‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 133 sur 518 · XXV, 9, 10, II · texte numérisé non relu

XXV, 9, 10, II

I IbM. XXVI , 31 ,33 , 30.

» nid. 37.

3 nid. XXVI, 3S.

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. VU

proroodir ni dire ce que l'on en savait. Qui peut npr^s ccia s’étonner de ce qu'on en trouve si peu de chose dans les histoires profanes?

V* PBOrOSITION.

IndUréreiKe des ugM du monde sur U religiaa.

Mais il n'y eut rien alors de plus merveilleux que les Athéniens. Athènes était de tout temps le sié^ de la politesse , du savoir et de l'esprH : les philosophes y triomphaient , et depuis qu'assujettie aux Romaius elle n'avait plus & traiter de la paix et de la guerre , ni des affaires d’État , elle s’était toute tournée à la curiosité : • en sorte . qu'on n'y pensait à autre chose , qu'à dire ou à

• ouïr quelque nouveauté ■ , > surtout en matière dedoctrine. Saint Paul y étant arrivé, il se trouvait dans le Lycée avec les philosophes stoïciens et épicuriens. • Il discourait avec eux. Les uns

> disaient : Que veut dire ce discoureur? Et les « autres : C'est assurément un homme qui s’est

> entétéde nouvelles divinités (ou , comme ils pur-

> laient, de nouveaux démons) • Ils se souveniilentque parmi eux on avait faitune pareille accusation à Socrate , et ils s’en tenaienttoujoursà leurs anciennes idées. Sur cela on le mena à l'aréopage ’ , la plus célèbre compagnie de toute In Grèce , sans autre vue que de contenter la curiosité des Athéniens ; et on tint pour cela le sénat exprès. Paul fut écouté , tant qu'il déhitu les grands prlnci|ies de la philosophie ; et la Grèce fut bien aise de lui fntendre citer si à propos scs poètes. Mais depuis qu'il vint au principal , qui était de leur annoncer Jésusf^hrist ressuscité, et les miracles qne Dieu avait faits pour montrer que ce Jésus-Christ était celui qu’il avait choisi pour déclarer sa volonté aux hommes ; > les uns se mo(|uèrent de

• PauM; . les outres, plus polis à la vérité, mais au fond ni mieux disposés , ni moins indifférents , lui dirent honnêtement : • Nous vous entendrons

• une autre fois sur cette matière. Et Paul sortit

> ainsi du milieu d'eux > En pénétrant davantage, l’affaire fût devenue sérieuse; il eût fallu tout de bon se convertir : et le monde ne voulait songer qu'à la curiosité et à son plaisir.

On eu avait usé de même dès le commencement envers Jésus-Qirist. Hérode, à qui Pilate Pavait renvoyé , ne voulait voir que des miracles , et il aurait souhaité qu'un Dieu employât sa toute-puissance pour le divertir. Parce qu'il ne voulut pas lui faire un jeu des ouvrages de sa puissante main, il le méprisa, et le renvoya

> ./rr. IVU.ll.

> IHd. is.

* Ibid. 10 «t i«q.

* /Aid. iï.

^ Ibid. %1.

comme un fou , avec un habit Uanc dont il le revêtit*.

Pilate ne Ht pas mieux. Comme Jésus lui eut dit ; « Je suis né , et je suis venu dans le monde

• afin de rendre témoignage à la vérité', ■ parole profonde , où il voulait lui apprendre à chet^ cher la vérité de Dien ; Il lui repartit : • Et qu'est-oe

• que la vérité^? • Aprèsquoi il leva le siège sans s'en informer davantage , comme s’il eût dit : La vérité , dites-vous?et qui la sait? ou qne nous importe de la savoir, cette vérité qui nous passe? la» mondains , et surtout les grands, ne s'en soucient guère, et ils n’ont à cœur que les plaisirs et les affaires.

Nous ne sommes pas meilleurs que tous ceux dont noos venons de parler : et si nous ne méprisons pas si ouvertement Jésus-Christ et sa doctrine , quand II en faut venir au sérieux de la religion, c’est-à-dire à la pratique, et à sacrilicr son ambition ou son plaisir à Dieu et à son salut , nous nous rions secrètement de ceux qui nous le conseillent ; et la religion ne nous est j>as moins un jeu qu’aux infidèles.

VI* PBOPOSITtOX.

Coniment la politique en vint enlin à persécuter la rcligioa au-c une lnii]uilé manireste.

Si on n’eût fait qne discourir de la religion commme d'une matière curieuse, le monde ne l'aurait [leut-êtrc pas persécutée ; mais comme on Vit qu’elle condamnait ceux qui ne la suivaient pas, les intérêts s'en mêlèreiiL lats pharisiens ne purent soufltir qu'on décriât leur avarice, ni qu'on vint ruiner la domination qu'ils usurpaient sur les consciences. Ceux qui faisaient des idoles, et les autres qui profitaient parmi les païens du culte superstitieux , animaient le peuple. On se souvint que • Diane était la grande déesse des

• Ëphésiens , quand on vit qu'en la décriant , la

• majesté de son temple, que tout le monde ré-

• véralt‘, " et ensemble la grande considération, et le grand profit qui venait de ce cAté-là aux particuliers et au public ’ , s'en allait à rien.

Rome elle-même se fâcha qu’on voulût décrier ses dieux, à qui elle se persuadait qu'elle devait ses victoires. Les empereurs s’irritèrent de ce qu’on ne voulait plus les adorer. La politique romaine décida qu’il s’en fallait tenir à la religion ancienne ; et qu’y souffrir du changement , c’était l’exposerà sa ruine. On voulut s’imaginer des séditions, des révoltes, des guerres civiles, dans rétablissement du ebrisUanisme ; encore que l'ex-

■ Ute. XXOI, 8, II.

