CHAPITRE IV
De Dieu créateur de l'âme et du corps, et auteur de leor vie.
Dieu, qui a créé l'âme et le corps, et qui lésa unis l'une à l’autre d’une façon si Intime , se fait connaître lui-même dans ce bel ouvrage.
Quiconque connaîtra l’homme verra que c'est un ouvrage de grand dessein . qui ne pouvait être
ni conçu ni exécuté que par une sagesse profonde.
Tout ce qui montre de l’ordre , des proportions bien prises , et des moyens propres à faire de certains effets , montre aussi une fin expres.se , par conséquent, un dessein formé, une intelligence réglée, et un art parfait.
C’est ce qui sé remarque dans toute la nature. Nous voyons tant de justesse dans ses mouvements , et tant de convenance entre ses parties, que nous ne pouvons nier qu'il n’y ait de l’art. Car s’il en faut pour remarquer ce concert et cette justesse , à plus forte raison pour l’établir. C'est pourquoi nous ne voyons rien , dans l'univers , que nous ne soyons portés à demander pourquoi il se fait : tant nous sentons naturellement que tout a sa conveiianee et sa fin.
Aussi voyons-nous que les pliilosoplies qui ont le mieux observé la nature , nous ont donné pour maxime , qu’elle ne fait rien en vain , et qu’elle va toujours à ses fins par les moyens les plus courts et les plus faciles : il y a tant d’art dans la nature , que l’art même ne consiste qu’à la bien entendre et à l’imiter. Et plus on entre dans ses secrets, plus on la trouve pleine de proportions cachées , qui font tout aller par ordre, et sont la marque certaine d’un ouvrage bien entendu , et d'un artifice profond.
Ainsi, sous le nom de nature, nous entendons une sagesse profonde , qui développe avec ordre, et selon de justes règles , tous les mouvements que nous voyons.
Mais de tous les ouvrages de la nature celui où le dessein est le plus suivi , c’est sans doute l’homme.
Et déjà il est d'un beau dessein d’avoir voulu faire de toute sorte d’êtres : des êtres qui n’eussent que l’étendue avec tout ce qui lui appartient, figure, mouvement, repos, tout ce qui dépend de la proportion ou disproportion de ces choses:dcsêtresquin’eussentque l'intelligence, et tout ce qui convient à une si noble opération , sagesse, raison, prévoyance, volonté, liberté, vertu: enfin des édres où tout fât uni , et où une âme intelligente se trouvât jointe à un corps.
L'homme étant formé par un tel dessein , nous pouvons définir l’âme raisonnable , substance intelligente née pour vivre dons un corps , et lui être intimement unie.
L'homme tout entier est compris dons cette définition , qui commence par cc qu’il a de meilleur, sans oublier cc qu’il a de moindre , et fait voir l’union de l’un et de l’autre.
A ce premier trait qui figure l'homme , tout le reste est accommodé avec un ordre admirable.
Nous avons vu que , pour l’union , il fallait qu’il
DE DIEU ET DE SOI-MÉME
se trouvât dans l'âme, outre les opérations intellect uelles supérieures au cor ps , des opérations sensitives naturellement engagées dans le corps, et assigetties ù ses organes. Aussi voyons-nous dans l’âme ces opérations sensitives.
Mais les opérations intellectuelles n’étaient pas moins nécessaires ài’ârae, puisqu’elle devait, comme la plus noble partie du composé , gouverner le corps et y présider. En effet , Dieu lui a donné ces opérations intellectuelles, et leur a attribué le commandement.
Il fallait qu’il y eût un certain concours entre toutes les opérations de l’âme , et que la partie raisonnable pût tirer quelque utilité de la partie seJisitive. La chose a été ainsi réglée. Nous avons vu que l’âme, avertie etexcitée par les sensations , apprend et remar<iue ce qui se passe autour d’elle, pour ensuite pourvoir aux besoins du corps , et faire ces réflexions sur les merveillesde la nature.
Peut-être que la chose s’entendra mieux eu la reprenant d’un peu plus haut.
