‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 137 sur 518 · D. I.\T, II · texte numérisé non relu

D. I.\T, II

* JrTcm. XI.1V, 16, 17.

' /liirncA. ni, 3f , 36.

» Errl. 1 , 10.

s Ibid. 9.

TIREE DE L’ECRITURE. LIV. VII

• mesure, avec uonibre, et avec poids '. * Rien n'excède , rien ne manque. A regarder le total , rien n'est plus grand ni plus petit qu'il ne faut : ee qui semble défectueux, d’un cdté, sert è un autre ordre supérieur et plus caebé, que Dieu sait. Tout est épandu à pleines mains ; et néanmoins tout est fait et donné par compte. « Jus-

• qu'aux cheveux de notre tête , ils sont tous

• comptés *. Dieu sait nos mois et nos jours; il en

• n marqué le terme , qui ne peut être passé

• Un passereau même ne tombe pas sans votre

• père céleste > Ce qui emporterait d’un cAté , a son contre-poids de l’autre : la balance est Juste , et l'équilibre parfait.

Où la sagesse est Infinie, Il ne reste plus du place pour le hasard.

vil' paoposiTioN.

Il y s une providence particulière dons le goavemeinent desebuaee tiuaulnea.

• L'Iwmme prépare son cœur , et Dieu gouverne > sa langue ^ •

• L'homme dispose scs voies ; mais Dieu con-

• dult ses pas >

On a brâu composser dans son esprit tous ses discours et tous ses desseins , l'occasion apporte toujours je ne sais quoi d'imprévu , en sorte qu’on dit et qu'on fait toujours plus ou moins qu’on ne pensait. Et cet endroit inconnu à l’homme dans ses propres actions, et dans ses propres démarches , c’est l'endroit secret par où Dieu agit, et le ressort qu’il remue.

S'il gouverne de cette sorte les hommes en pai^ ticulier, à plus forte raison les gouverne-t-il en corps d'États et de royaumes. C’est aussi dans les affaires d’État , que « nous sommes ( prlncipa-

• lemcnt)en sa main, nous et nos discours; et

• toute sagesse est la science d’agir ’. •

« Dieu a fait en particulier les cœurs des hom- . mes; il entend toutes leurs œuvres. C’est pour- « quoi, > ajoute le Psalmiste ', • le roi n’est pas

• sauvé par sa grande puissance, ou par une

• grande armée , mais par la puissante main de « Dieu. • Lui qui gouverne les cœurs de tous les hommes , et qui tient en sa main le ressort qui les fait mouvoir, a révélé à un grand roi qu’il exerce spécialement ce droit souverain sur les cœurs des rois ; < Comme la distribution des eaux

• (est entre les mains de celui qui les conduit ) ,

• ainsi le cœur du roi est entre les moins de Dieu ,

> Sap. XI, SI.

> Hatth. X , SO.

< Job. XIV, s.

• WoUX. i,SS.

S Prw. xvt, I.

s tbij. B.

’ &ip. vil, 1«.

• Pt XXIll, IV, I»

• et il rincUne où 11 lui plaît '. > Il gouverne particulièrement le mouvement principal , per lequel il donne le branle aux choses humaines.

VUI* PBOPOSITION.

Les rois doival plus que toos les autres a'sbsadoaDer a U providence de Dieu.

Toutes les propositions précédentes aboutissent è celle-ci. Plus l'ouvrage des rois est grand , plus il surpasse la faiblesse humaine ; plus Dieu se l'est réservé, et plus le prince qui le manie doit s'unir è Dieu , et s'abandonner h ses conseils.

En vain un roi s'imaginerait qu’il est l’arbitre de son sort , à cause qu'il l'est do celui des autres : il est plus gouverné qu'il ne gouverne. • Il n'y a « point de sagesse , Il n'y a point de prudence , il « n'y a point de conseil contre le Seigneur *. •

« Les pensées des mortels sont tremblantes et « leur prévoyance incertaine •

• Il s’élève plusieurs pensées dans le cœur de v l'homme (elles le rendent timide et irrésolu) ; « les conseils de Dieu sont éternels *. » Ceux-lù seuls subsistent toujours , ils sont invincibles.

