AD INNOCENTIUM XI
vions dam V Évangile les prophéties qui regardent Jésus-Christ y nous prenions soin de montrer au prince y dans let Prophètes mêmes , les lieux d’ou elles étaient tirées. 11 admirait ce rapport de l'ancifJi et du nouveau Testament : raccomplissement de ces prophéties nous ser>ait de preuve certaine pour établir ce qui regarde le siècle à venir. Nous montrions que Dieu y toujours véritable y qui avait accompli à nos yeux tant de grandes choses prédites de si loin , n'accomplirait pas moins lldèlcment tout ce qu'il nous faisait encore attendre : de sorte qu’il n’y avait rien de plus assuré que les biens qu’il nous promettait et les maux dont il nous menaçait apres cette vie. A cette lecture nous avons souvent mélé les Vies des Saints , les actes les plus illustres des martyrs et l’Histoire religieuse, adn de divertir le prince en l’instruisant. Voilà ce qui regarde la religion.
Nous ne nous arrêterons pas à parler de l'étude de la grammaire. Notre principal soin a été de lui Caire connaître premièrement la propriété , et ensuite rélégance de la langue latine et de la française. Pour adoucir l’ennui de cette étude , nous lui en faisions voir l’utilité; et autant que son âge le permettait, nous joignions à l’étude des mots la connaissance des choses.
Par ce moyen il est arrivé que tout jeune U entendait fort aisément les meilleurs auteurs latins : 11 en cherchait même les sens les plus cachés; et à peine y hésitait-il dès qu'il y voulait un peu penser. Il apprenait par cœur les plus agréables et les plus utiles endroits de ces auteurs, et surtout des [K>étes; il les récitait souvent; et dans les oécasinns U les appliquait à propos au.\ sujets qui se présentaicut.
mque pnri apquarot excidio. Qiue Chrùtum pnediccrent vaticinia Proplielaniin, ubi 10 FvangeliU ocrurrebant, ea Ni ipfio funle quanta dcinontitrabauiuft. Hkc adniirari rriiiceps : dos aüiuonere, qtüin oova cum aiiliquis apté coluiTi^reDt iieque unqiiam vauas {lollkilaüoncs Üei aut tuiiuiüfiituras, firniaque umniiiocsÂe» quo* venturosærulo asM^ptârit; verax ubique iX'us, fuluronuii ex anti^ actU appnibatâ tklc. HU s.Tpe inspersimus viUis Patnmi , splcii* didiura .Mart)nun acta, rvligiosam llisloriain, quu> et erudireol parilcr et oblcctaraut. Alquc liav de religiuae.
Gramnuitica studia coarrare quid atlioelf^ Id quidem maximè curavimus, ut laliiii pariter patrüque sermoiiis pruprietatoen primiim, tum cUam clegautiaiii nos&et. Ilu* jiu (Usciplinæ Uedia teiDperavUnus denHUtotratA ulilitate » rerumque ac verbonim y qnoad (èrebat œlas, coguitiuœ cviijuoctA.
Ilis pprfertUTn est , ut Tel puer, opiimns latinilatis an* dores prompt* inlelHgcrct , arranos ctiam sensus rimaretiir, xixque hivreret iinquam ubi animuni inlendi.vsel : ex ih , piirsertim ex poetis , jucumlissima quaNpic et utilissima memortæ oomnteodala persa>pe reeitaret, alquc oonaskim (iati , rebua ipsis quæ incklereot » aptè accoro* inudarct-
En lisant ces auteurs, nous ne nous sommes jamais écartés de notre principal dessein, qui était de faire servir toutes scs études à lui acquérir tout ensemble la piété , laoonnoissancedes mœurs et celle de la politique. Nous lui faisions connaître, par les mystères abominables des gentils , et par les fables de leur, théologie , les profondes ténèbres où les hommes demeuraient plongés en suivant leurs propres lumières. 11 voyait que les nations les plus polies et les plus habiles en tout ce' qui regarde la vie cixile, comme les Égyptiens , les G recs et les Romains , étaient dans une si profonde ignorance des choses divines, qu’elles adoraient les plus monstrueuses créatures de la nature, et qu’elles ne se sont retirées de cet abîme qtie depuis que Jésus-Christ a commencé de les conduire : d’où il lui était aisé de conclure que la véritable religion était un don de la grâce. Nous lui faisions aussi remarquer que les gentils, bien qu’ils se trompassent dons la leur, avaient néanmoins un profond respect pour les choses qu'ils estimaient sacrées, persuadés qu’ils étaient que la religion était le soutien des États. I>cs exemples de modération et de justice que nous trouvions dans leurs histoires nous servaient à confondre tout chrétien qui n’aurait pas le courage de pratiquer la vertu , après que Dieu même nous l'a apprise. Au reste , nous faisions le plus souvent ces obsenations, non comme des leçons, mais comme des entretiens familiers ; et cela les faisait entrer plus agréablement dans son esprit : de sorte qu'il faisait souvent de lui-raème de semblables rtllexions. Et je me souvieus qu’ayant un jour loué Alexandre , d’avoir entrepris avec tant de courage la défense de toute la Grèce contre les Perses, le prince ne manqua pas de remar({uer qu’il serait bien plus glorieux à un prince chré-
In his verô auctonbus perlrgciulis ntinqnam ab inatilato Dofilro diseoMiroiiSy quo ri^tatPin sirotü monimquo docirinain, ac ciTitem prudeoliatn tradaremu.s. Gcntüis tbeo* kigiæ raligioni»qite fabulai, et infaoda myi^bria, documenlo esse qiiàni allé caligine per Mse hoinines mers! degerent : politÎMimas quasque gentes, ar civilis inapira* tiæ conMiltissimas, Æg7i>Üos, Gnecos , Romsnos, casdem in siimmà renini divinaram ignoratione Terutaa, absiirdissima port en la coliiisse; neque ex hU unquam niai Christo dure emersisse : hinc veraro religioDeiny divine gratta* tolam esse tribuendam.
