IV EI,OGE DE
Mra plus tarti I rspnl phttusop)ii(|Ui‘; il ne creuse pas jusr|u’au fund des dioses; il les prend telles quelles se montrent , l'f^ilise avec celle miliquité qui la réunit à Torigine des temps , le trône avec le despotisme de lx)uis XIV.
Il y n entre Louis XIV et Rossmtune secrète cmifurmite; c’est la même sdreté de juRemenl; c’est un bon sens sévère, plein de force et de dignité : I^uis a fui dans la royauté; c'est une .sorte (le religion dont il .se voit le dieu sans élonnement, tant il se trouve dans son naturel : Hossuel a la mi'iiie foi au pouvoir ; jamais le monarque n'a douté de sa toute-puissance, ni l’cvêque hésité dans sa soumission : l'un (*st roi comme l'autre est sujet, en conscience ; et c'es\ là ce qui donne ou de.spotisme de Louis XIV' cette majesté qui le tem[>ère, comme à l'obéissancp de Bossuet cette dignité qui l'cnooblit : ennemis des rêves cliimériques, prompts à discerner l'esprit de secte ou de faction, Louis XIV'^ et Bossuet craignent également la nouveauté : le pndat condamne ce qui s'écarte des règles antiques de la foi , et le prince, ce qui s'écarte des habitudes delà monarchie.
Bientôt Louis XIV nomma Bossuet prt'K^cpteur du Dauphin. Dans une monarchie, l’éducation du prince i*st une sorte de ministère; c'est un dépôt sacré dont les peupits quelque jour auront droit de dein.inder compte. Bossuet s'eii charg('a avee une sorte d’effroi religieux. Celte cour brillante, cet appareil de magniliceiute, cet enfant nourri dans la grandeur, et dont le lierceau même n'avait pas manque de courtisans, que de périls et de travaux! Je itêsire tf^rvir /Heuy dit-il dans une de ses lettres; muU le monde , le monde! les mourais conseils , les mauvais exemples! Sam^^Z'Uous^ Seigneur! snareZ’nous! J'espère en voire Inmlé et en voire grâce : tous avez bien préservé les enfants de la Jfüurnaiset mais vous enroyûtes votre ange; et mol, hélas , qui suis-jef Ainsi, quand l.ouis XIV et la France s'applaudissaient d'un p.ireil choix, seul Bossuet se défiait de lui-méme : c'est qu'il voyait un devoir où d'autres n'eassent vu qu'une place.
(> fut lesortdu Üauplund’élreentourcde grands hommes et de rester médiocre : fils de I.x>uis XIV et père du duc de Bourgogne, son nom semble appartenir à la généalogie plutôt qu'a ritisioire; élève de Bossuet, Ü servit d’occasion à des chefs-d’ccuvre dont il ne profita guère : peut-être, après tout, fut-ce un bonheur pour le Dauphin d’être médiocre et de le sentir. Docile sans efforts , il resta jusqu'à sa mort le second du royaume, sans être jamais embarrassé de sa royale obscurité.
C’était alors le temps des la Vallière et des Montespnn, époque de scandales excusés par une sorte de majesté ou expiés par des repentirs austères : la galanterie et la piété, les plaisirs et la crainte de Dieu , se disputaient le cœur du roi , wns que Uns- •uetpdtjainais désespérer deses efforts, ni madame de Mohtespande ses séductions. Quel pénible ap- I prentissage du monde que d'avoir à lutter contre Je.s passions du roi et les inlcrêude la cour, sans |
nOSSüKT.
autre force que celle de la religion ! f.e courlis.m oppose l'intrigue à l'intrigue, ramouràTamotir, ma demoiselle de Foiitangesà madame de Moiitespan : Bossuet u'opposait que Dieu et la conscience, il était à la cour comme une sorte de inédialeiir entre Dieu et le monde ; il ne s'approchait des vaiiitt‘s Immaincs que pour les soulager et les guérir; il semblait dire, comme dans l'Évangile : V'enez a moi, vous qui souffrez. Aux courtisans disgraciés il parlait du service de Dieu, plus doux que celui des mis; aux beautés délaissées, de l'amour du .Seigneur, qui ne trnnqve jamais; et parfois, du milieu de cette cour pleine de piété jusque dans ses de.sordres , se tournaient vers le ciel quelques ômes délivrées des liens du siècle.
