‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 132 sur 518 · IV* PROPOSITION · texte numérisé non relu

IV* PROPOSITION

La véritable religion étant fondée sur des principes certains , rend la constituüoo des États pins stable el plus solide.

Quoiqu’il soit vrai que les fausses religions , en ce qu’elles ont de bon et de vrai , qui est qu’il faut reconnaître quelque divinité à laquelle les choses humaines sont soumises , puissent suffire absolument à la constitution des États; elles laissent néanmoins toujours, dans le fond des consciences , une Incertitude et un doute qui ne permet pas d’établir une parfaite solidité.

On a honte, dans son cœur , des fables dont sont composées les fausses religions, et de ce qu’on voit dans les écrits des sages païens. Quand il n’y aurait d’autre mal que celui d’adorer des choses muettes et insensibles , comme les astres , la terre , et les éléments ; ou que de croire la Di-

■ Ci-dcTaDl, liv. i,art. iv, iirproposit.

POLITIQUE

vinité figurablc, d'en attacher la vertu nu trois , a la pierre et aux métaux ; et d'adorer les idoles, c'est-a-dirc, l’ouvrage de scs mains : c’est quelque chose de si insensé et de si bas , qu'on ne peut s'empêcher d'en rougir au dedans de soi : et c'est pourquoi les sages païens n’en voulaient rien croire , encore qu'à l’exléricur ils se conformassent aux coutumes populaires, comme saint Paui le leur a reproché'.

De là vient i'irréligion ; et i'athéisme prend facilement racine dons de telles religions :comme il parait par l’exemple des épicuriens, avec iesquels saint Paul disputait’.

Cette secte n’admettait des dieuxqu'en paroles et par poiitique, pour se soustraire à la haine et aux châtiments publies. Mais au reste tout le monde savait que les dieux que les épicuriens ndmeltaieut , sans soin des choses humaines , sans puissance et sans providence , ne faisaient aucun bien , et n'appuyaient en aucune sorte ia foi publique. On les tolérait toutefois , encore que leur déisme fi'it au fond un vrai athéisme , et que ieur doctrine, qui flattait les sens, gagnât publiquement le dessus parmi les gens qui se piquaient d'avoir de l’esprit.

Les stoïciens, qui leur étaient opposés , contre lesquels saint Paul disputa aussi ’ , n'avaient pas une opinion plus favorable à la Divinité, puisqu’ils faisaient un dieu de leur sage, et même le préféraient à ieur Jupiter.

Ainsi les fausses religions n’avaient rien qui se soutint. Aussi ne consistaient-ciies que dans un zèle aveugle , séditieux , turbulent , intéressé , plein d'ignorance, confus, et sans ordre ni raison; comme il parait dans l'assemblée confuse et tumultueuse des Éphesiens , et dans leurs clameurs insensées en faveur de leur grande Diane * ; ce (pii est bien éloigné du bon ordre, et de la stabilité raisonnable qui constitue les États : c’est cependant la suite inévitable de l'erreur. Il faut donc chercher le fondement solide des États dans la vérité , qui est la mère de In piüx ; et la vérité ne se trouve que dans la véritable religion.

ARTICLE m.

Que la véritable religion se/ait connaître par (les marques sensibles.

l'BEUlèaS PROPOSITION.

I.a vraie religion a pour maiviiie in.inireslc son antiquité.

Souvenez-vous des anciens jours ; pensez à ■ toutes les générations particulières ; iulerriegez

' Rom. I, 3U, 4>tc.

» Jft. XVH, Ift.

* Itnd XIX , H, GtC-

• votre père , et il vous l'annoncera ; demandez ■ à vos ancêtres, et ils vous le diront*. > C'est lo témoignage qu'en rendait Moïse à tout te peuple dans ce dernier cantique qu'il lui laissait comme l'obrt'gé et te mémoriat étemel de son instruction. D'ou il conclut ‘ : > ^'cst-ce pas Dieu qui est votre " père , (jui vous a possédés , qui vous a faits , qui

• vous a créés? > \ oila sur quoi il fonde la religion.

Salomon dit la même chose : • IN 'outrepassez « point les bornes que vos pères ont établies v Ne cliangez rien , n’innovez rien.

Jéiémie a encore donné ce grand caractère à la religion, pour détruire les nouveautés que le peuple y introduisait. « Tenez-vous, dit-il * , sur

• les grands chemins , et infomiez-vutis des voies

• anciennes , et quelle est la bonne voie , et mar-

• chez-y ; et vous trouverez la consolation et le

• rafraîchissement de vos âmes. •

Tout cela veut dire qu'en quelque état qu’on regarde la religion , et eu quelque temps qu’on se trouve, on verra toujours scs ancêtres, et même son père devant soi ; on trouvera toujours des bornes posées , qu'il n'est pas permis d'outrepasser; on verra toujours devant soi le chemin battu, dans lequel on ne s'égare jamais.

Les apêtres ont donné le même caractère à l’Eglise chrétienne. ■ O Timothée • ( 6 homme de Dieu ! 6 pasteur ! d prédicateur I qui que vous soyez , et en quelque temps que vous veniez ) « gardez le dépôt qui vous a été conflé : • ( une chose qui vous a été laissée , que vous trouverez toujours tout établie dans l'Eglise ) : • év itant les

• profanes nouveautés dans les paroles. > Ce que l’apôtre répète par deux fols *.

Le moyen que les apôtres ont laissé à l’Église pour cela , est celui-ci , que saint Paul marque au même Timothée * : • Sfon flis, fortifiez-vous

• dans la grâce qui est en Jésus-Christ. Et ce que

• vous avez ouï de mol en présence de plusieurs

• témoins , laissez-le , et le conflez à des hommes

• fidèles qui soient capables d’en instruire d’aus très. •

Jésus-Christ avait proposé le même moyen , et l'avait rendu éternel , en disant à ses apôtres, et en leurs personnes à leurs successeurs , scion le ministère qu'il leur a commis ’ : • Allez , en-

• seignez , baptisez : et moi je suis avec vous ,

• tous les jours ( sans interruption ) , jusqu'à la - fin des siècles : » parce qu'il promet qu'il n’y aura jamais d'interruption dans cette suite du

* I)(V(. XVXII.T.

■ ituj e.

1 Piw, xui. 2«.

* Jt-nm. M, ta.

^ 1. Ttm. VI , 2U. n. Tim. il , l«.

