‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 17 sur 518 · CHAPITRE il · texte numérisé non relu

CHAPITRE il

Du coqis.

La première chose qui parait dans notre corps, c’est qu'il est organique , c'est-fKlire , composé de parties de différcutc nature, qui ont différentes fonctions.

DK DIEU ET

Ces organes lui sont donnés pour exercer certains mouvements.

Il y a de trois sortes de mouvements. Celui de haut en bas , qui nous est commun avec toutes les choses pesantes : celui de nourriture et d’accroissement , qui nous est commun avec ies plantes : celui ipii est excité par certains objets , qui nous est cninmim avec les animaux.

L'animal s nlMuidunuc quelquefois à ce mouvement de pesanteur, comme ((uand il s'asseoit, ou qu'il se couche; mais le plus souvent il lui résiste , comme quand il se tient droit, ou qu'il marche. L'aliment est distribué dons toutes les parties du corps, au préjudice du cours (pi'oiit naturellement les choses pesantes; de sorte (pt'on peut dire que les deux derniers mouvements résistent au premier, et que c’est une des differenees des plantes et des animaux d'avec les autres corps pesants.

Pour donner des noms à ces trois mouvements divers, nous pouvons nommer le premier, mouvement naturel ; le second , mouvement vital , le troisième, mouvement animal. Ce qui n'empéchera pas que le mouvement animal ne soit vital, et que l’un et l’autre ne soient naturels.

Ce mouvement que nous appelons animal , est le même qu’on nomme progressif, comme avancer, reculer, marcher de côté et d’autre.

Au reste , il vaut mieux , ce semble , appeler ce mouvement , animal , que volontaire ; à eausc que les animaux, rpii n’ont ni raison ni volonté, le fout comme nous.

Nous pourrions ajouter à ces mouvements le movivement violent , qui arrive à l'animal quand on le traîne nu quand on le pousse, et le mouvement eonvidsif. Mais il a été bon de considérer, avant toutes choses , les trois genres de mouvements, tpii sont, pour ainsi parler, de la première intention de la nature.

Iæ premier n’a pas besoin d'organes ; et c’est pourquoi nous l’appelons purement naturel, quoique les médecins réservent ce nom au mouvement du cœur. I,esdeux autres ont besoin d'organes; et il a fallu, pour les e.xercer, tpie le corps fût composé de plusieurs parties.

Elles sont extérieures et intérieures.

Entre les parties extérieures , la principale est la tète , qui au dedans enferme le cerveau , et au dehors sur le devant fait paraître le visage , la plus belle partie du corps , où sont toutes les ouvertures par où les objets frappent les sens , c'est-à-dire , les yeux , les ordlles, et les autres de même nature.

On y volt entre autres l’ouverture par ou entrent les viandes , et par où sortent ies paroles , n’est-a-dire , la bouche. Elle renferme la langue , qui avec les lèvres cause toutes les articulations de

DE SOI-MÈMK.

I la voix , par ses divers battements contre le palais et contre les dents.

La langue est aussi l'orgime du goût , c'est par elle qu'on goûte les viandes. Outre quelle nous les fait goûlcr,clle les humecte et les amollit, clic les |)orte sous lesdeuts pour être màcliées, et aide à les avaler.

Ou voit ensuite le cou , sur lequel la tète est poste, et qui parait comme un pivot sur letpicl elle tourne.

Apres v iennent les t'iiaulcs, où les br;is sont attaches , et qui sont propres à porter les grands fardeaux.

Ia>s bras sont destinés à serrer et à repousser, à remuer ou à transporter, selon nos )>csoin.s , les choses t(ui nous aecomnitHlent ou nous embarra.ssent. la;s mains nous servent aux ouvrages les plus forts et les plus délicats. Par elles nous nous faisons des instruments pour faire les ouvrages qu’elles ne iieuvent faire elles-mêmes. Par exemple , les mains ne peuvent ni couirer id scier ; mais elles font des couteaux , des scies , et d'autres instruments semblables, qu’elles appliquent chacun à leur usage. Les bras et les mains sont en divers endroits divisés |>ar plusieurs articulations, qui, jointes à la fermeté deus os , leur servent pour faciliter le mouvement, et pour serrer les corps grands et petits. Les doigts, inégaux entre eux, s'égalentiHiurembrasser ccqu'.i tiennent. Le petit doigt et le pouce servent a fermer fortement et exactement ta main. Les mains nous sont données pour nous défendre , et |xxir éloigner du corps ca qui lui nuit. C'est pourquoi il n'y a d’endroit ou elles ne puissent atteindre.

On voit ensuite la poitrine , qui contient le cœur et le poumon ; les côtes en font et en soutiennent la cavité. Entre la poitrine et le ventre se trouve le diaphragme , qui est une cloison ehnrmie (hms son tour, et membraneuse à son centre , dont l'usage est d'allonger la concavité de la poitrine en se bandant, etd’accourcir la meme concavité en se relâchant et se voûtant de bas en haut, ce qui fait lu meilleure partie de la respiration tranquille.

Au-dessous du diaphragme est le ventre, qui enferme l’estomac, le fuie, la rate, les intestins ou les boyaux , par où les excréments se séparent et SC décliargent.

Toute cette in.issc est posée sur les cuisses et sur les jambes, brisées en divers endroits, comme les bras, |>our la facilitédumouvcment et du rr|K>s.

Ix:s pieds .soutiennent le tout ; et quoiipi’ils paraissent petits en comparai.sun de tout le corps , les proportions en sont si bien prises , qu'ils portent sans peine un si grand fardeau. Les doigts des pieds y contribuent , parce qu’ils serrent et appliquent le pied contre la terre ou le pave.

DE LA CONNAtSSANCE

Le corps aide aussi à se soutenir par la manière dont il se situe; parce qu’il se pose naturellement sur un certain centre de pesanteur, qui fait que les parties se contrc-balanccnt mutuellement , et que le tout se soutient sans peine par ce contre-po.ds.

Les chairs et la peau couvrent tout le corps , et servent A le défendre contre les injures de l'air.

Les chairs sont cette substance molle et tendre qui couvre les os de tous cAtés. Elles sont composées de divers filets qu’on appelle fibres, tors en différents sens , qui peuvent s’allonger et se raccourcir, et par IA tirer, retirer, étendre, fléchir, remuer en diverses sortes les parties du corps , ou les tenir en état. C’est ce qui s’appelle muscles , et de IA vient la distinction des muscles extenseurs , ou fléchisseurs.

Les muscles ont leur origine A certains endroits des os , où on les voit attachés , excepté quelquesuns, qui servent A l’éjection des excréments, et dont la composition est fort différente des autres.

Iji partie du muscle qui sort de l’os, s’appelle la tête : l’autre extrémité s’ap(«lle la queue , et c’est le tendon. Le milieu s’appêllc le ventre, et c’est la plus molle , comme la plus grosse. Les deux extrémités ont plus de force , parce que l’une soutient le muscle, et que par l’autre , e’est-A-dire , par le tendon , qui est aussi le plus fort, s’exerce Immédiatement le mouvement.

Il y a des muscles qui se meuvent ensemble, en concours , et en même sens , pour s’aider les uns les autres ; on les peut appeler concurrents.

Il y en a d’autres opposés , et dont le jeu est contraire, c’est-A-dire , qtie pendant que les uns se retirent, les autres s’allongent; on les appelle antagonistes. C’est par IA que se font les mouvements des parties, et le transport de tout le corps.

On ne peut assez admirer cette prodigieuse quantité de muscles, qui se voient dans le corps humain , ni leur jeu si aisé et si commode , non plus que le tissu de la peau qui ies enveloppe, si fort et si délicat tout ensemble.

Parmi les parties intérieures , celle qu’il faut eousidérer la première, c’est le cœur. Ilest situé au milieu de la poitrine , couché pourtant de manière que la pointé en est tournée et un peu avancée du côté gauche. Il a deux cavités, A chacune desquelles est jobite une artère et une veine, qui de là se répandent par tout le corps. Ces deux cavités , que les anatomistes appellent les deux ventricules du cœur, sont séparées par une substance solide et cliamue , A qui notre langue n’a point donné de nom , et que les Latins appellent septum medium.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans le cœur, est son battement continuel , par lequel il se res-

serre et se dilate. Cest ce qui s'appelle systole -et diastole ; systole, quand il se resserre; et diastole, quand il se dilate. Dans la diastole , il s’enfle et s’arrondit ; dans la systole, il s’apetisse et s’allonge. Mais l’expérience a appris que lorsqu’il s’enfle au dehors , il se resserre au dedans ; et au contraire , qu’il se dilate au dedans , quand il s’apetisse et s’amenuise au dehors. Ceux qui , pour connaître mieux la nature des parties, ont fait des dissections d’animaux vivants , assurent qu’après avoir fait une ouverture dans leur cœur, quand il bat encore, si on y enfonce le doigt, on se sent plus pressé dans la diastole ; et ils ajoutent que la chose doit nécessairement arriver ainsi, par la seule disposition des parties.

