saint Am- 9 brolse qui croie que ce qui n’est pas bien ne
soit pas permis; qui se tienne obligé A ses pro- 9 près lois; qui croie que la puissance ne doive
• pas se permettre ce qui est défendu par la jus-
■ tlce? car la paissance ne détruit pas les obliga-
■ tiens de la Justice ; mais au contraire c’est en 9 observant ce que prescrit la Justice , tpie la puis- 9 sance s’exempte de crime : et le roi n’est pas 9 affranchi des lois ; mais s’il pêche il détruit les « lois [Mir son exemple. » il ajoute : 9 Celui qui 9 Juge les autres, peut-il éviter son propre Jiige-
• ment , et doit-il faire ce qu’il condamne? •
De là cette belle loi d’un empereur romain.
* IVatth. Tl, 24.
* Dnii. XVII, »a, 17, fit
* Ambr. t, 11. Apol. David, allera. cap. ’Di.n* 9 co).
POLITIQUE
« C’est une parole digne de la majesté du prince,
« de SC reconnaître soumis aux luis »
lies rois sont donc soumis conune les autres à l’équité des lois, et parce qu’ils doivent être justes , et parce qu’ils doivent au peuple l’exemple de garder la justice; mais ils ne sont pas soumis aux peines des lois : ou , comme parle la théologie, ils sont soumis aux lois, non quant à la puissance coactive, mais quant à la puissance directive.
V* PBOPOSITION.
Le peuple doit se tenir en repos sous l’autorité du prince.
Cest ce qui parait dans l’apologue où les arbres se choisissent un roi *. Ils s’adressent à l’olivier, au figuier, et à la vigne. Ces arbres délicieux , contents de leur abondance naturelle , ne voulurent pas se charger des soins du gouvernement. « Alors tous les arbres dirent au buisson': « Venez et régnez sur nous » Le buisson est accoutumé aux épines et aux soins. Il est le seul qui naisse armé, il a sa garde naturelle dans ses épines. Par là il pouvait paraître digne de régner. Aussi le fait-on parler comme il appartient à un roi. « U répondit aux aibres qui l’avaient élu : « Si vous me faites vraiment votre roi , reposez- « vous sous mon ombre ; sinon il sortira du buis- « son un feu qui dévorera les cèdres du Liban »
Aussitét qu’il y a un roi , le peuple n’a plus qu’à demeurer en repos sous son autorité. Que si le peuple impatient se remue , et ne veut pas se tenir tranquille sous l’autorité royale, le feu de la division se mettra dans l’État , et consumera le buisson avec tous les autres arbres, c’est-àdire , le roi et les peuples : les cèdres du Liban seront brûlés; avec la grande puissance, qui est la royale, les autres puissance seront renversées, et tout l’Etat ne sera plus qu’une même cendre.
Quand un roi est autorisé, « chacun demeure « en repos , et sans crainte sous sa vigne , et sous « son figuier, d’un bout du royaume à l’autre^. »
Tel était l’état du peuple Juif sous Salomon; et de même sous Simon le Machabée. « Chacun « cultivait sa terre en paix : les vieillards assis « dans les rues parlaient ensemble du bien public; « et les jeunes gens se paraient, et prenaient l’ha- « bit militaire. Chacun assis sous sa vigne et sous ■ son figuier, vivait sans crainte®. »
Pour Jouir de ce repos , il ne faut pas seulement la paix au dehors , il faut la paix au dedans , sous l’autorité d’un prince absolu.
' L. Oigna. C de Legib.
* Judic. is, 8, 9, 10, II, li, 13.
* ibid U.
‘ Ibid. IB.
* III. R*g. IT,».
« I. Mach. XIT,8, 9, la.
Vl" PBOPOSITION.
Lo peuple duil crninilrc te prince; mais le prince ne doit craindre que de faire mal.
0 Qui sera oigucilleux , et ne voudra pas obéir « au commandement du pontife, et à l’ordonnance « du juge , il mourra , et vous ôterez le mal du « milieu d’Israël : et tout le peuple qui entendra « son supplice craindra, afin que personne ne se « laisse emporter à l’orgueil*. »
La crainte est un frein nécessaire aux hommes, à cause de leur orgueil , et de leur indocilité naturelle.
Il faut donc que le peuple craigne le prince; mais si le prince craint le peuple, tout est perdu. La mollesse d’Aaron , à qui Moïse avait laissé le commandement pendant qu’il était sur la montagne, fut cause de l’adoration du veau d’or. • Que vous a fait ce peuple? lui dit Moïse*; et « pourquoi l’avez-vous induit à un si grand mal? » Il impute le crime du peuple à Aaron , qui ne l’avait pas réprimé , quoiqu’il en eût le pouvoir.
Remarquez ces termes : « Que vous a fait ce « peuple pour l'induire à un si grand mal? » C’est être ennemi du peuple , que de ne lui résister pas dans ces occasions.