La nature intelligente aspire à être heureuse. Elle a l’idéedu Iwnheur, elle le cherche ; elle a l’idée du malheur, elle l’évite. C’est à cela qu’elle rapporte tout ce quelle fait , et il semble que c’est là son fond. Mais sur quoi doit être fondée la vie heureuse , si ce n’est sur la connaissance de la vérité? Mais on n’est pas heureux simplement pour la connaître, il faut l’aimer, il faut la vouloir. Tl y a de la contradiction de dire qu’on soit heureux sans aimer son bonheur et ce qui le fait. Il faut donc , pour être heureux , et connaître le bien , et l'aimer : et le bien de la nature intelligente, c’est la vérité ; c’est là ce qui la nourrit et la vivifie. Et si je concevais une nature purement intelligente, il me semble que je n’y mettrais qu’entendre et aimer la vérité, et que cela seul la rendrait heureuse. Mais comme l’homme n’est pas une nature purement intelligente , et qu’il est, ainsi qu’il a été dit, une nature intelligente unie à un corps , il lui faut autre chose , il lui faut les sens. Et cela SC déduit du même principe : car, puisqu’elle est unie au corps , le bon état de ce corps doit faire une partie de son bonheur; et pour achever l’union , il faut que lapartie intelligente pourvoie au corps qui lui est uni , la principale à l’inférieure. Ainsi, une des vérités que doit connaître l’âine unie à un corps , est ce qui regarde les besoins du corps , et les moyens d’y pourvoir. C’est à quoi servent les sensations, comme nous venons de le dire, et comme nous l’avons établi ailleurs. Et notre âme étant de telle nature , que ses idées intellectuelles sont universelles, abstraites, séparéesde toute matière particulière, elleavait besoin d’être avertie par quelque autre chose , de ce q»d regarde ce corps particulier à qui elle est unie , et
les autres corps qui peuvent ou le secourir ou lui nuire ; et nous avons vu que les sensations lui sont données pour cela : par la vue , par l’ouïe , et par les autres sens , elle discerne par les objets ce qui , est propre ou contraire au corps. Le plaisir et la douleur la rendent attentive à ses besoins , et ne l’invitent pas seulement, mais la forcent ày pourvoir.
Voilà quelle devait être l’ânïe. Et de là il est aisé de déterminer quel devait être le corps.
11 fallait premièrement qu’il fût capable de servir aux sensations , et par conséquent qu’il pût recevoir des impressions de tous côtés ; puisque c’était à ces impressions que les sensations devaient être unies.
Mais si le corps n’était en état de prêter scs mouvements aux desseins de l’âme , en vain apprendrait-elle, par les sensations , ce qui est à rechercher et à Âiir.
Il a donc fallu que ce corps , si propre à recevoir les impressions , le fût aussi à exercer mille mouvements divers.
Pour tout cela il fallait le composer d’une infinité de parties délicates, et de plus les unir ensemble , en sorte qu’elles pussent agir en concours pour le bien commun.
En un mot, il fallait à l’âme un corps organique ; et Dieu lui en a fait un capable des mouve> ments les plus forts , aussi bien que des plus délicats et des plus industrieux.
Ainsi tout l’homme est construit avec un dessein suivi , et avec un art admirable. Mais si la sagesse de son auteur éclate dans le tout, elle ne parait pas moins dans chaque partie.
Nous venons de voir que notre corps devait être composé de beaucoup d'organes capables de recevoir les Impressions des objets , et d’exercer des mouvements proportionnés à ces impressions.
Ce dessein est parfaitement exécuté. Tout est ménagé , dans le corps humain , avec un artifice merveilleux. Le corps reçoit de tous côtés les impressions des objets, sans être blessé. On lui adonné des organes , pour éviter ce qui l’offense ou le détruit ; et les corps environnants , qui font sur lui ce mauvais effet , font encore celui de lui causer de l’éloignement. La délicatesse des parties, quoiqu’elle aille à une finesse inconcevable, s’accorde avec la force et avec la solidité. Le jeu des ressorts n’est pas moins aisé que ferme ; à peine sentons-nous battre notre cœur, nous qui sentons les moindres mouvements du dehors , si peu qu’ils viennent à nous ; les artères vont , le sang circule, les esprits coulent , toutes les parties s’incorporent leur nourriture sans troubler notre sommeil , sans distraire nos pensées , sans exciter tant soit peu notre sentiment , tant Dieu a mis de règle et
DE LA CONNAISSANCE
de proportion , de délicatesse et de douceur, dans de si grands mouvements.
Ainsi nous pouvons dire avec assurance , que de toutes les proportions qui se trouvent dans les corps, celles du corps organique sont les plus parfaites et les plus palpables.
Tant de parties si bien arrangées , et si propres aux usages pour lesquels elles sont faites ; la disposition des valvules ; le battement du coeur et des artères, la délicatesse des parties du cerveau , et la variété de ses mouvements, d'où dépendenttous les autres ; la distribution du sang et des esprits ; les effets différents de la respiration , qui ont un si grand usage dans le corps : tout cela est d'une économie, et s’il est permis d’user de ce mot, d’une mécanique si admirable , qu’on ne la peut voir sans ravissement, ni assez admirer la sagesse qui en a établi les règles.
Il n’y a genre de machine qu’on ne trouve dans le corps humain. Pour sucer quelque liqueur, les lèvres servent de tuyau , et la langue sert de piston. Au poumon est attachée la trachée-artère comme une espèce de flûte douce d’une fabrique particulière , qui , s’ouvrant plus ou moins , modifle l’air et diversifie les tons. La langue est un archet , qui, battant sur les dents et sur le palais , en tirades sons exquis. L’œil a ses humeurs et son cristallin, les réfractions s’y ménagent avec plus d’art que dans les verres les mieux taillés : il a aussi sa prunelle , qui se dilate et se resserre ; tout son glol» s’allonge ou s’aplatit scion l’axe de la vision, pour s’ajuster aux distances, comme les lunettes û longue vue. L’oreille ason tambour,où une peau aussi délicate que bien tendue résonne au mouvement d’un petit marteau que le moindre bruit agite; elle U, dans un os fortdur, des cavités praticiuées pour faire retentir la voix, de la même sorte qu’elle retentit parmi les rochers et dans les échos. Les vaisseaux ont leurs soupapes, ou valvules, tournées eu tous sens ; les os et les muscles ont leurs poulies et leurs leviers : les proportions qui font et les équilibres , et la multiplication des forces mouvantes , y sont observées dans une justesseoù rien ne manque. Toutes les machines sont simples; le jeu eu est si aisé , et la structure si délicate, que toute autre machine est grossière en comparaison.