A considérer la composition de toute la masse du cœur, les fibres et les filets dont il est tissu , et la manière dont ils sont tors , on le reconnaît pour un muscle, A qui les esprits venus du cerveau causent son battement continuel. Et on prétend que CCS fibres ne sont pas mues selon leur longueur prise en droite ligne , mais comme torses de côté , ce qui fait que le cœur se ramenant sur lui-méme , s’enfle en rond ; et en même temps que les parties qui environnent les cavités se compriment au dedans avec grande force.

Cette compression fait deux grands effets sur le sang ; l’un , qu’elle le bat fortement , et par la même raison elle l’écbauffe ; l’autre , qu’elle le pousse avec force dans les artères , après que le cœur, en se dilatant , l’a reçu par les veines.

Ainsi , par une continuelle circulation , le sang doit couler nécessairement des artères dans les veines, des veines dans le cœur, du cœur dans le poumon, où il reprend de l’air et avec l’air une nouvelle vie; du poumon dans le cœur, du cœur dans les artères de la tête , et dans celles de tout le corps.

C’est A l’occasion de cette distribution du sang artériel dons la tête , que les esprits animaux , ou plutôt la liqueur animale y est formée pour être distribuée par les nerfs dans toutes les parties du corps, où elle porte par les nerfs le sentiment , et A l’oecosion des nerfs distribue dans les muscles le mouvement.

Il y a beaucoup de chaleur dans le cœur. Mais ceux qui ont ouvert des animaux vivants, assurent qu’ils ne la ressentent guère moins grande dans les autres parties.

Le poumon est une partie molle et vésiculaire , qui , en se dilatant et se resserrant A la manière d’un soufflet , reçoit et rend l’air que nous respirons. Ce mouvement s’appelle inspiration et expiration , en général respiration.

Les mouvements du poumon se font par le moyen des muscles insérés en divers endroits au

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dedans du corps, et par lesquels la partie est comprimée et diiatée.

Cette compression et dilatation se fait aussi sentir dans te bas-ventre , qui s'enfle et s'abaisse nu mouvement du diaphragme , par le moyen de certains muscles , qui font la communication de l'une et de l'autre partie.

Le poumon se répand de part et d'autre dans toute la capacité de la poitrine. Il est autour du cœur, pour le refrnichir par l'air qu'il attire. En rejetant cet air, on dit qu'il pousse nu dehors les fümées (pie le cœur excite par sa chaleur, et qui le suffoqueraient, si elles n’étaient évaporées. Cette même fraîcheur de l’air sert aussi à épaissir le sang, et ù corriger sa trop grande subtilité. Le poumon a encore beaucoup d'autres usages, qui s'entendront beaucoup mieux par la suite.

C'est une chose admirable, comme l'animal, (pii n’a pas besoin de respirer dans le ventre de sa mère , aussitAt qu'il en est dehors , ne peut plus vivre sans respiration. Ce qui vient de la différente manière dont il se nourrit dans l'un et dans l’autre état. Sa mère mange, digère et respire pour lui , et , par les vaisseaux disposés à cet effet , lui envoie le sang tout préparé et conditionné comme il faut, pour circuler dons son corps, et le nourrir.

Le dedans de la poitrine est tendu d’une peau assez délicate , qu’on appelle pleure. Elle est fort sensible; et c’est de l’inflammation de cette membrane que nous viennent les douleurs de la pleurésie.

Au-dessous du poumon est l'estomac, qui est un grand sac enforme d’une bourse oud’tuie cornemuse, et c'est li que se fuit bi digestion des viandes.

Du cAté droit est le foie. Il enveloppe un cAté de l’estomac, et aide à la digestion per sa chaleur. Il fait la séparation de la bile d'avec le sang. De IA vient cpi'il a par-dessous un petit vaisseau, comme ime petite bouteille, (pi’on appelle la vésicule du fiel, où la bile se ramasse , et d'où elle se décharge dans les intestins. Cette humeur Aere, en les picotant, les agite, et leur sert comme d’une espèce de lavement naturel, pour leur faire jeter les excréments.

la rate est à l’oppositc du foie : c'est une espèce de sac spongieux , où le sang est apporté par une grosse artère, et rapporté par les veines, comme dans toutes les autres parties , sans qu'on puisse remarquer dans ce sang aucune différence d’avec celui qui passe par Icsautresartèrcs; cpioique l'antirpiité , trompée par la couleur brune de ce sac , l'ait cru le réservoir de l'humeur mélancolique , et lui ait , par cette raison , attribué ces noirs chagrins dont ou ne peut dire le sujet.

DE SOI-MÊ.ME

Derrière le foie et la rate, et un peu au-dessous , sont les deux reins , un de chaque cAté , où se séparent et s'amassent les sérosités, qui tombent dans la vessie par deux petits tuyaux , qu’on appelle les uretères, et font les urines.

Au-dessous de toutes ces parties sont les intestins, où, par divers détours, les excréments se séparent , et tombent dans les lieux où la nature s’en décharge.

Les intestins sont attachés et comme cousus aux extrémités du mésentère ; aussi ce mot signifle-t-il le milieu des entrailles.

Le mésentère est la partie qui s’appelle firaise dans les animaux , par le rapport (pi'elle a aux fraises qu'on portait autrefois au cou.

C'est une grande membrane étendue k peu près en rond , mais repliée plusieurs fois sur ellemême; ce qui fait que les Intestins , qui la bordent dans toute sa circonférence , se replient de la même sorte.

On voit sur le mésentère une inflnité de petites veines plus déliées que des cheveux , qu’on appelle des veines lactées, à cause ({u'elles contiennent une liqueur semblable au lait , blanche et douce comme lui , dont on verra dans la suite la génération.

Au reste les veines lactéessontsi petites, ({u’on ne peut les apercevoir dons l'animal qu'en l'ouvrant un peu après qu’il a mangé , parce que c’est alors, comme il sera dit, qu'elles se remplissent de ce suc blanc, et ({u’elles en prennent la couleur.

Au milieu du mésentèro est une glande assez grande ; les veines lactées sortent toutes des intestins,etoboutissentè cette glande comme A leur centre.

Il parait , par la seule situation , que la liipicur dont ces veines sont remplies , leur doit venir des entrailles, et ({u’elle est portée à cette glande, d’où elle est conduite en d'autres parties , qui seront marquées dans la suite.

Tous les intestins ont leur pellicule commune qu’on appelle le péritoine, qui les enveloppe, et qui contient divers vaisseaux; entre autres, les ombilicaux , appelés ainsi , parce ({u’ils se terrai'* nent au nombrii. Ce sont ceux par où le sang et la nourriture sont portés ou cœur de l'enfant , tant ({u'il est dans le ventre de sa mère. Ensuite iis n'ont plus d'usage, et aussi se resserrent-ils tellement , qu’A peine les peut-on apercevoir dans la dissection.

Toute cette basse région , qui commence A l’estomac , est séparée de la poitrine par une grande membrane musculeuse , ou pour mieux dire , par un muscle qui s’appelle le diaphragme. Il s’étend

DE LA CO.\NAISSA>CE

d'un cêlé à I niitro dans toute la circonférence des côtes.

Son principal usage est de servir ù la respiration. Pour l'aider, il se hausse et se baisse par un moureraent continuel, qui peut être liôté ou ralenti p.ar diverses eausta.

En se baissant, il appuie sur les intestins, et les pi-esse; ce qui a de gnmds usages, ((u il faudra considérer eu leur lieu.

Iæ diaphragme est percé, pour donner passage aux vaisseaux qui doivent s'étendre dans les parties inférieures.

Le foie et la rate y sont attachés. Quand il est secoue violemment, ce qui arrive quand nous rions avec éclat , la rate , secouée en même tem|w , • se purge des humeurs (pii lu surchargent. D ou vient qu'en certains états un se sent baucoup soulagé pur un ris éclatant.

