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DE LA CONNAISSANCE
l'intelligence , l'une et l'autre trouvent en Dieu leur perfection; puisque rintelllgence qui est infinie , comprend la vérité tout entière , et que la vérité infinie trouve une intelligence égale à elle.
Par là donc la vérité et l'intelligence ne font qu'un, et il se trouve une intelligence, c'est-à-dire Dieu , qui , étant aussi la vérité même , est ellemême son unique objet.
il n'en est pas ainsi des antres ehoses qui entendent. Car quand j'entends cette vérité. Dieu est , cette vérité n'est pas mon intelligence. Ainsi l'intelligence et l'objet , en moi peuvent être deux; en J)ieu , ce n’est jamais qu'un. Car il n'entend que lui-méme , et il entend tout en lui-mème , parce que tout ce qui est , et n'est pas lui , est en lui comme dans sa cause.
Mais c'est une cause intelligente qui fait tout par raison et par art , qui par conséquent a en elle-même ou plutêt qui est elle-même l'idée et la raison primitive de tout ce qui est.
Et les choses qui sont hors de lui n'ont leur être ni leur vérité , que par rapport à cette idée éterueile et primitive.
Car les ouvrages de l'art n'ont leur être et leur vérité parfaite , que par le rapport qu'ils ont avec l'idée de i'artisan.
L'arcliitecte a dessine dans son esprit un palais ou un temple , avant que d'en avoir mis le plan sur le papier ; et cette idée intérieure de l'architecte est le vrai plan et le vrai modèle de ce palais ou de ce temple.
Ce palais ou ce temple seront le vrai palais ou le vrai temple que l'architecte a voulu foire, quand ils répondront parfaitement à cette idée intérieure qu'il en a formée.
S'ils n'y répondent pas, l'architecte dira : Ce n'est pas là l'ouvrage que j'ai médité. Si la chose est parfaitement exécutée selon son projet, il dira: Voilà mon dessein au vrai , voilà le vrai temple que je voulais construire.
Ainsi tout est vrai dans les eréatures de Dieu, parce que tout répond à l'idée de cet architecte étemel, qui fait tout ee qu'il veut, et comme il veut.
C'est pourquoi Moise l’introduit dans le monde qu'il venait de faire, et il dit, qu'après avoir vu son ouvrage, U le trouva bon; c'est-à-dire, qu'il le trouva conforme à son dessein ; et il le vit bon , vrai et parfait, où il avait vu qu'il le fallait faire tel , c'est-à-dire , dans son idée étemelle.
Mais ce Dieu qui avait fait un ouvrage si bien entendu , et si capable de satisfaire tout ce qui entend , a voulu qu'il y eût parmi, ses ouvrages quelque chose qui entendit et son ouvrage et lu même.
Il a donc fait des natures Inteliigentes , et je me trouve être de ce nombre. Cor j'entends et que je suis, et que Dieu est, et que beaucoup d'autres choses sont ; et que moi et les autres dioses ne serions pas , si Dieu n'avait voulu que nous fussions.
Dès là j'entends les choses comme elles sont , ma pensée leur devient conforme , car je les pense telles qu'elles sont ; et elles se trouvent conformes à ma pensée , car elles sont comme je les pense.
Voilà donc quelle est ma nature, pouvoir être conforme à tout, c'est-à-dire, pouvoir recevoir l'impression de la vérité; en im mot, pouvoir l'entendre.
J'al trouvé cela en Dieu ; car il entend tout , il sait tout. I.es choses sont comme il les voit ; mais ce n'est pas comme moi , qui , pour bien penser, dois rendre ma pensée conforme aux clioses qui sont hors de moi. Dieu ne rend pas se .peusée conforme aux choses qui sont hors de lui : au contraire , il rend les ciioses qui sont hors de lui , conformes à sa pensée éternelle. Enfin, il est la règle ; il ne reçoit pas de deliors l'impression de la vérité, il est la vérité même; il est la vérité qui s'entend parfaitement elle-même.
En cela donc je me reconnais fait à son image : non son image parfaite , car je serais comme lui la vérité même ; mais fait à son image , capable de reeevoir l'impression do la vérité.
Et quand je reçois actuellement cette impression , quand j'entends actuellement la vérité que j'étais capable d'entendre , que m'nrrivc-t-il , sinon d'être actuellement éclairé de Dieu , et rendu conforme à lui?
