SS
acquérir les connaissances qui loi sont nécessaires pour bien gouverner. Mais l'on approfondit ici encore davantage ce qui regarde une matière de cette importance ; et l’on réunit , sous un même point de vue , les préceptes et les exemples que l’Écriture nous fournit , mémo quelques-uns de ceux qui se trouvent dispersés dans cet ouvrage , afin qu'après en avoir posé les principes , on en puisse voir dans un même lieu l'application et le détail dans toute son étendue.
PUMIÈBB PBOPOSITIOII.
Quel* mfoitlres, on officiels, sont remaninés aoprès dos anciens rafs.
Sous David , Joab commandait l'armée ; Banaias avait la conduite des légions Céréthi et Pbéléthi , qui étaient comme la garde du prince et semblaient être détachées du commandement général des armées , sous un chef particulier, qui ne répondait qu'au roi. Aduram était chargé des tributs ou finances. Josaphat était secrétaire et garde des registres. Siva , qu'on appelle ailleurs Sarnios , est appelé scribe , homme lettré auprès du prince. Ira était prêtre de David '. Jonathan , oncle de David , son conseiller, homme intelligent et lettré ; il était, avec Jahiel , gouverneur des enfants du roi. Achitophel fut le conseiller du roi ; et après lui , Joiada et Abiathar; et Chusai était l'ami du roi
On marque, auprès de Salomon, des personnes appelées gens de lettres : Banaias , commandant les troupes. Azarias , fils de Nathan , était ê la tète de ceux qui assistaient auprès du roi. Zabud était prêtre , et l'ami du roi. Ahisar, s'il était permis de traduire ainsi , était grand-molti-e de sa maison ; et Adonirom était chargé des finances
On nomme aussi les grands prêtres, ou les principaux d’entre les prêtres qui étaient alors<, pour montrer que leur sacré ministère leur donnait rang parmi les officiers publics , et que , sous les rois , ils se mêlaient des plus grandes affaires : témoin Sadoc , qui eut tant de pai-t à celle où il s'agissait de donner un successeur au royaume ^
lai dignité de leur sacerdoce était si éminente, que cet éclat donnait lieu n dire que ’ les enfants . de David étaient prêtres®; • quoiqu'ils ne pussent pris l’être , n’étant pas de la race sacerdotale , ni de la tribu d’où les prêtres étaient tirés. Mais on leur donnait ce grand nom , pour montrer la part qu'ils avaient dans les grandes affaires. Ce qui semble être la même chose que ce que l'Écri-
> II. Rr;. VIII, IS, 17, IS; 11,23, 7«, », W.
- • I. /■«ml. XV»II,33,33,34.
> III. Rrjl.lV.l, 3, «, S,S.
‘ ÊkH. I, s. 33, II.
‘ Ul Rvj. VIII, IH
turc remarque ailleurs ' : • Les enfanta de David
• étaient les premiers sous la main du roi ; > c'est-à-dire, étaient les premiers à porter et à exécuter ses ordres.
Le soin qu’on prenait à les élever dans les lettres, parait par la qualité d’homme lettré , qu’on donne à Jonathan , leur gouverneur.
Il est aussi marqué sous Ozias , que les troupes étaient commandées par Jéhiel et Maasias *, qui sont appelés scribes , docteurs , ou gens de lettres ; pour montrer que les grands hommes ne dédaignaient pas de joindre la gloire du savoir à celle des armes.
Ce qu'on appelle lettrés, étaient ceux qui étaient versés dans les lois , et qui dirigeaient les conseils du prince à leur observance.
Le soin de la religion se déclare, non-seulement par la part qu’avaient les grands prêtres dons le ministère public , mais encore par l’office de prêtre du roi , qui semble être celui qui réglait dans la maison du prince les affaires de la religion. Tel était , comme on a vu , Ira , sons David , et Zabud, sous Salomon , dont il est encore appelé l’ami.
Cette qualité d’ami du roi , qu’on a vue dans le dénombrement des ministres publics , appelés et caractérisés par un terme particulier, est remarquable , et faisait souvenir le roi qu’il n'était pas exempt des besoins et des faiblesses communes de la nature humaine ; et qu'ainsi , outre ses autres ministres, qu’on appelait ses conseillers, à cause qu'ils lui donnaient leurs avis sur les affaires , il devait choisir avec soin un ami , c’està-dire , un dépositaire de scs peines secrètes et de ses autres sentiments les plus intimes.