IX* PBOPOSITlOa.

Nulle puissance ne peut éclupper ks mains do Dieu.

Salomon, bien averti par un prophète, que Jéroboam partagerait un jour son royaume , tâche de le faire mourir ; mais en vain, puisqu'il trouve une retraite assurée chez Sésac, roi d'Égypte

Achab , roi d’Israël , est averti par Hichée qu’il périrait dans une bataille ‘ • Je changerai d'habit, dit-il , et j'irai ainsi an combat. » Mais pendant que l’ennemi le cherche en vain , et tourna tout l’effort contre Josapbat, roi de Juda, qui seul paraissait en habit royal , • il arriva qu’un

• soldat en tirant en l’air blessa le roi d'Israël ,

• entre le cou et l'épaule. Je suis blessé , s'écria-t-

• il : tournez, continua-t-il à celui qui conduisait

• son chariot ; et tirez-moi du combat. «Mais le coup qu’il avait reçu était mortel ; et il en mourut le soir même.

Tout semblait concourir à le sauver. Car, encore qu’il y eût ordre de l'attaquer seul , on ne le connaissait pas : et Josaphat, qu'on prit pour lui, fut délivré. Dieu détournant tous les coups qu'on lui portait. Achab , contre qui on ne tirait pas , faute de pouvoir le connaître , fut atteint par une flèche tirée au hasard. Mais ce qui semble tiré au hasard, est secrètement guidé par la main de Dieu.

• Frop. XXI» I*

> Ibid. ao.

^ Sap. IX, M.

• Prm. IX, 51.

^ in. xt. 40- Il Pantip. xxni,a7, æ, 59 et wi|

POLITIQUE

4ia

Il n'y avait plus qu'un moment pour sauver Acbab : le soleil allait se coucher ; la nuit allait séparer les combattants : mais il fallait qu'il périt ; < et il fut tué au soleil couchant >

C'est en vain que Sédécias croit , dans la prise de Jérusalem , avoir évité par la fuite les mains de iSabuchodonosor , à qui Dieu voulait le livrer “ : « il est repris avec ses enfants , qui furent ■ tués à ses yenx ; et on les lui crève , • après ce triste spectacle.

David était sage et prévoyant plus qu'homme de son siècle , et II se servit de toute son adresse pour couvrir sou crime. Mais Dieu le voyait : • Tu

• l'as fait , dit-il ’ , en cachette ; mais moi j'agirai « à découvert. ( Et tout ce que tu crois avoir

• enveloppé dans des ténèbres impénétrables )

• paraîtra aux yeux de tout Israël , et aux yeux

• du soleil. »

Les flncsscs sont inutiles : tout ce que l'homme fait pour se sauver, avance sa perte. • Il tombe

• dans la fusse qu'il a creusée ; et le Ulet qu'on a

• tendu nous prend nous-même »

Il n'y a donc de recours qu'a s'abandonner à Dieu , avec une pleine confiance.

X’ paoposiTioa.

Cm leulimeots priMluismt dans lo cœur des rois une pieté véritable.

Telle fut celle de David. Lorsque fuyant devant son fils Absalon , abandonné de tons les siens , il dit à Sadoc, sacrificateur, et aux lévites qui lui amenaient l'arche d'alliance du Seigneur^ : « Reportez-la dans Jérusalem ; si j'ai trouvé gréce

• devant le Seigneur, il me la montrera , et le ta-

• bernacle. Que s'il me dit ; Vous ne me plaisez

• pas ; H est le maître, qu'il fasse ce qu'il lui plai-

• ra. > Je suis soumis à sa volonté.

Ses serviteurs fondaient en larmes, le voyant obligé de fuir avec tant de précipitation et d'ignominie ; mais David, avec un coeur Intrépide, leur relève le courage. Il veut même, par une générosité qui lui était naturelle , renvoyer six cents de scs plus vaillants soldats , avec Éthai le Géthéen , qui les commandait , pour ne les pas exposer à une ruine qui paraissait inévitable^. « Pourquoi venez-vous avec nous ? Retournez.

