REMARQUE
On trouvera ce, deux ditlicultés, et plusieurs autre* matières couceraant lus devoirs de ta sujrdiou sous l'autoritë légitime , traitées à tond dans le einçulème Avertisse- / ment contre ie ministre Jurieu et dûis b Défense de ^ V Histoire des Foriationa contre le ministre Hasnofe.
LIVBE SEPTIÈME.
DES DEVOIES PXBTICULIEBS DE LA BOTAIITC.
AR'nCLE PREMIER.
Division générale des devoirs du prince.
Les sujets ont appris leurs obligations. Nons avons donné au prince la première idée des siennes. Il faut descendre au détail : et afin de ne rien omettre, faisons une exacte distribution de scs devoirs.
La fin du gonvernement est le bien et la conservation de l'État.
' n. Machab. XT, IK, 10.
* 1. Mach. XI. 24, 36. etc,; xvt. 38 , 30, etc.; xr, l, 3, etc.
POLITIQUE
Pour lo conserver, il faut, en premier lieu, y entretenir au dedans une bonne constitution.
En second lieu, profiter des secours qui lui sont donnés.
En troisième lieu. Il faut sauver les inconvénients dont il est menacé.
Ainsi se conserve le corps humain , en y maintenant une bonne constitution ; en se prévalant des secours dont la faiblesse des choses humaines veut être appuyée ; en lui procurant les remèdes convenables contre les inconvénients et les maladies dont il peut être attaqué.
La bonne constitution du corps de l’État cons’isle en deux choses : dans la religion et dans la justice : ce sont les principes intérieurs et constitutifs des États. Par l’une, on rend à Dieu ce qui lui est dû ; et par l’autre , on rend aux hommes ce qui leur convient.
Les secours essentiels à la royauté , et nécessaires au gouvernement , sont les armes , les conseils , les richesses ou les finances, où on parlera du commerce et des impôts.
Enfin , nous finirons par la prévoyance des inconvénients qui accompagnent la royauté , et des remèdes qu’on y doit apporter.
Le prince sait tous ses devoirs particuliers quand il sait faire toutes ces choses. C’est ce que nous allons lui enseigner dans les livres suivants. Commençons ù lui expliquer ce qu’il doit à la religion.
ARTICLE IL
De la religion , en tant qu'elle est le bien des nations et de la société civile.
PBEUIÈBK PBOPOSITION.
Dans l’ignorance et la corruption du genre liiimain , il s’y
est toujours conservé quelques principes de religion.
Il est vrai que saint Paul parlant aux peuples de Lycaonie, il leur a dit que « Dieu avait laissé « toutes les nations aller chacune dans leurs « voies » Comme s’il les avait entièrement abandonnées à elles-mêmes, et à leurs propres pensées en ce qui regarde le culte de Dieu , sans leur en laisser aucun principe. Il ajoute cependant , au même endroit * : « qu’il ne s’était pas laissé « lui-même sans témoignage , répandant du ciel «ses bienfaits, donnant la pluie et les temps « propres à produire des fruits : remplissant nos « cœurs de la nourriture convenable, et de joie. » Ce qu'il n’aurait pas dit à ces peuples ignorants , si , malgré leur barbarie, il ne leur fût resté quelque idée de la puissance et de la bonté divine.
On voit aussi parmi ces barbares une connais-
* Ihid. ts.
sancc de la Divinité, à laquelle ils voulaient sacri* 1er ‘. Et cette espèce de tradition de la Divinité, du sacrifice et de l'adoration instituée pour la reconnaître, se trouve, dès les premiers temps, si universellement répandue parmi les nations où 1 y a quelque espèce de police , qu’elle ne peut être venue que de Noé et de ses enfants.
Ainsi quoique le même saint Paul parlant aux Gentils convertis à la foi , leur mt dit « qu’ils « étaient auparavant sans Dieu en ce monde * ; « il ne veut pas dire qu’ils fussent absolument sans Divinité, puisqu'il reproche ailleurs aux Gentils « qu'ils se laissaient entraîner à l’adoration « des idoles sourdes et muettes »
Si donc il reproche aussi aux Athéniens < les temps d’ignorance , où l’on vivait sans connaissance de Dieu , c’est seulement pour leur dire qu’ils n’avaient de Dieu que des connaissances confuses et pleines d’erreur ; quoiqu'au reste iis ne fussent pas tout à fait destitués de la connaissance de Dieu , puisque même ils l’adoraient quoique inconnu et qu’ils lui rendissent dans leur ignorance quelque sorte de culte.
De semblables idées de la Divinité se trouvent dans toute la terre , de toute antiquité : et c’est ce qui fait qu’on ne trouve aucun peuple sans religion, de ceux du moins qui n’ont pas étéabsoluraent barbares, sans civilité et sans police.
Il* PBOPOSITION.
Ces Idées de religion avaient , dans ces peuples , quelque chose de ferme et d'inviolable.
« Passez aux Iles de Ccthim, disait Jérémie « et envoyez en Cédar (aux pay« les plus éloignés « de l’Orient et de l'Occident ). Considérez atten- « tivement ce qui s’y passe ; et voyez si une seule « de ces nations a changé ses dieux : et cependant « ce ne sont pas des dieux. « Ces principes de religion étaient donc réputés pour inviolables : et c’est aussi par cette raison qu’on a eu tant de peine d’en retirer ces nations.