* II. Tim H. 1 .3.

^ Vilfth. XXUil , 19, 3u.

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. VIÎ

ministère extérienr. O qui se confirme encore par cette parole : « Tu es Pierre , et snr cette « pierre Je bètirai mon Église ; et les portes d’en- > fer ne prévaudront point contre elle *. D'où il s'ensuit, qu'en quelque temps et en quelque état qu'on soit, on trouvera toujours l'Église ferme, Jésus-Christ toujours avec ses pasteurs; la bonne doctrine par conséquent toujours établie, et venue de main en main. Ce qui fera qu’on dira en tout temps : Je crois l’Église catholique. Kt toujours avec saint Paul ' : • Si quelqu'un vous

• annonce etvousdonnepourévangileautrecliose

• que ce que vous avez reçu, qu’il soit ana- « thème. >

Sur ce fondement , en quelque état et en quelque temps qu'on se trouve apt^ Jésus-Christ , on possédera toujours la vérité , en allant devant soi dans le chemin battu par nos pères , en révérant les bomesqu'lls ont posées, et en les interrogeant de ce qu'ils croyaient. Par ce moyen , de proche en proche , on trouvera Jésus-Christ ; lorsqu'on y sera arrivé, on interrogera encore ses pères, et on trouvera qu'ils croyaient le même Dieu , et attendaient le même Christ à venir, sans qu'il intervienne d'autre changement entre hier et aujourd'hui, sinon celui d'attendre hier, celui qu’aujourd'hi on croit venu. Ce qui fait dire ê l'apètre ’ : • Dieu que je sert selon la foi qui m'a « été laissée par mes ancêtres. • Et parlant à Timothée * ; « Souvenez-vous de la foi qui est en

• vous, sans fiction : et qui a premièrement ha- « bité ( comme dans un lieu permanent et dans

• U ne demeure ordinaire) dans votre aïeule Lo'ide, I

• et dans votre mère Eunice. > Et encore plus généralement ; « Jésus-Christ était hier, et au-

• jourd’bui , et il est aux siècles des siècles. > D'où le même apAtre conclut : • Ne vous laissez « point emporter à des doctrines variables , et ■ étrangères »

Par ce moyen , après la succession de l'Église qui a son commencement dans les apétres et en Jésus^lhrist , vous venez à celle de la loi et de ses pontifes, qui ont leur conamcncement dons Holse et dans Aaron. C'est là que Moïse nous apprend à interroger encore nos pères : et on trouve qu'ils adoraient le Dieu d’ Abraham , d’Isaac et de Jacob , qui adoraient celui de Mclcliisédech , qui adorait celui de Sem et de Noé , qui adorait celui d'Adam ; dont la mémoire était récente, latraditiontoute fraîche, le culte très-bien établi et trés-coona. De sorte qu'en quelque temps donné que oe puisse être, en remontant

■ STuf/A. XVI, IS.

• GaI.t,».

J 11. Tïiv.I.S.

• Jbid. s.

! de proche en proche , on vient à Adam , et au commencement de l'univers, par un enchaînement manifeste.

Il* FBOFOSITIO.V.

Toutes les élusses religioos ont pour marque manifeste leur ifmoraüun.

Pour confondre les idoiêtries des rois de Juda , même dans les temps les plus ténébreux ; celle d'.tch.TZ , de Manassés , d'.tmon , de Joachaz et de scs enfants , jusqu’au dernier roi , qui fut Sédécins, il ne faut que leur dire avec Moïse ' : ■ In- • terrogez votre père , demandez à vos ancêtres. • Et sans recourir jusqu'à eux , et remontcé jusqu’à l'origine des liistoires oubliées , Il n’y avait qu’à leur dire : Interrogez Josias , dont la mémoire est toute récente : interrogez Ezéchias : interrogez Manassés lui-même , dont les égarements ont été les plus extrêmes ; et souvenez-vous de la pénitence par laquelle Dieu l'a fait revenir nu culte de son père Ezéchias. Au-dessus d’Ézéchias , et du temps d’ Achaz , interrogez Ozias son père , son aïeul Joatham , et son bisaïeul Amasias; interrogez Josaphat , Interrogez Asa : voyez quelle religion ils ont suivie. Pour confoudre Abia , et son père Roboam , fils de Salomon , qui à la fin se sont égarés , obligez-lcs à Interroger Salomon : s'ils vous objectent ses dernières actions, rappelcz-leur les premières, lorsque la sagesse de Dieu était en lui si visiblement. Montrez-leur David, et Samuel qui l'a oint ; et Héli , sons qui Samuel s'était formé ; et de proche en proche, tous les juges jusqu'à Josué ; et immédiatement au-dessus de Josué, Moïse même. Mais Moïse vous renvoie à vos ancêtres , et il ne fait que vous montrer des patriarches, dont la mémoire était toute fraîche jusqu'à Abraham, et le reste que nous avons dit.

Il est vrai que , dans cette suite , il y avait souvent eu de mauvais exemples : et c'est pourquoi il est dit de certams rois , qu’ils firent mal devant le Seigneur, comme de Joakiih et de ses successeurs : • Celui-ci fit le mal devant le Seigneur, " ainsi qu'avalent fait ses pères > Et en général de tout le peuple : • Ils firent mal comme leurs « pères , qui ne voulaient point obéir au 5ci- ! ■ giicur ’. ■ Cependant , à traveis la suite des ' mauvais exemples que souvent on recevait de ses derniers pères, il était toujours aisé de démêler ceux qui demeuraient dans la fol des anciens pères , et ceux tpii l’abandonnaient. De sorte qu’on disait toqjours : Interrogez vos ancêtres, et le i Dieu de vos pères.

' Dent. XXXII, e, 7.

* IV Kfg. XXIII, 33, 37.

POLiriQUE

tu' PB0P0SITI08.