A rechercher de pi*ès les parties , on y voit de toute sorte de tissus; rien n’est mieux filé, rien n’est mieux passé , rien n’est serré plus exactement.
Nul ciseau, nul tour, nul pinceau ne peut approcher de la tendresse avec laquelle la nature tourne et arrondit ses sujets.
Tout ce que peut faire la st'poration et le mélange des liqueuis, leur précipitation, Icurdiges-
tion , leur fermentation , et le reste , est pratiqué si habilement dans le corps humain , qu’auprès de ces opérations la chimie la plus fine n’est qu’une ignorance très-grossière.
On voit à quel dessein chaque chose a été faite : pourquoi le cœur, pourquoi le cerveau , pourquoi les esprits, pourquoi la bile, pourquoi le sang, pourquoi les autres humeurs. voudra dire que le sang n’est pas fait pour nourrir l’animai ; que l’estomac , et les eaux qu’il jette par ses glandes , ne sont pas faits pour préparer par la digestion la formation du sang; que les artères et les veines ne sont pas faites de la manière qu’il faut pour le contenir, pour le porter partout , pour le fairecirculer continuellement; que le cœur n’est pas fait pour donner le branle à cette circulation: qui voudra dire que la langue et les lèvres , avec leur prodigieuse mobilité , ne sont pas faites pour former la voix en mille sortes d’articulations; ou que la bouche n’a pas été mise û la place la plus convenable , pour transmettre la nourriture ù l’estomac ; que les dents n’y sont pas placées pour rompre cette nourriture, et la rendre capable d’entrer; que les eaux qui coulent dessus ne sont pas propres à la ramollir, et ne viennent pas pour cela à point nommé ; ou que ce n’est pas pour ménager les organes et la place, que la bouche est pratiquée de manière que tout y sert également à la nourriture et à la parole : qui voudra dire ces choses , fera mieux de dire encore qu'un bâtiment n’est pas fait pour loger, et que ses appartements, ou engagés, ou dégagés, ne sont pas construits pour la commodité de la vie, ou pour faciliter les ministères nécessaires; en un mot , il sera un insensé qui ne mérite pas qu’on lui parle.
Si ce n’est peut-être qu’il faille dire que le corps humain n'a point d’architecte , parce qu’on n’en voit pas l’architecte avec les yeux ; et qu’il ne suffit pas de trouver tant de raison et tant de dessein dans la disposition , pour entendre qu’il n’est pas fait sans raison et sans dessein.
Plusieurs choses font remarquer combreu est grand et profond l’artiflce dont il est construit.
Les savants et les ignorants, s’ils ne sont tout à fait stupides, sont également saisis d’admiration en le voyant. Tout homme qui le considère par lui-même, trouve faible tout ce qu’il a oui dire; et un seul regard lui en dit plus que tous les discours et tous les livres.
Depuis tant de temps qu’on r^ordc, et qu’on étudie curieusement le corps humain ; quoiqu'on sente que tout y a sa raison , on n’a pu encore parvenir à en pénétrer le fond. Plus on considéré, plus on trouve de choses nouvelles, plus
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belles que les premières qu'on avait tant admirées ; et quoiqu'on trouve très-grand ce qu'on a déjà découvert , on voit que ce n'est rien en comparaison de ce qui reste à chercher.
Par exemple , qu'on voie les muscles si forts et si tendres, si unis pour agir en concours, ai dégagés pour ne se point mutuellement emluirrasser; avec des lUetssi artistement tissus et si bien tors , comme il faut , pour faire leur Jeu ; ai reste si bien tendus , si bien soutenus, si proprement placés, si bien insérés où il faut ; assurément on est ravi, et on ne peut quitter un si beau spectacle; et malgré qu'on en oit, un si grand ouvrage parle de son artisan. Et cependant tout cela est mort , faute de voir par pu les esprits s'insinuent , comment ils tirent , comment ils re- Mcbent, comment le cerveau les forme, etcomment il les envoie avec leur adresse flxc. Toutes choses qu'on voit bien qui sont , mais dont le secret principe et le maniement n'est pas connu.
Et parmi tant de spéculations faites par une curieuse anatomie , s'il est arrivé quelquefois i ceux qui s y sont occupés, de désirer que pour plus de eommodité les choses fussent autrement qu’ils ne les voyaient, ils ont trouvé qu'ils ne faisaient un si vain désir, que faute d'avoir tout vu; et personne n'a encore trouvé qu'un seul os dût être figuré autrement qu'il n'est , ni être articulé antre part, ni être emboîté plus commodément, ni être percé en d'autres endroits; ni donner aux muscles dont il est l'appui , une place plus propre è s'y enclaver ; ni enfin qu'il y eût aucune partie , dans tout le corps, à qui on pût seulement désirer ou une autre constitution , ou une autre place.