La charge de secrétaire et de garde des registres publics semble originairement venir de Moïse, à qui Dieu parla ainsi ® : • Écrivez ceci
• dans un livre (la défaite des Amalécites), pour « servir de monument éternel ; carje détruirai de « dessous le ciel le nom d'Anialcc. • Comme s'il disait : Je veux que l’on se souvienne des faits mémorables , afin que le gouvernement des hommes mortels, conduit par l'cxpcrienoe et les exemples des choses passées , ait des conseils immortels.
C’est par le moyen de ces registres qu’on se souvenait de ceux qui avaient servi l'État, pour en marquer la reconnaissance envers leur famille.
Une des maximes les plus sages du peuple de Dieu , était que les services rendus au public no fussent point oubliés. Ainsi , dans le sac de Jéri-
* U. Pitral.WM, M.
» fjrod. mi, 14-
TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. X
cfao, on publia cet ordre ' : '< Qne cette ville soit >anathèfne; qoe la senle Rahab vive, elle et
• tonte sa famille, parce qu'elle a sauvé nos eo- ■ vo>és. •
Lorsqu'on passa au fil de l'épée tous les habitants deLuza, on eut soin de sauver, avec toute sa parenté, celui qui avait montré le passage par où l’on y aborda
Le public ordinairement passe pour ingrat , et il était de l’intt rét de l'Etat de le purger de cette tache , aRn qu'on fût invité à bien servir.
Personne n’ignore comme Assuérus, roi de Perse, dans une insomnie qui le travaillait, se Ht lire les archives, où il trouva le service de Mardochéc, qui lui avait sauvé la vie , enregistré suivant la coutume ^ ; et comme il fut e\cité par cette lecture ù le reconnaître par une récompense éclatante, mais plus glorieuse au roi qu’à Hardochëe même.
Lorsqu'on informa Darius , roi de Perse , de la conduite des Juifs retournés dans leur pays , ses oOlciers les interrogèrent pour en rendre compte au roi, et lui racontèrent ce que leurs vieillards avaient répondu touchant les ordonnances de Cyrus dans la première année de son règne. Après quoi ils jyoutaient ces paroles : • Maintenant , s'il
• plaît an roi , il fera rechercher dans In hibliothè- « que royale , et dans les registres publics qui se
• trouveront à Babylone, ce qui a été ordonné « par Cyrus sur la réédiiication du temple; et il
• nous expliquera scs volontés *. • Les registres se trouvèrent, non point ù Babylone, comme ou avait cru, mais dans EcbaUines*; tout y était conforme A la prétention des J uifs , qui aussi fut autorisée par le roi.
Tel était l'usage des registres publies et de In charge établie pour les garder. Elle conservait In mémoire des services rendus, clic immortalisait les eonseils ; et ces archives des rois , en leur proposant les exemples des siècles passés , étaient des conseils toujours prêts à leur dire la vérité , et qui ne pouvaient être datteurs.
Au reste on ne prétend pas proposer pour règles invariables ces pratiques des anciens royaumes, et ce dénombrement des officiers de David et de Salomon ; c’est assez qu'ils puissent donner des vues aux grands rois, dont la prudence se gouvernera selon les lieux et les temps.
Il' raoposiTio.v.
Ln conseils des rois de Perse par i|ui
" Le roi coosalta les sages qui ctaieot toujours
* JtM. Tl, 17.
> Ju4Lt,U,^.
* EUhfT. VI, I, a el i«|.
* I. E$dr. v,7, 17.
^ ibid. VI , 1 , 3 et Hq.
I • auprès de sa personne , qui savaient les lois et
• le droit, et les coutumes des ancêtres; et H
• faisait tout par leur conseil '. > Les premierset les plus intimes étaient les sept chefs , ou , si l’on veut traduire ainsi , les sept ducs, ou les princes des Perses et des Modes qui voyaient le roi ; car le reste, même des seigneurs, ne le voyaient guère.
iii' paoeosiTiox.
RèilcxlüQs sur rutiiitè «les rp|;islres publics , Joints aux ooQseils liTauis.