La auit^ du Mtcrdocc rend celte marque sensible.

lai succession du sacerdoce marquait aussi la suite de la religion. Le sang de I-évi, une fois consacre à cet offlee , n'a jamais cesse de donner des ministres nu temple et ù l'autel : d'.Xaron et de ses enfants , sortis de Lévi , sont toujours sortis des pontifes et des sacrideuteurs ; sans que jamais ta succession du sacerdoce ait élé interrompue pour peu que ce fût : et parmi ces sacrificateurs il y enatoujours eu qui conservaient le vrai culte, les vrais sacrifices, et toute la religion établie de Dieu par Moïse. Témoin • les sacrificateurs en-

• fanls de Sadoe, qui ont toujours conservé, dit « le Seigneur, les cérémonies de mon sanctuaire ;

• pendant que les enfants d'Israël , et même ceu.x

• de Lévi , s’égaraient •

Tout ce qu'on chantait dans le temple, les psaumes de David et des autres que tout le peuple savait par cœur, le temple même , l'autel même , la pâque , la circoncision , et tout le reste des observances légales , étaient en témoignage aux errants. Tout rappelait à David , à Moïse , 8 Abraham, à Dieu, créateur de tout, et toqjours de proche en proche ; en sorte qu’il n’y avait qu’à ouvrir les yeux, pour reconnaître la suite de la religion toute manifeste par des faits constants, et sans aucun embarras, pourvu seulement qu'on voulût voir.

Le schisme de Jéroboam avait de pareilles marquesd’innovation. Car la mémoire du temple bâti par Salomon était récente. Il n'était pas moins visible que Salomon n'avait fuit que suivre les desseins de son père David , qui lui-même n'avait fait autre chose que de désigner, scion les préceptes tant de fuis réitérés par Moïse , le lieu ou le Seigneur voulait être servi.

Ainsi Jéroboam, et les schismatiques qui le suivaient , n'avaient qu’à interroger leurs pères , et même qu'à se souvenir, par ce qu'ils avaient vu de leurs yeux , sous Salomon et sous David , dans le temps où tout le peuple était réuni dans un même culle et où tout Israël était d’accord , que c'était en sa pureté le culte établi par Moïse , dont tous recevaient les oracles.

Il n'était pas moins évident que les schismatiques s'étaient retirés des lévites enfants de Lévi , et des sacrificateurs enfants d'.àaron ; à qui toute la nation, et les schismatiques eux-mêmes ne pouvaient pas ignorer que Dieu n’eût donné le sacerdoce, et tout le ministère de la religion.

Jéroboam savait bien lui-même qu' Ahias , prophète du Seigneur, qui lui avait préditqu'il serait roi , servait le Dieu de scs pères , et détestait scs

* Eiffh. ILtll». it.

veaux d'or. Il continue dans son schisme à la consulter, et en reçoit de dures réponses suivies d’un prompt effet '. Il était notoireàtoutlemonde, que les veaux d'or de Jéroboam n'avaient élé érigés que par une pure politique, contre les maximes véritables de la religion , comme il a été expliqué ailleurs. Et enfin il n'y avait rien de plus évident que ce que disait Abia, fils de Roboam, aux schismatiques, pour les rappeler à l’unité de leurs frères ' : « Dieu (qui a toujours

• été notre roi) possède encore le royaume par « les enfants de David. Il est vrai que vous avez

> parmi vous un grand peuple , et les veaux d'or

■ vos nouveaux dieux que Jéroboam a fabriqués.

• Mais vous avez rejeté les sacrificateurs du Scl-

• gneur, les enfants d'Aaron , et les lévites (que

■ vous-mêmes vous reconnaissez avec nous, et à

> qui vous savez bien que Dieu a donné le eacer-

• doce par Moïse ) : et vous vous êtes fait des « sacrificateurs , comme les autres peuples du

• monde > (sans succession , sans ordre de Dieu ) ;

• le premier venu est fait sacrificateur. Pournous ,

• notre Seigneur c’est Dieu même , que nous n'o-

• vons point abandonné : et nous persistons à

< reconnaître les sacrificateurs qu'il nous a don-

> nés , qui sont les enfants d'Aaron et les lévites ,

• chacun en son rang. Ainsi Dieu est dans notre

> armée avec scs sacrificateurs qu'il a établis.

• Enfants d'Israël , ne combattez point contre le

< Seigneur votre Dieu : car cela ne vous sera « point utile. • C’était ouvertement combattre contre Dieu , que d'innover si manifestement dans la religion, et que d'en mépriser tous les monuments qui restaient encore.

IV PBOPOSITIOX.

Cette Duique d'inooration est ïncflïiçable.

Le long temps n’effaçait point cetle tache. On se souvenait toujours de David et de Salomon , sous qui toutes les tribus étaient unies. Ou ne se souvenait pas moins distinctement de Jéroboam , qui les avait si’parées. Deux ou trois cents ans après le schisme , Ézéchias disait encore aux schismatiques ’ : • Enfants d’Israël , retournez au Sci-

• gneur Dieu d’.Abraliam , d'Isanc et de Jacob. " On leur parlait d'y retourner, comme à ceux qui s’en étaient séparés. • Ne soyez point , poursui- « vait-il * , comme vos pères et vos frères , qui se

• sont retirés du Dieu de leurs pères. ■ On leur apprenait à distinguer leurs derniers pères des premiers , dont on s’était séparé. « N’imitez pas

< vos pères, qui se sont retirés des leurs. Suives

* III. Rfg. xiT, I , ot spq.

> II. Par. iO, IS.

* II. Paraltp. lU, 6.

* Ibid. 7.

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TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. VII

• le Dieu de vos pères , et remontea à la source.

« Venez à son sanctuaire qu’il a sanctifié pour « toujours'. • Ce n’était pas pour un temps que David et Salomon avaient fait le temple en exécution de la loi de Moïse. « Servez donc le Dieu

* de vos pères; » le Dieu de Salomon et de David, qui était sans contestation celui de Moïse et celui (l’Abraham.

Le caractère du schisme était d’avoir rompu cette chaîne. Cette moique d’innovation suit les schismatiques de génération en génération ; et une tache de cette nature ne se peut Jamais effacer.

V* PBOPOSITIOn.

La meme marque est donnée rour connaître les sdiisma* tiques séi)arés de l’Eglise chrétienne.

Ainsi en est-il arrivé à tous ceux cpii ont fait de nouvelles sectes dons la religion , et autant parmi les chrétiens , que parmi les juifk. L'apôtre saint Jude-leur a donné pour caractère » de se séparer « eux-mémes*. » Et il a expressément marqué que c'était là l’instruction commune que tous les apôtres avaient laissée aux Églises. « Pour vous , dit- « iM , mes bien-aimés , souvenez-vous des paroles ■ de la prédiction des apôtres : <]u’il viendrait dans « les derniers temps des trompeurs , (pii marche- « raient selon leurs désirs dans leurs impiétés. * Poin* les connaitre sans difficulté voici leur marque: «Ce sontceux,{youte-t-il, qui se séparent eux- « mêmes. » C’est une tache ineffaçable ; et les apôtres, qui craignaient pour les fidèles la séduction de ces trompeurs , se sont accordés a en donner ce caractère sensible. Us rompront avec tout le monde ; Ils renonceront à la religion (pi’ils trouveront établie, et s’en sépareront. Ils ont toujours sur le front ce caractère d'innovation , selon la prédiction des apôtres.