• Pour moi, ajoute-t-il, j'irai où je dolsaller. • Quel courage , quelle grandeur d'éme ! mais en même temps quelle résignation à la volonté de Dieu I II reconnaît la main divine qui le poursuit justement, et met toute sa confiance en cette même main qui seule peut le sauver.

' II. ParcUp. XTUI , M.

> Jerrm, ZXXIX, 4, S, S, 7.

* II. Beg. XII, 13.

* Pi vil, 14; xuiv, a Bcct. IX ni, SS.

V II. Rfg. XV, 34, as, 14.

4 Ibùt. 19, 3g,ll.

XI* PBOPOSITION.

Cette piété est Agissante.

Il y a un abandon à Dieu qui vient de force et de piété : il y en a un qui vient de paresse. S'abandonner à Dieu , sans faire de son côté tout co qu'on peut , c'est lêcheté et nonchalance.

La piété de David n'a point ce bas caractère. En même temps qu'il attend avec soumission ce que Dieu ordonnera du royaume et de sa personne , pendant la révolte d'.Absalon ; sans perdre un moment de temps, il donne tous les ordres nécessaires aux troupes, à ses conseillers, à ses principaux confidents, pour assurer sa retraite , et rétablir les affaires ' .

Dieu le veut : agir autrement, c'est le tenter contre sa défense : > Vous ne tenterez pas le Sei- « gneur votre Dieu * . ‘ Ce n'est pas en vain qu'il vous a donné une sagesse , une prévoyance , une liberté ; il veut que vous en usiez. Ne le faire pas, et dire en son cœur : J'abandonnerai tout au gré du ha.sard; et croire qu'il n'y a point de sagesse parmi les hommes , sous prétexte qu'elle est subordonnée à celle de Dieu ; c'est disputer contre lui; c'est vouloir secouer le joug, et agir en désespéré.

XII* PBOPOSITIOK.

T.e prince qui a failli ne ibiU pas perdie espérance, mais relonmer à Dieu par la pénitence.

Ainsi Manassés , roi de Juda , après tant d'impiétés et d'idolâtrie ; après avoir répandu tant de sang innocent , jusqu'à' en foire n^orger les murailles de Jérusalem frappé de la main de Dieu ,

> et livré à ses ennemis qui le transportèrent à

> Baby lune , et chargé de fers , pria fe Seigneur

• son Dieu dans son angoisse , et se repentit avec « beaucoup de douleu r devant le Dieu de scs pères ; « il lui fit des prières, et il le pria instamment. Et ■ Dieu écouta sa prière, et il le ramena à Jéru-

> Salem dans son trùne ; et Manassés reconnut

• que le Seigneur était le vrai Dieu*. • Mais il faut bien remarquer que la péniteuce de ce prince fut sérieuse , son humilité sincère , et ses prières pressantes.

Dieu ne laisse pas quelquefois d'avoir égard A la pénitence des impies, lorsque, même sans se convertir, ils sont effrayés de ses menaces. Achab ayant entendu les menaces que Dieu lui faisait par le prophète Elle, en lût effrayé*. • Il déchira

• ses habits, et couvrit sa choir d'un cilicc, et il

• jeûna ; et il se coucha en son lit, revêtu d'un

‘ II. Rrg. IV, IVl, XVII, XVIII.

■ Vtul. n , 14.

S IV. Rtg. XXI, 1, 19.

* II. Paralip. ixtill, tt, 12, 13.

* tll. Rtg. XXJ. 97, 28,29

TinÉK RE L'ÉCRITURE. LIV. VU.

• sac ; et il marcha la Wtc baissée (celte tète au- ,

> paravant si superbe). Et le Seigneur dit à Ëlie : |

• IS'avez-vous pas ru Achab humilié devant moi?

• Parce donc qu'il s'est humilié é cause de mol ,

•t Je ne ferai pas tomber sur loi tout le mal dont «je l'ai menacé; mais Je frapperai sa maison ■ du temps de son fils. •

Dieu semble avoir de la complaisance à voir les grands rois et les rois superbes humiliés devant lui. Ce n'est pas que les plus grands rois soient plus que les autres hommes à ses yeux , devant lesquels tout est également un néant : mais c'est que leur humiliation est d’un plus grand exemple au genre humain.