Voilà les parties principales qui sont renfermées dans la capacité delà jioitrinc , et dans le bas- ventre. Outre cela , il y en a d'autres qui servent de pa.ssage [Kiur conduire à celles-là.

.A l'entrée de la gorge sont attaches l'œsophage, autrement , le gosier , et la traehée-artere. (JLsophnge signifie en grec , ce qui porte la nourriture. Trachée-arlere , et ûpre-artere , c'est la même chose. Elle est ainsi appelée, ù cause qu'étant conqiosée de divers anneaux, le passage n'en est pas uni.

L'œsophage , selon son nom , est le conduit par où les V landes sont portiàs a l'estomac , qui n'est qu'un allongement, ou, comme parle la médecine, une dilatation de l'extrémité inférieure de l'crsophagc. lai situation et l'usage de ce eonduit font voir (lu’il doit traverser le diaphragme.

La traehéc-artére est le eonduit jiar où l'air qu'on respire est lairté daits le poumon , où elle se répand en une infinité de [Hdiles branches qui à la fm deviennent lm|H'rceptihlcs; ce (pil fait que le poumon s'enfle tout entier par la respiration.

Iæ poumon repoussant l'air par la traehée-artere avec efTort , forme la voix ; de la même sorte qu'il se forme un son par un tuyau d'orgue. Avec l'air sont aussi )X)us.sées au dehors les humidités superflues <pji s'engtmdrcnt dans le poumon, et que nous eraclious.

lai trachée-artiTc a dans son entrés! une petite languette, (pii s'onvre pour donner passage aux choses qui doivent Sortirparect eudroit-Ià. Elle s’ouvre plus mnnoins; ce qui sert à fomier la voix, et diversifier les tous.

lai (néiiic languette se ferme exavdeineiit (|uand on avale; de sorte (|iie les viandes passent pardessus, («lur aller dans r(esophagc , sans enti er dans la traehée-artere, qu'il faut laisser libre à

la respiration. Car si l'aliment passait ne ce cAtélù,on étoufferait. Ce qui |>arait par la violence qu'on souffre, et pur l'effort qu’un fait, lorsijua lu traehee-artére eUint un peu eiitr 'ouverte, il y entre quelque goutte d'eau qu’on veut re|K)usser.

La disposition de celte languette étant telle qu’on la vient de voir, il s’ensuit ((u'on ne peut jamais parler et av aler tout ensemble.

■Au bas de l'estomac, et ù rouverture qui est dans son fond , il y a une languette à peu près semhlahie, qui ne s'ouvre qu’en dehors. Pressée par l'aliment qui sort de l'estumae , elle s'ouvre ; mais en sorte ([u'elle empêche le retour aux v iiuides, (|ul eontimient leurehemin lelungd'un gros boyau , où commence à se faire la «•paration des excrcments d’avec la bonne nourriture.

Au-dessus, et dans 1« partie la plus haute de tout le coi-ps , c'est-a-dire , dans la télé , est le cerveau , destiné à recevoir les impressions des objets , et tout ensemble à doiiner au corps les mouvements nécessaires pour les suivre ou les fuir.

Par la liaison qui se trouve entre les olijets et le inouveinent progressif, il a fallu qu'où se termine l'impression des objets, la se trouvât le priiK'iiic et la cause de ce mouvement.

Le cerveau a été formé pour réunir ensemble CCS deux fonctions.

L'impression des objets se fait par les nerfs , qui servent au sentiment; et il se trouve (jue ecs nerfs aboutissent tous au cerveau.

Les esprits coulés dans les muscles par les nerfs répandus dans tous les membres , font le mouvement progressif. Et on croit, premièrement , que les esprits sont portés d'abord du cœur nu ceryeau , où ils prennent leur dernière fonne ; et , secondement , que les nerfs par oii s'en fait la conduite ont leur origine dans le cerveau comme les autres.

Il ne faut donc point douter tpie la direclion dc.s esprits, et par là tout le mouvement progressif, n'ait sa cause dams le eervean. Et en effet il est constant que le cerveau est ntlarpié dans les maladies où le eoryis est entrepris , telles que sont l'apopiexic et la paralysie ; et dans celles qui causent ces inouvcmeiits irréguliers qu'on appelle convulsions.

Comme l'action des objets sur les organes des sens, et ri(npression (pi 'ils font, devait être eonlinuée jus(iu'au cerveau, il a fallu que la subslauce en fût tout ensemble assez niolle pour recevoir les impressions, et assez ferme pour les conserver. Et en effet, clic a tout ensemble ces deux qualité-s.

loi cerveau a divers sinus et aufracliiositéa

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DE DIEU ET DE SOI-MÊME

outre cela, divcrees cavités qu’on appelle ventricules ; choses que les médecins et anatomistes démontrent plus aisément, qu’ils n’en expliquent les usages.

11 est divisé en grand et petit , appelé aussi cervelet. Le premier vers la partie antérieure, et l’autre vers la partie postérieure de la tête.

La eommunication de ces deux parties du cerveau est visible par leur structure ; mais les dernières observations semblent faire voir que la partie antérieure du cerveau est destinée aux opérations des sens: c’est aussi là que se trouvent les nerfs qui servent à la vue , à l’ouic, nu goût, et à l’odorat ; au lieu que du cervelet naissent les nerfs qui servent au toucher et aux mouvements , principalement à celui du coeur. Aussi les blessures et les autres mau.x qui attaquent cette partie , sont-Us plus mortels , parce qu’ils vont directement au principe de la vie.

Le cerveau , dans toute sa masse , est enveloppé de deux tuniques déliées et transparentes , dont l’une, appelée jAc-mère , est l’enveloppe immédiate qui s’insinue aussi dans tous les détours du cerveau; et l’autre est nommée dure-mère, à cause de son épaisseur et de sa consistance.

La dure-mère par les artères dont elle est remplie, est en battement continuel, et bat aussi sans cesse le cerseau , dont les parties étant fort pressées , il s’ensuit que le sang et les esprits qui y sont contenus sont aussi fort pressés et fort battus. Ce qui est une des causes de la distribution , et peut-être aussi du raffinement des esprits.

C’est ce battement de la dure-mère, qu’on ressent si fort dans les maux de tète , et qui cause des douleurs si violentes.

L’artifice de la nature est inexplicable , à faire que le cerveau reçoive tant d’impressions sans en être trop ébranlé. La di’posilion de cette partie y contribue , parce ((ue par sa mollesse il ralentit le coup, et s’en laisse imprimer fort doucement.

La délicatesse extrême des orgaiies des sens aide aussi à produire un si bon effet, parce qu’ils ne pèsent point sur le cerveniu, et y font une impression fort tendre et fort douce.

Cela veut dire que le cerveau n’en est point blessé. Car, au reste, cette impression ne hüsse pas d’étre forte ù sa manière, et de causer des mouvements assez grands; mais tellement proportionnés à la nature du cerveau , qu’il n’en est point offensé.

Ce serait ici le lieu de considérer les parties qui composent l’œil, ses pellicules, appelées lunicpies, ses humeurs de différente nature, par lesquelles se font diverses réfractions des rayons; les muscles qui tournent l’œil , et le présentent diversenieat aux objets comme un miroir; les nerfs

optiques , qui se terminent en cette membrane déliée qu’on nomme rétine, qui est tendue sur le fond de l’œil, comme un velouté délicat et mince, et qui embrasse l’humeur vitrée, au devant de laquelle est enchâssée la partie de l’œil qu’on nomme le cristallin, à cause qu’elle ressemble à un beau cristal.

Il faudrait aussi remarquer la constniction tant extérieure qu’intérieure de l’oreille, et entre autres choses le petit tambour appelé tympan , e’e.stà-dirc , cette iwillicule si mince et si bien tendue, qui , par un petit marteau d’une fabrique extraordinairement délicate , reçoit le battement de l’air , et le fait passer par ses nerfs jusqu’au dedans du cerveau. Mais cette description , aussi bien que celle des autres organes des sens, serait trop longue, et n’est pas nécessaire pour notre sujet.

Outre ces parties, qui ont leur région séparée, il y en a d’autres qui s’étendent et régnent par tout le corps , comme sont les os , les artères , les veines et les nerfs.