* Joan.X^tUfV.

4 Ibid. 38.

* .ici. Kix, 37, i$.

* Ibid. 2b, 26.

POUTIQDE

p^ricnce fit voir qn'cn effet la religion s'établissait, sans même que les persécutions, quelque violentes qu'elles fussent, excitassent, je ne dis pas aucun mouvement et aucune désobéissance , mais même aucun jnurmure dans les chrétiens. Mais le monde superbe et corrompu ne voulait pas se laisser convaincre d'ignorance et d'aveuglement , ni souffrir une religion qui changeait la face du monde.

VII' PBOPOSITIOa.

Les esprils bililes se maquent de la piélé des rois.

Mirhol , (émmede David , nourriedans le faste et sans piété avec son père Saül , quand elle vit le roi , son mari , tout transporté devant l'arche qu'il faisait porter dans Slon avec une pompe royale , • le méprisa en son cœur. Qu'il était beau ,

• disait-elle' , de voir le roi d'Israël avec les ser- ■ vantes , marchant nu comme un bateleur I » Ne faisait-il pas lé un beau personnage? Mais David , quoiqu'il l'aimât tendrement , lui répondit ■ : « Vive le Seigneur, qui m'a élevé plutôt que vo-

• tre père et sa maison I je m'humilierai encore < plus que je n'ai fait devant lui , et je serai mé- « prisaûe à mes yeux ; et je tiendrai â gloire de

• m'humilier, comme vous disiez , avec les ser-

• vantes. “

Il ne faut point laisser dominer cet esprit de raillerie dans les cours surtout , dans les femmes , quand même elles seraient reines ; puisque c'est lâ au contraire ce qu'un doit le plus réprimer. Dieu récompensa la piété de David , et punit Michol par une étemelle stérilité*.

VIIl* PBOPOStTIO!».

Le sérieoi de la religioo connu des grands rois. Exemple de Uaiid.

L'arche était dans l'ancien peuple le symbole de la présenee de Dieu , bien inférieur à celui que nous avons dans l'eucharistie : et néanmoins la dévotion de David pour l'arebe était immense. Quand il la fit transporter en Sion , il fit au peuple de grandes largesses en rhonneur d'un jour si solennel. • On immolait des victimes (tout le

• long du chemin où passait l'arche). Elle marchait s an son des trompettes , des tambours et des

• hautbois, et de toute sorte d'instruraeutsde musi-

• que. > Le roi, dépouillé de l'habit royal qu'il n'osa porter devant Dieu , • et revêtu simplement

• d'une tunique de lin , allait après, avec tout le

• peuplent ses capitaines en grande joie, jouant

• de sa lyre et dansant de toutes ses forces dans

■ II. Brv. n, le, 10.

• Ibid 11,».

■ Ibid. a.

• le transport où il était '. » C'était des cérémonies que le temps autorisait.

Dans une occasion plus lugubre , lorsqu'en punition de son péché il fuyait devant Ahsalon,nous avons vu qu'on lui apporta l'arche , comme la seule chose qui lui pouvait donner de la consolation. Mais il ne se jugea pas digne de la voir en l’état où il était j où Dieu le traitait comme un pécheur. ■ Hé! dit-il *, si je trouve grâce devant

• le Seigneur (après ces jours de châtiments ) , il

• me la montrera un jour en son tabernacle. ■ C’était là le plus cher objet de scs vœux. Et durant le temps de Saül , banni de son pays et des saintes assemblées du peuple de Dieu , il ne soupirait qu’après l’arche. Grand exemple, pour faire connaitre ce qu'on doit sentir en présenee de l'eucharistie , dont l'arche n’était qu’une figure imparfaite.

IX' PBOPOsmon.

Le prinre doit craindre trois sortes tic fausse piété : et preniiéreinent la piété S l'extérienr, et par politique.

Deux raisons doivent faire craindre au prince de donner trop à l'extérieur, dans les exercices de la piélé. La première , parce qu'il est un personnage public ; par conséquent composé et peu naturel, s’il n'y prend garde, parles grands égards qu'il doit avoir pour le public, qui a les yeux attachés sur lui. Secondement , parce qu'en effet la piété est utile à établir la dumiuation ; do sorte qu'inscnsiblemcnt le prince pourrait s'accoutumer à la regarder de ce côté-là. Ainsi Saül disait à Samuel qui l'abandonnait , et ne voulait plus assister avec lui au sanctuaire de Dieu devant tout le peuple * : • J'ai mal fait ; mais hono-

• rez-mol devant Israël , et devant les sénateurs

• de mou peuple ; et retournez avec moi pour ado-

• rer le Seigneur votre Dieu. » Il ne voulait plus l'appeler le sien ; et peu soigneux de la religion , il ne songeait plus qu’à garder les dehors par politique.

Ainsi les rois d'Israël se montraient quelquefois pieux contre Baal et ses idoles. Mois ils sc gardaient bien de détruire les veaux d'or que Jéroboam avait érigés pour y attacher le peuple. Car « il avait dit en lui-même* : Le royaume re-

• tournera à la maison de David , si ce peuple « monte toujours à Jérusalem dons la maisou du « Seigneur pour y offrir les sacrifices. Le cœur de

• ce peuple se tournera vers Roboam , roi de J uda ,

• et ils me feront mourir, et ils retourneront à lut.

• Ainsi par un conseil médité , il fit deux veaux

* tî. Kfÿ. VI, 13 et Mq. I. Par. xv , 35 et seq.

■ II. «<v X*. 35.

t I. Krg. XV, 3u.

■ lit. Ara. XII , 30, 17 , 35.

TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. VII

• d’ur ; et il leur dit : Ne montez plus à Jerusa-

• Icm ; 6 Israël ! voilà tes dieux , qui fout tiré de

• la terre d'Egjpte ! •

Ainsi Jéhu massacra tous les sacriflcaleurs de Baal , et il en brisa la statue , et il mit le feu dans son temple. Et, comme s’il eût voulu s'acquitter de tous les devoirs de la religion , il prend dons son chariot le saint homme Jonadab , flis de Réchab , pour être témoin de sa conduite. ■ Venez ,

• lui dit-il ' , et voyez mon zèle pour le Seigneur ! « Mais il ne se retira pas des péchés de Jéroboam ,

• ni des veaux d’or qu'il^vait dressés à Bétliel et

• à Don. • La raison d'Etat ne le voulait pas. Telle est la religion d'un roi politique. Il fait

paraître du zèle dans les choses qui ne blessent pas son ambition , et il semble même vouloir contenter les plus gens de bien : mais la fausse politique l'empêche de pousser la piété jusqu'au bout. Jouchaz, un des successeurs de Jéhu dans le royaume d'Israël , sembla vouloir aller plus loin. « Dieu avait livré Israël à Uazaël , roi de Syrie , et

• à son fils fiénadad : et Joochaz pria le Seigneur,

• qui écouta sa voix : car il eut pitié d'Israël , que

• ces rois avaient réduit à l'extrémité ’. • Mais Joachaz , qui semblait vouloir retourner à Dieu de tout son coeur dans sa pénitence , n'eut pas la force d'abattre ces veaux d'or, qui étaient le scandale d'Israël : • et il ne se retira pas des péchés

• de Jéroboam : Dieu aussi l’abandonna. Et le roi « de Syrie lit de lui et de son peuple comme on

• fait de la poudre qu'on secoue dans la bat- - turc •

Tout cet extérieur de piété n’est qu'bypocrisie; et il est familier aux princes rusés, qui ne songent qu'à amuser le |>cuplc par les apparences. Ainsi Hérode, ce vieux et dissimulé politique, faisant semblant d’être zélé pour la loi des Juifs, Jusqu'à rebâtir le temple avec une magnificence qui ne cédait rien à celle de Salomon , en même temps il élevait des temples à Auguste.

Et on sait ce qu’il voulut faire contre Jésus- Christ^. A ne regarder que l’extérieur, il ne désirait rien tant que d'adorer avec les Mages ce roi des Juifs, nouveau-né. Il assembla le conseil ecclésiastique , comme un homme qui ne voulait antre chose que d'être éclairci des prophéties; mais tout cela pour couvrir le noir dessein d'assassiner le Sauveur, que le titre de roi des Juifs rendait odieux à son ambition; encore que la manière dont II voulut paraître aux hommes, montrât assez que son royaume n'était pas de ce monde.

' IV. Rtj. I, is, SS, a».

> Ibid. XtlI.S, 4, b.

• lbid.t,^.

• .Vallb. ir, s, 4 ri Hq.

X* PBOPOSITIOX.

Seconde espère de Cuisse piété : la piété forcée, intéressée.

Telle était celle d’Holophcrnc , lorsqu’il disait à Judith * : • Votre Dieu sera mon Dieu , s’il fait s pour moi ce que vous promettez , » c’est-àdlire , tant de victoires. Les ambitieux adoreront qui vous voudrez, pourvu que leur ambition soit contente.

• Hérode craignait saint Jean qui le reprenait « (avec une force Invincible) : car il savait que

• c’était un homme saint, et juste; et il faisait

• plusieurs choses par son avis , et il l’écoutait vo- « lontiers ’. » Car nous avons vu que ces politiques veulent quelquefois contenter les gens de bien. Mais tout cela n’était qu'ortiflee ou terreur superstitieuse; puisqu'il craignait tellement saint Jean, qu'apres lui avoir fait couper la tête, fl craignait encore qu’il ne fût ressuscité des morts ’, pour le tourmenter.

Écoutez un Antiochus , ce superbe roi de Syrie.

• li est juste, dit-iH, d’êtresoumisàDieu,et qu’un

• mortel n’entreprenne pas de s’égaler à lui. Et il

• ne parle que d’égaler aux Athéniens les Juifs, « qu’il ne jugeait pas dignes seulement de la sé- « pulture ; et d'affranchir Jérusalem, qu’il avait

• si cruellement opprimée , de combler de dons le ■ temple qu'il avait dépouillé, et enfin de se faire « Juif. • Mais c’est qu’il sentait la main de Dieu , à laquelle il s'imaginait se pouvoir soustraire, par toutes ces vaines promesses. Dieu méprisa sa pénitence forcée « et ce méchant demandait la « miséricorde , qu’il ne devait pas obtenir *. .

Galère Maximien , et Maxirain , les deux plus cruels persécuteurs de l’Église des chrétiens, moururent avec un aveu aussi forcé et aussi vain de leur faute ‘ : et avant que de les livrer au dernier supplice , Dieu leur fit faire amende honorable à son peuple, qu'ils avaient si longtemps tyrannisé.

• XI’ PBOFosmon.

TraisièiDé eqière de botse piété : U piété mal enicfidae , et élaUie où elle n'esi pu.

• Va et passe au fil de l’épée ce méchant pen-

• J)le d'Amalec : et ne réserve rien de cette na- « tion impie, que j’ai dévouée à la vengeance, 1 dit le Seigneur à Saül. Et ce prince sauva du « butin les brebis et les bœufs , pour les immoler « au Seigneur. Mais Samuei lui dit : Sont-ce des

' Judith. Kl. SI.

■ Mure. VI, KO. Lue. lu, le.

> Mare. VI, 10.