Neque eù secius pentiles purè wmclèqiie quoad res sineret, sua sacra liabui^se ratos, hIs maxim* slare rcropubliram : mulla quoque mortim, multa justitia* oxcmpla pra'btiUse, quibiis premi cliristianos , si noc à Dec docli Tirtulem relinuisscnt. Hsc qiiMein plerumqiic pnreipientium specie , sed familiariter moDebnmus, qu.e M>inel aiiimo liausla, saepe îp!<« Delpliinus sponio n>eiiK>riil)nt : meminiimiMpie , laiidalo Alcxandro , qui advmùs Pcrsaii comnuincm Grfpcire rausam laotn nnimo Biisrepisset , itllm advertisse , quàm long* esset gloriosius principl chrisliano »
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DE INSTITUTIO.NE DELPlflM,
tien de repousser et d‘abattre rennemi commuD de la chrétienté, qui la menace et la presse do touti^s parts.
iNous D'avons pas jugé ù propos de lui faire lire les ouvrages des auteurs par parcelles, c'es^h* dire, de prendre un livre de l'Énéidc, par exemple, ou de César, M'paré des autres. >ous lui avons fait lire chaque ouvrage entier, de suite, et comme tout d'une haleine, afin qu’il s’accoutumât peu à peu , non à considérer chaque chose en particulier, mais à découvrir tout d’une vue le but principal d’un ouvrage et l'enchaineinent de toutes scs parties : étant certain que chaque endroit ne s'entend jamais clairement, et ne parait avec toute sa beauté , qu’à celui qui a regardé tout l'ouvrage comme on regarde un édifice, et en a pris tout le dessin et toute l'idée.
Entre les poètes , ceux qui ont plu davantage à monseigneur le Dauphin sont Virgile et Térence ; et entre les historiens , ç’a été Salluste et César. Il admirait le dernier, comme un excellent maître pour foire de grandes choses , et pour les écrire. Il le regardait comme un huimne de qui il fallait apprendre à foire la guerre. Nous suivioi^ ee griuid capitaine dans toutes ses rourches , uous le voyions faire scs campements , mettre ses troupes en bataille, former et exécuter ses desseins, louer et châtier à propos les soldats , les exercer au travail , leur élever le cœur imit l'espérance , lestenir tuujoursenholciue; conduire une puissante armée sans endommager le pays; retenir dans le devoir scs troupes par la discipline , et ses alliés par la foi et la protection ; changer sa manlèi'e selon les lieux ou il faisait la guerre , et selon ennemis qu’il avait en tête; aller quelquefois lentement, mois user le plus souvent d'une si grande diligence, <pie l’ennemi, surpris et serré de près,
rommunem clirûUiinitahs hot^tem , ip&ius jam ccnricibus îmminetUem , propulsarc ac debeUare.
Æqaiiin aiilctn duiimux, auctorum opéra non minuU* ttni in> jia , boc est non uimm ant uUoruni , .4Cnpido» puta anl Ca'sariâ libnim , à reliquis avulsum H ahniplnm , sed iiiU^rum opiia coiiliucuUer, et quaai uuo apiritu :
iil Frinceps |iaulaUm assueaccret, non sin(;iita qiiHnjue, ml iiuuun riium seriein aU{nc operU auiumam intiieri : cüm tiec siDijiUis sua luv aut|MilcliritudocoDf>let,nui universi oi»ens , velut a'diliciit raUüoem aUiue ideain aniioo iiironiuri».
lu Yitjiilio maiimè acTcrenlio est delectatus :
in hii>lorHiü, SaUuKtio ar Ca sare. Hiinc e^rrKium et fk'rüieatli <4 aj^endi inagisiniiiivelien>euU.'r admirari : belii adiiiini'-lraiKli dio vm adliürerc : no« cuiu iiuimio Inipera* tore îUt ageri*, t^i)^tra ileiiigiiarc, acieni iiu»(ruere, iuire al4|iie evpedire , lau^Uire, cocrcere militem , o|>erc
cicrrcre, erigete, pruniptum et alaernn baliere, forteni et nlHlineuteiu r\*>rciliuna;^rc ; luiiir «11m ipItikA, sociot liJi'ac liihda in ofliciu n.‘tiiu‘n*; alr|ur litkAÜlms iiui- Versiin Ih'III actiminKMlare r;tUoncui , rum luii inlerdiini , HFgere wqdiis » ipv^ïque reletiUle nuQ toiiMija ItoMibiis ,
n’avait ni le temps de délibérer ni celui de fuir; pardonner aux vaincus , abattre les rebelles , gouverner avec adresse les peuples subjugués, et leur faire ainsi trouver sa victoire douce pour la mieux assurer.
On ne peut dire combien U s'est diverti agréablement et utilement dans Térence , et combien de vives images de la vie humaine lui ont passé devant les yeux en le Usant. Il a vu les trompeuses tunorcesde la volupté et desfemmes, lesaveugles em{M>rtementsd'une Jeunesse que la flatterie et les intrigues d’un valet ont engagée dans un pas difficile et glissant ; qui no sait que devenir , que l'amour tourmente , qui ne sort de peine que par une espèce de miracle, et qui ne trouve le repos qu’en retournant à son devoir. Là le prince annarquait les mœurs et le caractère de chaque âge et de chaque passion exprimé par cet admirable ouvrier, avec tous les traits convenables à chaque personnage , des sentiments naturels , et enfin avec cette gi^ce et cette bienséance que demandent ces sortes d’ouvrages. Nous ne pardonnions pourtant rien à ce poète si divertissant , et nous reprenions les endroits où il a écrit trop licencieusement. Mois en même temps nous nous étonnions que plusieurs de nos auteurs eussent écrit pour le théâtre avec beaucoup moins do retenue , et condamnions une façon d’écrire si déshoimête, comme pernicieuse aux bonnes mœurs.
11 faudrait foire un gros volume pour rapporter toutes les remarques que nous avons faites sur chaque auteur, et principalement sur Qcéron, que nous avons admiré dans ses discours de philosophie, dons ses oraisons, et même lorsifu'il raillait librement et agréablement avec ses amis.
Parmi tout cela , nous voyions la géographie en
noo fugsm rrimquere; viclls pareere , compriiDpre rebellaolM , debt'Ilalas geôles æqaiUite ac prudcnliâcomponere : liis letitrc simiil el conlinnare victoriam.