Nulle hérésie ne s'en est sauvée, quoi qu’elle ait pu faire. Ariens , macédoniens , nestoriens, pélagicns, eutychiens, tous les autres dans quelque siècle qu'ils aient paru , loin ou proche de nous , portent dans leur nom , qui vient de celui de leur auteur, la marque de leur nouveauté. On nommera éternellement Jéroboam, qui s’est séparé , et qui a fait pécher Israël. Le schisme est toujours connu par son auteur : la plaie ne se ferme pas par le temps ; et pour peu qu’on y regarde de près, la rupture parait toujours fraîche et sanglante.

* Il Paralip. \\x. B.

* Ep. Jud. 19.

* Ibid. 17, 18, 19.

VI* PBOPOSITIOV.

Il ne suflit pas de conserver la saine doctrine sur les htn-

demenU île la foi , il faut en tout et par tout être uni à la

vraie Égli^.

Les Samaritains adoraient le vrai Dieu, qui était le Dieu de Jacob ; et ils attendoientle Messie. La Samaritaine déclare l’un et l’autre , lorsqu’elle dit au Sauveur * : « Nos pères ont adoré dans « cette montagne. » Et un peu après ‘ : « Le Christ « va venir, et nous apprendra toutes choses. •> Doctrine qu’on sait d’ailleurs avoir été commune aux Samaritains avec le peuple de Dieu. Et néanmoins, par(% qu'ils étaient séparés de Jérusalem et du temple, sans communiquer à la vraie Église et à la tige du peuple de Dieu , cette femme reçoit cette sentence de la bouche du Fils de Dieu ^ :

« Vous adorez ce (pie vous ne savez pas : pour nous « (pour nous autres Juifs) , nous adorons ce que « nous savons, et le salut vient des Juifs. » C’est de nous (pie viendra le Christ; c'est parmi nous (pi'il le faut chercher ; et il n’y a de salut que parmi les Juifs.

Ainsi en est-il de tous les schismes; et c’est en vain (pi’on s’y glorifie d’avoir conservé les fondements du salut.

vu* PBOPOSITIOX.

Il faut toujours reveuir à l'origine.

Quelque temps qu'ait duré un schisme, il ne prescrira jamais contre la vérité. Le schisme de Samarie avait sa première origine dans celui de Jéroboam; et il y avait près de mille ans qu’il subsistait, (piand le Fils de Dieu le réprouva par la sentence qu’on vient d’entendre.

I>es Cuthéens , appelés depuis les Samaritains , avaient été introduits dons la terre des dix tribus * séparées , que les Assyriens en avaient chassées . Leur religion naturelle était le culte des idoles; I mais instruits par un prêtre des Israélites, ils y joignirent (pielque chose du culte de Dieu, suivant que le pratiipiaient les schismaticpies. Ils étaient donc à leur place , et leur succédèrent : mais quoiqu'ils se soient corrigés dans la suite, et du faux culte des Israélites , et de leurs idolâtries particulières, ne rendant plus d’adoration ni de culte qu’au vrai Dieu : tout cela , et le long temps de leur séparation fut inutile; et Jésus- Christ a décidé (pi'il n'y avait de salut pour eux qu’en revenant à la tige.

viii* pBorosmoN.

L’origine du schisme est aisée à trouver.

La connaissance de l’origine do celui des Sa-

* Joan. IV, 20.

» Ibid. 2S.

* Ibid. Oa.

* IV. Rcÿ. xvo, M fl te*j.

POLITIQUE

rois : Us en abattirent les temples et les autels : ils eu brisèrent les valssenux qui servaient à l'idoldltrie : ils en brûlèrent les bois sacrés ; ils en exterminèrent les sacrificateurs et les devins : et Us purgèrent la terre de toutes ces impuretés Leur sèle n'épargna pas les personnes les plus augustes , ou qui leur étaient les plus proches : ni les choses les plus vénérables , dont le peuple abusait par un (bux culte. Asa ûta à sa mère Maacba , fille d’Absaion, la dignité qu'elle prétendait se donner en présidant au culte d'un dieu infâme ; et pour la punir de son impiété , il fut contraint du la dépouiller de la marque de la royauté On gar dait religieusement le serpent d'airain , que Moïse avait érigé dans le désert par ordre de Dieu. Ce serpent, qiii était la figure de Jésus-Christ’, et un monument des miracles que Dieu avait opérés par cette statue’, était précieux â tout le peuple. Mais Ézéchius ne laissa pas de le mettre eu pièces’, et lui donna un nom de mépris : paree que le peuple en fit une idole , et lui brûla de l'encens. Jébu est loué de Dieu pour avoir fait mourir les faux prophètes de Bout , qui séduisaient le peuple , sans eu laisser échap|a;r un seul ‘ : et en cela il ne faisait qu'imiter le zèled'Éliet. Nabuchodonosur fit publier par tout son empire un édit, où il reconnaissait la gloire du Dieu d'Israël , et condamnait sans miséricorde à la mort ceux qui blasphémaient son nom’.

maritaius dépendait de certains faits qui étaient notoires; tel qu'était l'histoire de Jéroboam, et de la première séparation des dix tribus après le règne de David et de Salomon , où tout le peuple était uni. Ce commencement ne s'oublie jamais : et on oublierait aussitôt son père et sa mère , que David et Salomon et Jéroboam, dont le dernier avait séparé ce que les deux autres avaient conservé dans l'union qu'on avait toujours gardée avant eux.

Ce mal ne se répare point. Après cent générations , on trouve encore le commencement , c'està-dire , la fausseté de sa religion. Ce qui rend ce l'ommencemcut et la date du schisme manifeste , dans toutes les sectes séparées qui sont ou qui furent jamais , c'est qu'il y a toujours un point où l'on demeure court , sans qu'on puisse remonter plus haut. Il n'en étoft pas ainsi du vrai peuple , à qui la succession de scs prêtres et de ses lévites rendait témoignage : tout parlait pour lui , le temple même , et la cité sainte , dont il était en possession de tout temps. Mais , au contraire , les schismatiques de Samarie ne pouvaient jamais établir leur succession , ni remonter jusqu'à la source , ni par conséquent effacer la marque de la rupture. Cest pourquoi IcFiisdc Dieu prononce contre eux la condamnation qu'on a ouie.