L'utilité des registres publics était appuyée sur cette sentence du Sage ’ ; < Qu'est-ce qui a été?
• ce qui sera. Qu'est-ce qui a été fait? ce qui se
• fera encore. Il n’y a rien de nouveau sous le
• soleil , et personne ne peut dire : Cela est nou- « veau ; car il a déjà précérlé dans les siècles qui
• ont été avant nous ; > et les grands événements des choses humaines ne font, pour ainsi parler, que se renouveler tous les Jours sur le grand théitre du monde. Il semble qu'il n'y a qu’à consulter le passé , comme un fidèle miroir de ce qui SC passe à nos yeux.
D’autre côté , le Sage ajoute que , quelques registres qu’on tienne , il échappe des clreonstances qui changent les choses. Ce qui lui fait dire ’ :
> lot mémoire des choses passées se perd ; la . postérité oubliera ce qui est arrivé auparavant. ■ Et il est rare de trouver des exemples qui cadrent juste avec les événements sur lesquels il sc faut déterminer.
Il faut donc Joindre les histoires des temps passés avec le conseil des sages , qui , bien instruits des coutumes et du droit ancien , comme on vient de dire des ministres des rois de Perse , en sachent faire l'application à ce qu'il faut régler de leurs Jours.
Des tels ministres sont des registres vivants, qui, toujours portés à conserver les antiquités, ne les ehangent qu'étant forcés par des nécessités imprévues et particulières, avec un esprit de profiter à la fois, et de l’expérience du passé , et des conjonctures du présent. C'est pourquoi leurs conseils sages et stables produisent des lois qui ont toute la fermeté , et , pour ainsi dire , 1 immobilité dont les choses humaines sont capables. O Si vous l'avez agréable , disent ces ministres à
• Assuérus qu'il parte un édit de dcvmit le roi,
> selon la loi des Perses et des Mèdes, qu'il ne
• soit point jpermis de changer, et qui soit publié,
• pour être inviolable dans toute l'éteudue de
• votre empire. .
■ Etther. I, n, 11.
> Ibii. 1,11.
' 1, 10, Su.
DlQlii^cu uy
POUTIQUE
CéUit l’esprit de lo nation : et tant les rois que les peuples tenalcDt pour maxime oette immutabilité des décrets publics.
Les grands, qui voulaient perdre Daniel , vinrent dire au roi ' : « N'avez-vous pas défendu de > faire durant trente Jours aucune prière aux
• dieux et aux hommes, sous peine d'étre Jeté
■ dans la fosse aux lions? li est ainsi , répondit le
• roi ; et il a été prononcé par un édit qui doit
• être inviolable A Jamais. >
Quand après il voulut chercher une excuse en faveur de Daniel , qui avait prié trois fois le Jour , tourné vers Jérusalem , on osa lui dire :
• Sachez , prince , que c’est la loi des Mèdes et
• des Perses, qu'il n'est pas permis de changer
• les ordoniuinccs du roi >
C’était en effet la lot du pays; mais on abuse des meilleures choses. La première condition de ces lois , qu'on doit regarder comme sacrées et Inviolables, c'est qu'elles soient Justes; et on apereèvait du premier regard une impiété manifeste A vouloir faire la loi A Dieu même , et A lui défendre de recevoir les voeux de scs serviteurs. Le rot de Perse devait donc connaltro qu’il avait été surpris dans cette loi, comme U est expressément marqué ’ ; et ijue c'était IA une cabale des grands contre son service, adn de perdre Daniel , le plus Adèle et le plus utile de tous scs ministres, dont le crédit leur donna de la Jalousie.
IV* PBOPOsmo.v.
Le iiriixe K doit bire louliaer.