Quid menioreni, u( in Tcrmüo suarit(V atquc ulilitcr Iti^ril : quanlai(iin sc htc rmun liumanarum rxeiiipla pnebnohüt, inluctili fallarct volupUtimi ac iniiUerciilvnim iUiTctiras , adolosccnluionim impotentes et ca*cos imprtiis , luliiiram æUleni senoriim minisleriis alque adulaliooe piT dévia præcipiUUm, Inm sais cxagiLitam erroribna, atquc amoribns rmeiatam, ncc nisi niiraruh) pvpedittm, vil taiMlcm conquicftcentem ubi ad offirium mlierit. Hic inoruin, lilc alatum , lüc mpiditatum naluram à sunimo artilke cxpreAsaro; ad Im*c |>erftouanini rornam »c linealuoiiU, YcroAi|ue acrmooes, deniqne venostum ülad ac decens, quo arUs upera iommemletur. Neque intérim ju> cuniiissimo pueUx, ai qua>Ucenliù9 arripaerit, parcimos : sed è ftusUia plurimoa intemperaiiUiw quoque lusîsse, mirati , lioruni lasciilun exitiosam moribua , wveria iinp^ rUs cuercemus.
In iinmcnKum creTcrit opua, ai rittooere ^redimur quæ in qiKK|u« auclore notai! , pm'acrliiu ui Ckeronc, qiteni joraiilinn , idiiturt«ipluiiileni , (leroraiilein aodivinciv.
Gwgrapliiaiii intcrca , ludemlo et q*iaài |>oregrmaoil>
AD INNOCEi\TtUM XI.
jouant et comme en faisant voyage , tantAt en suivant le courant des fleuves, tantAt rasant les cAtes de la mer, et allant terre A terre; puis tout d’un coup cinglant en haute mer, nous traversions dans les terres , nous voyions les ports et les villes, non en les courant comme feraient des voyageurs sans curiosité , mais examinant tout , recherchant les mœurs, surtout cellesde la France, et nous arrêtant dans les plus fameuses villes pour connaître les humeurs opposées de tant de divers peuples qui composent cette nation belliqueuse et remuante : ce qui , joint à la vaste étendue d'un royaume si peuplé , faisait voir qu'il ne pouvait être conduit qu'avec nue profonde sagesse.
Enfin nous lui avons eieseigné l'histoire. Et comme c'est la maîtresse de la vie humaine et de ia polilhiue , nous l’avons fait avec une grande exactitude : mais nous avons principalement eu soin de lui apprendre celle de la France, qui est la sienne. Nous oc lui avons pas néanmoins donné la peine de feuilleter les livres ; et à la réserve de quelques auteurs de la nation , comme Philippe deCommineset du Bellay, dont nous lui avons fait lire les plus beaux endroits, nous avons été nous-mêmes dans les sources , et nous avons tiré des auteurs les plus approuvés ce qui pouvait le plus servir A lui faire comprendre la suite des affaires. Nous en récitions de vive voix autant qu'il en pouvait facilement retenir; noua le lui faisions répéter : il l'écrivait en français , et puis il le mettait en latin; cela lui servait de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son français que son latin. Le samedi il relisait tout d'une suite ce qu’il avait composé durant la semaine; et l'ou-
tmasgessimas : aune securvlo dclapsi flumiae, aune ons mariUinosIrgentes, iiiüx in.illumpelagus invectiaut atedi* terranea peaelrantes , urbes ac portas , non tamen frsUnalis iüneribus neque Incuriosi Itoapiles peragratnus ; sed omnia lusUainus, atorcs iaqainmus, maxbnèin GalliA ; diversis. siinos |)opulo8 , beUicusisaimaui geo lent , aarpe et taubilcm , populoais&imas urbes : tanlam iuiperii ntoleul suminA artc regendam et oontiueadam.
PorrO hiatoriam, hamaaie vlue magistram, ac eivais prudenUæ ducein , lunun&diligenüA tradidiuiua : sed prædpuam in eo opérant collocavünns , at Frandcam mavimâ , bocesi Buam, teneret. Tiec libros tamen operoaè evotvendoa Ducfo dedûaus (qnanquam et nunulLa ev vcmaculis ancloribua, Coauniæo pra-aertim ac Bclbno, Icgenda dererpsiniua) : sed nos ipai , ei Iboübua ac probatiasimia quibusque scriptoribua ea aeiegimus , qoÆ ad renim sérient aoinwt contplecteodam maxiniè pertinerent. Ka nos pria* cipi vivS voce aairare , quantum ipae nieinorU facilè reté neret ; niox eadem reciiaada repoacere : ia postea gailico seniione pauca oolucribore, mox in latinum vertere; id Utemalis ktoo esse; nos utraque pari diligentiA emeadare : ukinio bebdomadia die, quat per totam acripta casent,
vrage croissant, nous éavons divise par livres, que nous lui faisions relire tçés-souvent.
L'assiduité avec laquelle il a continué ce tiavail l’a mené jusqu'aux derniers règnes : si bien que nous avons presque toute notre histoire en latin et en français du style et de la main de ce prince. Depuis quelque temps, comme nousavons vu qu'il savait assez de latin , nous l'avons fait cesser d'écrire l'histoire en cette langtie. Nous la continuons en français avec le même soin; et nous l’avons disposée de sorte qu'elle s'étendit à proportion que l'espritdu prince s'ouvrait, et que nous voyions son jugement se former, en récitant fort eu abrégé ce qui regarde les premiers terni» , et beaucoup plus exactement ce qui js’approche des nAtres. Nous ne descendons pas néanmoins dans un trop grand détail des petites choses, et nous ne nous amusons pas A rechercher celles qui ne sont que de curiosité ; mais nous remarquons les mœurs de la nation bonnes et mauvaises, les coutumes anciennes, les lois fondamentales, les grands changements et leurs causes : le secret des conseils : les événements inespéré» , pour y accoutumer l'esprit et le préparer A tout : les fautes des rois et les calamités qui les ont suivies : la foi qu’ils ont conserv ée pendant ce grand espace de temps qui s’est passé depuis Clovis jusqu'A nous : cette constance A défendre la religion catholique , et tout ensemble le profond respect qu’ils ont toujours eu pour le saint-siége , dont ils ont tenu A gloire d’être les enfants les plus soumis ; que c'a été cet attachement inviolable A la religion et A l'Église, qui a fait subsister le royaume depuis tant de siècles. Ce qu'il nous était aisé de faire voir par les épouvantables mouvements que l’hé-
nno lenore relegere : la libros dividere, libros Ipsos itcnini iterumque rcTolTcre.
