IM. IS
IV* PROPOSITtOa.
Sous un Dieu juste, il n'y a point de iiouToir purement arbilraire.
Sous un Dieu juste, il n’y a point de puissance qui soit affranchie , par sa nature , de toute loi naturelle, divine, ou humaine.
Il n’y a point au moins de puissance sur la terre qui ne soit sujette à la justice divine.
Tous les juges, et même les plus souverains , que Dieu pour cette raison appelle des dieux , sont examinés et corrigés par un plus grand juge. > Dieu
• est assis au milieu des dieux , et là il juge les
• dieux > comme il vient d’étre dit.
Ainsi tous les jugements sontsujets à révision, devant un plus auguste tribunal. Dieu dit aussi par cette raison ’ : • Quand le temps en sera venu, «je jugerai les justices. • I-es jugements rendus par des justices humaines , repasseront devant mes yeux.
Ainsi les jugements les plus souverains et les plus absolus sont , comme les autres , par rapport à Dieu , sujets à la correction ; avec cette seule différence, qu'elle se fait d'une manière cachée.
Les juges de la terre sont peu attentifs à cette révision de leurs jugements ; parce qu'elle ne produit point d'effets sensibles, et qu’elle est réservée à une autre vie ; mais elle n’en est que plus terrible , puisqu'elle est inévitable. Quand le temps de ces jugements divins sera venu , ■ vous u'au-
• rez de secours , ni du levant , ni du couchant ,
• ni des montagnes solitaires , • et des lieux retirés d'où il descend souvent des secours cachés ;
• parce qu'aiors Dieu est juge ’ , • contre lequel il ii'y a point de secours.
■ Il a en main la coupe de sa vengeance , pleine « d'un vin pur et brûlant « d’une justice qui ne sera tempérée (lar aucun mélange adoucissant. Au contraire « il sera mêlé d'amertume , > de liqueurs nuisibles et empoisonnantes. C’est une seconde raison pour craindre cette terrible révision des jugements humains : elle se fera dam un siècle où la justice sera toute pure , et s'exercera dans sa pleine et inexorable rigueur. • Cette
• coupe est en la main du Seigneur ; et il l'épanche ,
• sur celui-ci et sur celui-là ,> à qui il la présente à boire. 11 la présente aux pécheurs endurcis et incorrigibles , et surtout aux juges injustes : • 11 ■ faudra l’avaler tout entière , et(jusqu'à la lie. - Et il n’y aura plus pour eux de miséricorde -, en sorte que cette vengeance sera éternelle.
* Pt. LUXI. 1.
« IM. Lxuv, a.
■ IbU. 7.
TIRÉE DE LECRITLRE. LIV. VtlI.
ARTICLE II
Du gouvernement que l’on nomme arbitraire.
PKEHlkBE PBOPOSITIOn.
n a parmi les Ivomnies une es|>ère de gouverncmeDt,
que l'on appelle arbilralrc , mais qui ue se truuse poiot
panui noua Uaus les tbits parbilernem policés.
Quatre conditions accompagnent ces sortes de gouvernement.
Premièrement , les peuples sujets sont nés esclaves , c'est-ù-dirc , vraiment serfs ; et parmi eux il n'y a point de personnes iibres.
Secondement, on n’y possède rien en propriété ; tout lefonds appartient au prince ; et il n’y a point de droit de succession , pas même de (Ils à pere.
Troisièmement , le prince a droit do disposer à son gré non-seulement des biens , mais encore do in vie de ses sujets, comme on ferait des esclaves.
Et enfin , en quatrième lieu , il n’y a de loi que sa volonté.
Voilà ce qu’on appelle paissance arbitraire. Je ne veux pas examiner si elle est lieite ou illicite. Il y a des peuples et de grands empires qui s’en contentent ; et nous n’avons point à les inquiéter sur la forme de leur gouvernement. 11 nous suffit de dire que ccllc-ci est barbare et odieuse. Ces quatre condiüons sont bien éloignées de nos mœurs ; et ainsi le gouvernement arbitraire n’y a point de lieu. ■
Ceat autre ehose que le gouvernement soit absolu , autre chose qu’il soit arbitraire ' . Il est absolu par rapport à la contrainte ; n’y ayant aucune puissancccapoble de forcer le souverain, quicncc sens est indépendant de toute autorité humaine. Mais il ne s’ensuit pas de là que le gouvernement soit arbitraire ; parce qu’outre que tout est sou rais au jugement de Dieu , ce qui convient aussi an gouvernement qu on vient de nommer arbitraire , c’est qu’il y a des lois dans les empires, contre lesquelles tout ce qui se fait est nul de droit ; et il v a toujours ouverture à revenir contre , ou dans d’autres occasions , ou dans d’autres temps : de sorte que chacun demeure légitime possesseur de ses biens ; personne ne pouvant croire qu’il puisse jamais rien posséder en sûreté au préjudice des lois dont la vigilance et l’action contre les injustices et les violences est immortelle , ainsi que noua l’avons expliqué ailleurs plus amplement. Et c’est là ce qui s’appelle le gouvernement légitime, opposé, par sa nature, au gouvernement arbitraire.