Telle fut la \\illière : cc fut celle des maîtresses de Louis XIV qui donna au inonde le moins de scandale par son amour et le plus d'édification par son repentir ; c'est Bossuet qui la guidait vci‘s Dieu : tantôt il s'.aff1ice de ses hésitations; elle < prend encore un la volonté d'élre tvr-
tueuse fHiur laverlu nu me: tantôt il espère; die s'avance à Dieu , selon son naturel t d'une manière douce et lente ; il lui enseigne * à retrourer son ceeur et à retirer deçà et dtla les petites parcelles de ses désirs épars de tous fiités. Enfin (a grâce opère, et alors Bossuet admire l'ardeur de sa pi*Dilence et s'humilie devant elle. Je parle f et elle fait, dit-il; fai les discours, elle a les œimres ^ ; c'est lui qui conduit la victime à l’autel, et il ne la quitte que lorsque •*, encehppée du voile mystérieux , cachée à dle-méme aussi bien qu 'à tout k monde, elle n'esl plus connue que de Dieu.
A la cour, Bossuet vivait entouré de jeunes ecclésiastiques; c'est là qu'au sein du luxe et de la magnificence, tantôt sous les lamb.'is dorés du Versailles, tmtôt dan.x ces bosquets enclianleurs , au bruit de ees jets d'eau qui ne se taisent ni Jour ni nuit, il s'entretenait avec de jeunes prêtres de lu pativn-té chrétienne et du néant du monde : ainsi ces belles allées que le soir peut-être Uniis XIV et sa cour, à la clarté des Hambeaux , devaient troubler du bruit de leurs fêtes , calmer et paisibles le malin, voyaient passer de pieux philosophes, qui méditaient sur les destinées de riiomme et sur les niiscricordes de Dieu. Bossuet correspondait avec Banc'é,cct ardent solitaire qui, de moiidnin voluptueux de\eiiu réformateur de cloître, enchérit sur la sévérité de la Trappe . et que ses ennemis ne purent accuser que d'orgueil, seul défaut que laisse supposer le désir de la perfection. De la frappe à Vers;iilhs, du sanctuaire de la pénitence à l'asile des plaisirs , il venait et rcu-nait des lettres ; les unes parlaient des dégoûts de la cour et du tracas des pas.sions, les autres racontaient les joies de la pénitence et les douceurs de la cendre et du cilice.
AvouonS'le : Bossuet en public suit l’exemple do
» Leltrrt.
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• SermoH /«Nr ht priieJ'kabiide tHodamt dê la ytUiurt.
ÉLOüK nt:
la cour, et, comme elle, (latte Louis XIV. Ardent ami de la royauté, il la présente aux yeux des peuples toujours vénérable et sacrée; mais il réserve ses censures évangéliques pour le silence du cabinet: la postérité a pu s’y tromper : que fait cet)ondaiitce prélat adulateur? A un prince jeune et conquérant, il eonseille la paix; n un monarque enivré de sa grandeur, il rappelle la gloire de Henri (V , et le bonhomme n'est pas le seul de ce siècle qui se souvienne du bon roi ».
Louis XIV aimait dans Bossuet son esprit de ré- Krve et de soumission : c'était à lui qu’il secoiifi.nit dans les affaires de Tfiglise : ce fut lui qui dirigea rassemblée de IG82. Il fallait reconnaître les bornes du pouvoir spirituel et temporel , tenir la balance etilre toutes les prétentions, faire et rendre justice, enfin rester gallicans et catholiques. Le parlement , trop épris de ses maximes , eiU peutêtre poussé les libertés gallicanes jusqu’au schisme .* lu clergé tempéra à propos la hardiesse par la soumission. /tnxsuet parlé net », car U le faut partout ^ et surtout en chaire ; mais U parle arec respect . il adoucit sou langage; U craint de blesser tes tendres oreilles des Pomaius , mais quelquefois aussi il élève la voix au nom de la théologie et de b politique. Quoi^ ! dit-il, lieUarmin tient lieu de tout à Home, el/ait seul toute la tradition! Quelle espérauce de ramener lesprinces du Nord et de convertir les rois infidèles , s'ils ne pem'enl se faire catholiques sans se donner un maître!
Lu ltiS2, l’(*lglise de France avait témoigné de ses libertés; eu 1700 , elle témoigna de sa piété et de sa fui, cl défendit la pureté de la morale contre les casuistes, et l’exactitude du dogme contre les jansénistes. Bossuet s'était prononcé de. bonne heure contre le rolAcheinent des uns, pleins d‘une pitié meurtrière t et contre la rigueur des autres, traînant loujaurs Cenfer après eux : sa raison s'Irrilnitdes subtilités des casuistes, et sa vertu s’indignait de Ifurs ordures : c’était au nom de la religiuii qu’ils autorisaient le vice; et la loi de Dieu devenait moins sévère i|ue les préjugés du monde. Déploraidc égarement! Ainsi, quand de b mor.ale nnveut faire un art subtil et calculé, quand elle i n’csl plus une révélation du ciel et de la conscience, (die SC dégrade par le raffinement et la subtilité; «e n’est plus qu’un labyrinthe de règles et d'exceptions, où rdmc s'égare et |N'ritmisérablemenL Les casuistes firent pour la morale ce ({ue les scolastiques avaient fait pour la philosophie. A force de définitions et de divisions, ils corrompirent tout, comme l'école avait tout embrouillé : ils furent plus dangereux et plus coupables , car ils gAtaient la conscience.