Hinc assidiiitate scribeudi factum est , ut historia oostra Prinripis manu styliiqae gallicâ simul et latine confcctag ad posirenta jam régna devencrit : et Knlioa qiiidem, ea qm) ca lingua utis Prlndpi nota , omiNimus : rciiqu.im Ûstonam gallic^ eodcni atudio persequlmur. Sic auletn egimuSg ut ciim Principi^ judicio, nostra q*io<|ue historia cre&cerct : ac tempora quidem anliqua strictihit, uo^trid proxima explicaüiis traderemus : non tamen minuta quæ> que et curiosa sacUU , svd morea gentis booos pravosque , majorum instituta , legcaqae prsecipuas : reriim conversionea, earumque causas : artana consHiorum, inopinatos eventiis, quibus animus assoefaciendus esset, atqiie ad omnia componendus : rogum errata ac secutas cal^mita* tes : ip&oruin jam inde à Ciodoveo por tanta spatia temporum incoitcussam fidenl,atque intuendA ralhoIicA religiono coDsUntiain : iiuic conjunctam sedis apostolica? ob.<ierrantiam singiilarem , ei csim maximè gtonatos : liinc regnum ipsum à lot saeculis firmum oonsüüsse : postquom sulh ortæ iiaaresos , utrique turbiüos insanosque molua , îmmi* nutam regum majcâtalem, ac florentissimum imperium
DE IXSriTtTIOIVE DELPHI.NI
résie a causés dans tout le corps de l'État, en ofTaibUssant la puissance ot la majesté royale, et en réduisant presque à la dernière extrémité un royaume si florissant : sans qu'il ait pu reprendre sa première force , qu’en abattant l’hérésie.
Mais afln que te prince apprit de rhistoire la manière de conduire les afTolres , nous avons coutume, dans les endroits où elles paraissent en péril, d'en exposer l’état , et d’en examiner tontes les circonstances, pour délibérer, comme on ferait dans un conseil , de ce qu’il y aurait à foire en ces occasions : nous lui demandons son a\is ; et quand il s’est expliqué, nous poursuivons le récit pour lui apprendre les événements. Nous marquons les fautes , nous louons ce qui a été bien fait : et conduits par l’expérience , nous établissons la manière de former les desseins et de les exécuter.
Au reste , si nous prenons de toute Thistoiro de nos rois des exemples pour la vie et pour les mœurs ; nous ne proposons que le seul saint Louis, comme le modèle d’un roi parfait. Personne ne lui conteste la gloire de la sainteté : mois après l’avoir fait paraître vaillant, ferme, juste, magniflque, grand dans la paix et dans la guerre, nous montrons, en découvrant les motifs de ses actions et de ses desseins, qu'il a été très-habile dans le gouvernement des affaires. C’est de lui que nous tirons la plus grande gloire de l'auguste maison de France, dont le principal honneur est de trouver tout ensemble dans celui à qui elle doit son origine, un parfait modèle pour les mœurs , un excellent maître pour leur apprendre à régner, et un Intercesseur assuré auprès do Dieu.
Après saint Louis, nous lui proposons les
tantùm non accUum , nec prislûus vires nisi perculAâ demum fraclàque luercai recepi&se.
et autem Prinetpi , ex ipsA historîA , renim aj^ndarum C0Qj(Ufet ratio , ia iis exponendis , pcriculorum statu ronatiloto , vchit initâ deliberalione , aoleinus omnia nMmcnla perpendere , ab eoqtie exquircre quîd üeindc dect^meret ; tum eventus exsequimur» poc<‘ata notamus; re<tè lârta laudamus :atque expericnUA duce, certant consiliorum capiendorum expedieodorumque raliuiiem stabilimus.
Cælerùm, cümex univtrsA regum iiostrorum bistoriA , viUe, monmique cxompla sumamus; tum sanctum Ludovkum unum proponinma, absolutissimi regis exemplar. Eum noo modo sanctitatU glorià , quod ucino nescît , sed laude etiam militari, forUtu<Uoe, cunstanliâ, aNiuilalc, magnificenliâ , riviU prudenliA praestitisse , reteclU geslo* nim ronailioraoique fonUbiis, demonstramus. Hincgioriain Franricæ docnûs , atque id aiigustissirooe fainüiæ summo dccori eiülisae :qu6d, qiio auolnrc prognata sit, oo, «xeroplo morura , regiarumque artium inagistro , ac certisaimoapud'Dcum deprccatore utrretur.
SecuDdùm eum, res Lodovici Magiü, vivanvpie eain
actions de Louis le Grand , et cette histoire vl* vonte qui se passe à nos yeux : l'État affermi par de bonnes luis, les finances bien ordonnées , toutes les fraudes qu'on y faisait découvertes, ta discipline militaire établie avec autant de prudence que d’autorité : ces magasins , ces nouveaux moyens d'assiéger les places et de conduire les armées en toutes saisons; le courage invincible des chefs et des soldats , l’impétuosité naturelle de la nation soutenue d'une fermeté et d’nne constance extraordinaires; cette ferme croyance qu’ont tous les Français, que rien ne leur est impossible sous un si grand roi, et enfin te roi même qui vaut tout seul une grande armée : la force, la suite, le secret impénétrable de sc'S conseils, et ces ressorts cachés dont l’artifice ne se découvre que por les effets qui surpi'cnnent toujours ; les ennemis confus et dans l'épouvante; les alliés fidèlement défendus ; la paix donnée ù l’Europe à des conditions équitables après une victoire assurée : enfin cet incroyable attachement à défendre la religion , cette envie de l'accroître , et ces efforts continuels de parvenir à tout ce qu'il y a de plus grand et de meilleur. Voilà ce que nous remarquons dans le père , et ce que nous recommandons au fils d’imiter de tout son pouvoir.
Pour les choses qui regardent la philosophie, nous les avons distribuées de sorte , que celles qui sont hors de doute, et utiles à la vie, lui puissent être montrées sérieusement, et dans toute la certitude de leurs principes. Pour celles qui ne sont que d’opinion , et dont on dispute , nous nous sommes contentés de les lui rapporter historiquement, jugeant qu'il était de sa dignité d'écouter tes deux parties , et d’en protéger également les défenseurs, sans entrer dans les que-
quam ocuNs intoemur hUtoriam : rempublicam opUmis legîbus constitubun : irrarii ratiooes ordiivitas ; revelaU fraiiilruci) Ulibula : mîlitarcfn diitriplinam pari pnidentii aique auctoritate firmatain : anoonæ cooiparamlae , obsi* d<>ndanim urbium , regeodoniro exenituuiu , Dovas artc« ; iiM ictoa diicum ac imlitum antmos ; nec tantùm impelum , »fd robur atque coostaoliara, gentique infîxuni, sub Unto rrge omnia peninrenda; regom ip.<>um magni îiu^tar exercilùs : bine oon&iliorum >itn et colm'^mitiam, atque oeeulla molimina , non nisi stiqicndis rerum e^enli* bus eniptiira ; citisos bostos ac tefTitoa: socios aummA lîdfî constantiAqiic defeusAs; paiU jam lulAque vicloriA, remplis roiidilioiiibu* dalam paceiu :deoique, incredibile sliklium tuemla) atque amplibc^l^ religionis , et |tarcnlis nuLximiadopiimaqua-quc ca|>csseDda cuuatus,obâet|uen< UiksiiiM) liliu coinmcndomus.