Cest le conseil que donna Jethro A Moïse, qui, par un zèle de la Justice et une immense charité , voulait tout faire par lui-même. • Que faites-vous,
• lui dit-il *, en tenant le peuple du matin an soir « A attendre votre audience? Vous voua consumez
• par un travail inutile , vous et le peuple qui
• vous environne : vous entreprenez un ouvrage
■ qui passe vos forces. Réservez-vous les grandes « affaires ; et choisissez les plus sages et les plus
• craignants Dieu , qui Jugent le peuple A chaque
• moment (qui expédient les affaires A mesure
• rpi'ellcs viennent ) , et rpii vous fassent rapport
• de ce qu'il y aura de plus important. >
Remarquez trois sortes d’affaires : celles que lo prince se réserve expressément, et dont il doit prendre connaissance par lui-même : celles de moindre importance , dont la multitude l'accablerait, et aussi qu'il laisse expédier A ses ofAders : cnün , celles dont il ordonne qu'on lui fera le rapport , ou pour les décider lui-même , ou pour
* /Ain VI, 13.
» Ibid. 7, 15.
3 ibtd.c.
• Ajtirf. xvm, Il lîibeg.
les faire examiner avec plus de soin. Par ce moyen, tout s’expédie avec ordre et disUncUon. V* PBOPOsmoa.
Les pliu sages sont ka plus docBes A croire conseH. Moïse , nourri dès son enfance dans toute la sagesse des Égyptiens , et de plus inspiré de Dieu dans le degré le plus éminent de la prophétie, non-seulement consulte Jethro , et lui donne la liberté de lui reprocher dans l'immensité de son travail une espèce de folie ; mais encore il reçoit son avis en bonne part, et il exécute do point en point tout ce qu’il lui conseillait. C'est ce qui vient d'être dit.
N'avons-nous pas aussi déJA vu avec quella docilité David , trop accablé de douleur de la mort de son Als Absalon , écouta les reproches amers de Joab, se rendit A son conseil, et changea entièrement de conduite? Et Salomon , le plus sage des rois, ne demandait-il pas A Dieu un coeur docile , en lui demandant la sagesse?
VI* paopouTion.
Le conseil doit être cfmisi avec dfacrétieo.
• Ayez plusieurs hommes avec qui vous viviez
• en paix ( A qui vous donniez accès auprès de
• vous ) ; mois pour conseiller, choisissez-en un
• entre mille >
vit* puoposiTion.
Le cooseitler du prince doit avoir passé par beaucoup d'épreuves.
• Celui qui n’a point été éprouvé, que sait-il?' ■ Il ne sait rien : il ne se connaît pas lui-même ; et comment démêlem-t-II les pensées des autres, qui est le sujet des plus importantes délibérations? Au contraire , • celui qui est exercé , pen-
> sera beaucoup, • continue le Sage. Il ne fers rien légèrement, et ne marchera point A l'étourdie.
C'est ce qui faisait dire au saint homme Job :
• Où se trouvera la sagesse? On ne la trouvera
• pas dans la terre de. ceux qui vivent douce- ■ ment’ • et nonchalamment parmi les plaisirs.
Et encore * : ■ Elle est cachée aux yeux des
> hommes : les oiseaux ( les esprits sublimes qui
• semblent percer les nues ) ne la connaissent pas.
• La mort (l'extrême vieillesse) a dit : Nous en
• avons oui la renommée. • C'est A force d’expérience , en pAtissant beaucoup , qu'A la fin vous en acquerrez quelque petite lumière.
t Kftt. Tt ,
> Ibid. iLlxiVfO.
> Job. XXTIII, 13, K7.
* Ibid. 31, n.
TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. X
vin' MOPOSITIOH
Qtielqiie MMA que le prince ait pria de clroitir et d'éprouver aon cxmieil , Q ne a'y doit point livrer
• Si VOUS avez un ami, acquérez- le avec
• épreuve ; et ne vous livrez point À lut par trop
• de facilité*. •
I/; caractère d'un prince livré le fait connaître «t mépriser.
■ liérode (Agrippa, roi de Judée) était irrité ■ contre ceux de Tyr et de Sidon. Ils le vinrent
• trouver d'un. commun accord; et ayant gagné
• RIaste , qui était chambellan du roi , ils de-
• maudérent la paix, parce que leur pays tirait
• sa subsistance des terres du roi. Hérode donc,
< ayant pris Jour pour leur parler, parut vêtu « d'uiie robe royale , et étant sur son trône il les
• haranguait (dans une audience publique , selon
• la coutume du temps] ; et le peuple disait : C’est
• un Dieu qui parle , et non pas un homme ’. >
On voit ici une ambassade solennelle , une audience publique avec tout l’appareil de la royauté, les acclamations de tout le peuple pour le prince qui croit avoir tout fait : mais on savait le fond : c'est enfin que les Tyriens avaient mis Blaste dans leur intérêt , qui était grand dans celte affaire; et peut-être ravaient-lls corrompu par leurs pri-sents. Quoi qu'il en soit , tout était fait avant le traité solennel ; et si l'on en fit l'honneur au roi , tout le monde savait , et on se nommait à l'oreille le vrai auteur du succès.