Il ne reste donc à désirer, dans une si belle machine, sinon qu'elle aille toujours, sans être Jamais troublée et sons finir. Mais qui Ta bien entendue, en voit assez pour juger que son auteur ne pouvait pas manquer de moyens pour la réparer toujours , et eiirin la rendre Immortelle; et que , maître de lui donner l'immortalité , U a voulu que nous connussions qu'il la peut donner par grûce , Tûter par chê timent , et la rendre pur récompense. La religion, qui vient là-dessus, nous apprend qu'en effet c’est ainsi qu'il eu a usé et nous apprend , tout ensemble , à le louer et à le craindre.
En attendant l'immortalité qu’il nous promet. Jouissons du beau spectacle des principes qui nous conservent si longtemps; et connaissons que tant do parties, où nous ne voyons qu’une impétuosité aveugle , ne pourraient pas concourir à cette fin, si elles n'étaient, tout ensemble, eé dirigées et formées par une cause intelligente.
Le secours mutuel que se prêtent ces parties les unes aux autres ; quand la main , par exemple, se présente pour sauver la tète , qu'un côté sert de contre-poids à l’antre que sa pente et sa pesanteur entraîne , et que le corps se situe naturellement de la manière la plus propre à se soutenir : ces actions et les autres de cette nature , qui sont si propres et si convenables à la conservation du corps, dès là qu’elles se font sans que notre raison y ait part , nous montrent qu'elles sont conduites , et les parties disposées , par une raison supérieure.
La même chose parait par cette augmentation de forces qui nous arrivent dans les grandes passions. Nous avons vu ce que (ait et la colère et la crainte ; comme elles nous changent ; comme Tune nous encourage et nous arme, et comme l'autre fait de notre corps, pour ainsi dire, un instrument propre à fuir. C'est sans doute nn grand secret de la nature (c’est-à-dire de Dieu), d'avoir premièrement proportionné les forces du corps à ses besoins ordinaires : mois d'avoir trouvé le moyen de doubler les forces dans les besoins extraordinairement pressants , et de dissiper tellement le cerveau, le. coeur et le sang, que les esprits , d'où dépend toute l'action du corps, devinssent dons les grands périls plus nhondants ou plus vifs; et en même temps Aissent portés , sans que nous le sussions , aux parties où ils peuvent rendre la défense plus vigoureuse , ou la fuite plus légère : c'est l'effet d’une sagesse infinie.
Et cette augmentation de forces proportionnées à nos besoins nous fait voir que les passions, dans leur fond et dans la première institiitioii de la nature, étaient fuites pour nous aider ; et que si maintenant elles nous nuisent aussi souvent qu'elles font, il faut qu'il soit arrivé depuis quelque désordre.
En effet, l’opération des passions dons le coips des animaux , loin de les embarrasser, les aide à ce que leur état demande (j'excepte certains cas qui ont des causes particulières ) ; et le contraire n'arriverait pas à l'homme, s'il n’avait mérité, par quelque faute , qu’il se fit en lui quelque espèce de renversement.
Que si , avec tant de moyens que Dieu noua a préparés pour la conservation de notre corps, il faut que chaque homme meure , l'univers n’y perd rien ; puisque , dans les mêmes principes qui conservent l’homme durant tant d’années , il se trouve encore de quoi en prodnire d'autres jusqu'à l'infini. Ce qui le nourrit , le rend fécond , et rend Tesiièce Immortelle. Un seul homme , un seul oniinal , une seule plante , suffit pour peupler toute la terre : le dessein de Dieu est si suivi ,
Digilizecfby
RE LA CONNAISSANCE
qu’une Infinité de générations ne sont que i'effet d’un seui mouvement continué sur les mêmes règles , et en conformité du premier branle que la nature a reçu au ccmunencement.
Quel architecte est celui qui faisant un bâti* meut caduc, y met un principe pour se relever ' dans ses ruines ! Et qui sait immortaliser , par tels moyens, son ouvrage en général , ne pourrat- il pas immortaliser quelque ouvrage qu’il lui plaira en particulier ?
Si nous considérons une plante qui porte en elle-même la graine d’où il se forme une autre plante , nous serons forcés d’avouer qu’il y a dans cette graine un principe secret d’ordre et d’arrangement, puisqu’on voit les branches , les feuilles , les fleurs et les fruits s’expliquer et se développer de là avec une telle régularité ; et nous verrons, en même temps , qu’il n’y a qu’une profonde sagesse qui ait pu renfermer toute une grande plante dans une si petite graine , et l’en faire sortir par des mouvements si réglés.
Mais la formation de nos corps est beaucoup plus admirable , puisqu’il y a sans comparaison plus de justesse , plus de variété , et plus de rapports entre toutes leurs parties.