Ptiilusopliica Ua dislribiiinus , ut quœ fixa casent, vit»que iiiinianæ utilia, scriô certisque ratk>nibus finuaU (racieremus, qme opiiiionibiis «Üssensionibiuupie jactaU historicè referremus ; æ(|uum ac benevolum utriqne parti
AD LNNOCENTUIM XI.
relies; parce que celui qui est né pour le com- | mandement, doit apprendre à juger, et non à disputer.
Mais après avoir considéré que la philosophie consiste principalement à rappeler l'esprit U soimème, pour s'élever ensuite comme par un degré sAr Jusqu'A Dieu , nous avons commencé par là , comme par la recherche la plus aisée , aussi bien que la plus solide et la plus utile qu'on se puisse proposer. Car ici, pour devenir parfait philosophe, l'homme n'a Itesoin d'étudier autre chose que lui-méme; et sans feuilleter tant de livres,; sans faire de iwnibles recueils de ce qu’ont dit les ' philosophes , ni aller chercher bien loin des expériences , en remarquant seulement ce qu'il trouve en lui, il reconnaît par là l'auteur de son être. Aus.sl avions-nous dés les premières années jeté les semences d'une si belle et si utile philosophie ; et nous avions employé toute sorte de moyens pour faire que le prince sût des lors discerner l'esprit d'avcc le corps : c’est-à-dire, cette partie qui commande en nous , de celle qui obéit , alln que rame, commandant nu corps, lui représentât Dieu commandant au monde entier, et à rame même. Mais lorsque , le voyant plus avancé en âge, nous avons cru qu’il était temps de lui enseigner méthoditpiement la philosophie , nous en avons formé le plan sur ce précepte de l’Évangile : Consitlércz-rous aUentivement vousmfme.% ' ; et sur cette parole de David : O Seigneur, fai tiré de moi une merveilleuse connaissance de ee gue vous dics •. Appuyés sur ces deux passages , nous avons fait un traité de ta Connaissance de Dieu et de soi-même, où nous expliquons la structure du corps et la nature de l’esprit , par les choses que chacun expéri-
pKaripem prffstituri , ar formaturi regeodis rebus natum » non ad titiganduni , sed ad jiidiraodiun.
Cùin sutem inteliigereiniis, co phitosophiam maaimè onnlincri, ut animum primüm ait sese revoeatum, tiine quasi tirmatn gradu , ad t>eiim erigeret , ah eo iniliu caorsi aumus; eam enim veram esse phitosophiam , ma&imeqiic parabilem, quâ scüicet liumo ipse, non leetione libnirum ac ptiilosoptioruin plaritis operoaè colleclis, aut experi. mentis loogè conquiaiüs. sni ipsd sut evperienliA niaus, ad auctorero suiiro sa deinde conrerteret. Hiijiis piiirticr. riuue ntittssimieque piiilosophiæ jam inde à primia annis aemina jecimus , omnèpre iiuiustriA enisi sumus uli puer quant maximè animuniA corpore secemeret, hoc est, ram parlent qttæ imperarcl ab eâ quai serrirel , tum , snb nten. tia rorpitri iutperantis intagine, Iteum orbi uniserso, ipstque adeo menti , im|ieratttem agn.iseeret. Aduitiore xerO mute , riun IrmpuS atimonerct jam via ac raüone iradtut. \ dam esse pliiiosopttiam , ntemorea Dominici pnreepU : j Ar/endjreiâtbia; Davidirteqitr senlenliæ: SiirabiUs facta est scienUa tua ex me; tractalum inslilnimus de t'agnitioue Det et sut : quo strnetitraiit oorporia , aniinii|tte paturam, «i liis maxinté ipue in se quiaqne experitur,
• Luc. XXI, Si. — * Ps. cvxxviii, s.
mente en soi ; et faisons voir qu'un homme qui sait se rendre présent à lui-méme, trouve Dieu plus présent que toute autre chose , puisque sons lui il n'aurait ni mouvement , ni esprit , ni vie , ni raison, selon cette parole vraiment philosuphique de l'Apôtre prêchant à .Athènes, c’est-à-dire , dans le lieu où la philosophie était comme dans son fort ; Il n’est pas loin de chacun de nous, puisque c’est en lui que nous lùvons, que nous sommes mus, et que nous sommes ' ; et encore ; puisqu’il nous donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses ’. A l’exemple de saint Paul , qui SC sert de cette vérité comme connue aux philosophes , pour les mener plus loin , nous avons entrepris d'exciter en nous par la seule considération de nous-mêmes ce sentiment de la Divinité que la nature a mis dans nos Ames en les fornumt : de sorte qu'il paraisse clairement , tpio ceux qui ne veulent point reconnaître ce qu’ils ont au-dessus des bêtes , sont tout ensemble les plus aveugles , les plus méciiants , et les plus impertinents de tons les hommes.