Le Saint-Esprit n'a pas dédaigné de marquer en un mot ce caractère d'Hérode Agrippa ; pour apprendre aux princes qui ne sont que vains l'estime qu’on fait d'eux , et comme on les repaît d'une busse gloire.
Il* PBOPOsrnotr.
Les niroeils des Jeuaea itena , qui ne sont pu nourris sus alliürcs,ont une suite funeste, sortout un nonvesn règne.
Sur la plainte de Jéroboam faiteàRoboam, fils et successeur de Salomon , à la tête des dix tribus, pour lui demander quelque diminution des impôts du roi son père, ce prince lui répondit’ :
• Venez dans trois jours. Et le peuple s'étant re-
• tiré , il tint conseil avec les vieux conseillers du
• roi son père , et leur dit : Quel conseil me don-
• nez-vous ; et quelle réponse ferai-je à ce peuple?
• Ils lui dirent : Si (aqjourd'hui , et dans le com-
■ mencement de votre règne) vous déférez à leur
• prière, et que vous leur disiez des paroles don-
• ces , Ils vous serviront le reste de vos jours. Ro-
■ boom méprisa le conseil de ces sages vieillards ;
» Eecf. , 7.
* Jet. ta ,ti , n.
* ]1I. 111,6, eH Mq. II. Por. t , 3, 4 ri icq.
« et appela les jeunes gens , qui avaient été élevés . auprte de lui, et qui le suivaient toujours. Ils « lui parlèrent comme des jeunes gens nourris
• avec lui dans les plaisirs,' et ils lui dirent : Ré-
• pondez ainsi à ce peuple. Mon petit doigt est
• plus gros que tout le corps de mon père : mon ■ père vous a imposé un joug pesant , et mol je •. l'augmenterai : mon père vous a frappés avec
> des fouets, et moi je vous frapperai avec dea
• verges de fer. Roboam, selon ce conseil, lorsque
• Jéroboam , avec tout le peuple, revint à lui au
• troisième jour, leur répondit durement , leur
• répéta les mêmes paroles que les jeunes gens
• lui avaient inspirées, et rejeta le conseil des
• vieillards. Il ne déféra donc point aux prières
• de son peuple ; parce que le Seigneur s'était re-
> tiré de lui , pour accomplir la prophétie d’Ahlaa
• le Silonite , sur la division du royaume. Quand
• les dix tribus eurent oui cette réponse , ils se
• retirèrent , en se disant les uns aux autres :
> Quel intérêt avons-nous à la maison de David?
• Et que nous importe de conserver l'héritage au
• fils d'Isai? Retirons-nous chacun dans nos pa- « villons , et que David gouverne sa maison. •
Ce fut d’abord à Roboam une sage précaution de prendre un temps pour demander conseil , et de se tourner vers les ministres expérimentés qui avalent servi sous Salomon. Mais ce prince ne trouva pas sa puissance et sa grandeur assez flattée par des conseils modérés. La jeunesse impétueuse et vive lui plut davantage; mais son erreur fut extrême. Ce que les sages vieillards conseillaient le plus , c'étaient des paroles douces ; mais au contraire , la flète et imprudente jeunesse , an lieu qu'en conseillant des choses dures eHe devait du moins en tempérer la rigueur par la douceur des expressions, joignit l'insulte au reflis, et affecta de rendre les discours plus superbes et plus fêcheux que la chose même. Cest aussi ce qui perdit tout. Le peuple , qui avait fait sa requête avec quelque modestie, en demandant seulement une légère diminution du fardeau ', fut poussé à bout par la dureté des menaces dont la réponse fut accompagnée.