Jusqu’ici, è la cour et dans les assemblées du clergé, nous avons vu Bossuet partout interprète éclairé de la religion; voyons-le maintenaot combattant pour elle contre la réforme et contre le quiétisme : quelles luttes et quels athlètes ! Claude,
• LeUrt au roi.
* tj'Urrt.
BOSSUET. V
Jurieu , Burnet , Fénelon ; et, seul contre tous, Bossuet toujours inébranlable. A celle époque, les controverses iivaicnt succédé aux guerres de rcll gion, et la plume des docteurs remplaçait ré|>éedc.s Guiseset des Coligni : Uichelieu,qui prétendait ù tontes les gloires et qui se piquait d'étre théologien ; aussi bien que poète, disputa contre la réforme;
mais son meilleur argument fut la prise de la Ro- I rhflle : Amaiilü et Nicole descendirent dans cette I lice toujours ouverte; Uo.ssuety parut bientôt, et ^ attira sur lui tous les regards. Qui saura peindre I c(» tournais théologiques et ces combats qui avaient ! leur intérêt et leur gloire.* La France et l’Allemagne, ritalie et l'Angleterre, attendaient avec des vœux inquiets la nouvelle d'une conférence entre Bossuet et Claude ; on parlait d'une convorsiun comme d’une victoire ou d'une défaite; et il y avait d(« consciences gagnées a la foi catholique qui troublaient la Hollande comme aux jours du passage du Rhin.
Aujourd'hui, nous prenons en pitié ces graves discussions, insensés qui ignorons qu'il n’y a point de débats où n’entre la liberté ! Au seizième siècle , la liberté c’est d’examiner la foi et les croyances. Luther et Calvin ne réclament pas les droits du vassal ni du citoyen, mais l'indépendance du sectaire et du docteur. Au dix-huitième siècle, la liberté passe de la théologie dans les lettres; car la litlératureétait alors le goût et la passion de l’époque. Enfin aujourd'hui la liberté est dans la politique. Ainsi, pour déconcerter ses ennemis, c’est dans notre sentiment te plus vif et dans notre passion dominante qu'elle vient tour à tour s’établir, changeant de formes sans jamais changer de nature. De là son intérêt dans toutes les luttes de l'hiimanité et sa part dans tous les martyres.
0 vous qui méprisez si légèrement , creusez au fond de ces discussions tliéologiques, écartez les mots qui voustroinpi'Ut, pénétrezjusqu’auxc^ioses; Claude et Bossuet débattent ce que vous débattez encore!
Chaque époque semble avoir une idée dominante., Dans le siècle de Tx>uis XIV, c’est rutiilé; rien ne reste isolé et indépendant; tout se régularise et se subordonne: la littérature sous rinfiuence de Racine et de Boileau ; la pbilosopliie sous les auspices de Descartes; la politi({ue sous le pouvoir de Louis XIV. Si quelqu'un alors se fût avise de définir la religion un rapport individuel de l'homme à Dieu, il eût choqué tous les esprits : catholiques ou réformés, tous croient qu’il doit y avoir un culte cnininun ; et cette idée fait la force de Bossuet et la faiblesse de ( Jaude dans leur controverse. Le catholique n'examine pas, il croit, et l'autorité de l'Eglise es» la règle de sa conscience : la réforme mêle IVxainen et l'autorité; elle a besoin de l’un contre Rome, et de l'autre contre les sectes indépendantes.
conférence entre Claude et Bossuet n'est pas seulement une discussion de théologiens; c'e.st iin drame, c’e.st un combat qui a ses alternatives de crainte et d’espérance : Claude est habile; sa logiqiie^ est forte et serrée, son langage est précis et été.