On ne Unirait Jamais si on voulait ici parler de la pénitence de David , si célèbre dans toute la terre. Elle a tellement effacé tous ses péchés, qu’il semble même que Dieu les ait entièrement oubliés. David est demeuré , comme auparavant , l’homme selon le coeur de Dieu, le modèle des bons rois, et le père par excellence du Messie. Dieu lui a rendu , et même augmenté , non-scu- Icment l’esprit de Justice, mais encore l’esprit de prophétie, et les dons extraordinaires , en sorte qu'on peut dire qu'il n’a rien perdu.

XIII* PBOFOSITION.

Larcliiùoa tburoitaux piinres des motifs particuliers de pèoileuce. *

• J’ai péché contre vous seul, • disait David Contre vous seul ; puisque vous m’aviez rendu indépendant de toute autre puissance que de la vôtre. Tel est le premier motif : • J’ai péché contre « vous seul. » Je dois donc, par ce motif spécial de l'offense que J’ai commise contre vous , me dévouer entièrement A la pénitence.

Le second motif, c’est que si les princes sont exposés A de plus dangereuses tentations , Dieu leur a donné de plus grands moyens de les réparer , par leurs bonnes oeuvres.

Le troisième, c’est que le prince dont les péchés sont plus éclatants , les doit expier aussi par une pénitence plus édlAante.

XIV* PBOPOSITIOX.

Les rots de France ont une olrligation particulière A aimer r£glise et à s'allactier au saiiit-siègc.

« La sainte Église romaine , In mère , la nonr- < rice et la maîtresse de toutes les Églises, doit être

> consultée dans tous les doutes qui regardent la « foi et les mœurs, principalement par ceux qui , « comme nous , outéte engendrés en Jésus-Christ , « par son ministère , et nourris par elle du lait de « la- doctrme catholique. > Ce stmt les paroles d’Hincmar, célèbre archevêque de Reims.

' Pi l, a.

4tS

Ilest vrai qu’une partie de ce royaume, comme

l'Église do Lyon et les voisines, ont reçu la foi d’une mission qui leur venait d'ürient , et par le ministère de saint Polycarpe, disciple de l’apôtre saint Jean. Mais comme l'Église est une par tout l'univers, cette mission orientale n'a pas été moins favorable à l’autorité du saiut-siége, que celle qui en est venue direetement.Cequi parait par la doctrine de saint I rénée , évêque de Lyon , qui , des le second siècle, a célébré si hautement la nécessité de s'unir A l'Église romaine ' , « comme A la « principale Église de l'univers, fondée par les « deux principaux apôtres , saint Pierre et saint « Paul. •

L’Église gallicane aété fondée par le sang d'une infinité de martyrs. Et Je ne veux ici nommer qu'un saint Potbin , un saint Irénée , les saints martyrs de Lyon et de Vieune, et saint Denis avec ses saints compagnons.

L'Église gallicane a porté des évêques des plus doctes , des plus saints , des plus célèbres qui aient Jamais été : et Je ne ferai mention que de saint Hilaire et de saint Martin.

Quand le temps fut arrivé que l'empire romain devait tomber en Occident , Dieu qui livra aux barbares une si belle partie de cet empire , et celle où était Rome , devenue le chef de la religion , il destina A la France des rois qui devaient être Ica défenseurs de l'Église. Pour les convertir A la foi , avec toute la belliqueuse nation des Francs, il suscita un saint Rcmi , homme apostolique , par lequel il renouvela tous les miracles qu'on avait vus éclater dans la fondation des plus célèbres Églises , comme le remarque saint Remi lui-même dons son testament*.

Ce grand saint et ce nouveau Samuel , appelé pour sacrer les rois , sacra ceux de France , en la personnede Clovis, comme il dit lui-même • pour « être les perpétuels défenseurs de l'Église et des • panvres,»quiestleplusdigneobJetde la royauté. Il les bénit et leurs successeurs , qu'il appelle toujours ses enfants, et priait Dieu, nuit et Jour, qu’ils persévérassent dans la foi. Prière exaucée de Dieu avec une prérogative bien particulière ; puisque la F rance est le seul royaume de la chrétienté qui n’a jamais vu sur le trône que des rois enfants de l’Église.

