‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 157 sur 518 · XIX* PH0P0SITI09I · texte numérisé non relu

XIX* PH0P0SITI09I

Ls première qiuUlé d'un sage ccnseilier, c'est qu'il soit bouline de bien.

• Ayez toqjours auprès de vous un homme

• saint , celui que vous connaîtrez craignant Dieu

• et observateur de la loi, dont l'éme sera con-

• forme i la vêtre ’, • sensible à vos Intérêts, et dans les mêmes dispositions pour la vertu.

• L'ême d'un homme de bien (sans fard , qui

• ne saura point vous flatter) vous instruira de

• la vérité , plus que ne feront sept sentinelles

• I. Mark, n.ss, as.

• KrrI. ixxTil, IX, 13 cl srq. n Imt id ooolém roficiiial (irr üvm: Ia VuIkaIt.

> Alt'/. Ib.

« que vous aurez mises en garde sur une tour, ou

• sur quelque lieu éminent, pour tout découvrir,

• et vous rapporter des nouvelles '. •

ARTICLE m.

On propose au prince divers caractères des ministres ou conseillers ; bons, mêlés de bien et de mal, et méchants.

PBEHIÈni PBOPOSmON.

On comnmice par le raractère ils Samuel.

Je ne veux pas tant remarquer ce qu’un si grand caractère a de surnaturel et de prophétique , que ce qui le rapproche de nous et des voies ordinaires.

Samuel n cela de grand et de singulier, qu'ayant durant vingt ans, et Jusqu'à sa vieillesse. Jugé le peuple en souverain , il se vit comme dégradé sans se plaindre. Le peuple lui vient demander un roi. On ne lui cache pas le sujet de cette demande. ■ Vous êtes vieux , lui dit-on *, et vos enfants ne < marchent pas dans vos voies. Donnez-nous un

• roi qui nous Juge. > Ainsi on lui reproche son grand âge , et le mécontentement qu'on avait do ses enfants. Quoi de plus dur à un j^re , qui , bien loin de l’espérance qu'il pouvait avoir en récompense d’un si long et si sage gouvernement , de voir scs enfants succéder à sa dignité, s’en voit dépouillé lui-même de son vivant?

Il sentit l'affront : • Ce discours déplut aux X yeux de Samuel ’. • Mais , sans se plaindre ni murmurer , son recours fut de x venir prier le

• .Seigneur, qui lui ordonne d'acquiescer au dé- X sir du peuple t. • Ce qui était le réduire à la vie privée.

Il ne lui reste qu'à se soumettre au roi qu'il avait établi, c'était Saül; et de lui rendre compte de sa conduite devant tout le peuple , ce peuple qu'il avait vu durant tant d’années recevoir ses ordres souverains, x J'al toujours été sous vos veux de- X pois ma Jeunesse. Dites, devant le Seigneur et X devant son Christ , si J'ai pris le bœuf ou l’àne

• de quelqu’un , ou si J’ai opprimé quelqu'un , si X J'al pris des présents de la main de qui que ce

• soit; et Je le rendrai. «On n'eut rienà lui reprocher. Et il ajouta : • Le Seigneur et son Oint se- X tant témoins contre vous de mon innocence ‘ , et que ce n'est point pour mes crimes que vous m’avez déposé.

Ce fut là toute sa plainte : et tant qu'il fiit écouté , il n'abandonna pas tout à làit le soin des

■ Meel. xxtvu , IS.

* I. Iteg. vui,4, (•

> nié. 6.

* nié 7.

s nid. lU. 3s 4, I*

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. X

flfrnimi. On voit le peuple s adresser à lui dans les conjonctures importantes*, avec la même conflance que s’il ne l’avait point ofTensé.

Loin de dégoûter ce peuple du nouveau roi qu’on avait établi à son préjudice , il profita de toutes les conjonctures favorables pour affermir son trône. Et le jour d’une glorieuse victoire de Saül sur les Philistins, il donna ce sage conseil :

• Venez, allons tous en Galgala; renouvelons le

• royaume. Et on reconnut Saül devant le Sel- « gneur ; et on immmola des victimes ; et la joie

• fut grande dans tout Israël »

Depuis ce temps , il vécut en particulier , se contentant d’avertir le nouveau roi de ses devoirs , de lui porter les ordres de Dieu , et de lui dénoncer ses jugements

Comme il vit scs conseils méprisés , il n’eut plus qu’à SC retirer dans sa maison à Ramatha, où nuit et jour il pleurait Saül devant Dieu, et ne cessait d'intercéder pour ee prince ingrat.

• Pourquoi pleures-tu Saül , que j’ai rejeté de «■ devant ma face? » lui dit le Seigneur,'*. Va sacrer un autre roi. Ce fut David. Il semblait que, pour récompense du souverain empire qu’il avait perdu sur le peuple , Dieu le voulût faire l’arbitre des rois, et lui donner la puissance de les établir.