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tant; c'est le defeu!»t'ur ü'un parti qui sent üéjÀ I approche de la pcrai-cution, et qui, pour se rele> ver, n besoin d'une victoire : son rival est l'oracle de rf.Kli8C ; quelle gloire de le vaincre! c'est un évé« que de cour; quelle joie del'humilier! que de vœux s'attachent aux paroles de Claude! il parle; lespro* testants, es{>èrrnt,et se regardent avec un sourire de confiance : Hossuet répond ; les catholiques respirent et s'encouragent ; ce n'est point un dialogue fait à plaisir : dans Platon, Socrate doit avoir raison, et les sophistes jouent le rôle des oncles de comédie, qu'il est de règle de rendre dupes : ici la guerre est franche ; Claude n'est pas chargé de déraisonner h la gloire de son rival; il porte et reçoit des coups; tantôt il presse son adversaire, tantôt il te défeud : Ih^uet ne dissimule pas ses inquiétudes; il avoue qu'il a tremble, sorte de franchise qui sied aux braves et aux vainqueurs r il prie Dieu ; car a i'açititH saint li'tuu; dmc ; il craint de paraître faible, et ce n'est point amour-propre, c’est xéU du Seigneur ; il y a là une ôine qui sera éternellement heureuse ou malheureuse, selon qu'il aura tort ou raison; et, dans l'ardeur de sa fol, il croit voir le ciel et l'enfer attendre l'issue de la lutte.
Jamais la reforme neut d’adversaire plus redoutable ; il sait que, pour dissiper ses ennemis. Dieu n'a qu’à se montrer, et il découvre à tous les yeux la majestueuse simidicilé de la religion : Vf-:sposilion lie /o /oi ca/hoUtfitf fut traduite dans toutes langxies, et, se n'pandanl de proche en proche, alla évangéliser les (>euplcs protestants jusqu’au fond de rAllemagne. Il y n entre ce livre et !'//«toirfiirs t'ariatiuns une liaison d'klees renuirquakde : dans Vt^.rposltion lie la foi , il présente l’f-glise toujours une et immuable; dans les f arkithms, la réforme toujours clwngeante et imh'cise : à l'iminutabilitédala foi catholique il oppose lescviitradictions et les incertitudes de la rrfi^rme ; ici la vérité qui est toujours stable, parce que sa nature est de se satisfaire elle-ii>én»e; là l'erreur toujours variable et passagère , parce qu elle ne se contente jamais.
1 ji pensée foiklanventale de VHistoirt des cariatianSf c'est que rinstabilite des opinions est le caractère de l’erreur : telle était Tidee dominante du siecle de Boî^surt. \ eette ejHxpie, fatigues des agitations du seirieme siècle, les esprits pem-liaicnl vers raulonte;et la reforme elle-mcme n'o>ait pas avouer que, fondre sur la liberté, c'etait sa nature de changer sans cesse : ,nijourd'bui les variations de la hbcTte pohlique uous ont a|^ris àétre moins sévères. >os ancêtres ne croyaient guère à b vérité desdtHHriiH's. si eklea n'et aient invariables : de nos jours rinvincibie opiniâtre le d'opinions ik>us semble .lussi im des signes distinctifs de renvur; ainsi Hy a tel siècle où c’est un tort de clunger sans cesse . et tel autre où il messied de rester immobile : le mente des écrivains dans b polémiqué, c'est de savoir e\>nnaitre leur temps , c’est de frapper où les cuntemporaïQS croient que le coup sera tuorlel.
k*n tlKN'Uigien ordinaire u edl fait de r//i»/t«rr «t» ed' qxi'uB livre de coocroxerse; nuis k
BOSSU KT
géuledo Dossuel sait tout animer. Avec quelle énergie il peiut Luüier! Rien n’est oublié du caractère étrange deçà réformateur, déco prophète nourri de scolastique, qui fait une révolution avec des arguments de théologie, <fui met en thèses ses Jvreurs, qui réunit à l'opiniâtreté du docteur quelque chose de l'ardeur du guerrier, et veut comparaître à Rome avec vingt mille hommes de pied et cinq mille chevaux; alors je tne /erai croire ^ dit-il. Bossuet semble oublier la controverse; il s'eullamme d'une sorte (i'imlignalion enthousiaste; c'est un éu'que qui maudit un hérésiarque ; c'est en môme temps nn poète qui chante un de ces hommes ; extraordinaires que Dieu envoie pour changer la fai^ du monde. Bossuet re.specte dans Lutiver le ministre des vengeances célestes, et il croirait offenser Dieu que de chercher à rabaisser ce génie marqué du sceau de la grandeur et de la colère divine : ce n'est point un portrait fait à force d’antithèses; c'est Luther avec toutes ses passions : il n'est nulle part si grand que dans Bossuet, parce que nulle part il n'est rcprésenté avec plus de vérité. Dans les premiers écrivains de la réforme, LuÜier est un saint; ce n’est plus un homme : à force de vouloir le rendre .'idmiraMo . ils le rendent monotone ; ce n'est plus ce pédant qui remuait les passions populaires et qui fit tant écrire et tant combattre, cebnreMr debière qui ravageait par la parole et avait foi en sa priere : c'est un ange et un élu du Seigneur. Dans Bossuet , il est tel qu’il fut, plein de génie et de mauvais goiU, de fanatisme et de bouffonnerie; c’est un liumme tel que .Sliakspeare aime à en peindre, pétri de contrastes bizarres; et ces contradictions de caractères, qui eussent plu au poète comme un ^'^sort dramatique, ne déplaisent pas au prélat cuimne un signe précurseur des variationsde la riforme.