Tous les schismes ont la même m.srque. Encore que le sacerdoce ou le ministère chrétien ne suive pas la trace du sang , comme celui do l'ancien peuple, la succession n'en est pas moins assurée. Les pontifes , ou les évéques du christianisme , se suivent les uns les autres , sans interruption ni dans les sièges ni dans la doctrine ; mais le novateur, qui change la doctrine de son prédécesseur, il se fera remarquer par son innovation. Les catéchismes, les rituels, les livres deprières, les temples mêmes , et les autels , ou son prédécesseur et lui-méme avant l'innovation ont servi Dieu, porteront témoignage contre lui. C'est ce qui faisait dire à Jésus-Christ' : « Vous adorez ce que

• vous ne savez pas. > Vous ne savez pas l'origine , ni de la religion, ni de l'alliance. ■ Pour nous

• ( pour les J uifs du nombre desqueisje suis ) , nous « adorons ce que nous savons. > >ous en connaissons l'origine, jusqu'à la source de Moïse et d'Abraham ; et le salut n'est que pour nous.

IX* PBOPOSITIOX.

Le prince doit eo^yer son aulorilê pour détruire dans son Etat les (susses religioos.

Ainsi Asa , ainsi Ézéchias , ainsi Josias , mirent en poudre les idoles que leurs peuples adoraient.

Il ne leur servit de rien d'avoir été érigées par les

' Joan. ir, 23. I

X* PKOPOSITIOX.

On peut nnptoyer la rigueur contre les observateurs des fausses religions ; niais la douceur est préférable.

< Le prince est ministre de Dieu. Ce n'est pas « en vain qu'il porte l'épée : quiconque fait mal le • doitcraindrecomme le vengeur deson crimes. « Il est le protecteur du repos public qui est appuyé sur la religion ; et il doit soutenir son trûne , dont elle est le fondement , comme on a vu. Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion , parce que la religion doit être libre, sont dans une erreur impie, .\utrement il faudrait souffrir, dans tous les sujets et dans tout l'État, l'idolâtrie, le mahométisme, le judaïsme , toute fausse religion; le blasphème, l'athéisme même, et les plus grands crimes, seraient les plus impunis.

Ce n'est pourtant qu'à l'extrémité qu'il en

■ tu. Rfÿ. XV, II, IS, 13. tV. Rfff. XVIII, 4; zxm, s,s,7 etieq. II. Par. xiv. S, 3, «, fi; xr. H; XiXlv, I , S,3rt •«(].

* III. Rtg. ZT, 3, 13. 11. Par. xr, 16.

> Joan. itl. 11.

* Num. zxi, ».

» IV. Erg. zvin, ♦.

* /M. Xf 35, 36. 30.

’ lit. Reg. zvni. «0.

* Üait. m, 96 , 0» Ibiil. IT, 4 et Mq 94.

1 9 Rom. ZHI, 1.

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TIRÉE DE LECRITL'RE. LIV. VII. 30l

fSiat venir aux rij^eurs , Kurtout nu.v dernières Abla était armé contre les rebelles et les schismatiques d'Israël ' ; maLs avantque decombattre, il fait précéder la charitable invitation que nous avons vue.

Ces schismatiques étaient abattus, et leur royaume détruit sous Ézéchias et sous Josias ; et ces princes élaicnt très-puissants. Mais, sans employer la force , Ézéchias envoya des ambassadeurs dans toute l'étendue de ce royaume " dc-

< puis Bersabée jusqu’à Dan , pour les inviter

• en son nom , et nu nom de tout le peuple , à la

• pdque ‘ ■ qu'il préparait avec une magnificence royale. Tout respire la coinpus.sion et la douceur dans les lettres qu'il leur adresse. • Et

• quoique ceux de Manassé, d'Éphraim et de

■ Zabulun , se moquassent avec iusulte de cette

■ invitation charitable, • il ne prit point de lu occasion de les maltraiter, et il en eut pitié comme de malades.

• Me vous endurcissez pas, leur disait-il con-

• tre le Dieu de vos pères : soumettez-vousau Sei-

■ gneur, et venez ù son sanctuaire qu'il a sanctifié > pour toujours ; servez le Dieu de vos pères, et sa

• colère se détournera de dessus vous. Si vous re-

• tournez au Seigneur , vos frères et vos enfants ,

■ que les Assyriens tiennent captifs , trouveront - miséricorde devant leurs maîtres, et Ils revien- " dront en cette terre ; car le Seigneur est bon, pi-

< toyable , et clément , et il ne détournera pas sa « face de vous , si vous retournez à lui. >

" Pour Josias , il se contenta de renverser l'au-

• tel de Béthel , <)ue Jéroboam avait érigé contre s l'autel de Dieu , et tous les autels érigés dans la

• V iile de Somarie , et dans les tribus de Manassé,

■ d'Éphraim et de Siméon , jusqu'à Nepblali > Mais 11 n'eut que de la pitié pour les enfants d'isroél , et ne leur fit aucune violence; ne songeant qu'àlesramenerdoucementau Dieu de leurs pères, et faisant faire d'humbles prières pour les restes d'Israël et de Juda

Les princes chrétiens ont imité ces exemples , mêlant, selon l'occurrence. In rigueur à la condescendance. Il y a de fausses religions qu'ils ont cm devoir bannir de leurs États sous peine de mort; mais je ne veux exposer ici que la conduite qu'ils ont tenue contre les schismes et les hérésies. Ils en ont ordinairement banni les auteurs. Pour leurs sectateurs, en les plaignant comme des malades , ils ont employé , avant toutes choses , pour les ramener, de douces invitations. L’empereur Constant, fils de Constantin , fit

• II. Paml. XIII. 9. et Mq.

• Ibùt. XXX , s et teq.

•lua. s.e.

t IV. Heg. xxill, IS, 19. 11. PitraL xxxiv, G.

