‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 153 sur 518 · SUITE DES SECOURS DE LA ROYAUTE · texte numérisé non relu

SUITE DES SECOURS DE LA ROYAUTE

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TfcOESTS CT TEXTATVOm OCl ACXX>lll>A4SmT LA BOTACIX,

ET LES SCaéDES QC'OX T DOIT APrOHTCa.

ARTICLE PREMIER

Des rkheuet cm des finances. Du commerce, et des impôts.

PRXMIÈRR PIOPOSITIOX

Il y a des déproses de nécesAité ; U y en s de Bpfendenr et de dsoiHé.

* Qui jamais fit ia guerre à ses dépens? Quel « soldat ne reçoit pas sa paye '? •

On peut ranger, parmi ces dépenses de nécessité, toutes celles qu'il faut pour la guerre; comme la fortification des places , les arsenaux , les magasins et les munitions , dont il a été parlé.

Les dépenses de magnificence et de dignité ne sont pas moins nécessaires , à leurs manières , pour le soutien de la majesté , aux yenx des peuples et des étrangers.

Ce serait une chose infinie de raconter les magnificences de Salomon

Premièrement dans le temple, qui fiit l’ornement comme la défense du royaume et de la ville. Rien ne l'égalait dans toute la terre , non plus que le Dieu qu'on y servait. Ce temple porta jusqu’au ciel , et dans toute la postérité , la gloire de la nation , et le nom de Salomon son fondateur \

Treize ans entiers furent employés à bâtir le palais du roi dans Jérusalem , avec les bois , les pierres, les marbres, et les matériaux les plus précieux , comme avec la plus belle et ia plus riche ardiitecture qu'on eût jamais vue. On l'appelait le Liban, à cause de la multitude de cèdres qu'on y posa , en hautes colonnes comme une forêt, dans de vastes et de longues galeries , et avec un ordre merveilleux *.

On y admirait en particulier le trêne royal , où tout resplendissait d'or, avec la superbe galerie où il était érigé. Le siège en était d'ivoire , revêtu de i'or le plus pur ; les six degrés par

* I. Cor. 11,7.

’ Ill.avy. VI, VII, VIII, IX. U. PavaIiji.l,ll,lil,lv,T,vl. VIE

I 1. Parai. XXIX , 33, Si, 36.

* m. Krg VII , 1 , 3 et Hq.

TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. X

oiifon monUiit au trône, et le» escabeaux où posaient les pied» , étaient du même métal ; les •memenls qui l’environnaient étalent aussi d’or massif

Auprès se voyait l’endroit partleuller de la galerie où se rendait la justiee , tout construit d’un pareil ouvrage.

Salomao Mtit en même temps le palais de la reine sa femme , 1111c du roi Pharaon ■ , où tout étincelait de pierreries ; et où , avec la magnificence , on voyait reluire une propreté exquise.

Ge prince appela pour ces beaux ouvrage» , tant de son royaume que des pays étranger», les ouvriers les plus renommés pour le dessin , pour la sculpture, pour l'architecture * , dont les nom» sont consacrés ù Jamais dan» les registres du peuple de Dieu , c'est-à-dire dans les saints livres.

Ajoutons les lieux destiné» aux équipages * , où les chevaux , les chariote , le» attelages étalent Innombrables.

Les table» , et les ofllciers de la maison du roi pour la chasse, pour les nourriture», pour tout le service , dan» leur nombre comme dan» leur ordre , répondaient à cette magnlflcencc

Le roi était servi en vaisselle d’or. Tous les vases de la maison du Liban étaient de fin or “. Et le Saint-Esprit ne dédaigne pas de descendre dans tout ce détail, parce qu’il servit, dan» ce temps de paix , à faire admirer et craindre, nu dedanset au dehors , la puissance d'un si grand roi.

Une grande reine , attirée par la réputation de tant de merveille» , vint les voir dan» le plus superbe appareil , et avec des chameaux chargé» de toute sorte de richesses t. Mais, quoique accoutumée à la grandeur où elle était née , «Ile demeurait éperdue à l’aspect de tant de magnificence» de la cour de Salomon. Ce qu’il y eut de plus remarquable dans son voyage, c’est qu’clleadmlra la sagesse du roi plus que toutes ses autres grandeurs; et qu’il arriva ce qui arrive toujours à l’approche des grands hommes, qu’elle reconnut dans Salomon un mérite qui surpassait sa réputation.

Le» présents qu’elle lui fit , en or, en pierreries, et en jûirfums les plus exquis , furent immenses, et demeurèrent cependant beaucoup au-dessous de ceux que Salomon lui rendit '. Par où le Saint- Esprit nous fait entendre qu’on doit trouver dan» les grands rois une grandeur d’ême qui surpasse tous leurs trésors , et que c’est là ce qui fait véritablement une àme royale.