D'où me pourrait venir l'impression de la vérité? Me vient-elle des choses même,? Est-ce le soleil qui s'imprime en moi, pour me faire eonnoltre ce qu'il est; lui que je vois si petit, malgré sa grandeur immense? Que fait-il en moi , ce soleil si grand et si vaste , par le prodigieux épanchement de scs rayons? que fait-il, que d'exciter dans mes nerfs quelque léger tremblement, d’imprimer quelque petite marque dans mon cerveau? N'ai-jc pas vu que la sensation qui s’élève ensuite , ne me représente rien de ce qui se fait , ni dans le soleil , ni dans mes organes ; et que si j'entends que le soleil est si grand , que ses rayons sont si vifs , et traversent en moins d'un clin d’œil un espace immense , je vois ces vérités dons une lumière intérieure , c’est-à-dire, dans mn raison , par laquelle je juge et des sens , et de leurs organes , et de leurs objets ?
Et d'où vient à mon esprit cette impression si pure de la vérité ? d’où lui viennent ces règles immuables qui dirigent le raisonnement , qui forment les mœurs , par lesquelles il découvre les
DiQiîi'C:^
Coo^li
DE DIEU ET
proportlous secrètes des figares et des mouvements ? d'où lui viennent , en un mot , ces vérités étemelles que j'ai tant considérées? Sont-ce les triangles , et les carrés , et les cercles que Je trace grossièrement sur le papier, qui impriment dans mon esprit leurs proportions et leurs rapports ? ou bien y en a-t-il d'autres, dont la parfaite Justesse fasse cet effet? Où les ai-je vus , ces cercles et ces triangles si Justes, moi qui suis assuré do n'avoir Jamais vu aucune flgure parfaitement régulière , et qui entends néanmoins si parfaitement cette régularité? Y a-t-il quelque part, ou dans le monde , ou hors du monde , des triangles ou des cercles, subsistants dans cette parfaite régularité, d'où elle serait imprimée dans mon esprit? Et ces régies du raisonnement et des mœurs subsistent-elles aussi en quelque part , d'où elles me communiquent leur vérité immuable? Ou bien, n'est-ce pas plutAt que celui qui a répandu partout la mesure , la proportion , la vérité ménne, en imprime on mon esprit l'idée certaine?
Mais qu'est-ce que cette idée? Est-ce lui-méme qui me montre en sa vérité tout ce qu'il lui plaît que J'entende, ou quelque impression de lui-méme ou les deux ensembte ?
El que serait-ce que cette irapresskm? quoi , quelque chose de semblable é la marque d'un cachet grevé sur la cire I Grossière imagination , qui ferait l'âme corporelle, et la cire intelligente.
Il faut donc entendre que l'âme , faite â l'image de Dieu, capable d'entendre la vérité, qui est Dieu même , se tourne actuellement vers son original , c'est-à-dire , vers Dieu , où la vérité lui parait autant que Dieu la lui veut faire paraître. Car il est maître de se montrer autant qu'il veut ; et quand il se montre pleinement , l'homme est heureux.
Cest une chose étoniumte que l'homme entende tant de vérités , sans entendre en même temps quetoute vérité vient de Dieu, qu'elIcesteuDieu, qu'elle est Dieu même. Mais c'est qu'il est enchanté par ses sens et par ses passions trompeuses, et il ressemble à celui qui , renfermé dans son cabinet , où il s'occupe de ses affaires , se sert de la lumière sans se mettre en peine d'où elle lui vient.
Enfin donc , il est certain qu’en Dieu est la raison primitive de tout ce qui est , et de tout ce qui s’entend dans l'univers ; qu'il est la vérité originale , et que tout est vrai par rapport à son idée éternelle ; que cherchant la vérité nous le cherchons, que la trouvant nous le trouvons, et lui devenons conformes.
Nous avons vu que l'âme , qui cherche et qui trouve en Dieu la vérité, se tourne vers lui pour ■ouen. — 1. 1.