S II. Parai. xxxiy, '.ll

supporter aux donatistes des aumàiies abondantes, sans y ajouter autre chose qu'une exhortation pour retourner à l'unite,dont ils s'étaient séparés par un alicurtemcnt et une insolence inouïe. Quand les empereurs virent que ces opiniâtres abusaient de leur bonté et s'endurcissaient dans l'erreur, ils firent des lois pénales qui consistaient principalement à des amendes considérables. Ils en vinrent jusqu'à leur ôter la disposition de leurs biens, et à les rendre intestables. L'Église les remerciait de ces lois ; mais elle demandait toujours qu'on n’en vint point au dernier supplice, que les princes aussi n’ordoanaicnt que dans les cas ou la sWition et le sacrilège étaient unis à l’héresie. Telle fut la conduitedn quatrième siècle. Eu d’autres temps , on a usé de châtiments plus rigoureux; et c’est principalement envers les sectes qu’une haine envenimée contre l’Église, un aheurtement impie, un esprit de sédition et de révolte, portait à la fureur, à la violence et au sacrilège.

xi' l■Buposmox.

Le prince ne peut rien faire île plus eflicace , |Mnii atlircr iêl [leuples à In reiigkio , que Je donner bon exemple.

s Tel qu’est le juge du peuple , tels sont ses

• ministres ; tel qu’est le souverain d’un État ,

■ tels en sont les citoyens '. >

« Dès l’ége de huit ans , le roi Josias marcha

■ dans les voies de son père David , sans se dé-

• tourner ni à droite ni à gauche. A seize ans , - et dans la huitième année de son règne, iien-

■ dant qu’il était encore enfant , il commença à

• rechercher, avec un soin particulier, le Dieu

• de son père David > A vingt ans, et a la douzième année de son règne, il renversa les idoles, non-seulement dons tout son royaume , mais encore dans tout le royaume d'Israël, qui était de l'ancien domaine de la maison de David , quoiqu'alors assnjetti par les Assyriens.

• A la dix-huitième année de son règne, il

• renouvela l'alliance de tout le peuple avec

• Dieu , étant debout sur le degré du temple, à la

• vue de tout le peuple qui jura solennellement

• après lui de marcher dans toutes les voies du

• Seigneur ; et tout le monde a«(uicsçaàcc pacte.

• Il ôta donc de dessus la terre et de toutes les

• régions non-seulement de Juda, mais encore

• d'Israël , toutes les abominations. Et il lit que « tout cc qui restait d'Israël (et les dix tribus au-

• tant que les autres) servirent le Seigneur leur

• Dieu. Durant tous les jours de Josias , ils ne s'é- « loignèrent point du Seigneur Dieu de leurs pé-

• Scef. \ , a.

» IV. Hr;/. \.\il, I, a. U. Parnlip. 1 . 3.

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POLITIQUE

• res » Tant a de fiirce dans un roi l'exemple d'une vertu commencée dès l'enfance, et continuée constamment durant tout le cours de la vie.

XII' PBOPOSITION.

Le prince doit étudier la loi de Dieu.

> Quand le roi sera assis sur le trône de son

• empire ; il fera décrire eu un volume la loi du

• Deutéronome [qui est l'abrégé de tonte la loi

• de Moïse) , dont il recevra un exemplaire des

• sacrificateurs de la race de Lévi ; et il l'aura

• avec lui, et il le lira tous les jours de sa vie,

• afin qu'il apprenne à craindre le Seigneur son

• Dieu, et à garder ses paroles ’. » Il doit faire de la loi de Dieu la loi fondamentale do son royaume.

On voit ici deux grands préceptes pour les rois : l'un , de recevoir la loi de Dieu des mains des lévites , afin que la copie qu'ils en auront soit sûre, sans altération , et conforme A celle qui se lisait dans le temple; l'autre, de prendre leur temps pour en lire ce qu'ils pourront avec attention. Dieu ne leur ordonne pas d'en lire beaucoup à la fois, mais de se faire une habitude de la méditer , et de compter cette sainte lecture parmi leurs affaires capitales. Heureux le prince qui lirait ainsi l'Ëvangile; à la fin il se trouverait bien récompensé de sa peine.

XIII' PBOposmu.v.

Le prince est exécuteur de U loi de Dieu.

C'est pourquoi l'une des principales cérémonies du sacre des rois de Juda était de lui mettre en main la loi de Dieu. « Ils prirent le ills du

• roi, et ils lui mirent le diadème sur le front, < et la loi de Dieu à la main , et le pontife Joiada

• l'oignit avec ses enfants , et Ils crièrent : Vive

• le roi ^! • Qu'il vive, en employant sa puissance , pour faire servir Dieu qui la lui donne , et qu'il tienne la main à l'exécution de sa loi I

C'est ce que David lui prescrit par ces paroles : • Maintenant , ô roi ! entendez : instruisez-

• vous , arbitres de la terre 1 servez le Seigneur « en crainte *. « Servcz-lc comme tous les autres ; car vous êtes avec tous les autres scs sujets; mais servcz-le comme roi, dit saint Augustin , en faisant servir à son culte votre puissance royale; et que vos luis soutiennent les siennes.

De là vient que les lois des empereurs chrétiens , et en particulier celles de nos anciens rois

■ IV. Rerj. XXII, 3; xxlll, 3,3, elc. II. Paratip. xxxlT, 8, SO, 30. rtc.

• /MU. xvn, 18, 19. Voyez dnlevaDt, llv. y, art. i, ix' pmpoalUon.

' II. Par. xvn. II.

Ciovis, Charlemagne, et ainsi des autres, sont piclnes de sévères ordonnances contre ceux qui manquaient à la loi de Dieu ; et on les mettait à la tête pour servir de fondement aux lois politiques. De quoi nous verrons peut-être un pius grand détail.

XIV* PBOPOSITION.

Le prince doit procurer que le peuple soit instruit de U loi de Dieu.

• A la troisième année de son règne , Josaphat « envoya les grands du royaume , et avec eux a plusieurs iévites et deux prêtres ; et iis ensei- « gnoient le peuple, ayant en main la loi du Sci- « gneur; et ils allaient par toutes les villes du

• royaume de Juda, et ils instruisaient te peu-

• pie »

Le prince ne doit régner que pour le bien do peuple, dont il est le père et le juge. Etsi Dieu a ordonné aussi expressément aux rois d'écrire eux-mémes le livre de ta ioi , d'en avoir toujours avec eux un exemplaire authentique, de le lire tous les Jours de leur vie, comme nous l'avons déjà remarqué ; on ne peut douter que ce ne soit principateraent pour les rendre capables d'en instruire leurs peuples, et de leur en procurer l'intelligence , comme Ht le vaillant et pieux roi Josaphat.