Tous les saints qui étaient alors furent réjouis du baptême de Clovis ; et dans le déclin de l’empire romain , ils crurent voir, dans les rois de France , • une nouvelle lumière pour tout l’Oc- « cident et pour toute l'Église *. >

I > Irem. Uh. in adv. H*rt$ cap. fit, p. 175.

I- * Tat. S. Kcmiÿ. apud Flod. Ub. I , eap. xmi , Bibl. Patr. t. XTII.

» Jiid.

* Epiai. .4vtl. f'ienn. ad Clodov. t t Conc. C(Ut. p. IM«

POMTIOrE

Le pape Ajiastaee II crnt aossi voir dans le mynuine de France, nouvellement converti, • une . coionne de fer , que Dieu élevait pour le soutien « de sa sainte Église ; pendant que la charité se

• refroidissait partout ailleurs', “et mémeqne les empereurs avaient abandonné la foi.

Pélage II se promet des descendants de Clovis , comme des voisins charitables de l'Italie et de Rome , la même protection pour le saint-siége , qu'il avait reçue des empereurs’. Saint Grégoire le Grand enchérit sur ses saints prédécesseurs , lorsque , touché de la foi et du ïèle de ces rois , il les met < autant au-dessus des autres souverains ,

• que les souverains sont au-dessus des porti-

• cullers*. ■

Les enfants de Clovis n’ayont pas marché dans les voies que saint Remi leur avait prescrites, Dieu suscita une autre race pour régneren France. Les papes et toute l’Église la bénirent en la personne de Pépin , qui en ftit le chef^. L’empire y fut établi , en la personne de Charlemagne et de ses successeurs. Aucune famille royale n’a Jamais été si bienfaisante envers l’Église romaine ; elle en tient toute sa grandeur temporelle ; et jamais l'empire ne fut mieux uni au sacerdoce, ni plus respectueux envers les papes , que lorsqu’il fut entre les nuüns des rois de Franee.

Après ces bienheureux jours , Rome eut des maîtres fiebeux ; et les papes eurent tout A craindre, tant des empereurs , que d’un peuple séditieux. Mais Ils trouvèrent toujours en nos rois ces charitables voisins que le pape Pélage U avait espérés. Lu France , plus favorable à leur puissance sacrée , que ritalie , et que Rome même , leur devint comme un second siège, où ils tenaient leurs conciles , et d’où ils faisaient entendre leurs oracles à toute l’Eglise ; comme il parait par les concilesde Troyes, de Clermont, de Tours et de Reims.

Une troisième race était montée sur le trAne; race , s’il se peut , plus pieuse que les deux autres ; sous laquelle la France est déclarée par les papes,- un royaume chéri et béni de Dieu , dont

• l’exaltation est inséparable de celle du saint- -< siège'. • Rare aussi , qui se voit seule dans tout l’uuivers , toujours couronnée et toujours régnante, depuis sept cents ans entiers sans interruption : et ce qui lui est encore plus glorieux , toujours catholique ; Dieu , par son infinie miséricorde, n’ayant même pas permis qu’un prince,

■ Anatt. II , rp. n , arf flnef. t IV ; Cône. col. 1282.

* Pclag. II, Bp. ad ^unatK. t. 1 Cane. Gall. p. 37o-

^ Crrg. Mag Ep IiA rr. Bp. Tl; t tl , ool. 79fr.

* Faut. I Ep. X, nd Franc, t. il Conc. Gall. p. 69.

i AUx.Ul Bpiêt.xxXtl.x Cnnc.coi 15I>. Crrg. IX tu Corne, col. dt7.

qui était monté sur le trêiie dans l'hérésie , y |iersévérdt.

Puisqu'il parait , par cet abrégé de notre histoire , que la plus grande gloire des rois de France leur vient de leur foi , et de la protection constante qu'ils ont donnée a l’Église , ils ne laisseront pas affaiblir cette gloire ; et la race régnante l,i fera posseràla postérité, jus<|u'a la lin des siècles.