Wous ne tnucherons ici que les deux premières conditions de cette puissance qu on appelle
< d'devant . Ut. iv, art. i.
BOMITET. — T. 1.
arbitraire , que nous venons d exposer. Car , pour les deux dernières , elles parahsciit si contraires à l'humanité et à la société, qu’elles sont trop vi ■ siblement opposées au gouvernement légitime.
Il» PROPOSITION,
Dans le gouTcmemcnl légiliiuCs les pcrsomK's sont libres.
Il ne faut que rappeler les passages où nous avons établi que le gouvernement était paternel, et que les rois étalent des pères ‘ ; ce qui fait fit dénomination des enfants, dont la différence d’avec les esclaves, c'est qu’ils naissent libnîs et ingénus.
Le gouvernement est étdbli pour affranrhir tous les liommcs de toute oppression et de toute violence , comme il a été souvent démontré *. Et c’est ce qui fait l’état de parfaite liberté; n’y ayant dans le fond rien de moins libre que l'anareliie , qui ûtc d’entre les hommes toute prétention légitime, et ne connaît d'autre droit que celui de la ibree.
III" PEOPOSITIOS.
La propriété des biens est iégUime et iaviolsble.
Nous avons vu sous Josué la distribution des terres , selon les ordres de Moïse \
C’est le moyen de les faire cultiver : et l’expérience fait voir que ce qui est non-seulement en commun , mais encore sans propriété légitime et incommutable, est négligé et à l’abandon. C’est pourquoi il n’est pas permis de violer cet ordre ; comme l’exemple suivant le fait voir, d’une manière terrible.
IV' PEOPOSITIOV.
On propose rbistoire d'Acïiab , roi d'Issrel ; de la reine Jézabel sa fenime , et de Nabotb.
« Naboth , habitant de Jer.rahel , tpii était la
• ville royale , y avait une vigne auprès du palais
• d’Achob, roi de Samarie. Le roi lui dit : Donnex- . moi votre vigne |iour faire un jardin potager,
• parcequ'elle est voisine et proche de ma maison, . et je vous en donnerai une ailleurs; ou, s’il . vou5estpluseommode,je vous en payerai leprix - qu’elle vaut. A Dieu ne plaise, répondit Naboth, . que je vous donne l'héritage de mes pères ! « cc qui aussi était défendu par la loi de Dieu. • Achab . retourna à sa maison plein d’indignation et do , fureur, contre la réponse de Naboth ; et sc je- « tant sur son lit , il tourna le visage vers la mu-
• raille , et ne put manger.
. Jézabel, sa femme, le trouvant en cet état
• lui dit : Quel est le sujet de votre atlUction? et
' a-d.vanl, llv. Il, wt. I ; tir. lu, set. ni.
a d.^kvaDt , Ut. r, arl. i.
* jo*. siu, XIV ei »cq.
tf
PUl.l
. ix.im|ti.ii lie maillez- M>us (xis? Il lui raconta la
■ jmi|«Bili<>ii rju'il avait faite à iVultoth , avec sa
• rciKiiise. Jtxabel lui repartit ; \'raimenl vous ' ('tes un homme de grande autorité, et un digne
• roi d Israël , qui savez bien commander. Levez- ” vous, mangez, soyez en repos r je sous donne- 1 rai eetto vigne. Elle écrivit anssitét une lettre
• au nom d Aeliab , et la scella de sou uuueau , et
• renvoya aux sénateurs et au.\ grands, <iuide-
■ meuraient dans la ville avec .\abotli. Et la le- ' neur de la lettre était : Ordonnez un jeûne « solennel ; et faitc-s as.seoir Nabolh avec les pre-
• miers du peuple ; su,seitez contre lui deux faux ' témoins, qui diseut ; il a ixirlé contre Dieu et
contre le roi ; qu*on le lapide et qu'il meure.
• an ordre fut exécuté; et les grands rendirent
• compte de l exwution à Jézalicl. Ce qu'ayant •appris, la reine dit à Achab ; Allez, elmeltez-
■ vous en possession de la viguc.de .Naboth , qui " n'a pas voulu consentir à ce que vous soubai-
• tiez; car il est mort, .\ebab alla donc pour se
• mettre en possession de cette vigne.
