‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 141 sur 518 · POLIT · texte numérisé non relu

POLIT

O Suu venez- vous de David, et de toute sa

• douceur*. ■* C'est ce que chanta Salomon, son fils , à la dédicace du temple ; et il semblait que la clémence de David eût fait oublier toutes ses autres vertus.

Heureux le priuee qui peut dire avec Job* :

• La clémence est ci ue avec moi dès mon cn-

• fauce : et elle est sortie avec moi du ventre de - nm mere 1 »•

Cotait un beau caractère donné aux rois d'Israël , même par leurs eimemb : « Les rois de la

• maison dTsrucl sont cléments'. ••

VII* PHOeOSlTIO!<l.

Cm! un ^rand Itonheur de sauver un lK>mtne. n Délivre ceux qu'on mène à la mort : ne cesse •• point d'arracher ceux que l'on entraîne au tora- •« beau •

C’est le plus beau sacrilîce que l'on puisse offrir au Pcii; de tous les vivants, que de lui sauver un de scs enfants; si ce n'est qu'il soit de ceux dont la vie est la mort des autres, ou (uir sa cruauté, ou par ses exemples.

vin* PBOPOSITIOS.

C’est un moUr de clémence que de se Muvuiiir qu’oD est mortel.

« Nous mourons tous, disait à David cette « femme sage de Thécué' ; et , comme les eaux ,

« nous nous écoulons sur la terre, sans espérance > de retour : et Dieu ne veut point qu'un homme « périsse ; mais il repasse en lui-mème la pensée

• de np perdre pas entièrement celui qui est re-

• Jeté. Pourquoi donc ne pcnsez-\ou.s pas à rap- « peler un banni et un disgracié? •

La vie est si malheureuse d'cile-mSmc , et s'écoulesi vite, qu'il nefaut pas, s'il se peut , laisser passer dans raccablemcnt des Jours si brefs. I.a mortalité nous rend faibles , et dans cette fragilité on fait aisément des fautes ; il faut donc se porter à l'indulgcncc, et excuser les faiblesses du genre humain.

!X* PBOPOSITIOS.

l.e jour d'une virtuire qui noue rend maîtres de nos ennemis est un juur propre à la clémence.

Saül défit les Ammonites : et ses fidèles sujets, qui virent son trône affermi par cette victoire, indignés contre ceux d'entre le peuple qui peu auparavant méprisaient le nouveau roi , disaient a .Samuel'’ : . Ou sont ceu.x qui disaient ; r Est-ce que Saül régnera sur nous? Qu’un nous

* Fs. cvxvi, I.

* Job. XVSI , IS.

r III. Feg. xs, 31.

S Froi'. XXI., II.

S 11. Ffg. XIV, 13, II.

‘ 1 tfj. XI, 11, 13, 13

IQUË

« les livre, et nous les ferons mourir. Saül rc- •> pondit : Nul ne sera tué en ce jour, qui est ua

• jour de salut que Dieu donne an peuple. > Et nous devons imiter sa miséricorde.

C'est encore une raison de pardonner, lorsque Dieu livre nos ennemis entre nos mains , par une grâce et une providence particulière.

« Erappez-les d'aveuglement. Seigneur, » disait Elisée des Syriens , qui faisaient la guerre aux Israélites'. • Et Dieu les frappa d'aveuglc- . ment. > Et en cet état le prophète les mena au milieu de Samarie. . Le roi d'Israël dit à Eli-

- sée ‘ : Mon père , ne faut-il pas les tuer? Gar-

• dez-vous-en bien , reprit Elisée ; car vous ne

- les avez pris ni par votre épée ni par votre arc , « pour ainsi les massacrer; mais donnez-leur du

• iKiln et de l'eau , afin qu’ils en prennent en II-

• berté , et les renvoyez â leur seigneur. •

En prince ne se montre jamais pins grand à ses ennemis, que lorsqu'il use avec eux de générosité et de clémence.

X” PBOPOSITIO.V.

Dans les actions de démence, il est sonveol convenable de laisser quelque reste de punition, pour la révéreote des luis , et pour l’exemple.

. Vos raisons m’ont apaisé envers Absalon , • malgré l'atlenlat énorme qu'il a commis sur son frère Amnon , disait David à Joab ’. « Faites donc « revenir ce jeune prince dans sa maison : mais . qu’il ne voie point la face du roi. Ainsi il fut

• rappelé dans Jérusalem ; et il y demeura deux « ans , sans oser se présenter devant le roi. »

Moïse avait donné un semblable exemple , lorsque Marie , sa sœur, devenue lépreuse pour avoir désobéi , demanda pardon â Moïse par l'entremise d'.Aaron. • Et Moïse pria au Seigneur, et le pria . de la délivrer. Mais la Seigneur répondit : Si " son père (pour quelque faute) lui avait craché . sur le visage , n'étalt-il pas juste qu'elle portât « sa confusion du moins durant sept jours ? Qu'elle . soit donc éloignée du camp durant sept jours ; . et après elle sera rappelée^. •

XI* PBOPOSITIO.V.