Il n’y a rien certainement de plus merveilleux, que de considérer tout un grand ouvrage dans ses premiers principes , où il est comme ramassé , et où il se trouve tout entier en petit.
On admire avec raison la beauté et l’artifice d'un moule , où la matière étant jetée , il s’en forme un visage fait au naturel , ou quelque autre figure régulière. Mais tout cela est grossier eu comparaison des principes d’où viennent nos corps , par lesquels une si belle structure se forme de si petits commencements , se conserve d’une manière si aisée, se répare dans sa chute , et se perpétue par un ordre si immuable.
Les plantes et les animaux , en se perpétuant sans dessein les uns les autres avec une exacte ressemblance , ibnt voir qu'ils ont été une fois formés avec dessein sur un modèle immuable , sur une idée éternelle.
Ainsi nus corps , dons leur formation et dans leur conservation , pi>rtent la marque d’une in- Yuntion , d'un dessein , d’une industrie explicable. Tout y a sa raison , tout y a sa fin , tout y a sa proportion et sa mesure , et par conséquent tout est fait par art.
Mois que servirait à l’âmu d’avoir un corps si sagement construit , si elle , qui le doit conduire , n’était avertie de scs besoins? Aussi l’cst-elle admirablement par les sensations, qui lui servent à discerner les objets qui peuvent détruire ou entretenir en bon état le corps qui lui est uni.
Bien plus, il a fallu qu’elle fût obligée à en
prendre soin par quelque chose de fort ; c’est ce que font le plaisir et la douleur, qui , lui venant à l’occasion des besoins du corps, ou de ses bonnes dispositions, l’engagent à pourvoir à ce qui le touche.
Au reste, nous avons assez observé la juste proportion qui se trouve entre l’ébranlement passager des nerfs , et les sensations ; entre les impressions permanentes du cerveau , et les Imaginations qui doivent durer et se renouveler de temps en temps ; enfin entre ces secrètes dispositiems du corps, qui l’ébranlent pour s’approcher ou s’éloigner de certains objets , et les désirs ou les aversions , par lesquelles l’^e s’y unit , ou s’en éloigne par la pensée.
Par là s’entend admirablement bien l’ordre que tiennent la sensation , l’imagination , et la passion , tant entre elles qu’à l’égard des mouvements corporels , d’où elles dépendent. Et ce qui achève de faire voir la beauté d’une proportion si juste , est que la même smte qui se trouve entre trois dispositions du corps , se trouve aussi entre trois dispositions de l’âme. Je veux dire que comme la disposition qu’a le corps, dans les passions , à s’avancer ou se reculer, dépend des impressions du cerveau, et les impressions du cerveau de l’ébranlement des nerfs ; ainsi le désir et les aversions dépendent naturellement des imaginations, comme celles-ci dépendent des sensations.
Mais quoique l’âme soit avertie des besoins du corps , et de la diversité des objets, par les sensations et les passions , elle ne profiterait pas de ces avertissements sans ce principe secret de raisonnement , par lequel elle comprend les rapports des choses, et juge de ce qu’elles lui font expérimenter.
Ce même principe de raisonnement la fait sortir de son corps , pour étendre ses regards sur le reste de la nature , et comprendre l’enchaînement des parties qui comiK>sent un si grand tout.
A ces connaissances devait être jointe une volonté maltresse d’elle-même, et capable d’user, selon la raison , des organes , des sentiments , et des connaissances mêmes.
Et c’était de cette volonté qu’il fallait faire dépendre les membres du corps, afin que la partie principale eût l’empire qui lui convenait sur la moindre.
Aussi voyons-nous qu’il est ainsi. Nos muscles agis.sent , nos membres remuent , et notre corps est transporté à l’instant que nous le voulons. Cet empire est une image du pouvoir absolu de Dieu, qui remue tout l’univers par sa volonté , et y fait tout ce qu’il lui plaJt.
DE DlEf ET DE SOI-MÈME.
Et II a tellement voulu que tous ces mouvements de notre corps servissent A la volonté , que même les involontaires, par où se fait la distribution des esprits et des aliments , tendent naturellement ù rendre le corps plus obéissant ; puisque Jamais il n'obéit mieux que lorsqu'il est sain, c’est-ù-dire , quand ses mouvements naturels et intérieurs vont selon leur règle.
Ainsi les mouvements intérieurs, qui sont naturels et nécessaires, servent à faciliter les mouvements extérieurs qui sont volontaires.
' Mais en même temps que Dieu a soumis à la volonté les mouvements extérieurs, il nous a laissé deux marques sensibles que cet empire dépendait d'une autre puissance. La première est , que le pouvoir de la volonté a des bornes , et que l'effet en est empêché par la mauvaise disposition des membres, qui devraient être soumis. La seconde , que nous remuons notre corps sans savoir comment , sans connaître aucun des ressorts qui servent à le remuer, et souvent même , sans discerner les mouvements que nous foisons , comme il se voit principalement dans la parole.