C'est là ce qui donne tant d'intérêt à V'Hi>toire (tes variations ;ee'sX\\n drann où revivent tour à tour ^Icbnchton , qui pleurait les malheure de la guerre , et voyait des hommes où sou siècle ne voyait que des protestants et des catlioliques, cette diiie leiMlre et rcsignèe qui s'écriait : Si je n'avais pas de chagrins , prierais-je Dieu avec tant d'ardeur? Melancblon , que Bossuet semble regretter comme une ouaille diérie; Calvin , qui fil schisme dans riicresie , que Rome excommuob , et que condaiima Lutlier, Henri VIII, ce roi théologien , qui ne doutait pas plus de son pouvoir que de sa raison , qui diaiigea de cultes comme de maîlresM's , et sembU se jouer de b rdigion comme du mariage. Avec quel mépris Bossuet raconte b reforme de l'Angleterre, ses souplesses de conscience et ses apostasies successives! c'est le langage d'un evêque qui s’indigtie de voir la religion asservie au pouvoir temporel , et qui , à ce honteux abab«etnent , oppose l'indepeodance de TtgUse calbolkque. Le catholieismr en effet est soment inquiet sous un maître protestant , mais il n est jamais esclave sous un roi catbolM|ue ; et , au besoio , il serait plutôt ambitieux que servile.
Dans les tarkitions, luüveriens, calviaUles, zuingtieos, anglicans, tous viennent passer tour
ELOGK DE BOSSUET
MI
à tour devant le tribunal de Bossuet > cts^élcver en jugement les uns contre les autres, Luther contre Calvin , Calvin contre Luther, l'Allemagne contre la Suisse i effroyable confusion que le génie de Bossuet n'a déméiée que pour la faire ressortir. C’est ainsi qu'il était beau de vaincre la reforme : paisibles succès qui n'étaient dus qu'au génie, et dont Louvois ne pouvait rien revendiquer; douces victoires qui donnaient des joies quelacliarité clirétienne pouvait excuser; heureux temps enfin, où Bossuet n’avait point à secourir de victimes de la persécution, ni à les voir s'étonner d'étre secourues par lui \
Quand Bossuet combat la réforme , il s'agit d’une question qui se débat depuis plus d'un siècle, et que comprend le monde. 11 n'en est pas de même du quiétisme, sorte d'hérésie néede l'excès delà perfeclion; c’est une doctrine neuve et mystérieuse : alors la polémique de Bossuet prend un autre caractère; il explique en même temps qu'il discute ; mais il n'a pas, comineson rival , l'art de mettre de la clarté dans les subtilités de la théologie : il le sent ; il s'ir* rite contre cet ennemi insaisissable , et , d'un ton de défi , le somme de venir combattre en plaine et de quitter ses brouillards.
Jamais génies ne furent si différents ni si égaux que Bossuet et Fénelon : l'esprit de Bossuet ne sort pas des bornes assignées aux idéesde son siècle ; il s'arrête h ce (jui est : Fénelon , avec son esprit à/aire peur, va plus loin que ses contemporains; son caractère est retenu et modéré, niais sa pensée est vive et remuante : Bossuet n'aime que cc qui est établi; et, pour lui plaire, la vérité a besoin d'être ancienne: Fénelon juge les choses sans s'inquiéter si elles sont vieilles ou nouvelles : Bossuet, avec son génie net et solide , s'en tient à la foi catholique et à la royauté de Louis XIV; Fénelon, avec son esprit pénétrant et sou ôinu affectueuse, veut perfectionner la religion et la monarchie, il s'abandonne au mystieisme et propose les étatsgénéraux : Bossuet est gallican et défend les libertés de TEglise telles qu'il les a trouvées : Fénelon est ultramontain, parce qu'il voitl f^glise de haut et dans son unité mystique. Dans l’éducation du Dauphin , Bossuet ne s'écarte pas de la inctUode ordinaire des études, et ses leçons d'histoire et de philosophie sont des chefs-d'œuvre sans être des innovations : Fénelon, bel esprit chimérique, comme disait Louis XIV , ose , en dépit de la routine , composer pour son élève des fables et un roman.