De là nous avons passé à la logique et à la morale, pour cultiver ees deux principales parties que nous avions remarquées en notre esprit, c’està-dire la faculté d’entendre , et celle de vouloir. Pour la logique , nous l’avons tirée de Platon et d’Aristote, non pour la faire servir à de vaines disputes de mots , m.iis pour former le jugement par un raisonnement solide ; nous arrêtant principalement à cette partie qui sert à trouver les arguments probables, parce que ce sont ceux quo l’on emploie dons les affaires. Nous avons expliqué comment il les faut lier les uns aux autres ; de sorte que , tout faibles qu'ils sont chacun à
exftonimu.^ : i<k|ue oroninô aipmus, ut cüm homo &ibi ÜC pni'sonÜsMmua, tum sibi in omnibus pranAentksimum eoutempirtur Doum ; sine quo UH rvec moins , ruH: spiritus , Dec vita , necralmcousiet, juita ülam senlentiam maiimè philosophirnin Apostoli AUionis, hoc est, in ipsàphiloso* pliia» arcedispulantis ; Aon longe est ah unoquoque no* sfnlm, in ipso rnim vitimus, et moremurg et sumus ; cl iterum : ciîrm ipse det omnihiu vitam, et inspirationem, etomnia. Qiueciim Aposlolus ut pliUosophio) nota asAumat ad ultesiora animos provpcUirus, dos ilium k natnrA liumanis inj^rneratum menlibus dirinitatis sensum ex ipsà nostri coKiiitioue eUciendum cxdUindumque sus* cepimus : u'rtisque argumeiitisefTocimus, ulqui se belluis nihil pra:î>tare vrllcnt , niortiiiiuu omiiium laoissimi pari* ter ac lunù'^mi , neriion >K><[uissimi judicarenlur.
Qiiid plura ? hinc dial(<cticam moralomqiie plulosophiam adumaTimiis , etcoiendis animi qua.s in nobis experieba* I mur, subiimioribus pertlbas, intellit^endi nimirom ac tn* I Imdi tacultaie. Ac dialeciicam quidem ex Pialono et Ari* stotele , lion ad umbratilcm verboruro pugoam , sed ad judioium ratione fonnandtim : eam uiaximë parlem ora* tlone coroplexi qiiæ lopira argumenta rebus geremlis ap(a componcret , caque per scse.inralûia, alla aliis Dccteudo ,
* .4ct. XVII, 87 , 28. — I Ibid. 2tt.
DE INSTITUTIONE DELPHINI,
paît , ils deviennent invincibles par cette liaison. De cette source nous avons tiré la rliétorique, pour donner aux arguments nus que la dialectique avait assemblés , comme des os et des nerfs , de la chalr^ de l'esprit et du mouvement. Ainsi nous n'en avons pas fait une diseoureusc, dont les paroles n’ont que du son ; nous ne l'avons pas faite enflée et vide de choses, mois saine et vigoureuse; nous ne l’avons point fardée, mais nous lui avons donné un teint naturel et une vive couleur : en sorte qu’elle n’eût d’éclat que celui qui sort de la vérité même. Pour cela nous avons tiré d'Aristote, de Cicéron, de Quintilien et des autres les meilleurs préceptes; mais nous nous sommes beaucoup plus servis d'exemples que de préceptes, et nous avions coutume, eulisiuit les discours qui nous émouvaient le plus, d'en ôter les figures et les outres ornements de paroles, qui en sont comme ia chair et la peau : de sorte que, n’y laissant que cct assemblage d'os et de nerfs dont nous venons de parler, c'est-àdire , les seuls arguments , il était aisé de voir ce que la logique faisait dans ces ouvrages, et ce que la rhétorique y ajoutait.
Pour ta doctrine des mœurs , nous avons cru qu'elle ne se devait pas tirer d’une autre source que de l’Écriture et des maximes de l’Évangile , et qu'il ne fallait pas, quand on peut puiser au milieu d'un fleuve, aller chercher des ruisseaux bourbeux. Nous n'avons pas néanmoins laissé d’expliquer la morale d'Aristote, à quoi nous avons ajouté cette doctrine admirable de Socrate , vraiment sublime pour son temps, qui peut servir t donner de la foi aux incrédules, et ù foire rougir les plus endurcis. Nous marquions en même temps ce c[ue la philosophie chrétienne y con-
firmaret. Quo derouzn ex fonte rheloricam exsurgerc jus* stiDUS» qaæ nudié argument ÎA, quafti o.s«ibus Dcr\tM(ue, k dlakctici com|>acti4, et caniom et spiriturn et motuin ioderet; eanupie adeo non atridulam et canorom, non tiinidain ctevarndain, sed uniui vigcntrntqiie fediiius; aeque fuco depiuximus , vcoim culorem niluremque dédira us ex ipkl veriUle enioresccnlem. bù sanè sclccta ArUlotelis, Ciceronis, Quiiililiani, alîorumqiic praTcpla conlnlimus ; sed excniplU nugi» quàm praccepUs u^mus : aolebamuftque oratiooes qua? maximè alticerenl, ^rcelicrentque ammuni, sublaliÿ &guri«, omame-ntismic verbofum , quasi delracU cute , ad illain , quant modo diximus , ossium ncn’omnujiio comparent , hoc est , ad simpiida ■udaque arguinenta redigere, ut quid logira præstaret, quid rlielorica adderct , quasi ocuüs ceroerelur.
Moralem verô doctrioara non alio ex foole quim ex Scripturi, chriatianaeque reUgiouis decretis, re|)cleodani oateodimus : oeque coauniUeadttiii , ut qui (4eao Ûumioe irrigari posait turbtdos rivulos ooOMcteiur. >'equee6sedus AiistotelU moralia peraeruü sumus , quibua ailjuuximus Socratica iUa mira et prt> tempore aublimia dttgmata , que «I ftdein ab iocrednlis , et ab obduraba niboram exprime* lent. Intérim doccbamus quid in liorum dccrclis cliri-
damnalt, ce qu’elle y joutait, ce qu’elle y approuvait : avec quelle autorité elle en confirmait les dogmes véritables, et combien elle s'élevait au-dessus : en sorte qu'on fût obligé d'avouer que la philosophie, toute grave qu'elle parait, comparée à la sagesse de l'Évangile n'était qu’une pure enfance.
Nous avons cru qu’il serait bon de donner au prince quelque teinture des lois romaines ; en lui faisant voir, par exemple, ce que c’est que le droit , de combien de sortes il y en avait , la condition des personnes, la division des choses; ce que c'est que les contrats , les testameuts , les successions , ia puissance des magistrats , l'autorité des jugements et les autres principes de la vie civile.