Il parait donc que ce corps est un instrument fobriqué, et soumis à notre volonté, par une puissance qui est hors de nous ; et toutes les fois que nous nous en servons, soit pour parler, ou pour respirer, ou pour noos mouvoir en quelque foçon que ce suit, nous devrions toujours sentir Dieu présent.
Mais rien ne sert tant à Eême pour s'élever à son auteur, que ta connaissance qu'elle a d'ellemème, et de ses sublimes opérations, que nous avons appelées intellectuelles.
Nous avons déjà remarqué que l'entendement a pour olijet des vérités éternelles.
Les règles des proportions , par lesquelles nous mesurons toutes choses , sont éternelles et invariables.
Nous connaissons clairement que tout se fait dans l'univers par la proportion du plus grand au plus petit , et du plus fort au plus faible ; et nous en savons assez pour connaître que ces proportions se rapportent à des principes d'éternelle vérité.
Tout ce qui se démontre en mathématique , et en quelque autre science que ce soit , est éternel et immuable , puisque l'effet de la démonstration est de faire voir que la chose ne peut être autrement qu'elle est démcmlrée.
Aussi pour entendre la nature et les propriétés des choses que Je connais , par exemple , eu d'un triangle, on d'un earré, ou d'un cercle, ou les proportions de ces ligures , et de toutes autres ligures entre elles , Je n'ai pas besoin de sa-
voir qu'il y en ait de telles dons la nature; et Je suis assuré de n’en avoir Jamais ni tracé ni vu de parfaites. Je n'ai pas besoin non plus de songer qu'il y ait quelques mouvements dans le monde , pour entendre la nature du mouvement même , ou celle des lignes que chaque mouvement décrit , les suites de ce mouvement, et les proportions selon lesquelles il augmente ou diminue dans les graves et les choses Jetées. Dès que l’idée de ces choses s'est une fois réveillée dans mon esprit , Je connais que , soit qu’elles soient , ou qu'elles ne soient pas actuellement, c'est ainsi qu'elles doivent être , et qu'il est impossible qu’elles soient d’une autre nature, ou se fassent d’une autre façon.
Et pour venir à quelque chose qui nous touche de pins près , J’entends , par ces principes de vérité étemelle , que quand aucun autre être que l’homme, et moi-même ne serions pas actuellement ; quand Dieu aurait résolu de n’en créer aucun autre , le devoir essentiel de l'homme dès là qu'il est capable de raisonner , est de vivre selon la raisen , et de chercher son auteur, de peur de lut manquer de reconnaissance , si , faute de le chercher, il l’ignorait.
Toutes ces vérités , et toutes celles que J’en déduis par nn raisonnement certain , subsistent indépendamment de tous les temps : en quelque temps que Je mette un entendement humain , U les connaîtra ; mais , en les connaissant , Il les trouvera vérités, il ne les fera pas telles : car ce ne sont pas nos connaissances qui font leurs objets, elles les supposent. Ainsi ces vérités subsistent devant tous les siècles , et devant qu’il y oit eu un entendement humain : et quand tout ce qui se fait par les règles des proportions, c'està-dire , tout ce que Je vois dans la nature , serait détruit, excepté moi, ces règles se conserveraient dans ma pensée ; et Je verrais clairement qu’elles seraient toujours bonnes et toujoura véritables , quand moi-même Je serais détruit, et quand il n'y aurait personne qui fût capable de les comprendre.
Si Je cherche maintenant on , et en quel sujet elles subsistent éternelles et immuables , comme elles sont. Je suis obligé d’avouer un être, où la vérité est éternellement subsistante , et où elle est toujours entendue; et cet être doit être la vérité même, et doit être toute vérité; et c’est de lui que la vérité dérive dans tout ce qui est, et ce qui s’entend hors de lui.
C'est donc en lui d’une certaine manière qui m’est incompréhensible ; c’est en lui , dis-je , que Je vois ces vérités éternelles ; et les voir, c’est me tourner à celui qui est immuablement toute vérité et recevoir ses lumières.
DK LA COPWAISS.VJSCE
Cet objet éternel, c’est Dieu, éternellement subsistant, éternellement véritable, éternellement la vérité même.
Et en effet , parmi ces vérités étemelles que je connais , une (les plus certaines est celle-ci , cpi’il y a quelque chose au monde qui existe d’elleméme , par conséquent qui est étemelle et immuable.
Qu'il y ait un seul moment où rien ne soit , éternellement rien ne sera. Ainsi le néant sera A jamais toute vérité, et rien ne sera vrai ({Ue le néant , chose absurde et contradictoire.
Il y a donc nécessairement quelque chose qui e^t avant tous les temps , et de toute éternité ; et J c'est dans cet étemel , que ces vérités étemelles t subsistent
C'est là aussi que je les vois. Tous les autres hommes les voient , comme moi , ces vérités éternelles; et tous, nous les voyons toqjours les mêmes , et nous les voyons être devant nous ; car nous avons commencé , et nous le savons , et nous savons (]ue ces vérités ont toujours été.
Ainsi nous les voyons dans une lumière supérieure à nous-mêmes, et c'est dans cette lumière supérieure que nous voyons aussi si nous faisons bien ou mal , c'est-à-dire , si nous agissons , ou non , selon ces principes constitutifs de notre être.