4 II. Maehab. IK, 11, ISetteq.

5 Ibid. IV , 43.

• Buieb. Hlil. Ecri. Ub. VIII, rep. 10, 11, ri là). II, cap. 10. Lactant. de Mort, pcriccat. n* ixiiii, ei aux.

POLITIQUE

« victimes ou des sacrifices que le Seigneur de- « mande , et non pas qu’on obéisse à sa voix ? « L’obéissance vaut mieux que le sacrifice ; et il ( est meilleur d’obéir, que d’offrir la graisse des « béliers : cai- désobéir, c’est conune qui consul- « ternit les devins ; et ne se soumettre pas , c’est le a crime d'idolâtrie »

La sentence partit d’en haut. « Dieu t’a rejeté, K dit Samuel , et tu ne seras plus roi *. »

Hérode , qui fit mourir saint Jean-Baptiste , nu milieu de scs plus grands crimes, n’était pas sans quelques sentiments de religion. Il mit en prison le saint précurseur qui le reprenait hautement de son inceste. Mais en même temps nous avons vu n qu'il le craignait , sachant que c’était « un honune juste et saint ; qu’il le faisait venir n souvent , et même suivait scs conseils » Il le livra néanmoins ù la fin : et injustement scnipuleux , la religion du serment l’emporta à son crime. « Il fut fâché de s'être engagé; mais à cause « du serment qu’il avait fait , et de la compagnie , « il passa outre « Il en eut peur, après même qu’il l’eut fait mourir : « et entendant les mira- << des de Jésus ; Jean , dit-il , que j’ai décollé re- " vit en lui , et c’est sa vertu qui opère » Il méprisait la religion , la superstition le tyrannise. 11 écoutait et considérait celui qu’il tenait dans les fers, un prisonnier qui avait du crédit à la cour; l’intrépide censeur du prince , et l’ennemi déclaré de sa maîtresse , qui néanmoins se faisait écouter ; un homme qu’on faisait mourir, et qu’après cela on craignait encore ; tant de craintes qui se combattaient : celle de perdre un homme saint , celle d’ouïr de sa bouche des reproches trop libres , celle de troubler ses plaisirs, celle de paraître faible à la compagnie, celle de Injustice divine qui ne cessait de revenir, quoique si souvent repoussée; tout cela faisait ici un étrange composé. On ne sait que croire d’un tel prince : on croit tantôt qu’il a quelque religion , et tantôt qu’il n’en a point du tout. C’est une énigme inexplicable, et la superstition n’a rien de suivi.

On multiplie ses prières, qu’on fait rouler sur les lèvres sans y avoir le cœur. Mais c’est imiter les Gentils, « qui s’imagiaent , dit le Fils de Dieu « être exaucés en multipliant leurs paroles ». Et on entend de la bouche du Sauveur? : » Ce peuple « m’honore des lèvres , mais son cœur est loin de « moi. •

On gâte de très-bonnes enivres : on jeûne et on

• 1. Beg. xr, 18 et s<q.

• Ibid. 83.

• Mare VI, 80.

‘ Matth. xrv, 0. Marc, vi, 88.

S Matth. XIV, 1,8.

« Ibid. VI , 7.

’ Ibid. XV, 8. Is. XXIX , I».

garde avec soin les abstinences do l’Église : il est juste ; mais, comme dit le Fils de Dieu, « on laisse « des choses de la loi plus importantes , la justice , « la miséricorde , la fidélité. Il fallait faire les « unes , et ne pas omettre les autres '. Savez-vous «quel est le jeûne que j’aime? dit le Seigneur. « Délivrez ceux qui sont détenus dans les prisons ; « déchargez un peuple accablé d’un fardeau qu’ii « ne peut porter; nourrissez le pauvre; habillez « le nu : alors votre justice sera véritable , et res- « plendissante comme le soleil*. »

Vous bâtissez des temples magnifiques ; vous multipliez vos sacrifices, et vous faites dire des messes à tous les autels. Mais Jésus-Christ répond : « Allez apprendre ce que veut dire cette « parole : J’aime mieux la miséricorde que lesa- « crlfice^ Le sacrifice agréable à Dieu, c’est un «cœur contrit, et abaissé devant lui<. La vraie «et pure religion, c’est de soulager les veuves « et les oppressés , et de tenir son âme nette de la « contagion de ce siècle*. »

Mettez donc chaque œuvre en son rang. Si en faisant les petites , vous croyez vous racheter de l’obligation de faire les grandes , vous serez de ceux dont il est écrit® : « Ils se fient dans des clio- « ses de néant. Ils ont tissu des toiles d’araignée. « Leurs toiles ne sont pas capables de les habiller, « et ils ne seront pas couverts de leurs œuvres : « car leurs œuvres sont des œuvres inutiles, et « leurs pensées sont des pensées vaines. »

ABTICLE V.

Quel soin ont eu les grands rois du culle de Dieu.

PBEMIBBE PnOPOSITlON.

Les soins de Josué , de David el de Salomon pour établir l’arche d'alliance, et bâtir le temple de Dieu.

Josué n’eut pas plutôt conquis et partagé la terre promise , que pour la mettre à jamais sous la protection de Dieu , qui l’avait donnée à son peuple, « il établit le siège de la religion à Silo,

« où il mit le tabernacle?. » Il fallait commencer par là, et mettre Dieu en possession de cette terre, et de tout le peuple, dont il était le vrai roi.

David trouva dans la suite un lieu plus digne à l’arche et au tabernacle , et l’établit dans Slon , où il la fit transporter en grand triomphe* : et Dieu

’ Matth. xxill, 83.

> Is. Lvili, 6, 7, 8.

> Matth. IX , 13.

♦ Pt. L, 1».