Quci soin , quel empressement ne voyons-nous pas encore dans le roi Josias d'écouter cette loi , et d'en faire lui-méme ta lecture au peuple, aussitôt que le grand prêtre Helcias lui eut remis entre les mains t'exemptaire authentique du Deutéronome , qui avait été égaré des tes premières années du règne de l'impie Manassés , son aïeul , et que ce pontife venait de retrouver dans le temple du Seigneur’ : • Le roi ayant fait os-

• sembler tous les anciens de Juda et de Jéru-

• satem , it monta an temple du Seigneur, accom-

• pagné de tous les hommes de Juda et des ci- « toyens de Jérusalem , des prêtres , des lévites ,

• des prophètes , et de tout te peuple , depuis te > pius petit jusqu'au plus grand. Us se mirent « tous à écouter dans la maison du Seigneur ; et < le roi teur tut toutes les paroles de ce livre de

• f alliance, qui avait été trouvé dans ta maison

• du Seigneur . >

L'Écriture nous fait assez entendre qu'on devait imputer la principale cause des désordres et des impiétés auxquels s'étaient abandonnés les rois de Juda, prédécesseurs de Josias, aussi bien que la juste vengeance que le Seigneur allait exercer sur eux , à la négligenoe qu'ils avaient

' n. Par. xTll, 7, 8,9. Cl-<levaot llv. v, art. 1, xvuj' propoailloo.

’ IV. Rfÿ. ixui, 1 , 2. II. Paratip. xxxnr, 29, .10.

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. UV. VII

eue de s’instruire sur la loi de Dieu , et à l'ignorance profonde de cette loi , où ils avaient laissé tomber le peuple. • Car , dit ce prince ' , la colère

• du Seigneur s'est embrasée contre nous, et est

• prête de fondre suruos tètes ; parce que nos pères

■ n'ont point écouté les paroles du ^igncur, et

• n'ont point accompli ce qui a été écrit dans ce

• livre.»

En effet, leur négligence avait été portée à un tel excès , que ces rois avaient laissé égarer l'exemplaire authentique du Deutéronome , que Moïse avait mis en dépét à cdté de l’arche d’alliance, et qui fut retrouvé du temps de Josias.

Ce fut aussi sans doute pour récompenser le zèle dont fut rempli ce saint roi , en cette mémorable occasion, que Dieu l'exempta expressément de la sentence terrible qu'il avait prononcée contre les rois de Juda. « Quant au roi de » Juda, qui nous a envoyés ici pour prier et pour

• consulter le Seigneur, répondit aux envoyés de

• Josias , la propbétcsse Olda inspirée de Dieu ‘ ,

■ voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël ; Parce

• que vous avez écouté les parolesde ce livre (que

> vous en avez pénétré le sens , que vous en avez

• instruit votre peuple) , que votre cœur en a été

■ attendri, que vous vous êtes humilié devant

> moi en entendant les maux dont j’ai menacé

• Jérusalem et ses habitants , je vous ai aussi

• exaucé , dit le Seigneur. Je vous ferai reposer

• avec vos pères; vous serez mis en paix dans

• votre tombeau , et vos yeux ne verront point

• tous les malheurs que je dois faire tomber sur

• eette ville et sur ses habitants. • Juste récompense de la sainte ardeur qu'eut ce prince pieux , d’écouter la loi de Dieu, de s’y rendre attentif, et d'en avoir procuré l'intelligence ù son peuple.

AR'nCLE IV.

Erreurs des hommes du monde, et des poliliques, sur les affaires et les exercices delà religion.

PBEUliaS PBOPOSITIOX.

La bosse pol'tiqoe regarde arec dédain les alTairea de 1a religion ; et on ne se soucie ni des matières qu'on y traile, ni des persécutions qu'on fait soulTrir à ceux qui ia suirenl. Première erreur des puissances et des politiques du rrwude.

Il n ’y a rien de plus bizarre que les jugements des hommes d'État et des politiques sur les affaires de la religion.

La plupart les traitent de bagatelles et de vaines subtilités. Les Juifs amenaient saint Paul,

* IV. Heg. XXII, 13. II. Poratip. xxxir, 21.

* IV. Sfg. XXU , 18, I», 20. n. Panlip. XXXI , 26 , 27 , 28.

avec une haine obstinée , • an tribunal de Golllon ,

• proconsul d'Aehale , et lui disaient que cet

• homme voulait faire adorer Dieu contre ce que « la loi en avait réglé '.«Ils croyaient avoir attiré son attention , par une accusation si griève et si sérieuse. • Mais Paul n’eut pas plutôt ouvert la

• bouche (pour sa défense), que le proconsul

• l'interrompit , et du haut de son tribunal * ; S'il < s’agissait , dit-il aux Juifs , de quelque ii^justiee, « et de quelque mauvaise action , je vous donne- » rais tout le temps que vous souhaiteriez. Mais

• pour les questions de mots et de noms, et de

• disputes sur votre loi , faltes-en comme vous

• voudrez ; je ne veux point être juge de ces cho- « ses. > U ne dit pas : Elles sont trop hautes , et passent mon intelligence : il dit que tout cela n'est que dispute de mots , et vaines subtiiités , indignes d'ètre portées à un jugement sérieux , et d'occuper le temps d’un magistrat.

Les Juifs , voyant que ce juge se mettait si peu en peine de leurs plaintes , et semblait abandonner Paul et son compagnon à leur fbreur , se jetèrent

• sur Sosthènes, et le battaient ’ : > (sans aucun respect pour le tribunal d’un si grand maglstrat);»etGallionnese mettait point en peine de » cela. > Tout lui paraissait bagatelles , dons ces disputes de religion , et une ardeur Imprudente de gens entêtés de choses vaines.

Il* PBOPOsiTioa.

Autre erreur des grands de b terre sur la reiigioa ; Us craigneat de l’appraruadir.