11 y a une faussa iodulgenoe.

Telle fut celle de David envers Amnon , sou fils Biné , dont le crime le contrista beaucoup ‘ ; mais cela ne suffisait pas, et il fallait le punir. Au lieu que, . ne voulant pas affliger l'esprit . d'Amnon , son fils ainé, qu'il aimait beaucoup, » il laissa son attentat impuni : ce qui causa la vengeance d'Absalou qui tua son frère.

■ IV. Key. VI, la.

■ Ibid. îl.

> II. Hry. XIV,

4 A'iim. XII . 13, II.

I 11. /éy. XIU,3I , 3S, SS.

TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. VIII

Ce !;raDiI rai eut aussi trap d'indul^cnec pour les entreprises d’.Vbsalon et d’Adonins. Ce dernier • s’élevait e.xeessivement dans la vieillesse

• de David. Ce père trop indnl;;ent ne le reprit

• pas, en lui disant : Pourquoi faites-vous ainsi ‘î* Et son excessive facilité eut les suites qu'on sait asse^.

On sait aussi l'iudulpienec d'Héli, souverain pontife, homme saint d'ailleurs , et la manière étrange dont Dieu le punit’.

Ce sont des fautes dangereuses , dont on voit que les gens de bien , portés naturellement à l'indulgenee, ont plus à se garder que les autres hommes.

XII* PEOPOSITIOH.

Lorsque les crimes se multiplient, la jusUoe doit devenir plus sévère.

C'est ce qui parait dés l’origine du monde , par ces paroles de Lamech , de la raee de Caln , à ses deux femmes Ada et Sella' : • Ecoutez ma voix , V femmes de Lameeh ; prêtez l’oreille à mon

• discours. J’ai tué un homme pour mon mal-

• heur, et un jeune homme dont la blessure me

• perce moi-méme. On prendra sept fois ven-

• geance de Giin , et de Lamech septante fois. »

Les hommes s’accoutument au crime , et l’habitude de le voir le leur rend moins horrible. Mais il n’en est pas ainsi de la justice. La vengeance s’appesantit sur Lamech, qui, bien éloigné de proliter de la punition de Cain, un de ses ancêtres , et de s’éloigner du crime par cet exemple domestique, semble plutAt avoir pris Caïn pour son modèle.

La juste sévérité que Dieu fait éclater si visiblement dans les saints livres , quand les crimes se sont multipliés , et sont parvenus jusqu’à un certain excès , doit être en quelque sorte le modèle de celle des princes dans le gouvernement des choses humaines.

ARTICLE V

Des (^stades à la justice.

PBCHISBE PBOPOSITIOB.

Premier obetade ; la corruption et les préarnli.

« N'ayez point d’égard aux personnes ni aux . présents , car les présenta aveuglent les yeux < des sages , et changent les paroles des justes •

Moïse ne dit pas ; Us aveuglent les yeux des méchants , et ils en changent les paroles. Il dit : Ils aveuglent les yeux des sages , et ils changent la parole des justes. Auparavant , le juge parlait

> III. Hrp.l, s.e.

* I. «<■». m, ia;l». Il etieq.

* Cru. IV, 33, M.

* Dtut XVI, la.

bien : le présent est venu , et ce n’est plus le même homme ; une nouvelle jurisprudence , que son intérêt lui fournit , le fait changer de langage. Cn ne sont pas toujours les grands présents qui produisent cet effet; les petits donnés à propos, marquent quelquefois un secret empressement d’amitié , qui incline et gagne le coeur.

Ceux qui sont , par leur dignité , au-dessus de ce genre de corruption , ont d’antres présents à craindre , les louanges et les flatteries. Qu’ils se mettent bien dans l’esprit cette parole du Sage ' :

* Ne louez point l'hnmme avant sa mort. «Toute louange donnée aux vivants est suspecte. « Aimez • la justice, A vous qui jugez la terre’. • Ne soyez point le jouet d’un subtil flatteur.

Les services rendus à l’État sont encore une autre manière de séduire les rais. ■ Ne regardez point « les personnes , • dit le Seigneur. Les services demandent une autre sorte de justice , qui est celle de la récompense. Prince , vous la devez ; mais ne payez pas cette dette aux dépens d’autrui.

Il' PBOPOSITIOa.

La prévention ; aecood otMtacle.

C’est une espèce de folie qui empêche de raisonner. • Le fou n’écoute pas les paroles du prU- •< dent*, ■ et ne veut entendre autre chose que ce qu’il a dans son cœur.

L’homme prévenu ne vous écoute pas ; il esl sonrd ; la place est remplie , et la vérité n'en trouve plus.

Salomon opposait à la prévention cette humble prière : ■ Donnez à votre serviteur un cœur V docile. Et Dieu lui donna un cœur étendu ■ comme le sable de la mer*, ■ capable de tout.