* Jae.l, 87.

h /«.UX,4,S,«,7.

’ /(X.'XTUI, i.

• n. Reg. VI , 18 et seq.

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. VII

rhoisit Sion et Jénisalcm , comme le lieu où il ùtoblissnit son nom et son culte.

Il lit aussi , comme on a vu , les préparatifs du temple, où Dieu voulait être servi avec beaucoup de marrnifleence, y consacrant les dépouilles des nations vaincues'.

li en désifine le lieu , que Dieu même avait choisi , et charge Salomon de le bâtir.

Salomon fit ce (jrand ouvrage avec la magnillccncC qu'on a vue ailleurs. Car il le voulait proportionner, autant qu’il pouvait, ù la grandeur de celui qui voulait y être servi. ■ La maison, dit- ■ il ’, que je veux bâtir est grande, parce (pie

• notre Dieu est au-dessus de tous les dieux. Qui it serait donc assez puissant pour lui bâtir une

• maison digne de lui? >

II* PBOPOSITIOX.

Tout ce qu'on fait pour Dieu de plus magnifitpio , est luujuura auulessous de sa graiideQr.

Ce fut le sentiment de Salomon , après rpi'il eut bâti un temple si riche, que rien n'égala jamais. > Qui pourrait croire , dit-il ’ , <pie Dieu habile sur

• la terre avec les hommes; lui que les cieux , et « les deux des deux ne peuvent renfermer?» Et David qui en avait fait les préparatifs , quoiqu'il n’cùt rien épargné , et tpi'il eût consacré à cet ouvrage • cent mille talents d'or, un million de ta-

• lents d’argent, avec du cuivre et du fer sans

• nombre, et les pierres avec tous les bois qu’il « fallait pour un si grand édillce * , > sans épargner le cèdre, qui est le plus précieux , il trouvait tout cela pauvre, â comparaison de son désir : • J’ai,

• dit-il , offert tout cela dans ma pauvreté’. >

lit* PBOPOSITIOX.

Le* prinrea Tool saoctifier le* lètet.

Moïse fait mettre en prison , et ensuite il punit de mort , par ordre de Dieu , celui qui avait viole le sabbat". La loi chrétienne est plus douce , et les chrétiens plus dociles n’ont pas besoin de telles rigueurs ; mois aussi se faut-il garder de l’impunité.

Les ordonnances sont pldncs de peines contre ceux qui violent les fGtes , et surtout le saint dimanche. Et les roisdoivent obliger les magistrats ù tenir soigneusement la main i l’entière exécution de ces lois , contre lesquelles on manque beaucoup, sans qu’on y oit apporté tous les remèdes nécessaires.

C’est principalement de la sanctiAcatiou des

‘ H- Reg. Yit. !. Pwralip. xxii.

* II. Parai, n, *.

* ibii. VI, 18.

' I- Par. XXII, 14.

» Ihtd.

* A'unt. XT, 33 et S«q-

fêtes que dépend le culte de Dieu , dont le sentiment se dissipermt dans les occupations continuelles de la vie , si Dieu n’avait consacré des jours pour y penser plus sérieusement , et renouveler en soi-même l’esprit de la religion.

Les saints rois Ézéchias et Josio-s sont célèbres , dans riiistoirc du peuple de Dieu , pour avoir fait solenniser la Pâque avec religion, et une magnificence extraordinaire. Tout ic peuple ftit rempli de joie : « on n'avait jamais rien vu de scmbla-

• ble depuis ic temps de Salomon. • C’est ce ipi’on dit de ia Pâque d'Ézéchias'. Et on dit de celle de Josias’ : • <]u'il ncs’en était point fait de sem-

• blable sous tous les rois préc^ents, ni depuis

• le temps de Samuel. •

Les fêtes des chrétiens sont beaucoup plus simples, moins contraignantes, et eu même temps beaucoup plus saintes, et beaucoup plus consolantes que celles des Juib , où il n’y avait que des ombres des vérités qui nous ont été révélées : et cependant on est bien plus lâche à les célébrer.

IV PEOPOsmox.

Les princes ont soin noo-seulement des personnes oonsn-

erSes S Dieu, niais encore des biens desUnês à leur subsistance.

. Honorez le Seigneur de toute votre âme ; ho-

• norez aussi ses ministres •

• Qui vous écoute , m’écoute ; qui vous méprise , 1 me méprise , > dit Jésus-Christ même à ses disciples

• Prenez garde de n’abandonner jamais le lés vite , tant que vous serez sur la terre ’.» La terre vous avertit , en vous nourrissant , qdc vous pourvoyiez à la subsistance des ministres de Dieu qui la rend féconde.

Toute la loi est pleine de semblables préceptes. Abraham en laissa l’exemple à toute sa postérité, en donnaot la dime des dépouilles remportées sur ses ennemis , à Melchisédecfa , le grand pontife du Dieu très-haut qui le bénissait et offrait le sacrlfloe pour lui et pour tout le peuple".

Abraham suivit en cela une coutume déjà établie. On la voit dans tous les peuples , dès la première antiquité. Et nous en avons nnbean monument dans l’Égypte , sous Phanum et Joseph . Tous les peuples vendirent leur terre au roi pour avoir du pain , • excepté les sacrifieateurs , à qui le rot

• avait donné leur terre, (ju’ils ne Rirent point . obligés de vendre comme les autres ; sans comp»

‘ n. Par, XXX, M.

> IV. Scj. XXIII, 2X, 13. n. Parai. XIXT, la.

I Eccl. vu , 33.

I Lue. X , la.

' DtuL xn, 10.

a Ccn. XIV, la, 19, 30.

