‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 136 sur 518 · IV · texte numérisé non relu

IV

* IM. li.

Dieu fait ordinairement d'une manière aussi ef- Bcace , quoique plus cachée. En même temps qu'il inspire aux grands de suivre Jéhu , par un secret jugement de sa providence , il se répand dans le peuple un esprit de soulèvement universel , et rien ne le soutient plus dans le royaume. Jéhu marche , avec sa troupe conjurée , à Jezraël où était le roi. Comme on le vit arriver, Joram envoie pour lui demander s'il venait en esprit de paix '. De quelle paix me parlez-vous ? dit-il à celui qui lui faisait ce message. Passez ici , et suivez-moi. Joram en envoya un autre pour foire la même demande : il reçut la mêmeréponse, et il imita le premier en se joignant à Jéhu. Le roi , qui ne recevait aucune réponse , avance en personne avec le roi de Juda , croyant étonner Jéhu por la présence de deux rois unis , dont l'un était son souverain. • Aussitôt qu'il « eut aperçu Jéhu , il lui dit ‘ : Venez-vous en

• paix? Quelle paix y a-t-il pour vous? répliqua-t-

• il. En même temps il banda son are, et perça ^ d'un coup de flèche le cœur de Joram , qui ■ tomba mort à ses pieds. > Il restait dans le palais la reine Jézabel , mère de Joram. • Elle parut à la

• fenêtre , richement parée , les yeux colorés d'un

< fard exquis. Qui est celle-là? dit Jéhu ; et il or- « donne aux eunuques de cette prlncessede lapré-

• cipiter du haut en bas ’. • Après toute cette sanglante exécution , il envoie des ordres à Samarie de faire mourir les enfants du roi * , et tous les grands du royaume résolurent de les faire mourir, au nombre de soixante-dix , dont Ils portèrent les têtes à Jéhu ; et il euvahit le royaume sans résistance. Dieu vengea par ce moyen les impiétés d'Achob et de Jézabel, sur eux et sur leur maison.

Voilà l'esprit de révolte qu'il envoie, quand il veut renverser les trônes. Sans autoriser les rébellions , Dieu les permet , et punit les crimes par d'autres crimes, qu'il châtie aussi en son temps ; toujours terrible et toujours juste.

Ill’ PBOPOSITIOa.

Dieu décide de la fortune des États.

■ Le Seigneur Dieu frappera Israël , comme « on remue un roseau dans l'eau ; et l'arra- « chera de la bonne terre, qu'il avait donnée à

< leurs pères : et , comme par un coup de vent , il « les transportera à Babylnne *. - Tant est grande la facilité avec laquelle il renverse les royaumes les plus florissants.

■ IV. Reg. Il, 18, is,so,si.

> Ibid. 2S et MU-

> Ibid. 30 et leq.

* Ibid. X, I et wq.

I tll. Rfg. XIV , 18.

POUTIQÜE

IV* paopOftiTion.

I<c bonheur des princes Tient de Dieu » et a souvent de grands retours.

Enflé d'une longue suite de prospérités, un prince insensé dit en son cœur ; Je suis heureux , tout me réussit ; la fortune , qui m'a toujours été favorable, gouverne tout parmi les hommes, et il ne m'arrivera aucun mal. « Je suis reine, » disait Jiabylone ' , qui sc gloriflait dans son vaste et redoutable empire : «je suis assise > [dans mon trûne heureuse et tranquille) : • je serai toujours . dominante; Jamais Je ne serai veuve. Jamais

• privée d'aucun bien : Jamais Je ne connaîtrai

• ce que c'est que stérilité et faiblesse. . Tu ne songes pas , insensée , que c'est Dieu qui t'envoie ta félicité, peut-être pour t'a'cugler, et te rendre ton iufortunc plus insupportable, a J’ai tout mis « entrele3maiusdeNahuchodonosor,roideBaby-

• lone; et. Jusqu’aux bétes. Je veux que tout > fléchisse sous lui. Les rois et les nations qui ne . voudront pas subir le Joug périront, pou-seu- « Icment par l’épée de ce conquérant , mais de . mon côté Je leur enverrai la famine et la peste , « Jusqu'à ce que Je les détruise entièrement ■ : • afin que rien ne manque ni à son bonheur, ni au malheur de ses ennemis.