• Alors la parole de Dieu fut adressée à Elle le
• Thesbite (son prophète) , et il lui dit ; U-ve-toi,
• et marche au-devant d' Achab qui va passeder la
• V igné de Nnlaith , et lui dis : \ oici la parole du
• Seigneur ; Tu as fait anourir un innocent ; et
• outre cela tu ns iwssedé ce qui ne fap|)arteuait
- pas. Et tu ajouteras ; mais le Seigneur a dit ;
• En ce lieu où les chiens ont léché le sang de " A'nbuth (injustement lapidé comme criminel et
• blasphémateur), ils léchèrent ton sang'. -
■Achab cnit éluder la rigueur de eette juste .sentence en faisant une querelle particulière a l'.lle qui avait eu ordre de la lui prononcer, et lui disant : . M'avez-vous trouvé votre ennemi " pour me traiter de eette sorte? Oui , lui dit Élie . nu nom du Seigneur, je vous ai trouvé mon en-
• nemi, puiscfue vous êtes vendu (comme un cs-
- cinve , â l'iniquité) pour faire mal devant leSei-
- gneur. Et moi, de mon coté, dit le Seigneur, j amènerai sur toi le mal , le mal d'un juste sup*
" pliec pour le mal que lu as commis injustement ; je détruirai ta postérité, et tout ec qui t'appnr-
• lient , sans rien épargner ; et je ne laisserai pas
• survivre un ebien de la maison d'Acliab, et
« biutccqu'ily aura de plus mépri-sablecnlsraé]. | " El je ferai dota maison comme j'ai fait de celle |
- de .lereboam et de celle de liaasa, deux rois ^
■ d'Israël que j'ai enti. renient externdiiés; puis- 1
• que . comme eux . tu as provoqué ma eolere , et I
• que tu as fait peelier Israël, par les exemples I
■ scandaleux et tesordresinJiisU-i. Et le Seigneur ^
• a premmeé contre .lezaliel ; Ecs chiens leeherent i " I" onL' de Jezabcl dans les champs de Jezrahel. |
' Ml. . f H s«i. i
ilQlK
" Si Aciiab périt dous la ville , les chiens mange-
• roiitses chairs; et s'il meurt à la campagne, « elles si’ront la proie des niseau.x du ciel. •
L Ecriture ajoute, » qu'il n'y a point eu d'hom- " me plus méchant qii'Aehab, vendu pour faire ■ mal aux yeux du Seigneur. Sa femme Jéza-
• bel, qu'il avait crue dans son premier crime, « le portait nu mal. • Elle acquit tout pouvoir
• sur son esprit, pour son malheur; et il fut le plus malheureux comme le plus abominable de tous les rois; • poussant rabominuliou jusqu'à . adorer les idoles des Amorrheens, que le Sei-
• gneur avait exterminés par l'épée des enfants
• d'Israël. ■
En exécution de cette sentence, Achab et Jézahel périrent aüisi que Dieu l'avait prédit. Xji v engeance divine poursuiv it aussi avec une impitoyable rigueur, les restes de leur sang; et leur postérité de l'un et de l'autre sexe fut extermiuée sans qu'il en rcstilt un seul
Ui crime que Dieu punit avec tant de rigueur, c'rst, dans Achab et dans Jézabel, la volonté dépravée de dispaser à leur gré, indépendamment de la loi de Dieu, qui était aussi celle du royaume, des biens, de l'honueur, de la vie d'un sujet; comme aussi de se rendre les mailres des jugements publies, et de mettre en cela l'autorité royale.
Ils voulaient contraindre ce sujet n vendre son héritage. C'est cc que n'avaient jamais fait les bons rois , David et Salomon , dans le temps qu'ils bâtissaient les mngnlliqucs palais dont il est parlé dans l'Eieriture. Ui loi voulait que chacun gardât l'héritage de ses pères, pour la conservation des liiens des tribus. C'est pourquoi Dieu compte luinième entre les crimes d'.Aohnb, non-seulement qu'il avait tué, mais encore qu'il avait possédé ce qui ne lui pouvait appartenir. Cependant il est expressément marqué qu'Achab offrait la juste V aleur du morceau de teire qu'il voulait qu'on lui cédât, et même un échange avantageux. Ce qui montre combien était réputé saint et inviolable le droit de la propriété légitime, et combien l'invasion était condamnée.
apendaiit Aeliub était en furie du refus de Aabolh. Il en perd le btiirc et le manger, et compte pouu rien un si grand royaume, et tant de possessions, s'il ii’y ajoute une vigne pour augmenter son jardin. Tant la royauté est pauv re de soi, et tant elle est iucai>able de eoiilenler un esprit déréglé.
Su femme .IczuIk.I survient, et, au lien do guérir cet esprit malade , au contraire elle lui liersuade, par diB manières moqueuses, qu'il a |H'i du toule autorité s'il ne fait tout à sa fantaisie.