Aaron lui répondit’ : « Que mon seigneur ne « se fâche point contre moi ; vous savez que ce « peuple est enclin au mal : ils me sont venus « dire : Faites des dieux qui nous précèdent : car « nous ne savons ce qu’est devenu Moïse qui noua
a tirés d’Égypte. »
Quelle excuse à un magistrat souverain de craindre de fâcher le peuple? Dieu ne la reçoit pas, <« et irrité au dernier point contre’Aaron , « il voulut l’écraser ; mais Moïse pria pour lui *. ■
Saùl pense s’excuser sur le peuple , de ce qu’il n’a pas exécuté les ordres de Dieu. Vaine excuse que Dieu rejette ; car il était établi pour résister au peuple , lorsqu’il se portait au mal. « Écoutez , a lui dit Samuel ’ , ce que le Seigneur a prononcé « contre vous : Vous avez rejeté sa parole , il vous « a aussi rejeté , et vous ne serez pas roi. Saül dit '< à Samuel : J’ai péché d’avob* désobéi au Sei- « gneur et à vous en craignant le peuple , et cédant « à ses discours. >•
Le prince doit repousser avec fermeté les importims qui lui demandent des choses injustes.
- La crainta de fâcher, poussée trop avant , dégénère en une faiblesse criminelle. « Il y en a qui « perdent leur âme par une mauvaise honte : l’in>-
prudent qu’ils n’osent refuser les fait périr®. »
' Ueut. xvn, 13, 13.
* Kzod. xxxil, 21.
* Ibid. VI, -a.
4 Otut. IX , 20.
5 I. Reg. XV, I«,23 , 24.
6 Bcel. XX , 24-
TIBÉE DE LTXRITURE. LIV. IV.
VII* PBOPOSITION.
Le prince doit le faire craindre dea grands et des petite.
Salomon , dès le commencement de son règne , parle ferme à Adonlas son frère. AussitAt que Salomon eut été couronné , Adonias lui envoya dire : • Que le roi Salomon me jure qu'il ne fera
• point mourir son serviteur. Salomon répondit :
• S’il fait son devoir il ne perdra pas un seul che-
• veu; sinon il mourra'. •
Dans la suite , .\duuias cabala pour se faire roi, et Salomon le Ht mourir'.
Il fit dire au grand prêtre Abiathar, qui avait suivi le parti d' Adonias : « Retirez-vous à la cam- « pagne dans votre maison ; vous méritez la mort ;
• mais je vous pardonne , parce que vous avez « porté l'arche du Seigneur devant mon père Du-
• vid, et que vous l'avez lldèlement servi K -
Sa dignité et ses services passés lui sauvèrent lu vie; mais ii lui en coûta la souveraine sacrificaturc , et il fut banni de Jérusalem.
Joab , le plus grand capitaine de son temps , et le plus puissant homme du royaume , était aussi du même parti. Ayant appris que Salomon l'avait au, il se réfugia au coin de l’autel, où Salomon ordonna à Banaias de le tuer. • Ainsi, dit-il * ,
• vous éloignerez de moi , et de la maison de mon « père, le sang innocent que Joab a répandu , en « tuant deux hommes de bien , et qui valaient
• mieux que lui, Abncr,filsde Ncr, et Amosa, fils ■ de Jether : et leur sang retombera sur sa tète. •
L'autel n'est pas fait pour servir d'asile aux assassins ; et l'autorité royale se doit faire sentir aux méchants , quelque grands qu'ils soient.
Dans le Nouveau Testament, et parmi des peuples plus humains , il faut moins faire de ces exé cutions sanglantes qu'il ne s'en faisait dans l'ancienne loi et parmi les Juifs, peuple dur et enclin A la révolte. Mais enliu le repos public oblige les rois A tenir tout le monde en crainte , et plus encore les grands que les particuliers, parce que c'est du cAté des grands qu'il peut arriver de plus grands troubles.
vin' pRorosiTioN.
L’autorité royale doit être iovmcible.
S’il y a dans un État quelque autorité capable d’arrêter le cours de la puissance publi(|ue , et de l'embarrasser dans son excrcicê , peisonne n’est en sûreté. Jérémie exécutait les ordres de Dieu , en déclarant que la ville , en punition de ses crimes , serait livrée au roi de Babyionc
' lit. lit}. I, SI. SX ■ Ihid. Il, SS, U, St, SS.
• Ibid. SS.
t rstd.ss, 31, as, 33.
* Jer. XXVYIII, t, 6.
■ÜSSVET. — T. I.
« Les grands s'assemblèrent autour du roi et lui
• dirent : Nous vous prions ((iic cet homme soit
• mis A mort ; car il abat par malice le courage
• des gens de guerre et de tout le peuple : c’est
• un méchant qui ne veut pas le bien de l'État ,
• mais sa ruine. Le roi Sédécias leur répondit :
• Il est en vos mains , car le roi ne vous peut
• rien refuser. » Le gouvernement était faible , et l'autorité royale n’était plus un refuge à l'innocent persécuté.