La maison de ce souverain dépossédé fut un asile à David , pendant que Saül le persécutait. Saül ne respecta pas cet asile , qui devait être sacré. Il envoya courrier sur courrier et messager sur messager, pour y prendre David*, qui fût contraint de prendre la fûite , de quitter ce sacré refuge, et bientôt après le royaume. Et le secours de Samuel lui fut inutile.

Ainsi vécut Samuel retiré dans sa maison, comme un conseiller fidèle dont on méprisait les avis, et qui n’a plus qu’à prier Dieu pour son roi. Une si belle retraite laissa au peuple de Dieu un souvenir éternel d’une magnanimité qui jusqu’alors n’avait point d’exemple. Il y mourutplcin de jours, et mérita que « tout Israël s’assemblât à « Ramatha pour l’ensevelir, et faire le deuil de sa « mort en grande consternation »

II* PBOPOsrriON.

L« emetère de NéhémUs , modèle des bons gouverneurs.

Les Juifs rétablissaient leur temple, et commençaient à relever Jérusalem , sous les favorables édits des rois de Perse , dont ils étaient devenus sqjcts par la conquête de Babylone; mais ib étaient traversés par les continuelles hostilités

' I. Ktg. XI, is.

* Ibid. U, 16.

> Ihid. XV.

4 Ihid. XVI, I.

i ibid. XIX, IB, I9et SM|.

« I. Ktg. XXV, I ; xxviii , 3 aossi’ET. —

des Somoritains et de leurs autres voisins, anciens ennemis de leur nation, et même par lesministres des rois, avec une opiniâtreté invincible '.

Ce fut dans ces conjonctures que Néhémias fut envoyé par Artaxerxès, roi dès Perses, pour en être le gouverneur. L’ambition ne l’éleva pas à cette haute charge, mais l’amour de ses concitoyens ; et il ne se prévalut des bonnes grâces du roi son maître, que pour avoir le moyen de les soulager.

Parti de Perse dans cette pensée , il trouva que Jérusalem désolée , et de tous eôt^ en ruine , n’était plus que le cadavre d’une grande ville , où l’on ne connaissait ni forts, ni remparts, ni portes , ni rues , ni maisons.

Après avoir commencé de réparer ces ruines plus par ses exemples que par ses ordres , la première chose qu’il ût fut de tenir une grande assemblée , contre ceux qui opprimaient leurs frères. R Quoi I leur disait-il ’, vous exigez d’eux des « usures , pendant qu’ils ne songent qu’à engager « leurs prés et leurs vignes, et même à vendre « jusqu’à leurs enfants pour avoir du pain , et X payer les tributs au roi! Vous savez, poursui- « vait-il, que nous avons racheté nos frères, qu’on « avait vendus jyix Gentils : et vous vendrez les « vôtres , pour nous obliger encore à les racbe- « ter! » Il confondit par ce discours tous les oppresseurs de leurs frères ; et surtout quand Rajouta en secouant son sein , comme s’il eût voulu s’épuiser lui-même * : « Moi , et mes frères, et mes « domestiques , avons prêté du blé et de l’argent « aux pauvres ; et nous leur quittons cet em- « prunt.

. « Les gouverneurs qui m’ont précédé , et en- < core plus leurs ministres (car c’est l’ordinaire) , X avaient accablé lepcuple, qui n’en pouvait plus. X Mais moi , au contraire , j’ai remis les droits X attribués au gouvernement *. » Il savait qu’en certains états d’indigence extrême de ceux qui nous doivent , exiger ce qui nous est dû l^itimement, c’est une espèce de vol.

X Sa table était ouverte aux magistrats , et aux « voisins survenus. On y trouvait des viandes X choisies et en abondance , et des vins de toutes X les sortes *. » Il avait besoin, dans la conjoncture, do soutenir sa dignité; et conciliait les esprits' par cet éclat.

X J’ai , dit-il * , vécu ainsi durant douze ans. X J’ai rebâti la muraille à mes dépens ; personne X n’était inutile dans ma maison , et tous mes do-

» II. Etdr. I , n , III , IV.

• nid. V, l,î, 8,7, 8.

> Ibid, lu, 13.

• nid. 14 , IS

» II. Ssdr. V, 17, 18.

• nid. 14, I&

POLITIQUE

• mestiqucs travaillaient aux ouvrages publies. »

Voici encore qui est remarquable, et d'une

exacte justice : « Je n’ai acheté aucune terre « C'est un vol , de se prévaloir de son autorité et de l'indigence publique, pour acheter ce qu’on veut , et à tel pri.x qu’on y veut donner.