Elle a produit saint Louis, le plus saint roi qu'on oit vu parmi les chrétiens. Tout ce qui reste aqjourd’liui de princes de France, est sorti de lui ; et comme Jésus-Christ disait aux Juifs' : - Si . vous êtes enfants d' Abraham , faites les oeuvres . d'Abraham ; • il ne me reste qu’ù dire à nos princes : Si vous êtes enfants ^ saint Louis, faites les œuvres de saint Louis ’.

' Joam. TiH, ao.

' Muoi intéroiu id un hmcnKat ém .¥émoifas de Lotùi XI r, qui • un rapport particulier aux naliém tralléM dan» ce livra VII. On y reniarqoera que les iiulmctiona du père à MO liU a’acoordnt partaitement avec les leçons de nnsUta> leur à son élève; et on verra en n»ème teaps quelle imporlauce ce grand roi melUII à Inspirer au Dauphin , eo toute occasion, Sas mdUomdU dé religion dont il était tui-^néme pénétré.

Après avoir parlé dea mesurea qu*il prit pour la répreialon des duels, U conUoue ainsi :

> Je rétablis , par une nouvelle ordoonanoe , la rigueur dea ■ anciens édita contre les Jurements, dont Je tb bientôt après t qoelqurs exemplM ; et pour autoriser toutes oes actions i« extérieurea par nne marque de piété personnelle. J'allai pu* « bUquement à pied, avec tous mes domestiques, aux stetionit N du Jubilé , voulant que tout le monde conçût , par le pro- « fond respect que Je rendais è Dieu , que c'éUlt de sa grice « et de sa protectiou , plutôt que de ma propre conduite, que « Je prélendais obtenir l'acoompUssement de ma desseins et « la félicité de mes peuples.

• Car vous deva sarotr, avant toutes choses , mon flU , que « noua ne saurions montrer trop de reepeet pour celai qui « nous fait respecter de tant de mUlieri d'hommes.

« I.a première partie de la politique est celle qui noos en- • teigne a le bien servir. La loumlsBlon que noos aroos pour «I lui est la plus belle leçon que nous puissions donner da celle « qui nous est due ; rt nous prchoiu contre la pnidence aoaai n bien queoonlrelajustice, quand nous manquons de véners- « Uon pour celui dont nous na sommes que les lieutenants. « Ce que nous avons d'avantages sur les autres hommes est X pour nous un nouveau litre de sujétion; et après ce qu'il a <• fait pour nous, notre dignité se relève par tous ks devoirs a que nous lui rendons. Mais saches que pour le scrv Ir scion X ses désirs, U ne faut pas se contenter de lui rendre un N culte extérieur comme foot la plupart des autres hommes : X des obligations ploa signalées veulent de nous des devoirs N plus épurés ; et comme , en nous donnant le sceptre , il noua « a donné ce qui parait de plus éclatant sur la terre , nous dis X vous, en lui doniiant notre cieur, lui donner ce qui est de X plus agréable h ses yeux.

X Quand nous aurons armé tous uos sqjela pour la défense X de sa gloire; quand nous aurons relevé ses autels obaltus ; X quand nous aurons folt connailre son nom aux climats 1rs X plus reculés de la terre, nous n'aurona fait que l'une dea K parties de notre devoir ; et sans doute nous n'aurons pas X CattcsUequ'll désire le plus du nous , si noua ne nous Mm> K mes soumis nous-mêmes au Joug de ses commandements. X Les acIioRS de bruit et d'édat ne Mot pas toujours cHks X qui le touchent davantage; et ce qui se passe dans le secret X de notre cœur est souvent ce qu'il observe avec plus d'at- X tcnllon.

« n est infiotment Jaloax de sa gloire; malt 11 aait mieux X que nous disœruef en quoi elle cooslste. Il nu nous a peut- X être faite si grands, qu'afiti que nos respecte l'honorassent X davantage; ut il nous manquons de remplir en cela ses des-

TIUKE DE L’ÉCRITimE. MV. VIIl.

LIVUE HUITIÈME.

•cm DU ORvoias riR-ncuusRs dc la botauté.

DS LA JVSTICS.

ARTICLE PREMIER

Que la justice est établie sur la religion. PR8U1ÈKR PHOPOSITIOn.

ni. Il csl le juge des justes , et préside sus jugements.