POLITIQUE

• ter que lenr noarritare leur était fournie dca

• greniers pubiics , par ordre du roi >

Le peuple d'Israël ne se plaignait pas d'ëtre chargé de la nourriture des lévites et de leurs familles, qui faisaient plus d'une douzième partie de la nation , étant une de scs tribus des plus abondantes. Au contraire , on les nourrissait avec joie. Ilyavaitdutempsde David trente-huit mille lévites , à les compter depuis trente ans , sans y comprendre les sacrifleateurs enfants d'Anron , divisés en deux familles principales par les deux fils d’Aaron , et subdivises du temps de David en vingt-quatre familles très-nombreuses sorties de ces deux premières*. Tout le peuple les entretenait de toutes choses très-abondamment, avec leurs familles ; car les lévites n'avaient d'autres possessions ni partages parmi leurs frères , que les dîmes , les prémices , les oblations , et le reste que le peuple leur donnait ; et on mettait dans cet entretien un des principaux exercices de la religion , et le salut de tout le peuple.

V* FHOFOsrrioif.

Les uine sdmiraliles de David.

Les grands rois de la maison de David ont rendu leur règne célèbre, par le grand soin qu'ils ont pris de maintenir l'ordre du ministère, et de toutes les fonctions des sacrillcateurs et des lévites, selon la loi de Moïse.

David leur en avait donné l'exemple; et il fit ce beau règlement qui lUt suivi et exécaté par ses successeurs. Ce roi , aussi pieux et aussi sage que guerrier et victorieux , employa à cette grande affaire les dernières années de sa vie, pendant que tout le royaume était en paix : assisté des principaux du royaume et surtout du souverain pontife , avec les chefs des familles lévltiques et sacerdotales, et des prophètes Cad et Nathan’; étant lui-méme prophète , et rangé dans l'Écriture au nombre des hommes inspirés de Dieu.

Avec ce conseil , et par une inspiration particulière , il régla les heures du service. • 11 ordonna

< aux lévites de venir au temple le matin et le

• soir, pour y bénir Dieu , et pour y chanter ses

• louanges’. >

11 établit la subordination nécessaire dans ce grand corps des ministres consacrés A Dieu , en ordonnant aux lévites de servir « chacun à leur

< rang , en gardant les rlts sacrés , et toutes les

• observances des enfants d’Aaron , qui prési-

* Cva. xLvn.ss.

* I. Pantlip. siin , S d Mq.

* ). Paralip. xuti , i d leq. jiiiT , 6. U. Paralip. uix , 36.

4 I. Paratiÿ. xxiU|30.

« daient à ces fonctions pur l'ordre de Dieu • et selon la loi de Moise.

Parmi CCS lévites, il yen avait trois principaux

• qui servaient auprès du roi : Asaph , Idithun ,

- etüéman. Ce dernier était appelé le Voyant ou

• le prophète du roi ' ; .> et Asaph prophétisait aussi auprès du prince; Il est aussi appelé le Voyant’, et se rendit si célèbre par scs cantiques , qu'on le rangeait avec David. Tels étaient les ecelésiastlques , pour parler à notre manière , qui approchaient le plus près de la personne du roi ; des gens inspirés de Dieu , et les plus célèbres de leur ordre. David avait aussi auprès de lui un sacrificateur nommé Ira , qui était honoré du titre de prêtre ou de sacrificateur de David ’.

VI* FBOPOSITION.

Soin des lieux eijies vaisseaux sacrés.

Le roi Joas , instruit par Jo'iada souverain pontife , fit venir les lévitcsavec les autres sacrillcateurs , pour les obliger a travailler aux réparations du temple qu'ils négligeaient depuis plusieurs années. Il en prescrivit l'ordre et en régla les fonds : et un officier commis par le roi les toucliait avec le pontife , ou quelqu'un commis de sa part ; pour les mettre entre les mains des ouvriers ,

« qui rétabliraient le temple dans sa première

• splendeur et solidité. Le reste de l'argent fut

• apporté au roi et au pontife ; et on en lit des « vaisseaux sacrés d'or et d'argent , pour servir

• aux sacrifices ’. •

Ézécbias ne se rendit pas moins célèbre , lorsqu'il assembla les lévites et les sacrificateurs ‘ , Itonr les obliger à purifier avec soin le temple et les vaisseaux sacrà , qui avaient été profanés par les rois Impies. Et il fit soigneusement exécuter le règlement de David

On ne peut assez louer le saint roi Josias , et le soin qu'il prit de purifier et de rebétir le temple *. Dieu inspira un auteur sacré pour lui donner cet éloge, afin d'exciter les rois à de semblables pratiques.

VII* FBOPOSITION.

Louanges de Josias et de David.

L’Ecclésiastique parle ainsi de Josias s : • La < mémoire de Josias est douce comme une compo- « sition deparftims faite d'une main habile; elle

> I. Paralip. xxm SS; xxiv, 19*

■ tbid. XXT.3, 5,6.

* II. Paralip. xxtx, SO.

* II. Keÿ. XX, 2e.

i IV. Reg. xil,4,7etMq. II. XXIT, 6 «t »eq.

^ II. Paralip, xxix , 6 , 16 «t seq.

’ Ibid. 36.

■ IV. Feg. XXII et xxm. II. Paralip. XXXIV.

* Eccl. XUX| I, s, 9, 4.

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. VII

• est douce en toutes les bouches comme du miel , « et comme une excellente musique dans un ban-

• qnet où on a servi du vin le plus exquis. Il a

> été envoyé de Dieu pour inspirer la pénitence A < la nation ; et il a ôté ( du temple et de la terre ) « toutes les abominations. Dieu gouverna soneœur

> et fortifia sa piété , dons un temps d'iniquité et

• de désordre, • où tout était corrompu par les mauvais exemples des rois ses prédécesseurs.