Nous ne dirons rien ici de la métaph>’8ique, parce qu’elle est toute répandue dans ce qui précède. Nous avons mêle beaucoup de physique en expliquant le corps humain; et pour les autres choses qui regardent cette étude, nous les avons traitées selon notre projet, plus historiquement que dogmatiquement. Nous n’avons pas oublié ce qu'en a dit Aristote : et pour l'expérience des choses naturelles, nous avons fait foire devant le ; prince les plus nécessaires et les plus belles. Il n’y a pas moins trouvé de divertissement que de profit. Elles lui ont fait connaître l’industrie de l'esprit humain , et les belles inventions des arts , soit pour découvrir les secrets de la nature, ou pour l'embellir, ou pour l’aider. Mais, ce qui est plus considérable, il y a découvert l'art de la nature même , ou plutôt la providence de Dieu , qui est à la fois si visible et si cachée.
mathématiques , qui sen ent le plus à la justesse du raisoimemcut , lui ont été montrées
ftUana püilosophU repreheodorit , quid addideril; prubato TcrOf (fuà aurlurilalu rinnOrit, qui docUini iUiislravit, utpbiloso{>bicam graviutrm Untm ftapietiUa: cumpxretam, merem es^e infantiam eouiileri o]kh teret.
Nwpie abs re duximus ex Romanis Icgibus alitpiid deUbare : quM jus ipsum el quoluplex, quœ amlUio perao* Danim,quœ rerura dimione«t quæ ratio coiitracloum, quae lesUunmloniin liæreditatuini)ue; magistralutun quoque potestatem : alla ejuamodi quibus tîUb civUU priodpia coDlinentur.
IleUpbyskam sanè qos io antedicUs maximè veratur, commemürare non vacat. Pbysica bene nmlla in expUcaiuk> corpore bumano Iradklimua : rictera ex noUro iiulituto hisluricè potius quàm dogmatkè, Ari&tolelis plaritis niini* mè prætennisais. Experimenla xcrè rcnira naturalium tic exhibere focimut, ut in lus lYiacopt, ludo tuaTUsiiDO tique uUliMimo buiuane iDenlit industriam , pncclaraque arlium inreota, quibus naturam et retegerent, et orua* reni , inlerdum adjuvarenl ; i{»tam dcoique naUirrn artem , iiDô siimmi OpUicis et palenüsriuuiui , al occulüt&iinam provideotiam miraretur.
Malhematkai (tisciplioas , argumeiUandi magistrat , ab optimo doctoreacccpit;ucctaDlüiD, utlit,munire et<^
AT) INi\OCK.NTIÜM XI.
fl
par un excellent maître, qui ne s’est pas contenté, comme c'est l’ordinaire, de lui apprendre à fortifier des places, à les attaquer, à faire des campements \ mais qui lui a encore appris d construire des forts, ù les dessiner de sa propre main, ù mettre une armée en bataille et à la faire marcher. 11 lui a cnsci^nié les méeoniques, le poids des liquides et des solides , les dilTércnts systèmes du monde, et les premiers livres d’Euclide; ce qu'il a compris avec tant de promptitude, que ceux qui le voyaient en étaient surpris.
Au reste toutes ces choses ne lui ont été enseignées que peu à peu , chacune en son lieu. Et notre soin principal a été qu'on les lui donnât à propos , et chaque chose en son tem[>s; afin qu'il les digérât plus aisément , et qu’elles se tournassent en nourriture.
Maintenant que le cours de ses études est presque achevé, nous avons cru devoir travailler principalement ù trois choses :
Premièrement à une HLstoire unit'^rsetfe , qui eût deux parties : dont la première comprit depuis l'origine du monde jusqu’à la chute de l’ancien empire romain, et au couronnement de Charlemagne; et la seconde, depuis ce nouvel empire établi par les Français. Il y avait déjà longtemps que nous l'avions composée , et même que nous l’avions fait lire au prince; mais nous la repassons maintenant , et nous y avons ajouté de nouvelles réflexions , qui font entendre toute la suite de la religion et les changements des empires, avec leurs causes profondes que nous reprenons dès leur origine. Dans eet ouvrage on voit paraître la religion toujours ferme et inébranlable , depuis le commencement du monde ; le rapport des deux Testaments lui donne cette force; et l'Évangile, qu’on voit s'élever sur les fondements de la loi , montre une solidité qu'on reconnaît aisément être
pugnare urbes, meUri castra; ipseinâiistrià inaou muoiineoU descHbere, arirm iiuûrui‘re, drcuraducerc, sed ctiam macbinanim ronstruendarum artciii, Ui|uidonira 8oliiloniaiqueUbfali4tucs(, varia inundi ayst^mata, alquc Eucildis KlemcnU , pritiHi» certè Ubrua , Um pronipU) animoliau&U, ul apoctanlibua miracuk) esacL Hæc quideoi omnia, ituoordine locotpie scn&im in.sUUaU : ac pnecipua cora àtit , uti adtemperatè omnia (>racber«Dlur, quo faciliiia incoquerentur, elcoalcsccrent.
Nunc propè jam conCecto cursu , tria In prîmia prasUiida auMvqMinus.
Ilifttoriam unirrrMim, antiqiiam , Dovamque : iltain ab origine mumii ad Caroium .Hagnum, atque everstini anli* quuiQ noaianum Imperium; lûoc, ab condilu uoxo por Francua ini|>crio, ordiimlam ; janM|ue aniè perlectani ita revolv Imua , ut et perpetuam rcligi«>nia ftorietn , cUinqierio' rum «ices, eainiiiHiue causas ex alto repetitas, liquidé demooslremus. Et quidem rrligionem , ulnusque Testameoli coiwertis inter sr rcaptatiMpie lujslerüs, sein|>cf InunnLiin , ipso «evo crépisse, ac iK>\a anliquis sniH7rflnicta \im rvburque addidisse : quu poiidcrc vicias pro
à toute épreuve. On voit lu vérité toujours victorieuse, les hérésies renversées, l'Église fondés sur ia pierre les abattre par le seul poids d'une autorité si bien établie, et s'afTermir avec le temps, pendant qu’on voit au contraire les empires les plus florissants, non-seulement s'aflaibUr par la suite des années, mois encore se défaire mutuellement, et tomber les uns sur les autres. Nous montrons d’où vient, d'un côté , une si ferme consistance ; et de l'autre, un état toujours changeant et des ruines inévitables. Cette dernière recherche nous a engagés à expliquer en peu de mots les lois et les coutumes des Égyptiens, des Assyriens et des Perses , celles des Grecs , celles des Romains , et celles des temps suivants ; ce que chaque nation a eu dons les siennes qui ait été fatal aux autres et à elle-même, et les exemples que leurs progrès ou leur décadence ont donnés aux siècles futurs. Ainsi nous tirons deux fruits de rilistoire universelle : le premier, est de faire voir tout ensemble l'autorité et la sainteté de la religion par sa propre stabilité et par sa durée pcrpi'tucllc ; le second est que , connaissant ce qui a causé la ruine de chaque empire , nous pouvons, sur leur exemple , trouver les moyens de soutenir les États , $1 fragi les de leur nntu ro : sans toutefois oublier que ces soutiens mêmes sont sujets à la loi commune de la mortalité qui est attachée aux choses humaines, et qu’il faut porter plus haut ses espérances.