L’esprit du prince doit être une glace nette et unie , où tout ce qui vient , de quelque cAté que ce soit , est représenté comme il est, selon la vérité. Il est dans un parfait équilibre; il ne se détourne ni à droite ni à gauche *. C’est pour cela que Dieu l’a mis au faite des choses humaines ; afin que , libre des attaques qui lui viendront de ce qu’il a au-dessous de lui , il ne reçoive des impressions que d’en haut, c’est-à-dire , de lu vérité. • Apprenez-moi , Seigneur, la vérité, et la « discipline , et la science *’. •

Il y a deux moyens d’éviter les préventions. L’un est de considérer que nos jugements seront revus par celui qui dit : • Je jugerai les justices’. • Entrez dans l’esprit du juge supérieur, et dépouillez-vous de vos préventions.

* Ecrl. XI, 30-

* 5ap. I, I.

* Prw. xvm , 4.

* ni. Rcff. III, 9; IT, 39.

5 Dtut. ?, 34.

* Pt. CtVIII, M.

l ’ M. LXXIV, 3.

POLITIQUE

L’autre moyen : • Jugez du prochain par vous- « miJmc ■. • Ainsi sorti de vous-mème , vous jugerez purement , et vous ferez comme vous voudriez qu'on vous fit.

ni* paoposmoa.

Antres otnlacles : la paresK et la predpitalioB.

• Ayez les yeux dans votre tfte. Soyez atten-

• tif ; et que vos paupières précèdent vos ps - Donnez-vous le temps de considérer : ne précipitez pas votre jugement; ne craignez pas la peine de penser. « L’homme impatient ne peut

• rien faire à propos , et n'opere qne des folies • A la paresse et A la précipitation , le prince

doit opposer l'nttention et la vigilance. Nous avons déjà traité cette matière ^ , et il est Inutile de la répéter ici.

IV* pROPOsmo.').

La piété et la rignenr.

Wayez pitié de personne en jugement, pas même dn pauvre. Nous l’avons déjà vn. • Ren- < dez impitoyablement œil pour œil , dent pour

• dent , plaie pour plaie > Tournez votre pitié d'un autre cété. C'est de l’oppressé , et du peuple qui souffre par les hommes injustes et violents, qu'il faut avoir compassion.

D’autres penchent toujours à la rigueur. Mais vous , prince , ne vous détournez ni à droite ni à gauche. On se détourne vers la gauche , lorsqu’en tendant au relâchement et à la mollesse , un allaiblit la sévérité de la loi. Ou ne fait pas mieux en se détournant vers la droite, c'est-àdire, en poussant trop loin la rigueur des lois.

Le zèle de trouver le tort, fait souvent qu’on le donne à qui ne l’a pas. Ou veut déterrer les auteurs des crimes; et plutôt que de les laisser impunis , on en charge l'innocent. Izi justice alors devient une oppression. Mais le Sage a dit : • Cc- « lui qui absout l'impie, et celui qui condamne

• le juste, l’un et l'autre est abominable devant

• Dieu »

v' pnoposmos.

La colère.

La colère est une passion des pins Indignes du prince. On doit s’exercer à la vaincre quand on aime la justice , dont elle est l’ennemie. « L’hora- « me patient est préféré au courageux : et celui qui

• surmonte sa colère vaut mieux que celui qui ■ prend des villes t. •

* 8crl. xisi^ 18.

* Ibid.. Il, 14. Prot.ir,56.

i Ibid. XIV, 17,

* Ci'devaol, llv. v, art. n, u* proposU.

* Exod.

* Prov. XVII, Ib.

' Ibt-i XVI, 97.

L'empereur Théodose le Grand avait bien compris cette maxime du Sage. Ce prince tant de fois victorieux, et illustre par ses conquêtes, encore qu’il fût naturellement d'une colère impétueuse , profita si bien des conseils de saint Ambroise , qu'à la fin, comme dit ce Pere ', il se tenait obligé quand on le priait de pardonner ; et quand il était ému par un sentiment plus vif de la colère, c’é tait alors qu’il se portait plus facilement à la clémence.

VI" paoposiTiON.

Les cabales et la cliirane.

« Rompez les liaisons des impies (des hommes

> injustes) : ne permettez pas qu’on accable l’inno-

• cent ; et Atez-lui cette charge trop pesante à scs

• épaules *. >

Soyez en garde contre la protection que trouvent les richesses. N ohandounez pas le pauvre sous prétexte qu’il n’a personne qui prenne en main sa défense. C'est l'effet du crédit et de la cabale. « Le riche a fait quelque outrage (à un in- . nocent) , et il frémit. Il est le premier à sc plaiu- - dre et à menacer. Le pauvre, au contraire, « quoique offensé et outragé, n’osera ouvrir la . bouche ’. » Veillez donc et pénétrez le fond des choses, vous qui aimez Injustice.

Pour les chicanes , il est écrit * : < Qui aime les

• procès, aime sa ruine. » Et la justice les doit réprimer, pour son propre bien , aussi bien que pour celui des autres.

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