La plupart des os sont d’une substance sèche et dure, incapable de se courber, et qui peut être cassée plutôt que fléchie. Mais quajid ils sont cassés, ils peuvent être facilement remis, et la nature y jette une glaire, comme une espèce de soudure, qui fait qu’ils sc reprennent plus solidement que jamais. Ce qu’il y adeplus remarquable dans les os , c’est leurs jointures , leurs ligaments , et les divers emboîtements des ims dans les autres , par le moyen desquels ils jouent et se meuvent.

Les emboîtements les plus remarquables sont ceux de l’épine du dos, qui règne depuis le chignon du cou jusqu’au croupion. C’est un enchaînement de petits os, emboîtés les uns dans les autres, en forme de double charnière, et ouverts au milieu pour donner entrée aux vaisseaux qui doivent y avoir leur passage. lia fallu faire l’épine du dus de plusieurs pièces, afin qu’on pût courber et dresser le corps , qui serait trop roide , si l’épine était d’un seul os.

Le propre des os est de tenir le corps en état , et de lui servir d’appui. Ils font dans l’architecture du corps humain , ce que fout les pièces de lx)i$ dans un bâtiment de charpente. Sans les 03 , tout le corps s’abattrait, et on verrait tomber par pièces toutes les parties. Ils en renferment les unes comme le crâne, c’est-à-dire, l’os de la têto renferme le cerveau ; et les côtes , le poumon et le cœur. Ils en soutiennent les autres , comme les os des bras et des cuisses soutiennent les chairs qui y sont attachées.

Le cerveau est contenu dans plusieurs os joints ensemble, de manière qu’ils ne font qu’une b<»ita

DE LA CONNAISSANCE

rontimie. Mais s’il en eût été de mûme du poumon , cet os aurait été trop grand , p<ir conséquent ou trop fragile , ou trop solide , pour se remuer au mouvement des muscles qui devaient dilater ou resserrer la poitrine. C'est pourquoi il a fallu faire ce coffre de In poitrine de piusieurs pièces , qu'on appelle eûtes. Elles tiennent ensemble par les peaux qui leur sont communes, et sont plus pliantes que les autres os , pour être capables d'obéir aux mouvements que leurs muscles leur devaient donner.

Le crilne a beaucoup de choses qui lui sont particulières. Il a en haut ses sutures , où il est un peu entr'ouvert , pour laisser évaporer les fumées du cerveau , et servir à l’insertion de l’une de ses enveloppes, c’est-à-dire, de \adurc-mcre. Il a aussi ses deux tables , étant composé de deux couches d'os posées l'une sur l'autre avec un artifice admirable , entre lesquelles s'insinuent les artères et les veines qui leur portent la nourriture.

Les artères , les veines et les nerfs sont joints ensemble , cl se répandent par tout le corps jusques aux moindres parties.

I-es artères et les veines sont des vaisseaux qui portent par tout le corps, pour eu nourrir toutes les parties, cette liqueur qu’on appelle sang : de sorte qu'elles-mèmes, pour être nourries , sont pleines d'autres petites artères et d'autres petites veines, et celles-là d’autres encore, jusques nu terme que Dieu seul peut savoir. Et toutes ces veines et ces artères composent avec les nerfs, qui se sulidivisent de la même sorte, un tissu vraiment merveilleux et inimitable.

Il y a aux extrémités des artères et des veines , de secrètes communications par où le sang passe continuellement des unes dans les autres.

Les artères le reçoivent du coeur, et les veines l’y reportent. C'est pourquoi , a l’ouverture des artères , et à l'embouchure des veines du l’été du cœur, il y a des valvules , ou soupapes , qui ne s’ouvrent qu’en un sens , et qui , selon le sens dont elles sont tournées , donnent le passage , ou empêchent le retour. Celles des artères sc trouvent disposées de sorte qu’elles peuvent recevoir le sang en sortant du cœur; et celles des veines, au contraire , de sorte <pi 'elles ne peuvent que le rendre au cœur, sans le pouvoir jamais recevoir immédiatement du cœur. Et il y a, par intervalles, le long des artères et des veines , des valvules de même nature , qui ne permettent pas nu sang , une fois passé, de remonter au lieu d'où il est venu : tellement qu’il est forcé , par le nouveau sang qui survient sans cesse , d'aller toujours en avant , et de rouler sans fin par tout le corps.

Mais ce qui aide le plus à cette circulation ,

c’est que les artères ont un battement continu , et semblable à celui du cœur, et qui le suit. C'est ce qui s'appelle le pouls.

Et il est aisé d'entendre que les artères doivent s'enfler au battement du cœur , qui jette du sang dedans. Mais , outre cela , on a remarqué que , par leur composition , elles ont , comme le cœur, un Itattement qui leur est propre.

On peut entendre ce battement , ou en supposant que leurs fibres , une fois enflées par le sang que le cœur y jette , font sur elles-mêmes une espèce de ressort , ou qu’elles sont tournées de sorte qu’elles sc remuent eomme le cœur même, à la manière des muscles.

Quoi qu’il en soit , l’artère peut être considérée comme un cœur répandu partout , pour battre le sang et le (tousser en avant ; et comme un ressort , ou un muscle monté , [tour ainsi parler, sur le mouvement du cœur , et qui doit battre en même cadence.

Il parait donc que , (tar la structure et lé battement de l’artcre , le sang doit toujours av ancer dans ce vaisseau ; et d’ailleurs l'artère , battant sans relâche sur la veine qui lui est conjointe , y doit faire le même effet que sur elle-même , quoiipie non de même force; e'ist -à-dire, qu'elle y doit battre le sang , et le pousser cuotinuellemeDt de valvule en valvule , sans le laisser rc()Oser un seul moment.

Et par là il a fallu que l’artère , qui devait avoir un battement si continuel et si ferme , fût d'uuc consistance plus solide et plus dure que la veine ; joint que l’artère qui reçoit le sang comme il vient du cœur, c’est-à-dire, plus éeliauffé et plus vif, a dû encore , pour cette raison , être d'une strecturc plus forte, pour em[>écber que cette li((ueur n'échappàt en abondance (tar son extrême subtilité , et ne rompit scs vaisseaux , à la manière d'un vin fumeux.

Il n'est (tas possible de s’empêcher d’admirer la sagesse de la nature , qui ici , eomme partout ailleurs, forme les parties de la manière qu’il faut pour les effets auxquels on les voit manifestement destines.

Il y a à la base du cœur deux artères et deux principales veines, d’où naissent toutes les autres. La plus grande artère s'appelle Yuorle : la plus grande veine s’appelle la veine-cave. L’aorte (torte le sang par tout le corfis , excepté le cœur et le (titumon; la veine-cave le rc(torte de tout le eiir(is , excepté du cœur et du poumon : l’aorte sort du ventricule gauche, la cave aboutit au ventricule droit; du même ventricule sort l’artère du [voumon, moindre dans les adultes que l’aorte ; aussi ne (»rle-t-elle ipie la portion du sang veinai destiné au poumon. lai veine du

Digitizou by è

DE DIEÜ ET DE SOI-AffiMK,

poumon aboutit nu vcntrlmV! gauche ; aussi nu rapporte-t-elle que le sang veinai destiné au poumon , et par lui rendu artériel par le mélange de l'air respiré dans celte partie.

Le cœur est nourri par une artère particulière, qui n'a nulle eoininunication immédiate avec l'aorte , et reçoit le sang du ventricule gauche; et le reste du sang destiné à la nourriture est rapporté par une veine particulière , qui n'a nulle communication immédiate avec le cœur, et rend son sang dans le ventricule droit.

Immédiatement en sortant du cœur, l’aorte et la grande veine envoient une de leurs branches dons le cerveau ; et c'est par là que s'y fuit ce transport soudain des esprits, dont il a été parlé.

Les nerfs sont comme de petites cordes , ou plutAt comme de petits filets, qui commencent parle cerveau, et s’étendent {Kirtout le corps, jusfpi’uux dernières extrémités.

Partout où il y a des nerfs, il y a quelque sentiment ; et partout où il y a du sentiment , il s'y reneontre des nerfs , comme le propre organe des sens.

La cavité des nerfs est remplie d’une certaine moelle, qu'on dit être de mémo nature que le cerveau, à travers de larpielle les esprits peuvent aisément continuer leur cours.

Par là se voient deux usages principaux des nerfs. Ils sont premièrement les organes propres du sentiment. C'est |x)urquoi , à cliatpie partie qui ! est le siège de quelqu'un dessens, il y a des nerfs destinés pour servir au sentiment. Par exemple, il y a aux yeux les nerfs optiques , les auditifs aux oreilles, les olfactifs aux narines, et les gustatifs à la langue. Ces nerfs servent aux sens situés dans ces parties ; et comme le toucher se trouve par tout le corps , il y a aussi des nerfs répandus par tout le corps.