' IV /ir.f IJ\, X ,
Oigtl^cu uy
TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. VIII
Enfin, sans ganter nneune fonne de Jugement, elle otioDm etle^néme les voies de fait qu’on a vues.
Elle sacrifie encore la religion à scs injustes desseins -, elle veut qu’on se serve de celle du jeûne public pour immoler un homme de bien à la vengeance du roi et B cette idée d'autorité qu’on fait consister à faire tout ce qu’on veut.
La considération où était Naboth ne t'arrête pas. C’était un homme d’importance , puisqu’on le met entre les premiers du peuple. Jézohel fait semblant de lui conserver son rang et sa dignité pour le perdre plus sûrement ; et joignant la dérision ù la violence et à l’injustice , à ce prix elle se croit reine , et croit rendre la royauté au roi son époux.
En même temps la justice divine se déclare, iichab est puni en deux manières : Dieu le livre au crime, pour le livrer plus justement au snppllœ.
Jézabel n’avait déjà que trop de pouvoir sur ce prince , puisqn’Élie n’eut pas plutôt exterminé les faux prophètes de Baal , que le roi en donna l'avis à Jézabel , pour sacrifier un si grand prophète à la vengeance de cette femme , autant impérieuse qu’impie '. Mais depuis qu'elle l'eut rendu moitre de ce qu'il voulait , d'une manière si détestable, elle eut plus que jamais tout pouvoir sur l'esprit de ce malheureux prince , qui se livra à tous les désirs de sa femme, comme vendu à l'iniquité.
Comme il allait à l’abandon de crime en crime , il fut aussi précipité de supplice en supplice , lui et sa famille, où tout fut immolé à une juste, perpétuelle et inexorable vengeance. Et c’est ainsi que furent punis ceux qui voulaient introduire dans le royaume d’Israël la puissance arbitraire.
Cependant , au milieu de ces cbêtiments, où la main de Dieu est si déclarée contre une famille royale , Dieu , toujours juste et toujours vengeur de la dignité des rois, dont il est la source ; la conserve tout entière en cette occasion ; puisque l’injustice d’Achab n’est pas de punir de mort celui qui parle contre le roi, mais d’avoir imputé un tel attentat à un homme qui est innocent. En sorte rpi'll passe pour constant que c’est là un digne sujet du dernier supplice ; et que ce crime , de mal parler du toi , est presque traité d’égal avec celui de blasphémer contre Dieu.
■ in. «tj. ïiï.i.s.
I AR’na.E III.
I De la lègislalion et des jugements.
I paiMièas paoeosiTiox.
I Od définit l'un «i l'atUre.
j La loi donne la règle , et les jugements en font ; l'application aux affaires et aux questions particulières , ainsi qu’il a été dit '.
« Si c’est véritablement , et d'un cœur sincère ,
> que vous vantez la justice, enfants des hommes,
• jugez droitement ’. • Si vous aimez la justice dictée par la lui, mettez-la donc en pratique et qu'elle soit la seule règle de vos jugements.
Il* raoposiTioa.
Le premier eàet de U justice et des luis, est de caaseiver non-seulement à tout le corps de l'f.tst, mais eitcore k chaque partie qui le compose, les droits accordés par les firiuces précédenta.
Ainsi fut conservée à la tribu de Juda la. prérogative dont elle avait toujours joui , de marcher à la tête des tribus.
Ainsi celle de Lévi jouit cternellemunt des droits accordés par la loi , selon les favorables ezplications des anciens rois.
Ainsi fût conservé aux tribus de Cad et de Ruben , ce qui leur avait été accorde par Moïse ‘ , pour avoir passe les premiers le Jourdain. Ainsi les Gabaonites furent toujours maintenus dans l'exécution du traité fait avec eux par Josué * ; aussi leur fldélité fut incbrdnlable.
La bonne foi des princes engage celle des sujets , qui demeurent dans l'obéissance, non-seulement par la crainte, mais encore invioloblcment par affection.
J ni' PKOPOsiiios.
Les louables coulâmes Uenaeat lieu de lois.
Avant que David montât sur le trône , il s'était élevé une dispute entre les soldats qui avaient été au combat et ceux qui étaient restés per son ordre à garder les bagages ; et ce sage prince jugea en faveur des derniers , et prononça cette sentence ‘ ;
> La part du butin sera la même pour ceux qui - auront combattu et pour ceux qui sontdemcu- « rés pour la gardedes bagages , et ils partageront ■ également. Et de ce jour, et depuis, cette or-
• donnance subsiste, et a été comme une loi en
• Israël. •
La conservation de ces anciens droits , et de ces louables coutumes, coucilie aux grands royau-
' Ci'dev&ot, Uv. t,ATt IV.