Là donc nous voyons , avec toutes les antres vérités , les règles invariables de nos mœurs ; et nous voyons qu'il y a des choses d'un devoir indispensable , et ({ne dans celles qui sont naturellement indifférentes le vrai devoir est de s'accommoder au plus grand bien de la société humaine.
Ainsi un homme de bien laisse régler l'ordre des successions et de la police aux lois civiles , comme il laisse régler le langage et la forme des habits à la coutume ; mais il écoute en lui-même une loi inviolable qui lui dit qu'il ne faut foire tort ix personne , et (ju’il vaut mieux qu'on nous en fasse ({Uc d'en faire à qui (]ue ce soit.
En CCS règles invariables , un sujet , qui se sent partie d'un État, voit qu'il doit l’obéissance au prince qui est chargé de la conduite du tout ; au trement la paix du monde serait renversée. Et un princey voit aussi qu’il gouverne mal , s’il regarde ses plaisirs et ses passions , plutôt que la raison , et le bien des peuples qui lui sont commis.
L’homme qui voit ces vérités, par ces vérités se Juge iui-mêine , et se condamne quand il s'en écarte. Ou plutôt ce sont ces vérités qui le jugent , puisque ce ne sont pas elles ({ui s'accommodent aux jugements humains, mois les jugements humains qui s'accommodent à elles.
Et l’homme juge drqjtement , lorsque , sentant
ses jugements variables de leur nature, il leqr \ donne pour règle ces vérités étemelles. '
Ces vérités étemelles , que tout entendement aperçoit toq^urs les mêmes, par lesquelles tout entendement est réglé, sont quelque chose de Dieu , ou plutôt sont Dieu même.
Car toutes ces vérités étemelles ne sont au fond cpi'une seule vérité. En effet, je m'aperçois, en raisonnant , que ces vérités sont suivies. La même vérité qui me fait voir que les mouvements ont certaines règles, me fait voir que les actioas de ma volonté doivent aussi avoir les leurs. Et je vois ces deux vérités dans cette vérité commune , qui me dit que tout a sa loi, (jue tout a son ordre ; ainsi la vérité est une, de soi; qui la connaît en partie , en voit plusieurs ; qui les verrait parfaitement, n’en verrait (pi'une.
Et il faut nécessairement que la vérité soit quelque part très-parfaitement entendue , et l’homme en est à lui-même une preuve indubitable.
Car, soit (ju'il la considère lui-même , ou ((u’Ii étende sa vue sur tous les êtres qui l’environnent ,
U voit tout soumis à des lois certaines, et aux règles immuables de la vérité. Il voit ({u’il entend ces lois, du moins en partie, lui (pii n’a fàit ni lui-même, ni aucune autre partie de l'univers, quelque petite qu'elle soit ; il voit bien que rien n’auroit été fait , ai tes lois n'étalent ailleurs parfaitement entendues ; et il voit (pi'il faut reconnaître une sagesse étemelle , où toute loi , tout ordre , toute proportion ait sa raison primitive.
Car il est absurde qu’il y ait tant (le suite dons les vérités, tant de proportion dans les choses, tant d'économie dons leur assemblage , c'est-àdire, dans le monde ; et que cette suite , cette proportion , cette économie ne soit nulle part bien entendue ; et l'homme , qui n'a rien fait , la connaissant véritablement , quoique non pas pleinement, doit juger qu’il y a quelqu'imtpii la connaît dans sa perfection, et que ce seracclui-là mêma qui aura tout fait.
iNous n’avons donc qu'à réfléchir sur nos propres opérations , pour entendre que nous venons d'un plus haut principe.
Cor dès là que notre àme se sent capable d'entendre, d’affirmer et de nier , et (pie d’ailleurs elle sent qu'elle ignare beaucoup de choses , qu'elle se trompe souvent , et que sauvent aussi , pour s'empêcher d’être trompée , elle est forcée à suspendre son jugement , et à se tenir dans le doute ; *
elle voit, à la vérité, qu'elle a en elle un bon principe , mais elle voit aussi (pi'il est imparfait , et qu'il y a une sagesse plus haute à qui elle doit son être.
En effet , le parfait est plutôt (pic l'imparfait ; et l'imparfait le suppose ; conune le moins sup-
DE DIEU ET DE SOl-MÉME.
pose le plus , dont il est la diminution : et comme le mal suppose le bien , dont il est la privation ; ainsi il est naturel que l'imparfait suppose le parfait , dont il est , pour ainsi dire , déchu ! et si une sagesse imparfaite , telle que la nôtre , qui peut douter, ignorer, se tromper, ne laisse pas d'étre; à plus forte raison devons-nous croire que la sagesse parfaite est et subsiste , et que la nôtre n'en est qu'une étineelle.