D'antres semblaient prendre la chose plus sérieusement. Félix, gouverneur de Judée, était très-bien informé de cette voie * , c’est-à-dire , du christianisme. Cest pourquoi entendant Paul discourir de Injustice, que les magistrats devaient rendre avec tant de religion; de la chasteté qu'on devait garder avec tant de soin et de précaution (parole si dure aux mondains, qui n’aiment que leurs plaisirs); et du jugement à venir où Dieu demanderait compte de toutes ces choses avec une sévérité implacable : pour ne point trop approfondir des matières si désagréables, quoiqu'il ne pût s’empêcher d'en être effrayé , Félix lui dit * : . C'en est assez pour maintenant; je « vous appellerai en un autre temps plus commode. « Des objets qui l'occupaient davantage dissipaient ces frayeurs : l’avarice le dominait; et il ne mandait plus saint Paul • que dans l'espérance « qu'il lui donnerait de l’argent, le laissant captif

■ .Vel. xvm, 12, 13.

* Ibid. 14, 16.

■ Ibid. 17.

t Ibid, xxnr, 22.

POLITIQUE

• durant deux ans , et permettant néanmoins à | « tousses amisdele voir >

lll' PnOPOSITION.

Autre procédé des itens du monde , qui prenneot ta re*

ligiüo pour une tulie , sans aucun soin de faire justice ,

ou d’empécber les vexatious qu'on fait S rinuuceuce.

Festus, nouveau gouverneur, envoyé à la place de Félix , était à peu prèsdans le sentiment de Oallion , sinon qu’il poussait encore la chose plus loin. Le roi Agrippa, et la reine Bérénice, celle qui depuis fut si célèbre par la passion que Titeeutpourelle, désiraient beaucoup d'entendre saint Paul ; et Festus leur en voulut donner le plaisir dans une assemblée solennelle , qu'on tint exprès pour cela avec grande pompe. • Au reste ,

« disait-il au roi , Je n'ai rien trouvé de mal en

• cet homme : mais il y avait entre lui et les Juifs « qui me l'amenaient, des disputes sur leurs « superstitions ; et sur un eertain Jésus qui était

mort , et dont Paul assurait qu'il était vivant '. > Ces gens , occupés du monde et de leur grandeur, traitaient ainsi les affaires de la religion et du salut étemel , sans même daigner s'iiiformer de faits aussi importants et aussi extraordinaires, que ceux cpii regardaient le Fils de Dieu ; car tout cela ne faisait rien à leurs intérêts , ni à leurs plaisirs , ou aux affaires du monde. Comme saint Paul eut pris la parole , et qu'il commençait à entrer dans le fond des questions, Festus l’interrompit ^ , et sans respecter la présence du roi et de la reine , ni attendre leur jugement et celui de rassemblée, « il lui cria à haute voix : Paul ,

« vous êtes fou ; trop d’étude vous a tourné l’es-

• prit t. •

On voit par là que, quelque équitable que parût Festus envers saint Paul , lorsqu'il demeure d’accord « qu'il ne l’a point trouvé criminel , et « qu'on l’aurait pu renvoyer, s’il n’avait point « appelé à l'emijcreur*; » il entrait dans ce sentiment un secret mépris du fond de la chose , que Festus ne jugeait pas assez importante pour en faire la matière d’un Jugement , ou mériter que l’empereur en prit connaissance. La seule affaire qu’il trouvait ici , était de savoir ce qu’il en manderait à l’empereur : ■ Je ne sais , dit-il ® , qu’en ■ écrire au maître. • Et il avait peur qu'on ne crût qu’il lui renvoyait des affaires tout à fait frivoles. Car de l'informer des miracles ou de la doctrine de Jésus-Christ , ou de Paul , et d'examiner les prophéties, où l'apûtre mettait son fort , ou enfln

• y4cl. III» , M.

• nid. Il», I, l.iKe. 13, U, It, 3i, 2S.SS,

> nid. XXVI , 1 , 3 e( wq.

» IbU. 31.

• nid. XXV, IS, 36; XXVI, 33.

• nid. XX» le.

de parler sérieusement de l'affaire du salut éternel , il n'en était pas question.

Cependant cet homme équitable, qui ne voulait point condamner saint Paul , ne craignait pas de le livrer à ses ennemis. Car au lieu de le juger à Césarée , où tout était disposé pour cela , et le renvoyer aussitét , il proposa de le transporter à Jérusalem, pour fai replaisiraux Juifs, quiavaleiit

fait un complot pour le tuer, ou sur le chemin , ou bien dans Jérusalem , où tout le peuple était à eux. Ce qui obligea saint Paul de dire à Festus ' :

• Je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme vous ' le savez parfaitement : personne ne me peut li- « vrer à eux. J'appelle à César, et c’est à son tri-

• bunal queje dois être jugé. •

Voici donc tout ce que Festus trouvait de réel et de sérieux dans cette affaire ; faire plaisir aux Juifs , contenter la cnriosité d' Agrippa , et résoudre ce qu’il fallaitécrire à l’empereur. Quand on allait plus avant , et qu’on voulait examiner le fond , on était fou.

IV* FaoFosmox.

Autre erreur : toa égards liumains fout que ceux qui aoiil bien iaslniita de cerixias points de religion , n'en osent ouvrir la bouclie.

Agrippa qui était Juif, attaché à sa religion , et bien instruit des propbétiits , agissait plus sérieusement. Saint Paul , qui le connut , le prit à témoin des faits qu'il avançait touchant Jésus- Christ. • Et lorsque Festus lui cria qu'il était

• fou : Non , non , dit-il ■ , très excellent Festu-s ,

• je ne suis pas fou : le roi sait la vérité de ce

• que je dis , et je parle hardiment devant lui.

• Car tout cela ne s'est point passé dans un coin ,

• mais aux yeux de tout le public. » Puis adressant la parole au roi lui-méme : • O roi Agrippa I

• dit-il^, ne croyez-vous pas aux prophètes? Je

• sais que vous y croyez. > Saint Paul voulait l'engager à dire de bonne foi , devant Festus et les Romains, ce qu'il savait sur ce sujet-là; et il devait ce témoignage A des païens. Mais il ne fait qu'éluder : et sans rien dire de tant de merveilles qui s'étalent passées en Judée, ni même oser témoigner ce qu'il croyait des prophéties , où il était tant parlé du Christ , il se contenta de répondre à saint Paul, par manière de raillerie ;

• Peu s’en faut que vous ne me persuadiez d’étre ■ chrétien t. .

Voilà ce que pensaient les grands de la terre , les rois, et tous les hommes du monde, sur la grande affaire de ce temps-là , qui était celle de Jésus-Christ. On ne voulait ni la savoir ni l'ap-

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