Bossuet étonna son siècle quand, à la naissance du quiétisme, il s'écria qu'il y allait de toute la religion. Le mot parut exagéré ; il n'était que vrai. Cest encorelevieux débat entre l’autorité et l'examen , entre la soumission et In liberté. Dans la réforme, c'est la raison qui devient juge de la foi et du culte; dans le quiétisme, l'amour pur devient aussi la seule règle de la religion. La réforme n’a besoin que de la raison pour reconnaître Dieu ; le quiétisme , pour l'adorer, n'a besoin que de l'amour. Dans le catholicisme, le culte est placé conv me intcruiédiaire entre Dieu et l'homme ; ici l'a-
mour pur s'élève vers le ciel, sans emprunter l'appui des cérémonies religieuses. La piété vulgaire a besoin désignes et de symboles qui l'entretiennent sans cesse de Dieu ; l'amour pur se suffit à luimême : de là l'inutilité des sacrements , le mépris de l’Eglise et du culte public; autant de religions qu'il y a d'hommes : voilà les conséquences dangereuses que prévoit la raison sévère de Bossuet. C’est en vain que Fénelon s'abuse : le quiétisme alKHitit au déisme.
Bientôt la lutte s’engagea ; opposés/ront à/ront, ils redoublent de génie et de talent, Bossuet pour vaincre, cl Fénelon pour n'ôtrepas vaincu : à côté d’eux , SC trouvait une femme d’une piété ardente et enthousiaste, madame Guyon , qui prétendait au martyre , et n’obtint que la Bastille. La dispute fut souvest amère : Bossuet s’emporte dans l'attaque; Fénelon a le tact de l’homme de cour; il sait se défendre sans jamais prendre l'atlitudc d'un factieux ou d'un sectaire; il garde los bienséances de la politesse ; mais la charité cliréticnne exige plus que le monde.
La politique de Bossuet ressemble à sa théologie; elle n'est ni subtile ni chimérique : la tliéocralie de Moïse et la monarchie de Louis XIV, voilà ses deux types, voilà sur quelle mesure il juge le passé et le présent; la théocratie et la royauté semblent se contredire; nuis comme il y .*i entre Moïse et Louis XIV trois mille ans d'intervalle, Bossuet, qui s'attache aux choses plutôt qu'aux tliéories, admire le sacerdoce à Jérusalem et la monarchie à Versailles, sans s'inquiéter de leur différence : l’Egx'pte, avec ses institutions immobiles, avec ses rois qui étaient jugés à leur mort et ses pnUres qui ne l’étaient jamais, parce qu'il n'y a pas de tribunal où sc juge la souveraine puissance, l’Égypte est vantée par Bossuet ; et la ^vère grandeur des Pyramides plaît à son génie comme une image du gouvernement. Il aime tout cc qui est grave et régulier : à Athènes, l’aréopage; à Rome, lesénat; en France, la royautéabsolue et l'épiscopat. Cependant ce goût de l'ordre et de la stabilité n'est point dans Bossuet un système impérieux; il ne cherche pas à y ramener tous les gouvernements, quels qu'ils soient ; il res|>ecte ce qui est établi et n'approuve pas plus les novateurs d.ins les républiques que dans les monarchies. Il faut • demeurer, dit-il, dans l’état auquel un long temps a accoutumé te peuple, et Dieu prend en sa protection tous les gouvernements lcgitimes.il n'est point indifférent entre la démocratie et la royauté , mais il souffre ce que Dieu veut , et se résigne à ses desseins ; de la son impartialité dans l'histoire; delà cette justice rendue a la Grèce et à ritalie;ilne leur conteste ni leur gloire ni leur puiss.ince, puisque Dieu a permis leurs exploitsetleur liberté.
Dans Bossuet , c'est Dieu seul qui avertit et qui menace ; le peuple doit se taire ; les princes ont des devoirs sans que les sujets aient des droits. Bossuet ôte aux rois la crainte du peuple, mais il met à la place la crainte de Dieu. Ainsi la foi dit monarque
> jàctrtiuoHfnUaux proUitanlt.