Mais tout cela n’est que pour un temps , et cet excès de bonheur a un prompt retour. « Car pen-

• dant qu'il se promenait dans sa Babylone, dans . ses salles et dans ses cours , et qu'il disait en son . cœur : IN’est-ce pas cette grande Babylone , que

• J'ai bâtie dans ma force, et dons l'^lat de ma . gloire? • sansseulement Jeter le moindre regard sur la puissance suprême, d’où lui venait tout ce bonheur, • une voix partit du ciel, et' .lui dit : . ^abuchodoaosor, c'est à toi qu’on parle. Ton « royaume te sera ôté à cet instant : on te chas-

• sera du milieu des hommes : tu vivras parmi les - bêtes , Jusqu'à ce que tu apprennes que le Très- « Haut tient en sa main les empires , et les donne

• à qui il lui plaît >

O prince! prenez donc garde de ne pas considérer votre bonlieur comme une chose attachré à votre personne; si vous ne pensez en même temps qu'il vient de Dieu , qui le. peut egalement donner et ôter. ■ Ces deux choses, la stérilité et

• la viduité viendront sur vous en un même Jour , • dit Isaie '. Tous les maux vous acenhleront. . Et

• pendant que vous n'aurez à la bouche que la . paix et la sécurité , la ruine survient tout à

• coup •

* i>. ILVll, 7, 8.

• Jrrtnt. IXVtl, C, 7, ».

» /M». IV, M, «7, a»,

» t$. Xt-vil , 9.

» I. Thc»f. T . a.

Ainsi le roi Baltazar, au milieu d'uu festin royal qu'il faisait avec ses seigneurs et ses courtisans en grande Joie ’, ne songeait qu'à • louer

■ ses dieux d’or et d'argent , d’airain et de mar-

> bre, • qui le comblaient de tant de plaisirs et de tant de gloire , quand ces trois doigts , si célèbres , parurent en l'air, qui écrivaient sa sentence sur la muraille : • Mxnb, Trécel, Pha- . xÈs : Dieu a compté tes Jours , et ton règne est à

• sa fln. Tu as été mis dans la balance , et tu as

> été trouvé léger. Ton empire est divisé ; et il va

• être livré aux Mèdes et aux Perses. «

V' PBOPOSITIOfl.

Il n'y A point de hasard dans le gouvemement des clioscs hninoines ; et la fortune n'est qu'un mol , qui n’a aucun sens.

s Cest en vain que les aveugles enfants d'Israël s dressaient une table à la Fortune, et lui sacris fiaient’.. Ils l'appelaient la reine du ciel, la dominatrice de l'univers ; et disaient à Jérémie ^ : 0 prophète , ■ nous ne voulons plus écouter vos s discours ; nous en ferons à notre volonté. Nous s sacrifierons à la reine du ciel , et nous lui ferons s des effusions, comme ont fait nos pères, nos « princes et nos rois. Et tout nous réussissait , et . nous regorgions de bien. >

C'est ainsi que, séduits par un long cours d'heureux succ^, les hommes du monde donnent tout à la fortune , et ne connaissent point d'autre divinité; ils l'appellent la reine du ciel, l'étoile dominante et favorable qui selon leur opinion fait prospérer leurs desseins. C'est mon étoile, disent-ils , c’est mon ascendant , c'est l’astre puissant et bénin qui a éclairé ma nativité, qui met tous mes ennemis à mes pieds.

Mais il n'y a, dans le monde, ni fortune ni astre dominant. Rien ne domine que Dieu. « Les « étoiles , comme son armée , marchent à son

■ ordre ; chacune luit dans le poste qu'il lui a « donné . Il les appelle par leur nom , et clics . répondent : Nous voilà. Et elles se réjouissent,

• et luisent avec plaisir, pour celui qui les a

■ faites *. •

VI* PEOPOSlTIOa.

Comme tout est sagesse dans le monde , rien n'est liasard.

«Dieu a répandu la sagesse sur toutes ses

• œuvres *. Dieu a tout vu , Dieu a tout mesuré ,

• Dieu a tout compté *. Dieu a tout fuit avec

* Dan. T, 1 et K.].

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