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bi concevoir. Qu'est-ce donc que se tonrner vers Dieu? est-ce que l'âme se remue comme un corps? et quitte une place pour en prendre une autre I Mais certes un tel mouvement n’a rien de commun avec entendre. Ce n’est pas être transporté d’un lieu à un autre , que de commencer à entendre ce qu'on n'entendait pas. On ne s'approche pas , comme on fait d'un corps , de Dieu, qui est ioiq'ours et partout invisiblement présent. L'âme l'a toqjours en elle-même , cor c'est par lui qu'elle subsiste. Mais pour voir , ce n'est pas assez d'avoir la lumière présente ; il faut se tourner vers elle , il lui faut ouvrir les yeux : l’âme a aussi sa manière de se tourner vers Dieu , qui est sa lumière, parce qu’il est la vérité ; et se tourner à cette lumière , c’est-à-dire , à bi vérité , C'est en an mot vouloir l’entendre.
L’âme est droite par cette volonté, parce qu'elle s'attache à la règle de toutes ses pensées , qui n'est autre que la vérité.
Là s'achève aussi bi conformité de l'âme avec Dien. Car l’âme qui veut entendre la vérité , aime dès là cette vérité que Dieu aune éternellement ; et l’effet de cet amour de la vérité , est de nous la foire chercher avec une ardeur infatigable , de nous y attacher immoableffient quand elle nons est connue, et de la faire régner SUT tous nos désirs.
Mais l’amour de la vérité en suppose quelque eonnaissanoe. Dieu donc , qui nous a faits à son image , c’est-à-dire , qui nous a tàits pour entendre et pour aimer la vérité , à son exemple , commence d'abord à nous en donner l'idée générale , par laquelh! il nous sollicite à en chercher la plebie possession , où nous avançons à mesure que l’amour de la vérité s'épure et s'enflamme en nous.
Au reste , la vérité et le bien ne sont que la même chose. Car le souverain bien est la vérité entendue et aimée parfaitement. Dieu donc , toujours entendu et toujours aimé de lui-méme , est sans doute le souverain bien; dès là il est parfait : et se possédant lui-méme , il est heureux.
Il est donc heureux et parfait , parce qu’il entend et aime sans fin le plus digne de tous les objets , c'est-à-dire , lui-même.
Il n’appartient qu'à celui qui seul est de soi , d'être lui-même sa félicité. L’homme, qui n'est rien de soi , n’a rien de soi ; son bonheur et sa perfection est de s’attacher à connaître et à aimer son auteur.
Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne point à aimer, et se trahit elle-même t
C'est donc là mon exercice, c’est là ma vie, c’est là ma perfection , et tout ensemble ma béatitude , de connaître et d'aimer celui qui m'a fait.
Par là Je reconnais que tout néant que Je suis
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de mol-ml'-mc devant Dieu , je suis fait toulefuls à son imnïe , puisque Je trouve ma perfection et mon bonheur dans le même objet que lui , c’est- 8-dire, dans lui-même, et dans de semblables opérations , c'est-à-dire , en connaissant et en aimant.
C'est donc eu vain que je tâche quelquefois de m'imaginer comment est faite mon âme, et de me la représenter sous quelque figure corporelle. Ce n'est point au corps qu’elle ressemble , puisqu’elle peut connaître et aimer Dieu , qui est un esprit si pur ; et c'est â Dieu même qu'elle est semblable.
Quand je clierche en moi-même ce que je connais de Dieu , ma raison me répond que c'est une pure intelligence, qui n’est ni étendue par les lieux ni renfermée dans le terni». Alors s'il se présente à mon esprit cpieUiuc idée ou (juclque Image de corps, je la rejette et je m'élève audessus. Par où je vois de combien la meilleure partie de moi-même , qui est faite pour eonnaltre Dieu, est élevée par sa nature au-dessus du corps.
C'est aussi |iar là que j'entends qu'étant unie à un corps , elle devait avoir le commandement , que Dieu en effet lui a douné, et j'ai remaniué, en moi-même une force supérieure au corps , par laquelle je puis l'exposer à sa ruine certaine, malgré la douleur et la violence que je souffre eu l'y exposant.
Quo si ce corps pèse si fort à mon esprit ; si ses besoins m’embarrassent et me gênent ; si les plaisirs et les douleurs , qui me viennent de son edte , me captivent et m’accablent ; si les sens, qui dépandent tout à fait des organes corporels , prennent le dessus sur la raison même avec tant de facilité ; enfin si je suis captif de ce corps quo je devais gouverner, ma religion m'apprend , et ma raison me confirme, que cet état malheureux ne peut être qu'une peine envoyée à l'homme , pour la punition de quelque péché et de quelque désobéissance.