Le roi voulait le sauver , parce qu'il savait que Dieu lui avait commandé de parler comme il avait fait. > Il fit venir Jérémie auprès de lui
• en particulier, et il lui dit ' : Vous ne mourrez
• pas , mais que les seigneurs ne sachent point « ce qui se passe entre nous; et s'ils entendent
■ dire que vous m’avez parlé , et qu'ils vous
• demandent : Qu'est-ce que le roi vous a dit ?
• répondez ; Je me suis jeté aux pieds du roi ,
• afin qu’il ne me renvoy.lt pas dans ma prison « pour y mourir. • Prince faible, qui craignait les grands, et qui perdit bientAt son royaume, n'osant suivre les conseils que lui donnait Jérémie par ordre de Dieu.
Évilmérodac , roi de Babyionc , fut un de ces princes faibles qui se laissent mener par force. Par son ordre, Daniel avait découvert les fourbes des prêtres de Bel , et avait fait crever le dragon sacré que les Babyloniens adoraient.
■ Ce que les seigneurs ayant oui , ils entrèrent
• dans une grande colère : et s’étant assemblés « contre le roi , ils disaient : Le roi s’est fait Juif, . il a renversé Bel , Il a tué le dragon sacré et les
• prêtres. Et nyant dit ces choses entre eux, ils
• vinrent nu roi ; Livrez-nous Daniel , lui dirent- I ■ ils ; autrement nous vous ferons mourir , vous
• et votre maison *. ”
Il leur accorda leur demande *; et si Dieu I délivra Daniel des bêtes farouches , ce roi n’en était pas moins coupable de sa mort à laquelle il avait donné son consentement.
On entreprend aisément contre un prince faible. Celui-ci, qui se laisse intimider par les menaces qu'on lui fait de le faire mourir, lui et sa maison , fut tué en une autre occasion pour ses débauclies et ses injustices * : car tout prince faible est injuste : et sa maison perdit la royauté.
Ainsi ces faiblesses sont pernicieuses aux particuliers , à l'Etat , et au prince même , contre qui on ose tout , quand il se laisse entamer.- Le prophète Daniel fut encore exposé aux bêtes farouches, par la faiblesse de Darius le Mèdc’.
* Jer. xxwm, 14,31,25,33.
* Dan. XIV . 27 ,.28. -
7 ta. 20,ete-
4 ÿerot. apud Joaeph. Ub. l cont. Apioa.
5 Van. VI, 3, 4 . 3, 7.
POLinycK
*• Il voulait dunncr a Daulol le gouvcrncinL’Ut du roj'aume , parce cpic l’esprit de Dieu paraissait " eu lui plus que dans tous les autres hommes.
- la's?randsetlessalniiH‘s,jaIou.ïdesapraiideur, ” cherchèrent l’occasion de le perdre , et surpri- " renl le roi. Puissiez-vous vivre à jamais , ô roi " Darius 1 les grands de votre royaume , et les
> magistrats ies satrapes, les sénateurs et " les juges, sont d'avis qu'on pui)lie un edit royal,
> par lequel il soif fait défense d'adresser du-
• raiit trente jours aucune prière à qui que ce « soit , Dieu ou homme , excepté à vous. •
ix" roi lit cette loi, autant tyrannique qu’impie, selon Informe la plus authentique, et qui la rendait Irrcvoeablc parmi les Medes et les Persi‘s On ne doit point d’obéissance aux rois contre Dieu. ■ ,\ussi Daniel priait à son ordinaire
• trois fois le jour, ses fenêtres ouvertes, lour-
- ni'es vers Jérusalem. Oux qui avaient conseille
• hi loi entreront en foule, et le tiniivèrent en
• prières -
Ils lirent leur plainte au roi ; et , pour le presser davantage, ils le prennent par la coutume des Medes et des Pers<-s, et par sa propre autorité. . Sachez , 6 roi , que c’est une loi inviolable " parmi les Medes et les Perses, que toute or- " donnanee faite par le roi ne peut être chan-
- gée •
Darius abandonna Daniel qui l'avait si bien servi , et se contenta d'en témoigner une sensible douleur Dieu délivra ce prophète encore une fois ; mais le roi l'avait immolé autant qu’il était en lui à la fureur des lions, et è la jalousie des grands plus furieux que les lions mêmes.
tn roi est bien faible, qui répand le sang innocent, pour n'avoir pu résister aux grands de son royaume , ni révoquer une loi injuste , et faite par une surprise évidente. Assuérus, roi du même |ieuple , révoqua bien la loi publiée contre les Juifs quand il en connut l'injustice, quoiipielle eût été faite de la manière la plus autiientiquc.
C’est une cliosc pitoyable de voir Pilate dans l'histoire de la Passion, . Il savait que les Juifs
• lui amenaient et accusaient Jésus par envie.® •
Il leur avait déclai-é « qu’il ne voyait en cet
• homme aucune cause de mort 1. 1 1 leur dit encore
• une fois': Vous l’accusez d’avoir excité le peuple - a sédition ; et voilà que , l’interrogeant devant
• vous, je n'ai rien trouvé de ce que vous lui repro-
' Don. Vf, 8,0.