Le même auteur sacré célébré aussi en ces termes les louanges de David ‘ • Il a glorifié

• Dieu dans toutes ses œuvres. Il l'n loué de tout « son cœur • (dans ses divins psaumes que tout le peuple chantait}. • Il a aimé de tout son cœur

• le Dieu qui l’avait fait , et Dieu l’a rendu puis-

• sant contre ses ennemis. Il a rangé les chantres

• devant l’autel , et il a composé des airs agréa- ■ blés pour les hommes, qu’ils devaient chanter « par leur voix harmonieuse. Il a rempli de splen-

• deur la célébration du service divin : et sur la

• An de sa vie il a distribué les temps, en sorte

• qu’on louât le saint nom du Seigneur, et que

• dés le matin on lecélébrât dans son sanctuaire. > Voilà comme le Saint-Esprit loue les rois pieux ,

qui ont pris soin de régler les ministères sacrés , de décorer le temple , et de faire faire le service divin avec la splendeur convenable.

TIIl* FBOPOSITIOn.

Soin de Néhémiu; et comme il protège les lécitei cmln les magistrats.

Il ne faut pas ouUier Néhémias gouverneur du peuple de Dieu sous les rois de Perse , et restaurateur du temple et de la cité sainte. Il flt Justice aux lévites qu’on avait privés de leurs droits ’. Les chantres sacrés , et tous les autres ministres , qui avaient été contraints de se retirer cher eux , et d’abandonner le service, faute d’avoir reçu le Juste salaire qui leur était ordonné, furent rappelés. Il ôta à Tobie le maniement, qu’Ëllosib sacrificateur, son parent , lui avait donné pour l’enrichir ; et disposa , selon l’ancien ordre , des fonds destinés au temple et au service divin Il soutint la cause des lévites contre les magistrats ( qui avaient manqué à leurs devoirs envers eux ), et II mit leurs grains et leurs revenus en des mains fidèles : préposant à ce ministère le prêtre Sélémias, et quelques lévites*. Au surplus, en prenant soin d’eux , il leur fit soigneusement garder les règlements de David *. La subordination fut observée : le peuple rendait honneur aux lévites, en leur donnant ee qu’il leur devait; et

‘ ücri. iLvn.e, 10,11, 11.

• I. Salir, xin, 10.

■ /Ng. S,7,0,0.

* II. SaUr.xiu, II, 13.

> nu. ia,a4,4t, U.

MMsucr. — V. y

les lévites le rendaient aux enfants d’Aaron ' , qui étaient leurs supérieurs. ™ Ils gardaient snigneu- « sement toutes les obscTvances de leur Dieu *. • Néhemias y tenait In main ; il ordonnait aux sacrificateurs et aux lévites de veiller à ce qui leur était prescrit. . Il disait aux lévites de se ■ purifier, et no pouvait soulïiir ceux qui profa- " noient le sacerdoce , et méprisaient le droit sa- " ccrdotal et lévitique*, • e’est-à-dire, ies règlements que leur prescrivaient leura offices : ce qui leur faisait dire avec confiance * : . O Dieu ,

• souvenez- vous de moi en bien ; et n’oubiiez pas

• le soin que J’ai eu de la maison de mon Dieu , et

• de ses cérémonies, et de l’ordre sacerdotal et

• lévitique. •

O princes! suivez ces exemples. Prenez en votre garde tout ce qui est consacré à Dieu , et nonseulement les personnes ; mais encore les lieux et les biens qui doivent être employés à son service. Protégez les biens des Églises, qui sont aussi les biens des pauvres. Souvenez-vous d’Héliodore et de la main de Dieu qui fut sur lui , pour avoir voulu envahir les biens mis en dépôt dans le temple *. Combien plus faut-il conserver les biens nonseulement déposés dans le temple, mais donnés en fonds aux Églises!

IX* PBUPOSITIOX.

Réunions qii* doivent faire les rois , à reiemple de David , sur leur libéralité envers les églises; et combien il est dangereux de mettre la main de.vsus.

Ces grands biens viennent des rois , Je l'avoue : ils ont enrichi les Églises de leurs libéralités ; et les peuples n’en ont point fait , sans que leur autorité y ait concouru : mais tout ce qu’ils ont donné, ils l’avaient premièrement reçu de Dieu.

• Qui suis-je , disait David ‘ ; qu’est-ce que tout « mon peuple, que nous osions vous promettre

• tous CCS présents pour votre temple? Tout est à

• vous , et nous voue donnons cc que nous avons

• reçu de votre main. •

Il continue’ : • Nous sommes des voyageurs et « des étrangers devant vous, comme tous nos « pères. • Nous n’avons rien qui nous soit propre : notre vie même n’est pas à nous. • Nos Jours

• s’en vont comme une ombre, et nous n’avons

• qu’un moment à vivre. • Tout nous échappe , et il n’y a rien qui soit à nous. « O Seigneur notre

• Dieu I toute cette abondance de richesses , que

' II. Sêdr. ta.

’ Ibid. M.

’ Jbid. im, M, J».

■ 76ÛI. It, 30. 31.

I II. Maciab. III , 31 et saq. ‘

* I. Paralip. xxix, II.

’ Mi. la.

•iü

POLITIQUE

• nous préiMiroiis i)our votre saint temple, vient . lie votre main , et tout est à vous »

Quel attentat de ravir à Dieu ce qui vient de lui , ce qui est à lui , et ce qu'on lui donne , et de mettre la main dessus pour le reprendre de dessus les autels!