Mais Je nais dans ce malheur ; c'est nu moment de ma naissance , dans tout le cours de mon enfonce ignorante, que les sens prennent cet empire, que la raison, qui vient et trop tardive et trop faible, trouve établi. Tous les hommes müssent comme mol dans cette servitude ; et ce nous est à tous un sujet de croire, ce que d'ailleurs la foi nous a enseigné, qu’il y a quelque chose de dépravé dans la source commune de notre naissance.
La nature même commence en nous ce sentiment ; je ne sais quoi est imprimé dans le cœur de l'homme, pour lui faire reconnoitre une jus-
tice qui punit les pères criminels sur leurs enftmt*, comme étant une portion de leur être.
De là ces discours des poètes, qui , regardant Rome désolée par tant de guerres civiles , ont dit qu'elle payait bien les parjures de Laomédon et des Troyens , dont les Romains étalait descendus, et le parricide commis par Romulus , lenr auteur , en la personne de son frère.
l.es poètes , imitateurs de la nature , et dont le propre est de rechercher dans le fond du cœur humain les sentiments qu'elle y imprime, ont aperçu que les hommes recherchent naturellement les causes de leurs désastres dans les crimes de leurs ancêtres '. Et par là ils ont ressenti quelque chose de cette vengeance qui poursuit le crime du premier homme sur ses descendanta.
Nous voyons même des historiens païens • , qui considérant la mort d’Alexandre au milieu de ses victoires , et dans scs plus belles années , et ce qui est bien plus étrange , les sanglantes divisions des Macédoniens , dont la fureur lit périr par des morts tragiques son frère, ses sœurs et ses cnfimts, attribucut tous ces malheurs à la vengeance dirinc, qui punissait les impiétés et les parjures de Philippe sur sa famille.
Ainsi nous portons au fond du cœur une Impression de cette justice qui punit les pé-res dans les enfants. En effet. Dieu, l’auteur de l'être, ayant voulu le donner aux enfants, dépendomment de leurs parents , les a mis par ce moyen sous leur puissance, et a voulu qu'ils fussent, et par leur naissance, et par leur éducation, le premier bien qui leur appartient. Sur ce fondement , il parait que punir les pères dans leurs enfants, c’est les punir dans leur bien le plus réel ; c'est les punir dans une partie d'eux-mémes , que la nature leur a rendue plus chère que leurs propres membres , et même que leur propre vie : en sorte qu'il n’est pas moins juste de punir un homme dans scs enfants , que de le punir dans scs membres et dans sa personne. Et il faut chercher le fondement de eette justice dans la loi primitive de la nature , qui veut quo le fils tienne l'être de son père, et que le père revive dans son fils , comme dans un autre lui-même.
Les lois civiles ont imité cette loi primordiale , puisque , selon leurs dispositions , celui qui perd la liberté , ou le droit de citoyen , ou celui de la noblesse , les perd pour toute sa race : tant les hommes ont trouvé juste que ces droits se transmissent avec le sang , et se perdissent de même.
Et cela qu’cst-ce autre chose qu’une suite de la loi naturelle , qui faitregardcrIesTamillescomme
< Furlp. ilaos Thitif. Hesiod. Proam.
> PAuûuiu.
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DE DIEU ET DE SOI-JIEME
on m£me corps, dont le père est le chef qui peut être Justement puni aussi bien que récompensé dans ses membres?
Bien plus : parce que les hommes , naturellement sociables , composent des corps politiques , qu’on appelle des nations et des royaumes , et se font des chefs et des rois ; tous les hommes unis en cette sorte sont un même tout , et Dieu ne juf^ pas indigne de sa justice de punir les rois sur leurs peuples, et d'imputer à tout le corps le crime du chef.
Combien plus cette unité se trouvera-t-elle dans les familles , où elle est fondée sur la nature, et qui sont le fondement et la source de toute société!
Reconnaissons donc cette justice , qui venge les crimes des pères sur les enfants ; et adorons ce Dieu puissant et juste , qui , ayant gravé dans nos cœurs naturellement quelque idée d'une vengeance si terrible , nous en a développé le seeret dans son Écriture.