■ ni. «»». X, la, I», ». II. Parai, ix, 17, IS, 1».

» III. Krg. ni, I, II, Jl. II. Par. vm. II.

^ n. Parâlàp. Il« 13, li.

4 ni. Reÿ. IV, 961 XsM.ll. >» 1^* >4. ^

* III. Reg. tV.U, 93.

• rtirf. x,ai. U. P»r. U,».

* III. Rtg.\g 1 , 2 II P>iT IX . 1 , 2 rt »«|.

• iU. Rtg. s, l,2d*cti II. Par. i*, I. 2et>«|

I.es grands ouvrages de Josaphat, d'üzias, d’Eséchias, et des autres grands rois de Juda; les villes , les aqueducs , les bains publies , et les autre» choses qu’ils firent , non-seulement pour la sûreté et pour la commodité publique , mais encore pour l’oniement du palais et du royaume , sont marqués avec soin dans l’Écriture *. Elle n’oublie pas les meubles précieux qui paraient leur palais, et ceux qu’ils y faisaient garder ; non plus que le» cabinets des parûims, lesvabseaux d’or et d’argent , tous les ouvrages exquis, et le» curiosités qu’on y ramassait.

Dieu défendait l’ostentation que la vanité Inspire , et la folle enflure d’un cœur enivré de ses richesses; mais il voulait cependant que la cour des roi» fût éclatante et magnifique , pour imprimer aux peuples un certain respect.

Et encore aujourd’hui, ansacredesrols, comme on a déjà vu , l’Église fait cette prière ' : • Puisse

• la dignité glorieuse , et la majesté du pelai» ,

• faire éclater aux yeux do tou» la grande splen-

• deur de la puissance royale ; en sorte que la

• lumière, semblable à celle d’un éclair, en « rayonne de tous côtés! .Toutes paroles choisies pour exprimer la magnificence d’une cour royale, qui est demandée à Dieu comme un soutien nécessaire de la royauté.

Il* paoposmor

UnËtatBorissantntricheaoreialUsantr etc'ert-im de» fruits d'une k>n»ue paix.

L’or abondait tellement durant le règne de ’Saloman , • qu’on y comptait l’argent pour rien,

« et qu’il était (pour ainsi parler) aussi commun « que les pierres, et le» cèdres aussi vulgaires

• que les sycomore» qui croissent (fortuitement) a dans la campagne ’. >

Comme c’était là le fruit d’une longue paix , le Saint-Esprit lo remarque , pour faire aimer aux prince» la paix , qui produit de si grandes choses.

iii* PBOPOsrno».

La prerofèie source de tant de richesses est le cominercoet la navigatido.

a Car le» navire» du roi allaient en Tharsls , et a en pleine mer, avec le» sujets d’Hiran , roi do

• Tyr ; et rapportaient tou» les trois ans de l’or , a de l’argent et de l'ivoire , avec les animaux le» a plus rares *. •

Salomon avait une flotte à Asiongaber auprès d'Ailath , sur le bord de la mer Rouge ; et Hiram,

' IV.Srf.lx, ia,».ll./V>r.>vll,IXVI,xxxn,S7.7a,S».

* III. \ ,2I, 27. II. Parai. IX,2U| 37.

' m. Rrg. X, 92. II Parai ix, 21.

POLITIQUE

rui de T} r, y joignit la sienne , où étaient les Tyriens , peuples les plus renommés de toute la terre pour la navigation et pour le commerce : qui rapportaient d'Ophir (quel qu'oit été ce pays) pour le compte de Salomon , quatre cent vingt talents d'or, souvent même quatre cent cinquante, avec les bois les plus précieux et des pierreries

La sagesse de Salomon parait ici |>ar deux endroits ; l’un, qu’aprés avoir connu la nécessité du eommercc, pour enrichir son royaume, il ait pris, pour l'établir, le temps d'une paix profonde, où l'Élat n'était point accablé des dépenses de la guerre ; l'autre , que ses sujets n'étant point encore exercés dans le négoce et dans l'art de naviguer, il ait su s’associer les habiles marchands, et les guides les plus assurés dans la navigation (|ui fussent au monde, c'est-à- dire , les Tyriens; et faire avec eux des traités si avantageux et si sûrs.

Quand les Israélites furent instruits par euxmémes dans les secrets du commerce, ils se passèrent de ces alliés : et l’entreprise quoique malheureuse du roWosapliat, dont la flotte périt dans le port d’Asiongaber * , fait voir que les rois continuaient le commerce et les voyages vers Ophir; sans qu'il y soit fait mention du secours des Tyriens.

IV* PHOPOsmoa.