Ceux qui vont ainsi par tout le corps , en sortant du cerveau , passent le long de l'épinedudos, d’où ils SC partagent et s'étendent dans toutes les parties.

Le second usage des nerfs n'est guère moins Important. C'est de porter par tout le cori» hs esprits qui font agir les muscles, et causent tous les mouvements.

Ces mêmes nerfs repandus partout , qui servent au loucher, servent aussi à cette conduite des esprits dans tous les muscles. Mais les nerfs que nous avons considérés conune les propres organes des quatre autres sens, u'ont point cet usage.

Et il est à remarquer que les nerfs qui servent au toucher sc trouvent même dans les parties qui scrv eut aux auti'cs sens ; dont la raison est que

ces partics-IA ont avec leur sentiment propre celui du toucher. Ix's yeux , les oreilles , les narines et la langue peqvent recevoir des Impressions qui ne dépendent que du toucher seul, et d'où naissent des douleurs auxquelles ni les couleurs, ni les sons , ni les odeurs , ni le goût , n'ont aucune part.

Ces parties ont aussi des mouvements qui demandent d'autres nerfs que ceux qui servent immédiatement à leurs sensations particulières. Par exemple , les mouvements des yeux , qui sc tournent do tant de càtés, et ceux de la langue, (|ui paraissent si divers dans la parole , ne dépendent en aucune sorte des nerfs qui servent au goût et à la vue. Et aussi y en trouve-t-on beaucoup d'autres ; par exemple , dans les yeux , les nerfs moteurs, elles autres que démontre l'anatomie.

Les parties quenous venons de décrire ont touj tes , ou presque toutes , de petits passages qu’on appelle porcs, par où s'échappent et s'évaporent les matières les plus légères et les plus subtiles, par un mouvement qu'on appelle transpiration.

Après avoir parlé des parties qui ont de la consistance, il faut parler maintenant des liqueurs et des esprits.

Il y a une li(|ueur qui arrose tout le coiqjs , et qu’on appelle sang.

Cette liqueur est mêlée dans toute sa masse de beaucoup d’autres liqueurs , telles que sont la hile et les sérosités. Celle qui est rouge, qu’on voit à la fin sc figer dans une palette , et qui en occupe le fond, est celle qu’on appelle proprement le sang.

C'est par cette liqueur que. in chaleur se répand cl s’entretient. C’est d’elle que se nourrissent toutes les parties ; et si l’animal ne se réparait eontinucliemcnt pju- cette nourriture, il périraiL

C'est un grand secret de la nature, de savoir comment le sang s’échauffe dans le cœur.

Et d'abord , on peut penser que le cœur étant extrêmement chaud, le saug s’y échauffe et s’y dilate, comme l'eau dons un vaisseau déjà échauffé.

Et si la chaleur du cœur, qu'on ne trouve guère plus grande que celle des autres parties, ne suffit pas pour cela , on y peut ajouter deux choses ; l'une , que le sang soit composé , ou en son tout , ou en partie , d'une matière de la nature de celles qui s'échauffent par le mouvement. Et déjà on le voit fort mêlé de bile , matière si aisée à échauffer ; et peut-être que le saug même , dans sa propre substance, lient de celle qualité. De sorte qu'étant comme il est continuellement battu , premièrement par le cœur, et ensuite par les artères , il vient à un degré de chaleur considérable.

L’autre chose qu'on peut dire, est qu’il sc fait dans le cœur une fermentation du sang.

DE LA CONNAISSANCE

On appelle fermentation lorsqu'une matièie | s'enlle par une espèce de bouillonnement, c’està-dire, par la dilatation de ses parties intérieures. Ce bouillonnement se fait par le mélan^.'c d'une autre matière, qui se répand et s’insinue entre les parties de celle qui est fermentée , et qui , les poussant du dedans nu dehors, leur donne une plus grande circonférence. C’est ainsi que le levain enfle la pâte.

On peut donc penser que le eœur mêle dans le sang une matière quelle qu'elle soit, capable de le fermenter; ou même , sans chercher plus loin , qu’après que l’artère a reçu le sang que le cirur y pousse , quelque partie restée dans le coeur sert de ferment nu nouseau sang que la veine y décharge aussitét après , comme un peu de vieille pâte aigrie fermente et enfle la nouvelle.

Soit donc qu’une de ces causes suffise , soit qu’il faille les joindre toutes ensemble , ou que In nature ait encore quelque autre secret inconnu aux hommes ; il est certain que le sang s’éeh.àufTe beaucoup dans le cœur, et que cette chaleur entretient la vie.

Car d’un sang refroidi il ne s’engendre plus d'esprits; ainsi le mouvement cesse, et l’animal meurt.

Le sang doit avoir une certaine consistance médiocre; et quand il est, ou trop subtil, ou trop épais, 11 en arrive divers maux à tout le corps.

Il bouillonne quelquefois extraordinairement , et souvent il s’épaissit avec excès; ce qui lui doit ! arriver par le mélange de quelque liqueur.

Et il ne faut pas croire que cette liqueur qui peut ou épaissir tout le sang, ou le faire Ivouillonner, soit toujours en grande quantité, l'expérience faisant voir combien peu il faut de levain pour enfler beaucoup depâle, et quesouvent une seule goutte d’une certaine liqueur agite et fait bouillir une quantité beaucoup plus grande d’une autre.

C’est par là qu’une goutte de venin, entrée dans le sang , en fige toute la ma.sse , et nous cause une mort certaine. Et on peut croire de même qu’une goutte de liqueur d'une autre nature fera bouillonner tout le sang. Ainsi ce n'est pas toujours la trop grande quantité de siuig, mais c’est souvent son bouillonnement qui le fait sortir des veines, et qui cause le saignement de nez, ou tes autres accidents seinhlahles , qu’on ne guérit pas tiHijours en tirant du sruig, mais en trouvant ce qui est capable de le rafraîchir et de le calmer.

Nous avons déjà dit du sang , qu’il a un cours perpétuel du cœur dans les artères, des artères dans les veines, et des veines encore dans le cœur, d’où il est jeté de nouveau dans les artères ; et

toujours de mémo tant que l’animal est vivant.

Ainsi c’est le même sang qui est dans les artères et dans les veines , avec cette différence : que le sang artériel , sortant immédiatement du cœur, doit être plus chaud , plus subtil et plus vif ; au lieu que celui des veines est plus tempéré et plus é))ais. Il ne laisse pas d’avoir sa chaleur, mais plus modérée; et so figerait tout à fait s'il croupissait dans les veines , et ne venait bientét se réchauffer dans le cœur.

Le sang artériel a encore cela de particulier, que, quand l'artère est piquée, on le voit saillir comme par bouillons, et à diverses reprises, ce qui est causé par le battement de l’arterc.

Toutes les humeui’S , comme la bile , la lymphe ou sérosité, coulent avec lé sang dans les mêmes vaisseaux , et en sont aussi séjiarées en certaines parties du corps , ainsi qu’il a été dit. Ces humeurs sont de différentes qualités, par leur propre nature, selon qu’elles sont diversement préparé-cs, et |)our ainsi dire criblées. C'est de cette masse commune que sont empreintes et formées la salive, les urines, les sueurs, les eaux contenues dans les vaisseaux lymphatiques qu'on trouve auprès des veines ; celles qui remplissent les glandes de l'estomac, par exemple, qui servent tant à la digestion ; ces lannes enfin que la nature fournit à certains tuyaux auprès des yeux , [lour les humecter.

Les esprits sont la partie la plus vive et la plus agitée du sang’, et mettent en action toutes les parties.

Quand les esprits sont épuisés à force d’agir, les nerfs se détendent, tout se relâche, l'.animal s’endort, et se délasse du travail et de l'action ou il est sans cesse pendant qu'il veille.

I.e sang et les esprits se dissipent continuellement, et ont aussi be.min d’être ré-pan-s.

Pour ce cpii est des esprits, il est aisé de concevoir qu’étant si subtils et si agité-s, ils ptissent à travers les pores, et se dissipent d’eux-mémes par leur propre agitation.

On peut aussi aisément comprendre que le sang, à force de passer et de repasser dans le cœur, s'évaporerait à la fin. Mais il y a une raison particulière de la dissipation du sang, tirée de la nourriture.