Ces téméraires conseillers ne manquaient pas de prétextes. Il faut , disaient-ils, abattre d'abord un peuple qui commence à lever la tête , sinon c'est le rendre plus insolent. Mais ils se trompèrent , faute d'avoir su connaître la secrète pente des dix tribus à foire un royaume à part, et à se désunir de eelle de Juda , dont lis étaient jaloux. Les vieux conseillers, qui avaient vu si souvent , du temps de David, les tristes effets de cette jaloosie, les voulaient remettre devant les yeux de Roboam , et les lui auraient pu faire entendre ;
' III. 111,4. II. Pfff. X, 4.
40J POLITIQUE
et bien instnilb de ces dangereuses dispositions , j Quciqurrois aussi il faut prendre de vigou-
iis conseillaient une douce réponse. I.a Jeunesse ; flatteuse et bouillante méprisa ces tempéraments, j et porta la Jalousie des dix tribus , Jusqu'à leur faire dire avec amertume et raillerie : Quel intérêt avons-nous à la grandeur de Juda? David, contentei-vous de votre tribu. Nous voulons un roi tiré des mitres,
La puissance veut être flattée , et regarde les ménagements comme une faiblesse. Mais outre cette raison, les Jeunes gens, nourris dans les plaisirs, comme remarque le texte sacré, espéraient trouver, dans les richesses du roi , de quoi entretenir leur cupidité , et craignaient d'en voir la sourcê tarie par la diminution des impêts. Ainsi , en flattant le nouveau roi , ils songeaient à ce secret intérêt.
Le caractère de Roboam aidait à l’erreur. • Cé-
• tait un homme ignorant, et d'un courage ti-
• mide , incapable de résister aux rebelles ' , « comme son fils Abia est contraint de l'avouer. Ignorant ; qui ne savait pas les maximes du gouvernement , ni l'art de manier les esprits. Timide; et du naturel de ceux qui, flei's et menaçants d'abord, lâchent le pied dans le péril , comme on a vu que fit Boboom , lorsqu'il prit la fuite au premier bruit. Un homme vraiment courageux est capable de conseils modérés; mais, quand U est engagé , il se soutient mieux.
X’ PaOPOSITlOH.
U bat niéoiserles bonmffi d'impiHtance.el m les pu BsécootenUr.
Après la mort de SaBl , lorsque tout le monde allait à David , • Abner, fils de Ncr (qui comman-
• dait leà armées sous ^ül ) , prit Ishoseth , fils ■ de ce roi , et le montra à l'armée de rang en
• rang , et le fit reconnaître roi par les dix trici bus’. > Un seul homme, par son grand crédit, fit un si grand ouvrage.
Le même .\bner, maltraité par Isboseth sur un sujet peu important , dit à ce prinee ’ : • Suis-Je
• à mépriser, moi qui, seul fidèle à votre père
• Saûl , vous ai fait régner? Et vous me traitez « comme un malheureux , pour une femme I Vive > le Seigneur, J’établirai le trêne de David. > Il le fit, et Isboseth fut abandonné.
Ce n'est pas seulement dans les règnes faibles , et sous Isboseth, < qui craignait Abner, et qui
• n’osait lui répondre^, • qu'on a besoin de tels ménagements ; noos avons vu que David ménagea Joab et la famille de Sarvia, quoiqu’elle lui fût à charge.
' II. Pamlip. iiii, 7.
* ll.-ffÿÿ. n.A, •
* Ibid. III, 7, », 9, 10.
« itid It.
reuses résolutions , comme fit Salomon. Tout dépend de savoir connaître les eonjonctures , et de ne pas pousser toujours les braves gens sans mesure , et à toute outrance.
XI' PBOPOSITIOX.
Le fort da conseil est de s'slUclier à déconcerter l'eniienii , et à détruire ce qu'il s de plus tenue.
Les conseils ne font pas moins que le courage dans les grands périls.