Ce qu’il y a de plus beau , c’est qu’il faisait tout cela dons la seule vue de Dieu et de son devoir; et lui disait avec confiance ’ : •< Seigneur, souve-

• nez- vous de moi , selon tout le bien (jue j’ai fait « à ce peuple. »

Il ne faut pas s’étomier s'il employait son autorité à « faire observer e.\actcment le sabbat , « les ordonnances de la loi et tout le droit lévi- « tique et sacerdotal »

Venons aux vertus militaires , si necessaires ii ce grand emploi.

Pendant qu’on rebâtissait la ville avec diligence , pour la mettre hors de péril , « il fit parta-

• ger les citoyens, dontlamoitiébâtissait, pendant

« que l’autre gardait ceux qui travaillaient, et re- « poussait l’ennemi à main armée » Mais, dans

l’ouvrage même, les travailleurs étaient prêts à prendre les armes. Tout le monde était armé , et, comme s’exprime l’Écriture ^ , « d’une main on - tenait l’épée, et on travaillait, de l’autre. ^ Et comme ils étaient dispersés en divers endroits , l'ordre était si bon , qu’on savait où se rassembler ■au premier signal.

Comme on ne pouvait abattre Néhémias par les armes , on tâchait de l’engager dans des traités captieux avec l’ennemi Sanaballat et les autres chefs avaient gagné plusieurs magistrats et l’environnaient de leurs émissaires, qui les vantaient auprès de lui. On tâchait de l'épouvanter par des lettres qu’on faisait courir, et i>ar de faux bruits. On lui faisait craindre de secrètes machinations contre sa vie , pour l’obliger a prendre la fuite , et on ne cessait de lui proposer des conseils timides, qui auraient mis la terreur parmi le peuple. Renfermons-nous, clisaient- « ils 7, et tenons des conseils secrets au dedans du •« temple , à huis clos. » Mais il répondait avec une noble fierté qui rassurait tout le monde * : « Mes pareils ne craignent rien , et ne savent ni « se cacher ni prendre la fuite. » Par tant de trames diverses , on ne tendait qu’à le ralentir ou à l’amuser, si on ne pouvait le vaincre; mais il se trouva également au-dessus de la surprise et de la violence.

* II. ffiifr T , in.

’ /iid. 11).

* /bid. XIII.

* /6iii. IV, 10.

/b/d. li , I . U <•! w'((.

■' /h/d. II).

I.a sourcedetantdebiensetait une solide piété, un désintéressement parfait, une attention toujours vive à ses devoirs, et un courage intrépide.

ni* PBOPOSITIOX.

Le caractère de Joab, mêlé de grandes vertus et de grands vices, sous David.

David trouva dans sa famille, et en la personne de Joab , fils de sa sœur Sarvia ' , un appui de son trône.

Dès le commencement de son règne, il le Jugea le plus digne de la charge de général des armées. Mais il voulait qu’il la méritât par quelque service signalé rendu à l’État ; car il était indigne d'un si grand roi , et peu glorieux à Joab, que David parût n’avoir égard qu’au sang , et à l’intérêt particulier. Lorsque ce prince attaqua Jébus , qui fut depuis appelé Jérusalem , et que David destinait à être le siège de la religion et de l’empire, il fit cette solennelle déclaration* : « Celui qui aura le premier poussé le Jébuséen , « et forcé la muraille , sera le chef de la nûlice. » Ce fut le prix qu’il proposa à la valeur. « Joab « monta le premier, et il fut fait chef des armées. « Ainsi fut prise la citadelle de Slon , qui fut ap- ■ pelée la cité de David , à cause qu’il y établit O sa demeure. »

Après celte belle conquête , « David bâtit la n ville aux environs , depuis le lieu appelé Mello ; « et Joab (qui avait eu tant de part à la victoire ) « acheva le reste » Ainsi il se signala dans la construction des ouvrages publics, comme dans les combats, et tint, auprès de David, la place que l’histoire donne auprès d’Auguste au grand Agrippa son gendre.

Quand David pour son malheur eut entrepris dans Juda et dans Israël le dénombrement des hommes capables de porter les armes, qui lui attira le fléau de Dieu , Joab , à qui il en donna le commandement, fit en fidèle ministre ce qu’il put pour l’en détourner, en lui disant : « Que le « Seigneur augmente le peuple du roi mon sei- « gneur jusqu’au centuple de ce qu’il est ! mais « que prétend le roi mon seigneur, par un tel dé- « nombrement? N’est-ce pas assez que vous sa- « chiez qu’ils sont tous vos serviteurs? Que cher- « chez-vous davantage , et pourquoi faire une « chose qui tournera en péché à Israël?'»' Dieu ne voulait pas qu'Israël, ni son roi, mit sa confiance dans la multitude de ses combattants, qu’il fallait laisser multiplier A celui « qui avait promis

j ' I. Pnntl/p. Il, 10.

( > II. a<</. V, 7, 8. I. /’firfi/»/). XI, 4, r>,G, 7.

I 3 juid. 8.

' 4 II. /{r,/.x\iv, i 3. I. XXI, 2,.V

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