Les parties de notre corps doivent bien avoir quelque consistance. Mais si elles n’avaient aussi quel(|ue mollesse , elles ne seraient pas assez maniables, ni assez pliantes pour faciliter le mouvement. Étant donc, comme elles sont, assez tendres, elles se dissipent et se consument facilement, tant par leur propre chaleur, que par la per|iétuelleagi talion des corps qui les environnent. C’est pour cela qu'un corps mort, par la seule agitation

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DK DIKU ET

de l'air auquel II est r.\|K>sé , se corrompt et sc pourrit. Car l’alr ainsi a^ité, ébranlant ce l'orps mort par le dehors , et s'insinuant dans les pores par sa subtilité, à la lin l'altère et le dissout. I.e même arriverait à un corps vivant , s'il n'était réparé par la nourriture.

Ce renouvellement des chairs et des antres parties du corps parait principalemcjit dans la guérison des blessures , qu'on voit se fermer, et en même temps les chairs revenir par une assez prompte régénération.

Cette réparation se fait par le moyen du sang qui coule dans les artères, dont les plus subtiles parties s’échapiwnt par les pori-s , dégouttent sur tous les membies, ou elles se prennent, s'y attachent, et le renouvellent. C'est par là que le corps croit cts'entn-ticnt , comme on voit les plantes et les fleurs eroitre et s'entretenir par l'eau de la pluie. Ainsi le sang , toujours employé a nourrir et à réparer l'animal , s'épuiserait aisément s'il n'était lui- même réparé, et la source en serait bientôt tarie.

La nature y a pourvu par les aliments qu'elle nous a préparés, et par les organes qu'elle a disposés pour renouveler le sang, et par le sang tout le corps.

L'aliment commence premièrement à s'amollir dans la bouche par le moyen de certaines eaux épreintes des glandes (pii y aboutissent. Ces eaux détrempent les viandes , et font qu'elles peuvent plus facilement être brisées et broyées par les mâchoires, ce qui est un commeucement de digestion.

De làelles sont portées par l'(£sophage dans l'estomac, où il coule dessus d’autres sortes d’eaux épreiutcs d’autres glandes , qui se voient en nombre inflni dans l’estomac même. Par le moyen de ces eaux , et à la faveur de la chaleur du foie, les viandes se cuisent dans l’cstomac, à peu près comme elles feraient dans une marmite mise sur le feu. Ce qui se fait d’autant plus facilement, que ces eaux de l'estomac sont de la nature des eaux fortes; car elles ont la vertu d'inciser les viandes , et Us coupent si menues , qu’il n'y a plus rien de. l’ancienne forme.

C'est ce qui s'appelle la digestion , qui n'est autre chose (|ue l'altération (|ue souffre l’aliment dans l'estomac, [lour être disiwsé à s'incorporer à l'animal.

Cette matière digérée, blanchit et dev ient comme liquide. Ccsl cctiui s'appelle le chyle.

Il est porté de l'estomac au boyau (pii est audessous, et ou se commence la sé]iaratian du pur et de l’impur, laipielle se continue tout le long des intestins.

Elle sc fait [lar le presscuieut continuel que

DE SOl-MÉME.

nusc la respiration, et le mouvement du diaphragme sur les boyaux. Car, étant ainsi pressés , la matière dont ils sont pleins est contrainte de couler dans toutes les ouvertures qu’elle trouve dans son passage; en sorte que les veines lactées , qui sont altachéTS aux boyaux , ne peuvent manquer d'être remplies par ce mouvement.

Mais, comme elles sont fort minces, elles ne peuvent recevoir que les parties les plus délicates, qui , exprimées par le pressement des intestins , sc jettent dans ces veines , et y forment cette liqueur blanche qui les remplit et les colore; pendant que leplusgrossicr, par la force du même pressement, continue son chemin dans les intestins, jusqu'à ce que le corps en soit déchargé.

I Car il y a quelques valvules, disposées d’espace en espace dans les gros boyaux , qui empêchent également la matière de remonter, et de descendre trop vite; et on remarque, outre cela, un mouvement v ermiculaire de haut en bas , qui déj termine la matière à prendre un certain cours.

La li(|ueur des veines lactées est celle (pie la I nature préimre pour la nourriture de l'animal. Le reste est le superflu, et comme le marc qu'elle rejette, qu'on appelle au-ssi, par cette raison,

I excivment.

I Ainsi se fait la séparation du liquide d'avec le grossier, et du pur d'avec l'impur; à peu près de la même sorte que le vin et l’huile s'expriment du raisin et de l’olive pressés; ou comme la fleur de farine par un sas plutéit que le son ; ou que certaines liqueurs., passées par une chausse, sc clarilieut , et y laissent ce qu'elles ont de plus grossier.

Les détours des boyaux , repliés les uns sur les autixts, fout que la matière, (figéré-e dans l'estomac , si^ouruc plus loiigl cnijis dans les Imaux , et donne tout le loi.sir nécessaire à lu respiration , fxmr exprimer tout le iiou suc , en sorte ipi'ii ne s'eu perde aucune partie.

Il arrive aussi, par ces détours et par la dis- (Kisition intérieure des boyaux, que ranimai, ayant une fuis pris nourriture, peut demeurer longtemps sans en prendre de nouvelle, jinree que le sue épuré qui le nourrit est lunglenqis à s'exprimer; ce qui fait durer lu distribution, et cuiix'ehe la faim de revenir si tôt.

' Kt on rernuniue ((ue les animaux qu’on voit presque toujours affunié’S, connue par exciiiplo les loups, ont les intestins fort droits. D'ou il arr.ve que l'idiinent digéré y séjounic peu, et iiuo le besoin de manger est pressant et revient souvent.

Comme les entrailles, pressées par la respiration , jettent dans Us v eines lactées la liqueur dont nous venons de parler, ces veines . pres.sécs

DE LA CONNAISSANCE

par la même furre , la pouasent an milieu du mésentère , dons la glande où nous avons dit qu’elles aboutissent; d'ou le même pressement les'porte dans un certain réservoir, nommé le rr’servoirde Vecquet, du nom d'un fameux anatomiste de , nos jours , qui l'a découvert.

De là il passe dans un long vaisseau , qui , par la même raison , est appelé le canal ou le conduit de Pccquel. Ce vaisseau , étendu le long de l’épine du dos , aboutit un peu au-dessus du cou , aune des veines qu’un appelle sous-claviéres; d’où il e.st porté dans le cecur, et là il prend tout à fait la fonne du sang.

Il sera aisé de comprendre comme le chyle est élevé à cette veine , si on considère que le long de ce vaisseau de Pecquet il y a des valvules, disposées par intervalles , qui empêchent cctie liqueur de descendre ; et que d’ailleurs elle est continuellement poussée en haut , tant par la matière qui vient en abondance des veines lactées , que par le mouvetnent du poumon , qui fait monter ce suc en pressant le vaisseau ou il est eontenu.

Il n’est pas croyable à combien de choses sert in respiration. Elle rafraîchit le cæur et le sang : elle entraîne avec elle et iwiisse dehors les fumées qu’excite la chaleur du ceeur ; elle fournit l’air dont se forme la voix et la parole : elle aide , par l’air qu’elle attire , à la génération des esprits : elle pousse le chyle des entrailles dans les veines lactées, de là dans la glande du mésentère, ensuite dans le réservoir cl le canal de Pccqiui, et enfin dans la sous-clavière , et en même temps elle facilite l’éjection des excréments, toujours en pressant les intestins.

Voilà quelle est à peu près la disposilion du corps , et l’usage de ses parties , parmi lesquelles il parait que le cœur et le cerveau sont les principales, et celles, pour ainsi dire, qui mènent toutes les autres.

Ce deux maltresses parties influent dans tout le corps. Le cecur y renvoie partout le sang dont il est nourri ; et le cerveau y distribue de tous côtés les esprits par lesquels il est remué.

Au premier la nature a donné les artères et les veines, pour la distribution du sang; et elle a donné les nerfs au second , pour l’administration des esprits.

Nous avons vu que la fabrique des esprits se commence par le cœur, lors(|ue battant le sang et réchauffant , il en élève les parties les plus subtiles au cerveau, qui les perfectionne, et qui ensuite en renvoie au cœur ce qui est nécessaire , pour produire son battement.