■ Dieu a pris sa séance dans l'assemblée des

• dieux jet, assis au milieu d’eux, il jujçe les

• dieux .

Ces dieux , que Dieu juge , sont les rois , et les juges assemblés sous leur autorité , pour exercer leur justice. Il les appelle des dieux , à cause que le nom de Dieu, dans la langue sainte, est un nom de juge; et qu'aussi l'autorité de juger est une participation de la justice souveraine de Dieu , dont il a revêtu les rois de la terre.

I • le mendiant de In main du pécheur qui l'op-

• • prime '. •

j • Jugez pour le pauvre. • Cela s’entend , s’il a le droit pour lui; car Dieu défend ailleurs ■ , d'avoir • pitié du pauvreenjugement;.parce qu’il ne faut non plus juger par pitié que par complai sance ou par colère , mais seulement par raison. Ce que la jusUce demande , c’est l'égalité entre les citoyens, et que celui qui opprime demeure toujours le plus faible devant la justice. C’est ce que veut ce mot : .Arrachez. Ce qui marque une action forte contre l’oppresseur, afin d’opposer la force à la force ; la force de la justice a celle de l’iniquité.

Après cette sévère répréhension, et ce commandement suprême. Dieu se piaint, dans la suite dn j[>saume, des juges qni n'écoutent pas sa voix. « lis n’ont pas compris, ils n’ont pas su ; ils

• marchent dans les ténèbres : tous les fonde-

• mentsde la terre seront ébraulés Il n’y a rien

vu , uvaai. ai u it:’» njis UC lu lerre. | la wrrrc DemuL vorauies .«Il n y a ricu

Ce qui leur mérite principalement le nom de ] parmi les hommes si la justice ne se fait

üux . rindi'>tw»nHnns’>o RA'Mt Ift/riwsiisi -i-vi i Daa.

dieux , c’est l’indépendance avec laquelle ils doivent juger , sans dictinction de personnes , et sans craindre le grand non plus que le petit ; • parce « c(ue c’est le jugement du Seigneur, .disait Moïse ’, où l’on doit juger avec une indépendance semblable à celle de Dieu, sans craindre ni ménager personne.

Il est dit que Dieu juge ces dieux de la terre, parce qu’il sc fait devant lui une perpétuelle révision de leurs jugements.

Le psaume continue, et fait parler Dieu en cette sorte ^ r « Jusques à quand jugerez- vous

• avec injustice, et que vous r^arderez en jugeant

• ( non le droit ) mais les personnes des hom-

• mes. . 1 1 touche la racine de toute Injustice , qui

consiste à avoir égard aux personnes plutôt ou’au droit. ^

• J ugez pour le pauvre et pour le pupille ; justl-

• fiez le faible et le pauvre. Arrachez le pauvre et

pas.

Cest pourquoi Dieu regarde en colère les juges injustes , et les fait souvenir qu’ils sont mortels.

• Je l’ai dit : Vous êtes des dieux ^ . et je ne m’en dédis pas : • et vous êtes tous les enfants du Très-

• Haut, « par ce divin écoulement de la justice souveraine de Dieu sur vos personnes : . mais

• vous mourez comme des hommes, et tombez

• (dans le sépulcre) comme tous les princes > Vous serez jugés avec eux.

Après quoi ii ne reste plus qu’à se tourner vers Dieu , et lui dire : Il n’y a point de Justice parmi les hommes ; . élevez-vous, ô Dieu ! jugez vous- « même la terre, puisque toutes les nations sont « votre héritage ‘. «

C est ainsi que le Saint-Esprit nous montre , dans ce divin psaume, la justice établie sur la religion.

Il' PBOPOSITIOM.

• Mios, peut-être qu'U ooas laquera UUDi>er dons b pout< N slùre lU: lAqurllo U nous a tins.