YllI
ELÜOK DE BOSSUET.
devient une des garanties de la liberté publique, et il faut fitrc impie pour oser être tyran. Que parlez- Tous de pactes primitifs ou d'assemblée.4 politiques voici qui vaut mieux que la force des parlements : c’est le respect de Dieu , c’est la sainteté de la reli- ,pion gravée dans le cœur des rois. Un |>euple obéissant sous un roi pieux, voilà , aux yeux de Bossuet , le modèle des gouvernements : beau rêve qui rappelle celui de Platon, lorsqu'il souhaitait aux peuples des monarques philosophes , comme si sur le *trùne c’était assez du zèle de la philosophie ou de la dévotion pour n’avoir plus à se défier de soimême ; comme si la piété ou la sagesse humaine , toujours faible.set fragiles, n'avaient pas besoin de trouver hors de leur conscience, tout pure qu’elle est , des garanties contre les séductions de l'autorité souveraine !
Aujourd’hui habitués dès l’enfance à tous ces mots sacramentels de constitution et de représentation nationale , c'est pour nous une étude curieuse que de lire la Polüique de rÉcriture-Sainte. Nous entendons tout à coup retentir à nos oreilles comme les sons d'une langue nouvelle. Laissez là l'équilibre délicat de vos trois pouvoirs; venez voir la société naissant dans les bosquets d'Eden : les gouvernements s’établissent! est-ce en vertu de quelque contrat social? non; c’est Abraham ou Jacob assis le soir devant leur tente et jugeant leur famille. Ainsi, en suivant cette histoire qui commence avec le monde , Bossuet assiste tour à tour à la naissance de la société, à l'établissement des empires ; et cette nation mystérieuse qui , au rcbdursJes autres peuples, sous Moïse, eut une législation avant d’avoir une patrie , ce peuple de Dieu qui passe tour à tour de la théocratie à la royauté, de la captivité de Babylone à la gloire des Machabées, offredes modèles de gouvernement divers et des leçons de diflerentes fortunes. C’est dans ces annale sacrées que Bossuet devait aimer à étudier la politique : homme d’Etat, il y trouvait une variété capable d’inspirer son génie; évêque, une autorité qui rassurait sa foi.
La Politique de V Écriture-Sainte n’est point un commentaire qui suit pas à pas l’histoire du peuple juif; c’est un ouvrage théorique, une suite de principes et de raisonnements; et pourtant il n’y a ni sécheresse ni pédantisme. Puissance de la parole de Dieu! en cherchant l’autorité, la politique a trouvé une grâce nouvelle. Ce traité méthodique est plein de l’inspiration de la Genèse, de la fraîcheur des premiers jours du monde, de l’ardeur des Cantiques et des Prophéties : à chaque instant, du fond de ces théories arides , jaillissent la poésie et l’eloquence, comme ces eaux vives qui sortaient des rochers du désert. Mais jamais l’essor de la parole divine n’interrompt la suite du raisonnement : la liberté et la splendeur dc,s citations ne troublent jamais l’ordre et la clarté des principes ; et le génie de Bossuet fait marcher de front l'enthousiasme et la méthode.
Cependant, par un singulier aveuglement, cet esprit, tout pénétre de l’Ecriture, semble ignorer
quelle différence de mœurs et d’idées il y a entre la Genèse et la cour de Versailles; entre le pouvoir des rois juifs , contrarié par l’opposition sévère des prophètes, et l’autorité de Louis XIV, qui refusait à la chaire chrétienne le droit de lui faire sa part ; entre la simplicité des patriarches et la complication de la politique moderne. Il emprunte à la Bible les leçons de gouvernement qu’il donne à l’héritier du roi de France. Chose bizarre! dans la sincérité de sa foi, il adore la royauté juive, c’est à ses yeux un modèle divin; mais il sait aussi, dans son zèle pour la monarchie, que le trône dé Louis XIV est au-dessus du trône de Juda : alors , par une transaction involontaire, il rapproche le gouvernement du peuple de Dieu de l’idée qu’il s’est faite du pouvoir absolu. Jamais il ne perd de vue Louis XIV, et, sous la tente même des patriarches, nous rencontrons avec étonnement la majesté du grand roi.
Dans la Politique de l’ Écriture-Sainte , Bossuet expose les principes des gouvernements; c’est le ton d’autorité d’un homme d’Etat : dans ses Avertissements aux Protestants, il réfute les sophismes de Jurieii ; alors c’est la véhémence du dialecticien : il change de manière; mais c’est toujours le même esprit d’ordre, le même amour de l’autorité : il condamne le droit de désobéir comme le droit d’examiner. Dans le doute, quelque timide qu’il soit, il voit poindre l’incrédulité, et, dans la résistance, commencer l’anarchie. Il n'y a point de milieu : il faut croire au nom de l’Eglise; il faut obéir au nom du roi. La poütiipie de Fénelon est moins roide et moins impérieuse. Epris de scs idées d’amour, c’est par l’amour qu’il unit les peuples et les rois , et il en fait le lien de la politique comme de la religion : ce n’est plus une autorité sévère qui du monarque descend sur les sujets avec une force irrésistible; c’est un sentiment plus doux qui du peuple s’élève vers le roi : il s’obtient et ne s’exige pas, c’ est une sorte de liberté secrète : ce n'est plus, comme l’obéissance, un devoir que le prince réclame; c’est un sentiment qu'il risque de ne pas inspirer.