Ainsi ces deux maîtresses parties , qui mettent , pour ainsi dire , tout le corps en action, s’aident mutuellement dans leurs fonctions , puis<|uc sous '

le sang que le cœur envoie nu cerveau , le cerveau n'aurait pas de quoi former les esprits ; et que le cœuraussi ti’aurnit point de mouvement , sans les esprits que le cerveau lui renvoie.

Dans ce secours nécessaire que se donnent ces deux parties, laquelle des deux commence? e’c.st ce qu’il est malaisé de déterminer ; et il faudrait pour cela avoir recours à la première formation de l’animal.

Pour entendre ce qu’il y a Ici de plus constant , il faut penser, avant toutes choses , que le fœtus ou l’embryon, c’est-à-dire l’animal qui se forme, est engendré d’autres animaux déjà formés et vivants , ou il y a par conséquent du sang et des esprits dtjà tout faits , qui peuvent se communiquera l’animal qui commence.

On voit en effet que l’embryon est nourri du sang de la mère qui le (xirte. On peut donc penser que ce sang étant conduit dans le cœur de ce petit animal qui commence d’être, s’y échauffe et s’y dilate par In chaleur naturelle à celte i>artic ; que de là pa.ssc au cerveau ce sang subtil , qui achève de s’y former en esprits, en la manière qui a été dite ; que ces esprits , revenus au cœur par les nerfs , causent son premier battement , qui se continue ensuite à [leu près comme celui d’une pendule après une première vibration.

On peut penser aussi , et peut-être plus vraisemblablement , que l’animal étant tiré des semences pleines d’esprits, le cerveau, par sa première conformation , en peut avoir ce qu’il lui en faut pour exciter dans le cœur cette première pulsation d’où suivent toutes les autres.

Quoi qu’il en suit , l’animal qui se forme venant d’un animal déjà formé , on peut aisément comprendre que le mouvement se continue de l’un à l’autre; et que le premier ressort, dont Dieu a voulu que tout dépendit , étaut une fuis ébranlé , ce même mouvement s’entretient toujours.

Au reste, outre les parties que. nous venons de considérer dans le corps, il y en a beaucoup d’autres connues et inconnues à l’esprit humain ; mais eeci suffit pour entendre l’admirable économie de ce corps, si sagement et si délicatement organisé , et les prineipaux ressorts par lesquels s’en exercent les opérations.

Quand le corps est eu bon état , et dans sa disposition naturelle, c’est ce qui s’appelle santé. La maladie, au contraire, est la mauvaise disposition du tout, ou de ses lairties. Que si l’économie du corps est tellement troublée, que les fonctions naturelles cessent tout à fait, la mort de l’animal s’ensuit.

Cela doit arriver précisément quand les deux maîtresses pièces, e’est-à-dire , le cerveau et le cœur, sont hors d’état d’agir, c’est-à-dire, quand

DE DIED' ET DE SOI-MÊME

le CTcur cesse (le battre, cl ((ue le cerveau peut ne plus exercer cette action , quelle qu'elle soit , qui envoie les esprits au etcur.

Car encore que le concours des autres parties soit nécessaire pour nous faire vivre , la cessation de leur action nous fait languir, nais ne nous tue pas tout à coup; au lieu que quand l’action du cerveau ou du coeur cesse tout à fait, on meurt à l'instaot.

i Or on peut en général concevoir trois choses capables de causer dans ees deux parties cette cessation. La première , si elles sont ou altérées dans leur substance, ou dérangées dans leur composition. La seconde , si les esprits , qui sont , pour ainsi dire , l'âme du ressort , viennent à manquer. La troisième , si ne manquant pas , et se trouvant préparés , ils sont empêchés par quelque autre cause de couler, ou du cerveau dans le cœur, on du cœur dons le cerveau.

Et il semble que toute machine doive cesser par une de ees causes. Car ou le ressort se rompt , comme les tuyaux dans une orgue , et les roues ou les meules dans un moulin ; ou le moteur cesse, comme si la rivière , qui fait aller les roues, est détournée, ou que le soufflet, qui pousse l'air dans l'orgue , soit brisé ; ou le moteur ou le mobile étant en état , l'action de l'un sur l'autre est empéchts! par quelque autre corps ; comme si quelque chose au dedans de l'orgue empêche le vent d'y entrer , ou que l'eau et toutes les roues étant comme il faut , quelque corps interposé en un endroit principal , emptebe le Jeu.

Appliquant ceci au corps de l’homme, machine sons comparaison plus composée et plus délicate , mais , en ce que l'homme a de corporel , pure machine ; on peut concevoir qu'il meurt , si les ressorts principaux se corrompent ; si les esprits , qui sont le moteur, s’éloignent ; ou si les ressorts étant en état et les esprits prêts , le jeu en est empêché par queltpie autre cause.

S'il arrive , par (piclque coup , que le cerveau ou le cœur soient entamés , et (pie la continuité des filets soit interrompue : et sons entamer la substance , si le cerveau ou se ramollit ou se dessèche excessivement , ou que , par un accident semblable , les fibres du cœur se roidissent ou se relâchent tout à fait, alors faction de ces deux ressorts , d’où dépend tout le mouvement , ne subsiste plus , et toute la machine est arrêtée.

Mais (piand le cerveau et le cœur demeure- I aient en leur entier , dès là que les esprits manquent, les ressorts cessent, faute de moteur. Et quand il se formerait des esprits conditionnés comme il faut , si les tuyaux par où ils doivent passer , ou resserrés , ou remplis de quelque autre chose , leur ferment l’entrée ou le passage , c'est

de même que s’ils n’étalent plus. Ainsi le cerveau et le cœur, dont faction et la communication nous font vivre, restant sans force, le mouvement cesse dans son principe , tonte la maaliine demeure , et ne se peut plus rétablir.

Voilà ce qu'on appelle mort ; et les dispositions à cet égard s’appellent maladies.

Ainsi toute altération dans le sang , qui l’empéche de fournir pour les esprits une matière louable , rend le corps malade. Et si la chaleur naturelle , ou étouffée par la trop grande épaisseur du sang , ou dissipée par son e.xccssive subtilité , n'envoie plus d'esprits, il faut mourir; tellement qu’on peut définir la mort, la cessation du mouvement dans le sang et dans le cœur.

Outre les altérations qui arrivent dans le corps par les maladies , il y en a qui sont causées par les passions , qui , à vrai dire , sont une espèce de maladie. Il serait trop long d'cxpli()uer ici toutes ces altérations ; et il sufllt d’observer, en général , qu’il n’y a point de passion qui ne fasse quelque changement dans les esprits, et par les esprits (Ions le c(£ur et dans le sang, bit c'est une suite nécessaire de l'impression violente que certains objets font dans le cerveau.

De là il arrive nisfessai rement que quelcpiesunes des passions les y excitent et les y agitent avec violence , et que hs autres les y ralentissent. I.ÆS unes par conséquent les font couler plus abondamment dans le cœur, et les autres moins. Celles qui les font abonder, comme la colère et l'audace , les répandent avec profusion , et les poussent de tous côtés au dedans et au deiiors. Celles qui tendent à les supprimer et à les retenir, telles que sont la tristesse et le désespoir , les retiennent serrés au dedans, comme pour les ménager.

De là naissent dans le cœur et dans le pouls , des battements , les uns plus lents , les autres plus vites ; les uns incertains et inégaux , et les autres plus mesurés : d'où il arrive dans le sang divers changements, et de là conse^uemment de nouvelles altérations dans les esprits. Les membres extérieurs reçoivent aussi de différentes dispositions. Quand on est attaqué , le cerveau envoie plus d'esprits aux bras et aux mains , et c'est ce qui fait qu'on est plus fort dans la (ïolère. Dans cette passion , les muscles s'affermissent , les nerb se bandent , les poings se ferment , tout se tourne à l’ennemi pour l’écraser , et le corjis est disposé à se mer sur lui de tout son poids. Quand il s'agit de poursuivre on bien, ou de fuir un mal pressant , les esprits accourent avec abondance aux cuisses et aux Jambes pour hâter la course ; tout le corps , soutenu par leur extrême vivacité devient plus léger ; ce ({ui a fait dire au poète,

DE LA CONNAISSANCE

parlant <V Apollon et ilo Daphné, Hic spc celer, nia timoré. Si uii bruit un pou extraordinaire menace de quelque coup , on s'éloi"uo nalurel- Icment de l'endroit d'où vient le bruit, en y jetant l'œii, afin d'esquiver plus facilement; et ((uand le coup est reçu, la main se i)orto aussitùt aux parties blessées , pour ôter, s'il se peut , la cause du mal : tant les esprits sont disposés , dans les passions , à seconder promplcraeut ies membres qui ant besoin de se mouvoir.