Mais le péril est bien plus grand de mettre la main sur les ministres de Dieu. • INe touchez

• point d mes oints, dit David > Il parlait d’Abraham et dTsaac , qui étaient au rang de scs saerillcateurs et de scs ministres. • Dieu ne permet < pas au peuple de leur nuire , et ii chOtie les rois " qui les offensent »

« Hérode fit couper la tête à Jacques , frère de " Jean : et par complaisance pour les Juifs , il

• ajouta fl son crime de mettre la main même sur > Pierre , qu'il fit garder par seize soldats , dans le

• dessein de l'exposer au peuple apres la fête de

• Pilqucs *. - Mais Dieu , qui le destinait ù souffrir dans un autre temps et dans un lieu plus célèbre , non seulement le sut tirer de lu prison, mais il sut encore faire sentir au tyran sa main puissante. ( jir peu de temps apres , livré à un oigucil insensé, pendant qu'il se laissait louer et admirer comme un Dieu , ■> l’ange du Seigneur le frappa, " et il mourut mangé de vers *. »

Saiil , qui fit massacrer Abimélec et les autres sacrificateurs , pour avoir favorisé David , est en abomination devant Dieu et devant les hommes.

• Ses officiers, à qui il commanda de les tuer,

• eurent horreur d étendre leurs mains contre les

• prêtresdu Seigneur. »Et il n'y eut queDoeg,Idumé<*n, un étranger et de la race des impies, qui osdt souiller ses mains de leur sang, sans respwter le saint habit qu'ils portaient David , pour avoir «té l'accasion innocente de ce meurtre sacrilège , en frémit. • Je suis coupable , dit-il t , de

• ce sang injustement répandu. Il prit en sa pro-

• tection.Abiathar, fils d’Abimélec. Demcurezavec ■ moi, lui dit-il, ne craignez rien; qui en veut - à votre vie, attaque la mienne, et mon salut

• est inséparable du vêtre. ■

X' PBOPOSITIOX.

Les rois ne doivent pas enlroprendre sur les droiu et l'autorilé du saeerdiH'C : et ils dutveiil trouver bun que l'or- « dre sarerdotal les maintiemie contre toute sorte d'entrepiises.

Ixirsquc Ozias voulut entreprendre sur ces droits sacrés, et porter sa main à l'encensoir, les prêtres étaient obligés par la loi de Dieu à s'y

• I. Parfitip. XXIV, le.

• Ps. riT, 1&.

^ thid. 14.

‘ Arl. Hli, 1,3, », 4

• /îfirf. 23,a:i.

*■ I. Htg. XXII, te, 17. 18.

‘ if.ui. n . T\

opposer; autant pour le bien de ce prince, que pour la conservation de leur droit, qui était, comme on a dit , celui de Dieu. Us le firent avec vigueur : et se mettant devant le roi , avec leur pontife a leur tète , Us lui dirent : • Ce n’est point

• votre office , Ozias , de briller de l'encens de- « vont le Seigneur; mais c’est celui des sacrifl-

• cateurs et des enfants d'Aaron , que Dieu a dé- « pûtes à ce ministère. Sortez du sanctuaire ; ne

• méprisez pas notre parole : car cette entreprise,

■ par laquelle vous prétendez vous honorer, ne

• vous sera pas imputée à gloire par le Seigneur

• notre Dieu '. >

Au lieu de céder à ce discours , et à l'autorité du pontife et de ses prêtres ■ , • Ozias se mit en

■ colere, menaçant les prêtres, persistant à te-

• nir en main l'eneensoir pour offrir l'encens. La

• terre trembla ’. Iji lèpre parut sur le front de

• ce prince , en présence des prêtres , qui (avertis

• par ec miracle) furent contraints de le chasser

• du sanctuaire. Lui-même, effrayé d'un coup

• si soudain, sentit qu’il venait de la main de

• Dieu, et prit la fuite. La lèpre ne le quitta « plus: il le fallut séparer, selon la loi. Et son fils

• Joathan prit l'administration du royaume , et

• le gouverna sons l’autorité du roi son père. •

Au centraire le pieux roi Josaphat , loin de rien attenter sur les droits sacrés du sacerdoce , distingua exactement les deux fonctions , la sacerdotale et la royale, en donnant cette instruction " aux lévites, aux sacrificateurs, et aux

• chefs des fhrailles d'Israël , qu'il envoya dans « toutes les villes pour y régler les affaires : Ama-

• rias sacrificateur, votre pontife, conduira ce

• qui regarde le service de Dieu, et Zabadias,

■ fils d'Ismahel , qui est le chef de la maison de

• Juda, conduira celles qui appartiennent A la

• chaige de roi ; et vous aurez les lévites pour

■ maîtres et pour docteurs ■*. »

On voit avec quelle exactitude il distingue les affaires , et détermine A chacun de quoi II se doit mêler, ne permettant pas à ses ministres d’attenter sur les ministres des choses sacrées, ni réciproquement A ceux-ci d'entreprendre sur les droits royaux.

A la vérité, nous avons vu que les rois se sont mêlés des choses saintes : nous avons vu en même temps que c’était en exécution des anciens réglements , cl des ordres déjà donnés de la part de Dieu ; et encore avec les pontifes , les sacrificateurs et les prophètes.

Les choses saintes, réservées A l’ordre sacerdotal , sont encore plus clairement diatiaguéea,

* II- raiwti/i. l'vii Ifl, 17. is- » îhitt. 19, au, 21.

* I. ZrtcA. XIV, 5.

* II- /’iIftl/ip-XIX.S, II-

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. VIL

dans le nouveau Testament , d'nvcc les chose.s civiles et temporelles, réservées aux princes, j C'est pourquoi les rois chrétiens , dans les affaires de la religion , se sont soumis les premiers aux decisions ecclésiastiques. Cent exemples le feraient voir, si la chose était douteuse : mais en voici un, cutre les autres, qui regarde les rois de France.

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