Seconde source des richesses : le doauine du prince.

Du temps de David , H y avait des trésors dans Jérusalem; et .Axmoth fils d’.AdicI en était le garde Pour les trésors qu'on gardait dans les villes, dans les vilingés, et dans les châteaux ou dans les tours , Joathan , filsd'Ozias, en avait la charge. Ezri, fils de Chelub, avait soin de ceux qui étaient occupés nu labourage et aux travaux de la campagne. Il y avait un gouverneur particulier pour ceux qui faisaient les vignes et prenaient soin des celliers : et c'était Séméias et /.abdias. Balnnan était préposé pour la culture des oliviers et des figuiers ; et Joas veillait sur les réservoirs d'huile. On voit par là que le prince avait des fonds, et des officiers préposés pour les régir.

On marque aussi les villages qui étaient à lui, et le soin qu'il eut de les entourer de murailles^. On faisait des nourritures dans les pâturages de la montagne de Saron , et sur les vallons qui y étaient destinés. L'Écriture spécifie les liâtes à cornes , les chameaux , et les troupeaux de brebis. Chaque ouvrage avait son préfet :*et tels étaient

' in. n, 2», 37. ssus. II. il. Pantl. vin. 17, is.

■ III Ary. XIII. 43. III. SI, M, 77.

) t. PantUp. tXAii.lft, ‘i6, 37, 'ix.

' III /îcy. |\, I».

• les gouverneurs , ou les Intendants , qui avaient

• soin des biens et des richesses du roi David '. •

La même chose continue sous les autres rois. Et il est écrit d'Ozias • : • qu’il creusa beaucoup

• de citernes , parce qu'il nourrissait beaucoup de

• troupeaux dans les pâturages , et dans les vas-

• tes campagnes ; qu'il prenait grand soin de la

• culture des vignes , et de ceux qui y étaient cm-

• ployés , dans les coteaux et sur le Carmel ; et

• qu'il était fort affectionné à ragriculture. »

Ces grands rois connaissaient le prix des richesses naturelles , qui fournissent les nécesités de la vie , et enrichissent les peuples plus que les mines d'or et d’argent.

Les Israélites avaient appris d^ leur origine ces utiles exercices. Et il est écrit d'-Abraham * , qu'il était • très-riche en or et en argent. » Ce qui, sans connaître les lieux où la nature resserre ces riches métaux ,lui provenait seulement des soins de la nourriture et des troupeaux. D’où est venue aussi la réputation de la vie pastorale , que ce patriarche et ses descendants ont embrassée.

V* PHOPOSITIOX.

Troirième «wivc dei rkheues ; les trihuts imposés soi rois et aux nalioat vaiocoes , qu'on appclail des présents.

Ainsi David imposa tribut aux Moabites et à Damas , et y établit des garnisons pour leur faire payer ces présents *.

Salomon avait soumis tous les royaumes depuis le fleuve de la terre des Philistins jusqu’aux confins de l'Égypte. Et tous les mis de ces pays lui offraient des présents , et lui devaient certains services *.

Le poids de l'or, qu'on payait tous les ans ù Salomon, était de six cents talents; outre ce qu'avaient accoutumé de payer les ambassadeurs de diverses nations, et les riches marchands étrangers , et tous les rois d'Arabie , et les prinres des autres terres , qui lui apportaient de l'or et de l'argent Cest ainsi qu'on l'avait chanté par avance sous le roi David ’ , que les filles de "Ty r (c’est-à-dire les villes opulentes) , et leurs plus ridies marchands , apporteraient leurs présents à la cour de Salomon.

Tous les rois des leri-es voisines envoyaient chaque anné-c leurs présents à Salomon , qui consistaient en v.Tses d’or et d'argent , en rielies habits, en armes, en parfums, en chevaux et en

' 1. Paralip. llVIl, 39, 30, 31-

* H- Paralip. XXVI, II).

* lien. XIII, 3.

* I. Paralip. lvtM,3,6.

* III. Rrg. IV, 81.

* Ihitl. X, lé. I&. 11. Parahp. U, 13, U.

* Pt. XIJV, 13.

TIREE DE L ECRITURE. LIV; X

mulets ' ; e'est-à-dlre , co que clioque pays avait de meilleur.

Les Ammonites apportaient des présents à Ozias, et son nom était célèbre jusqu'aux confins dci'É^'pte

On comptait parmi ces présents non-seulement l’or et l'argent , mais encore des troupeaux : et c'est Ainsi que les Arabes payaient par an à Josaphat sept mille sept cents béliers , et autant de boucs ou de chevreaux L

Tl' PBOrOSITIOX.

Quatrième eource des riebesiies : tes impôts que payail le peuple.