Ainsi , dans la révolte d'.àbsalon , où il s’agissait du salut de tout le royaume, David ne se soutint pas seulement par courage, mais II employa toute sa prudence ' : comme on a déjà remarqué ailleurs *. Et pour aller à la source il tourna tout son esprit à détruire le conseil d’Achitophel , où était toute la force du parti contraire. Pour s'y opposer utilement , il envoya Cliiisai, qu'il munit des Instructions et des secours nécessaires, lui donnant Sadoc et Abiathar, comme des hommes de confiance, pour agir sous lui. Par ce moyen Chusat l'emporta sur Aebitophel , qui , se voyant déconcerté, désespéra du succès , et se donna la mort \
L’adresse de Chusal contre Achitophel parait en ce que , sans attaquer la réputation de sa prévoyance, trop reconnue pour être affaiblie, il se contente de dire * : • Pour cette fois Achitophel « n’a pas donné un bon conseil. > Ce qui ne l’accuse que d’un défaut passager, et comme par accident.
XII' PBOPOSITIOa.
n fout savoif péDéber et disûfwr les cabales, sans leur donner le lempt de se reconnallre.
Pour cela on doit observer tout ce qui se passa dans la révolte d'Adonias , fils de David , qui , contre sa volonté, voulait monter sur le trêne destiné à Salomon. Cette histoire est déjà rapportée ailleurs ‘ dans toute son étendue. Voici ce qu'on remarque seulement ici.
A la fin de la vie du roi son père, Adonias fit un festin solennel à la flimille royale, et à tous les grands de sa cabale °. Ce festin fut à Joab, et à ceux de son intelligence, comme un signal de la rébellion; mais il ouvrit les yeux au roi. Il prévient Adonias ; et dans ce festin , où ce Jeune prince avait espéré de s'autoriser, on lui vint annoncer sa perte, et que Salomon était couronné.
> III. Bfff. XV, 31 , S3 et KXI'
■ Cl-devtnt, llv. v, art l, xu* propoultlou. et liv. ix, art lu , V* pmpoalttou.
' 11. Brv. XVII, U, SS.
• /tid.7.
' ClHlevaut, liv. ix, art. vt, xi* pmpoatUou.
* III. Hfg. I. s, 9, isetirq.
Digiiiiou uy vjOOgle
TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. X
Al ce moment l’cffrol se répand dans le parti, la cabale est dissipée ; « chacun s’en retourna dans B sa maison. » Le coup est frappé; et la trahison s’en va avec l’espérance.
I>a vigilance et la pénétration des fidèles ministres de David , qui avertirent ce prince à propos ; la fermeté de ce roi, et ses ordres exécutes avec promptitude, sauvèrent l’État, et achevèrent ce grand ouvrage , sans eRusion de sang.
XIll» PHOPOSITION.
Ixs conseils relèvent le courage du prince.
Ézéchias, menace par le roi d’Assyrie , « tint
• conseil avec les grands du royaume, et avec les " gens de courage ‘. » Et ce concert produisit les grands ouvrages et les généreuses résolutions qui relevèrent les cœurs abattus, et qui firent dire à Isaïe * : « Ce prince aura des pensées dignes d’un “ prince. »
Le peuple doit ressentir cet effet. Et Judith avait raison de dire à Ozias, et aux chefs qui défendaient Béthuiie ^ : •< Pui.scjue vous êtes les sé- « nateurs, et que l'âme de vos citoyens est en vos « mains, éievez-leur le courage par vos discours.»
XIV* PBOPOSlTIOrf.
Les bons succès sont souvent dus à un sage conseiller.
« Joas, roi de Juda, régna quarante ans. Il fit
• bien devant le Seigneur, tout le temps que « Jolada vécut, et lui donna ses conseils Après
• la mort de Joiada, les grands du royaume vin- <« rent à ses pieds : et gagné par leurs flatteries , « H suivit leurs mauvais conseils » qui à la fin le perdirent
XV* PBOPOSITION.
La bonté est naturelle aux rois ; et ils n’ont rien tant à craindre que les mauvais conseils.
B Les mauvais ministres, disait le grand roi " Artaxerxès ® ( dans la lettre qu’il adressa aux « peuples de cent vingt-sept provinces soumises à « son empire) , eu imposent par leurs mensonges « artificieux aux oreilles des princes, qui sont " simples , et qui , naturellement bienfaisants , J u- » gent des autres hommes par eux -mêmes. »
XVI* PBOPOSITION.
La sage poIiti<]uc, même des Gentils et des Romains, èst louée par le Saint-Esprit.
Nous en trouvons ces beaux traits dans le livre des Macbabées.
' n. Paralip. xxxii, Setteq.