Que si , par la secrète mais puissante impression de cette justice , un poète tragique Introduit Thésée qui troublé de l’attentat dont il croyait .son fils coupable , et ne sentant rien en sa conscience qui méritât que les dieux permissent que sa m;ilaon fût déshonorée par une telle infamie , remonte jusques è scs ancêtres : Qui de mes pères , dit-il , a commis un crime digne de m'attirer un si grand opprobre ? Nous qui sommes instruits de la vérité, ne demandons plus , en considérant les malheurs et la honte de notre naissance , qui de nos pères à péché ; mais confessons que Dieu oj ont fait naître tous les hommesd'un seul , pour établir la société humaine sur un fondement plus naturel , ce père de tous les hommes , créé aussi heureux que juste, a manqué voiontairement à son auteur, qui ensuite a vengé , tant sur lui que sur ses enfants , une rébellion si horrible , alin que le genre humain reconnût ce qu'il doit à Dieu , et ce que méritent ceux qui l'abandonnent.
Et cc n'est pas sons raison que Dieu a voulu imputer aux hommes , non le crime de tous leurs pères, quoiqu’il le pût, mais le crime du seul premier père , qui , contenant en lui-même tout le genre humain , avait reçu la grâce pour tous ses enfants , et devait être puni aussi bien que récompensé en eux tous.
Car s'il eût été fidèle à Dieu , il eût vu sa fidélité honorée dans scs' enfants , qui seraient nés aussi saints et aussi heureux que lui.
Mais aussi , dés la que ce premier homme aussi badignement que volontairement rebelle , a perdu la grâce de Dieu , il l'a perdue pour lui-mtoe et pour toute sa postérité, c'est-à-dire, pour tout le genre humain , qui , avec ce premier homme d'où
il est sorti , n’est plus que comme un seul homme justement maudit de Dieu , et chargé de toute la haine que mérite le crime de son premier père.
Ainsi les malheurs qui nous accablent , et tant d'indignes faiblesses que nous ressentons en nousmêmes, ne sont pas de la première mstitution do notre nature , puisqu’en effet nous voyons , dans les livres saiijjs , que Dieu qui nous avait donné une âme immortelle , lui avait aussi uni un corps immortel, si bien assorti avec elle qu’elle n’étoit ni inquiétée par aucun besoin , ni tourmentée par aucune douleur , ni tyrannisée par aucune passion.
Mais il était juste que l’homme , qui n’avoit pas voulu se soumettre à son auteur, ne fût plus maître de soi-même ; et que ses passions , révoltées contre sa raison , lui fissent sentir le tort qu’il avait de s'être révolté contre Dieu.
Ainsi tout cc qu’il y a eu moi-même me sert a connaître Dieu. Cc qui me reste de fort et de réglé me fait connaître sa sagesse ; ce que j’ai de faible et de déri'glé me fait connaître sa justice. Si mes bras et mes pieds obéissent à mon âme rpiand elle commande , cela est réglé , et me montre que Dieu , auteur d’un si bel ordre , est sage. Si je ne puis pas gouverner comme je voudrais mon corjis, et les désirs qui en suivent les dispositions , c’est en moi un dérèglement (pii me montre tpie Dieu , (pii l’a ainsi permis pour me punir, est souverainement juste.
Que si mon âme connaît la grandeur de Dieu , la connaissanec de Dieu m'apprend aussi â juger ds la dignité de mon âme , que je ne vois élevez (pie par le pouvoir qu'elle a de s’unir à son auteur, avec le secours de sa grâce.
Cest donca-tte partie spirituelle et divine, capable de posséder Dieu , que je dois principalement estimer et cultiver en moi-même. Je dois , par un amour sincère , attacher immuablement mon esprit nu père de tous les esprits , c'est-àdire à Dieu.
Je dois aussi aimer , pour l’amour de lui , ceux â qui H a donné une âme semblable à la mienne, et qu'il a faits , comme moi , capables de le connaître et de l’aimer.
Car le lien de société le plus étroit qui puisse être entre les hommes, c'est qu’ils peuvent tous en commun posséder le même bien, (pil est Dieu.
Je dois aussi considérer ipic les autres hommes ont , comme moi , un corps infirme , sqlet à mille besoins et à mille travaux , ce qui m'oblige à compatir à leurs misères.
Ainsi je me rends semblable à celui qui m'a fMt à son image , en imitant sa bonté. A ipioi los princes sont d'autant plus obligés , que Dieu , qui les
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a établis pour la représenter sur la terre , leur demandera compte des hommes qn’ll leur a confiés.