Dans tous les États, le peuple contribue aux charges publiques , c’est-à-dire , à sa propre conservation ; et celte partie qu’il donne de ses biens lui en assure le reste , avec sa liberté et son repos.

L’ordre des finances, sous les rois David et Salomon, était qu’ily avait un^surintendant préi posé à tous les impôts , pour donner les ordres généraux

Il y avait , pour le détail , douze intendants distribués par canton; et ceux-ci étaient chargés, chacun à son mois, des contributions nécessaires à la dépense du roi et de sa maison L Leur département était grand , puisqu’un seul avait à sa charge soixante grandes villes environnées de murailles, avec des serrures d’airain ®.

On lit aussi de Jéroboam r ; que « Salomon,

• qui le voyait , dans sa jeunesse , homme de cou-

■ fSSB J appliqué et industrieux (ou agissant , «comme parle l'original), le préposa aux tribus

• de la maison de Joseph; ■c’est-à-dire, des deux tribus d’Éphraïm et de Mnnossé. Ce qui montre, en passant, les qualités qu'un sage roi demandait pour de telles fonctions; encore que sa prudence ait été trompée dans le choix de la personne.

VII raopOSiTioji.

Ix prince iuil nnxWier les iinpOls et ne point occablrr le iwupic.

• Qui presse trop In mamelle pour en tirer du

■ lait, en l'échauffant et la tourmentant , tire du

• beurre : qui se mouciie trop fortement , fait ■

• venir le sang : qui presse trop les hommes ,

■ excite des révoltes et des séditions. ■ C'est la règle que donne Salomon *.

* II. Pnralip. ix, M, Jl.

* Ibid. XXVI, fl.

3 Ibéd. XVII, H.

* II. Peÿ. in «; XH, lü. II. Panilip t, 18.

’ III. «fj. IV, 7el$i*d.

* Ibid. la.

’ III. Krg. XI, 2fl.

* Pr0V. XXX, M.

L'exemple de Roboam apprend sur cela le devoir aux rois.

Comme cette histoire est connue, et qu’elle a déjà été touchée ci-devant ', nous ferons seulement quelques réflexions.

Eu premier lieu , sur les plaintes que le peuple lit à Roboam contre Salomon qui avait fait des levées extraordinaires ’. Tout abondait dans son règne, ainsi que nous avons vu. Cependant, comme l'histoire sainte ne dit rien contre ce reproche , et qu'il y passe au contraire pour avéré , il est ù croire que sur la fin de sa vie , abandonné à l'amour des femmes, sa faiblesse le portait à des dépenses excessives, pour contenter leur avarice et leur ambition.

C’est le malheur, on plutét l’aveuglement , ou sont menés les plus sages rois, par ces déplorables excès.

En second lieu , la réponse dure et menaçante de Roboam poussa le peuple a la révolte, dont I effet le plus remarquable fut d’accabler à coups de pierres Aduram , chargé du soin des tributs , quoique envoyé par le roi pour l'exécution de ses rigoureuses réponses. Ce qui effraya tellement ce prince, qu'il monta précipitamment sur son char, et s'enfuit vers Jérusalem * : tanHI se vil en péril.

En troisième lieu , la dureté de Roboam à refuser tout soulagement à son peuple, et la menace obstinée d’en aggraver le joug jusqu’à un excès insupportable, a mis ce prince au rang des insensés. • A Salomon succéda la folie de la na- « tion , dit le Saint-Esprit ^ , et Roboam , destitué « de prudence , qui aliéna le peuple par le conseil

• qu'il suivit. ■ Jusque-là que son propre fils et son successeur, Abia , l'appelle Ignorant , et d'un cœur lâche

En quatrième lieu, cette réponse orgueilleuse et inhumaine est attribuée à un aveuglement permis de Dieu , et regardé comme un effet de cette justice qui met l’esprit de vertige dans les conseils des rois. ■ Le roi n’acquiesça pas à la prière

• de son peuple , parce que le Seigneur s’était

• éloigné de lui pour accomplir la parole d'Ahias « Silonite ® , qui avait prédit , du vivant de Salo-

• mon , la révolte des dix tribus , et la division

• du royaume. > Ainsi , quand Dieu veut punir les pères, il livre leurs enfants aux mauvais conseils , et châtie tout ensemble les uns et les autres.

En cinquième lieu, la suite est encore plus terrible. Dieu permit que le peuple soulevé oubliât tout respect , en massacrant , comme aux

' Cl-de\ant, Hv. IV, urt. ii, ir proposition.

» 111. Heç. xri, 1,3,3, 4. II. Prtr.x.3.3,4.

* III. Rey. III, 18. U. Par. x. I».

♦ Eert. XI.VII, 37, 38.

b 11. PartiUp. XHI, 7.

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