Par l'auitation du dedans , la disposition du dehors est toute chanaée. Selon que le s;ui" accourt au visaué, ou s'en retire , il y paraît ou routeur ou pilleur. Ainsi ou voit dans la colère les yeux allumés; on y voit rougir le visapc, qui, au contraire pâlit daus la crainte. La joie et l'espérance en adoucissent les traits, ce qui répand sur le front une image de séninité. La colère et la tristesse , au contraire , les rendent plus rudes , et leur donnent un air, ou plus farouche , on plus sombre. lut voi.x change aussi en diverses sortes. Car selon que le sang ou les esprits coulent plus ou moins dans le poumon , dims les muscles qui l'agitent, et dans la trachée-artère par où il respire l'air, ces parties , ou dilatées , ou pressées diversement, poussent tantôt îles sons éclatants , tantôt des cris aigus , tantôt des voix confuses , tantôt de longs gémissements , tantôt des soupirs entrecoupés. Les lannes accompagnent de tels états , lorsque les tuyauLX qui en sont la source sont dilatés ou pressés à une certaine mesure. Si le sang refroidi f et par là épaissi , SC porte lentement au cerveau , et lui fournit moins de matière d'esprits qu’il ne faut ; ou si, au contraire , étant ému et échauffé plus qu'à l'ordinaire , il en fournit trop , il arrivera tantôt des tremblements et des coin ulsions , tantôt des langueurs cttjgs défaillances. Lesmuscics se relâcheront , et ou se sentira prêt à tomber. Ou bien les fibres même de la peau qui couvre la tête , faisant alors l’effet des muscles , et se resserrant excessivement ; la peau se retirant sur clle-méme , fera dresser les cheveux dont elle, enferme la racine, et causera ce mouvement qu’on appelle horreur. Les physiciens expliquent en particulier toutes CCS altérations ; mais c'est assez pour notre dessein, d'en avoir remarqué eu général la nature , les causes , les effets , et les signes.

Les passions , à les regarder seulement dans le corps , semblent n’étre autre chose qu'une agitation extraordinaire des esprits ou du sang , à l'occasion de certains objets qu'il faut fuir, ou poursuivre.

Ainsi ia cause des passions doit être i'impression et le mouvement qu'un objet de grande force fait dons le cerveau.

De là suit l'agitalion et des esprits et du sang, dont l'effet naturel doit être do disposer le corps de la manière qu'il faut pour fuir follet, ou le suivre ; mais cet effet est souvent empêché par accident.

signes des passions, qui en sont aussi des effets , mais moins principaux , c'est ce qui en parait au dehors , tels sont les larmes , les cris , et les autres changements , tant de la voix , que des yeux et du visage.

Car comme il est de rinslitulion de la nature, que les liassions des uns fassent imprcs.sion sur les autres , par exemple , (pie la tristesse de l’un excite la pitié de i’autre ; que lorsque l’un est disposé à faire du mal par la colère , l'autre soit disposé, en même temps, ou à la défense, ou à la retraite , et ainsi du reste ; il a fàllu que les passions n'eussent pas seulement de certains effets au dedans , mais qu'elles eussent encore au dehors chacune son propre caractère, dont les autres hommes pussent être frappé’s.

Et cela parait tellement du dessein de la nature, qu'on trouve sur le visage une infinité dé nerfs et de muscles , dont on ne reconnaît point d’autre usage, que d'en tirer en divers sens toutes les parties , et d’y peindre les passions , par la secrète correspondance de leurs mouvements avec les mouvements intérieurs.

Il nous reste encore à considérer le consentement de toutes les parties du corps , pour s’entr’aider mutuellement, et pour la défense du tout. Quand on tombe d’un côté , In tête , le cou , et tout le corps se tournent à l’oppositc. De pour que la tête ne se heurte , les mains se jettent devant elle, et s'exposent aux coups qui la briseraient. D;ms la lutte, on voit le coude se présenter comme un bouclier devant le visage, les paupières se ferment pour garantir l'ceil. Si on est fortement penché d'un côté , le corps se porte de l’autre pour faire le contre-poids ; et se balance lui-même en diverses manières , pour prévenir une chute, ou pour la rendre moins incommode. Par la même raison , si on porte un gnmd poids d'un des côtés, on se sert de l'autre pourcontrc-pcscr. line femme qui porte un sceau d'eau pendu à la droite, étend le bras gauche , et sc penche de ce côté-là. Celui qui porte sur le dos, se penche en avant ; et nu contraire , quand on porte sur la tête le corps naturellement se tient droit. Enfin il ne manque jamais de sc situer de la manière la plus convenolile pour sc soutenir ; en sorte que les parties ont toujours un même centre de gravité , qu'on prend au juste , comme si on savait la mécanique. A cela on peut rapporter certains effets des passions , que nous avons remarqués. Enfin , il est visible que lis parties du corps sont disposées A

DE DIEU ET 1

se prêter un sccmii-s mutuel , et à concourir cnà la conscrvalicm de leur tout.

Tant de mouvemtMits si bien ordonnes , et si forts , selon les rèi'les de la méeanique , se font en nous sans science , sans raisonnement et sans reflexion : au contraire , la réflexion ne ferait ordinairement ([u’embarrasser. Nous verrous dans la suite qu’il se fait en nous , sans que nous le sachions, ou que nous le sentions , une inflnité de mouvements semblables. La prunelle s’élargit ou SC rétiTcilde la manière la plus convenal)le à nous donner plus ou moins de jour ; l'œil s’aplatit et s’allonge , selon que nous avons besoin de voir de loin ou de près. I^a glotte s'élargit ou s’étrécit selon les tons (pi'elle doit former. La bouche se dispose , et la langue .se remue comme il faut , pour les différentes articulations. Un petit enfant, pour tirer des mamelles de sa nourrice la liqueur dont il se nourrit , ajuste aussi bien ses lèvres et sa langue, que s’il savait l’art des pompes aspirantes ; ce cpi’il fait même en dormant : tant la nature a voulu nous faire voir que ces choses n’avaient pas besoin de notre attention.

Mais moins il y a d’adresse et d’art, de noli*e cAté, dans des mouvements si proportionnés et si justes ; plus il en paraît dans celui qui a si bien disposé toutes les parties de notre corps.

l’ar les choses qui ont été dites, il est aisé de comprendre la différence de l’àme et du corps; et il n’y a qu’à considérer les diverses propriétés que nous y avons remarquées.

propriétés de l’àme sont , voir, ouïr, goûter, sentir, imaginer, avoir du plaisir ou de la douleur, de l’amour ou de la haine , de la joie ou de la tristesse , de la crainte ou de l’espérance ; assurer, nier, douter, raisonner, réfléchir et considérer, comprendre, délibérer, se résoudre, vouloir, ou ne vouloir pas. Toutes choses (fui dépendent du môme principe, et cpie nous avons entendues très-distinctement sans nommer le coi'ps , si ce n’est comme l’objet que l’ême aperçoit , ou conune l’organe dont elle se sert.

La marcfue (fue nous entendons distinctement ces opérations (le notre àme , c’est (pie jamais nous ne prenons l’un pour l’autre. Noms ne prenons point le doute pour l’a.ssurance, ni afîirmer pour nier, ni raisonner pour sentir : nous ne con ondons pas l’espérance avec le désespoir, ni la crainte avec la colère , ni la volonté de vivre selon la raison , avec celle de viv.re selon les sens et les passions.

Ainsi nous connaissons distinctement les propriétés de l’Ame. Voyons maintenant celles du corps.

Les propriétés du corps , c’est-à-dire , des parties qui le composent, sont d’être étendues plus

DK SOI-MftME.

ou moins , d’être agitées plus vite ou plus lentement, d’être ouvertes ou d’être fermées, dilatées ou pressées, tendues ou rchlchées, jointes ou séparées les unes des autres, (‘paisses ou déliées, capables d’être insinuées en certains endroits plutôt qu’en d’autres. Choses (pii appartiennent au coqis, et qui en font manifestement la nourriture, l’augmentation, la diminution , le mouvement et le rcfios.

En voilà assez pour connaître la nature de l’Ame et du coips, et l’extrême différence de l’un et de l’autre.

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