III* PBOPOSITION.
Ces principes de religion , quoique appliqués à l’idoIAtrie
et à l'erreur, ont sufli pour établir une constitution stable
d’État et de gouvernement.
Autrement il s’ensuivrait qu’il n’y aurait point de véritable et légitime autorité hors de la vraie religion et de la vraie Église : ce qui est contraire à tous les passages où l’on a vu que le gouvernement des empires , même idolâtres, et où règne
' itct.xiv, 10,11, la
’ Ephet. Il, 13.
J I. Cor. XII , 2.
* 4ct. XVII , 30.
• Jerem. il, 10, II.
TIRÉE DE L’ÉCRITURE. I.IV. \TI
Ilnfldélité, était saint, inviolable, ordonné de Dieu , et obligatoire en eonscience.
La religion du serment , reconnue dans tontes les nations , prouve la vérité de notre proposition.
Saint Paul observe deux choses dans la religion du serment ' . L’une, qu’on jure par plus grand que soi. L’autre , qu’on jure par quelque chose d’immuable. D’où le même a^tre conclut que « le ser « ment fait parmi les hommes le dernier affermis- • sement , la dernière et finale décision des af- < foires. ■
Il yfautencoregjoutcrunetroisième condition ; c’est qu’on jure par une puissanee qui pénètre le plus secret des consciences ; en sorte qu’on ne peut la tromper, ni éviter la punition du parjure.
Cela posé , et le serment étant établi parmi tontes les nations, cette religion établit en même temps la sûreté la plus grande qui puisse être parmi les hommes , qui s’assurent les uns les aut res , par ce qu’ils jugent le plus souverain, le plus stable , et qui seul se fait sentir à la conscience.
C’est pourquoi il a été établi , qu’en deux cas , où la justice humaine ne peut rien ; dont l’un est quand il faut traiter entre deux puissances égales, et qui n’ont rien au-dessus d’elles ; et l’autre est lorsqu'il faut juger des choses cachées , et dont on n’a pourtémoin ni pour arbitre que la conscience; il n’y a point d’autre moyen d’affermir les choses , que par la religion du serment.
Pour cela, il n’est pas absolument nécessaire qu’on jure par le Dieu véritable ; et il suffit que chacun jure par le Dieu qu’il reconnaît. Ainsi , comme le remarque saint .Augustin', on affermissait les traités avec les Barbares par les serments en leurs dieux ; Juratione barbaried. Ce que ce Père prouve par le serment qui affermit le traité de paix entre Jacob et Laban , chacun d’euxjurant par son Dieu : Jacob par le vrai Dieu , « qui avait été redouté et révéré par son père Isoac ; > et Laban, idolâtre, jurant par ses dieux’ : comme il paraîtra à ceux qui sauront le bien entendre.
C’est doncainsi que la religion, vraie ou fausse , établit In bonne foi entre les hommes ; parce qu’encore que ce soit aux idolâtres une impiété de jurer par de faux dieux , la bonne fol du serment qui affermit un traité n’a rien d’impie , étant au contraire enelle-mémc inviolable et sainte, comme l’enseigne le même docteur au même lieu. Cest pourquoi Dieu n’a pas laissé d’être le vengeur des faux serments entre les infidèles ; parce que encore que les serments par les faux dieux soient en abomination devant lui , il n’en est pas
• Httr. TI, 11, le, 17, 11.
* Epiât. UTn, «d Publie- d* S, t. il , col. 110, 1 il.
’ Cm.
aottinn. — t. i.
moins le protecteur delà bonne A>i qu’on veut établir par ce moyen.
Nous avons vu ‘ que les nations qui ne connaissaient pas le vrai Dieu , n’ont pas laissé d’affermir leurs lois par les oracles de leurs dieux ; cherchnntd’établir la justice et l’autorité, c’est-à-dire ■la tranquillité et la jiaix , par les moyens les plus inviolables qui sc trouvassent parmi les hommes.
Par là ils ont prétendu que leurs lois et leurs magistrats devenaient des choses saintes et saerées. Et Dieu même n’a pas dédaigné de punir l’irréligion des peuples qui profanaient les temples qu’ils croyaient saints , et les religions qu’ils ei-oyaient véritables; à cause qu’il juge chacun par sa conscience.
Que si l’on demande ce qu’il faudrait dire d’un État où l’autorité publique se trouverait établie sans aucune religion : on voit d’abord qu’on n’a pas besoin de répondre à des questions chimériques. De tels États ne Rirent jamais. Les peuples où il n’y a point de religion sont en même temps sans police , sans véritable subordination , et entièrement sauvages. Les hommesn'ctant point tenus par la conscience , ne peuvent s’assurer les uns les autres. Dans les empires où les histoires rapportent que les savants et les magistrats méprisent la religion , et sont sans Dieu dans leur coeur, les peuples sont conduits par d’autres principes , et ils ont on culte public.
Si néanmoins il s’en trouvait où le gouvernement fût établi , encore qu’il n’y eût aucune religion ( ce qui n’est pas , et ne parait pas pouvoir être ] ; il y faudrait conserver le bien de la société le plus qu’il serait possible ; et cet état vaudrait mieux qu’une anarchie absolue , qui est un état de guerre de tous contre tous.