« Fhisieura de mes aDoètrea , qui ont rouiu dooDCf à Iran

- ««ocMeuieibpareüseiiieigneiDeoU.ontatiendapour^^

1 I exia'juité de leur vie ; mais Je ne suivrai pas en ce point

- ieur exemple. Je vous en parle dés celte heure, mon lila, « et vous en parierai touta les (ois que J*en trouverai Toc-

• cuioo. Car, outre que J’estime qu’oo ne peut de tn^ bonne

• lieure imprimer dans les Jeunes esprils des pensées de celte

• conséquence. Je crois qu’il te peut faire que ce qii'not dit

• “f pressant, ail quelqaerols été

« atinbucà lavue du péril où ils trouvaient; au lieu que

• vous en parlant maintenant, Je sois assuré qr» la viinieor

- de mon éqa, la liberté de mon esprit et l'étal Oorissant de

- mes aifairei, ne vous pourront Jamais laisser pour ce dis-

• cours aucun soupçon de faiblesse ou de déftuisenkeiit. • Voy. iVéw. de Imuîs Xty, ann. IMI a lOM :/mgmenà.

r part. pog. 33 et sulv. ( ÊdiL de FertaiUet. )

* Pt. LXXXI, I.

* P». LXXXI, i.

La justice appartient k Dira » et c’est loi qni la donne aux rois.

« O Dieu I dounez votrej ugemenl au roi, et votre «justice au His du roi, pour juger votre peuple « selon la justice , et vos pauvres avec un juge- « ment droit » C’est la prière que faisait David pour Salomon.

Le peuple que le roi doit juger, csl le peuple de Dieu plus que le sien. Les pauvres sont À lui

* Ps. LXXXI, 3, 4.

* Sxod» sxiii , I.

• Pt. LXXXI, 5.

• Ibid. 6.

5 Ibid. 7.

• Ibid. 8.

* Ibid. LUI, I.

POLITIQUE

par un titre plua paatlcuUer, puisqu’il s’en déclare le père.

Cest donc à lui qu’appartiennent en propriété la Justice et iejugement ; et c'est iui qui ies donne aux rois. C'est-Wire, qu’ii leur donne non-seulement l'autorité de juger, mais encore l'inelination , et l'application à le faire comme il le veut , et selon ses lois étemelles.

III* PHOPOSITIOR.

La justice est le vrai caractère d'un roi , et c'est elle qui alTermit son trdnc.

David connut et prédit le règne heureux de Salomon. • La justice se lèvera en ses jours ,

• avec l'abondance de la paix , pour durer autant

• que la lune dans le ciel ■. • La justice se lève, comme on beau soleil , dans le règne d'un bon roi ; la paix la suit comme sa compagne inséparable. Le même David le déclare ainsi • I-es

• montagnes recevront la paix pour tout le peu-

• pie, et les collinesscront remplies delajustice.* Elle tombera sur les montagnes et sur les collines, comme la pluie qui les arrose et qui les engraisse. Le tréne du roi s'affermira, • et sera

• stable comme le soleil et comme la lune ’ : » ou, comme dit un autre psaume • son tréne demeu- > rera comme le soleil et comme la lune , qui est

• faite pour durer toujours , témoin Adèle dans le

• ciel , > par la régularité de son cours , de l'immutabilité des desseins de Dieu.

Si quelque empire doit s’étendre, c’est celui d’un prince juste. Tout le monde le désire pour maître. • Il dominera d'une mer à l'autre, et du - fleuve (principal de son domaine) jusqu’à l'ex-

• trémité du monde ; les Éthiopiens se prosterne-

■ ront devant lui ; ses ennemis lui baiseront les

• pieds. Les rois de Tharse , et des Iles les plus

■ éloignées. Les rois d'Arabie et de Saba lui of-

• friront des présents. Tous les rois l'adoreront ;

• toutes les nations prendront plaisir à le servir > Cest la description du règne de Jésus^^lirist ;

et le règne d’un prince juste en est la ligure ,

• parce qu’il délivrera le faible et le pauvre de la

• main du puissant qui l'opprime > Le pauvre demeurait sans assistance ; mais il a trouvé dans le prince , un secours assuré. C'est un second rédempteur du peuple, après Jésus-Christ ; et l'amour qu'il a pour la justice a son effet.

■ Pi. LXU. 7.

> Ibid.t.

I im. s.

* LKHTIll, as.

s IM. LISI.S, >, l«, II.

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