Par le second ouvrage nous découvrons les secrets de la politique , les maximes du gouvernement , et les sources du droit , dans la doctrine et dans les exemples de la sainte Écriture. On y voit non-seulement avec quelle piété il faut que les rois servent Dieu , ou le flécliisscnt apres l'avoir offemsé ; avec quel zèle ils sont obligés à défendre lu foi de l’Église , à maintenir ses ^its
stmUsque iiæresfs, ip&am veritatem ejusqoa propugna* triceni ac magi»tram K<clesiam , p«tré scUieet nixam , ftnno graUu roo»>litU>«e : imperia verà ipso evo bliscentia, ac velst miituiK conforta oHibus, allarum in aJtanun cor< misse. Illius ergo lirmitudiois , liamm niinarum causas ajieHiiMis. ÆgypUumiu, atquo Assyrioniin, l^rsanim, postea Gravorum, KoiuaDurum, sequeaUs dritMla wi, noc longo tamen sennone , instituta persequirour : quié unaquæqac gens , et fatale aliis , aibîque ipsi pesUfomm alucrit,quav]ue aecuttirU doruincota prabuerit. Sic rertiro liumanaruiu , aiii>c;M>que Uistort«e dupUceni fructum rapium» : primum, ul rrligioni, ipsA perennitale, sua aiicloritas ac aanctitaa ronstet ; tuin , ut imperiis spoole lapsuris , ex priacis eiemplia fukûnwtttâ queramos : aie aai»è ut rogitemus ipsis fülcimeoüs innatam rebea humait barere morlaliUleni , aperoque ad ca'kstia traosfemKUni.
Alteruro opua no&lrum, insUtuta polilica, civUeanque prudentiaro, i|>sos(|ue jims fontes, ex aaers Scriptarm dccretiaet exeniplia reaerat : oeque tanlùro, quA pielala coleiklus regibua, ac placaudua Deus; quA aoUicitiidina ac rcvcrcDtiâ tutanda bccksiæ 0dca, serramla jura, pa-
UESPONSA.
la
et à choisir ses pasteurs; mais encore l’origine de la vie civile, coramcut les hommes ont commencé à former leur société , avec quelle adresse H faut manier les esprits , comment il faut former le dessein de conduire une guerre, ne l'entreprendre pas sans bon sujet, faire une paix, soutenir l’autorité, faire des lois et régler un État. Ce qui fait voir clairement que l'Écriture sainte surpasse autant en prudence qu'en autorité tous les autres livres qui donnent des préceptes pour la vie civile, et qu’on ne voit en nul autre endroit des maximes aussi sûres pour le gouvernement.
Le troisième ouvrage comprend les lois et les coutumes particulières du royaume du France. Kn comparant ce royaume avec tous les autres, on met sous les yeux du prince, tout l’état de la chrétienté, et môme de toute l’Europe.
Nous achèverons tous ces desseins autant que le temps et notre industrie le pourra permettre. Et quand le roi nous redemandera ce fils si cher, que nous avons tâché , par son commandement et sous ses ordres, d’instruire dans tous les beauxarts; nous sommes prêts à le remettre entre ses mains, pour faire des études plus nécessaires sous de meilleurs maîtres, qui sont le roi même et l’usage du monde et des affaires.
Voilà, très-saint Père, ce que nous avons fait pour nous acquitter de notre devoir. Nous avons planté, nous avons arrosé : plaise à Dieu de donner l’accroissement. Au reste , depuis que celui dont vous tenez la place sur la terre vous a inspiré, parmi tant de soins, de jeter un regard paternel sur nos travaux, nous nous servons de l'autorité de Votre Sainteté môme pour porter le
«lorcK (lesigiuiDdi, veriiro ctiamuruleipudvnitAft, quibus* que initiis cip(us humani coaluerint, qua arle trdclandi anitni , ioeunda consilia , bellaadminislraoila , coiriponeniU ptx, Mncirndæ leges , viodicanda auctnritaa , ronstituriHla re^iiblica. PianunK|ue omoinà fil, Scripturas divinas aliia onuiibualibrisqui vilamcivilem iuAlituiinl, quantum aticl«>ritatc, lantiim pnidentiâ, ac rcrum gerendarum rationc pneatare.
Terlitim opiia nostnim , reisii Callieani peenliaria insUtuta complccütur : quæ mm aliu imperii$ cnniposila «t cuUata, uDÎTeraie reipubiies chrialianœ, toliuaque adoo £urops désignant etalum.
His ünnum perfeelis , quoad tcmpns et inditstria nostra tiilerit, reposcenti régi amanlissimiim fiîiuni,ejus jussu ducluque, bonis omnibus arlilms oxomatum , atque per* pditum r^dern parati sumus : mcliore inagistm, ipso •ciiicel rege , ipsoque rcrum usu , ad nvijora studia promoventium.
No» quidoro litre , beathsime Pater, pro noMri ofTirii raliooe, snmmA fide ac diligenliA fecimus, planlavimiis, rigariinus; det iiicrcinmtiim Deu». Sanè, ex qiio ille te, cii)u» vire» geris, impulil, iil lot inter, unns noslris lalio* rilnis pnloniuin Animum adbiberc»^ Tux quu<|uc Saucti-
prince à la vertu : et trous éprouvons avec joie que tes exhortations que nous lui faisons de votre part font impression sur son esprit. Que nous sommes heureux, très-saint Père, d’ôtresecourus dons un ouvrage si grand par un si grand pape, dans lequel noos voyons revivre saint Léon, saint Grégoire et saint Pierre môme !
Tbès-saixt Père,
De Votre Sainteté
A Saiol-CcrToain en Laye, Le fil» tréa-obéiasant et
le 8 de mars 1879- lr<s-<Uvot,
^iiui tigné : i* J. BENIGNE,
év^ue de CütMlom.
Et au-deaius : ^ notre iréi-êaint père le pnpe Innocent XI.