Car si nous étions tous seuls intelligents dons le monde, nous seuls nous vaudrions mieux, avec notre intelligence imparfaite, que tout le reste qui serait tout à Dut brut et stupide : et on ne pourrait comprendre d'où viendrait , dans ce tout qui n’enteud pas, cette partie qui entend, rintelligcnee ne pouvant pas naître d'une chose brute et insensée. Il faudrait donc que notre âme , avec son intelligence imparfaite , ne laissât pas d'étre par clle-méme , par conséquent d’étre éternelle et indépendante de toute autre chose ; ce que nul homme , quelque fou qu’il soit , n'osant penser de sol-mème, il reste qu'il connaisse aa-dessns de lui une intelligence parfaite , dont toute autre re^iive la faculté et la mesure d'entendre.
ISous connaissons donc par nous-mémes,et par notre propre imperfection , qu'il y a une sagesse, infinie qui ne se trompe Jamais, qui ne doute de rien , qui n'ignore rien , parce qu’elle a une pleine compréhension de la vérité , ou plutôt qu'elle est la vérité même.
Cette sagesse est clle-méme sa règle ; de sorte qu'elle ne peut jamais faillir, et c'est à elle â régler toutes choses.
Par la même raison , nous connaissons qu’il y a une souveraine bonté qui ne peut jamais faire aucun mid ; au lien que notre volonté imparfaite, si elle peut faire le bien, peut aussi s’en détourner.
De là nous devons conclure , que la perfection de Dieu est infinie, car il a tout en lui-même; sa puissance l’est aussi , de sorte qu’il n’a qu'à vouloir pour faire tout ce qu’il lui pialt.
C’est pourquoi il n'a eu besoin d’aucune matière précédente pour créer le monde. Comme il en trouve le plan et le dessein dans sa sagesse , et la source dans sa bonté , il ne lui faut aussi pour l'exécution que la seule volonté toute-puissante.
Mais quoiqu’il fasse de si gnmdes choses, il n’en a aucun besoin , et il est heureux en se possédant lui-même.
L’idée même du bonheur nous mène à Dieu ; car si nous avons l'idée du bonheur, puisque d’ailleurs nous n'en pouvons voir la iiérité en nousmêmes , il faut qu'elle nous vienne d'ailleurs ; il faut, dis-je, qu'il y ait ailleurs une nature vrai-
ment bienheureuse : que si elle est bienheureuse , elle n'a rien à désirer, elle est parfaite ; et cette nature bienheui-euse , parfaite, pleine de tout bien , qu’est-ce autre chose que Dieu ? '
11 n'y a rien de plus existant ni de plus vivant que lui , parce qu’il est et qu’il vit éternellement.
Il ne peut pas qu’il ne soit , lui qui possède la plénitude de l'Mre, ou plutôt qui est l'Être même , selon ce qu’il dit parlant à Moïse * : Ja SUIS CELUI QUI suis; Celui qui est m’envoie à vous *.
En la présence d’un être si grand et si parfait , l’âme se trouve elle-même un pur néant , et ne voit rien en elle qui mérite d’être estimé , si ce n’est qu’elle est capable de connaître et d’aimer Dieu.
Elle sent , par là , qu’elle est née pour lui. Car si rtntelligcncc est pour le vrai , et que l’amour soit pour le bien , le premier vrai n droit d’occuper toute notre intelligence , et le souverain bien a droit de posséder tout notre amour.
Mais nul ne connaît Dieu, que celui que Dieu éclaire ; et nul n’aime Dieu , que celui à qui il inspire son amour. Car c'est à lui de donner à sa créature tout le bien qu’elle possède , et par conséquent le plus excellent de tous les biens , qui est de le connaître et de l’aimer.
Ainsi , le même qui a donné l’être à la créature raisonnable , lui a donné le bien-être. Il lui donne la vie , il lui donne la bonne vie , Il lui donne d'être juste , il lui donne d’être saint , il lui doune enfin d'être bienheureux.
Je commence id à me connaître mieux que je I n’avais jamais fait , en me considérant par rapport à celui dont je tiens l’être.
Moïse , qui m’a dit que j’étais fait à l’image et ressemblance de Dieu, en ce seul mot m'a mieux appris quelle est ma nature , que ne peuvent faire tous les livres et tous les discours des philosophes.
J’entends , et Dieu entend. Dieu entend qu’il . est , j’entends que Dieu est , et j'entends que je suis. Voilà déjà un trait de cette divine ressemblance. Mais il faut id considérer ce que c’est qu’entendre à Dieu , et ce que c’est qu’entendre à mol.
Dieu est la vérité même et l’intelligence même , vérité infinie , Intelligence infinie. Ainsi , dans le rapport mutuel qu’ont ensemble la vérité et
‘ Exod. m. 14.
> On volt, par une note lor le mantucrUde Bounet, que son dessein éûlt de donner li œt artide un peu d'étendue. Volet ce qu'oBi r Ut : « Quelque port ici marquer le ddsiooe- « tratlnnde oequi est, deceqni «t Immunble, deeequi est ■ ëteniel, de ce qui est perlait, antérieur 6 ce qui n'est pas, s il CS qui n'est pu toqjours le meme, àee qui n'est pu pv- - islt. Saint Ausüstin ; BMce ; saint Tbomu. s (Xd/I. de Pd-