Ainsi, théologie et politique, Bossuet blâme tout ce qui s’écarte des règles établies; dans la [ijiilosophie , c’est encore le même caractère , et il veut contenir cet esprit d'indépendance et de recherche qui en fait la gloire et le danger. Ici jetons un regard rapide sur l’histoire parallèle de la religion et de la philosophie. Cette digression est nécessaire pour apprécier les travaux de Bossuet.
Avant Jésus-Christ, la philosophie et la religion étaient indépendantes l’une de l’autre : le paganisme ne se souciait guère d’expliquer l’énigme de la destinée humaine, c’était un soin laissé aux philosophes : vint le christianisme , qui satisfit la foi par le culte, et la raison par l’explication des mystères de notre destinée. Alors naquit la théologie, sorte de.scicncc qui no pouvait naître qu’à cette époque, car c’est la philosophie unie à la religion: alors atissi commença une lutte cachée : la part que le christianisme avait faite a 1a philosophie ne suffisait pas à son inquiétude ; de là les hérésies qui ne sont que les
ÉLOGE DE BOSSUET
t«rit3livcsderesprilphUosophic|uei>ourcmpi(‘ter6ur ia rvÜKiun : b philosophie n'osait pas encore fonder vn empire à part ; mais , contenue à f^rand'pei ne dans le domaine de b foi» elle essayait d’y trouver l’indépendance par l’innovation, et vivait cachée au fond de 1.1 théologie qu’elle agitait : jusqu’à Bacon et Descartes tous les philosopl>es sont théologiens.
Avec Bacon et Deseartes commença une ère nouvelle, et c’est à celte époque qu’apparlieiil Bossuet. La philosophie se sépare de b théologie ; l’Église, fatiguée des hérésiesdu seizième siccle, voit sans regret s'éloigner cet hôte incommode; l’antique alliance est rompue. Ce|>endant la pliilosophie, comme une colonie qui vient à peine de quitter sa métropole, est encore docile ; mais Bossuet, dans celle indépendance respectueuse, voit déjà poindre lu guerre. Malebranclie succède à Descartes, et b métaphysique inlervicnldans b religion: utujrand com6fl/, dit-il dans une lettre, se prrfMre contre l'Église sous le nom de la ph ilosophie cartésienne : Us'introiluH une lifjejté déjuger fpd/ail que, sans égard à la Iradiliont on avance témérairement tout ce qiCun pense.
Ainsi, quoique cartésien comme tous les grands hommes de son siècle, Bossuet cependant s'afBige du schisme de b religion et de la philosophie, et il craint cette science inquiète, qui autrefois s’émancipait par l’hérésie, tout enfermée qu’elle était dans le sanctuaire, et qui anjourd'lmi, livrée à eileimhne, va bienlot se perdre dans b hardiesse de ses pensées : aussi il cherche à la ramener à Dieu; c’est là le but de tous ses ouvrages.
Deso-artes avait imprimé à l’existence humaine le sceau de b certitude, et le fameux Jepense,
donc je suis, était gravé comme ineffaçable, dans le sanctuaire de b nouvelle école : c'est de là que part Bossuet pour s'avancer plus loin; il étudie cette faculté de penser que l'homme ne s’est pas donnée, et qu’il a dû recevoir de quelque part, ce principe immatériel et impérissable qui doit être rcmnnalioii de quelque nature immatérielle et impérissable elle-inémc; et alors il s'écrie : Je pense^ donc Dieu est. C'est b le résume de sa philosophie. La pensée humaine n’est plus seulement le titre nutlientique de notre existence; elle devient la preuve vivante de la divinité, et, à chaque instant, semble promulguer Dieu au fond de notre ûnie. Ainsi, |Kir lui la philosophie est marquée du sceau divin , et il lui montre que • , quelque grande et élevée qu'elle soiti elle n'en est pas moins sous la main de Dieu cl sous son autorité suprême. L'dme a ses révolutions, que Dieu dirige comme celles des empires; et il n’est pas une des |>ensées qui montent dans le coeur de l'homme, qui ne rentre dans les desseins du .Seigneur.
(^est surtout dans les Méditalionssur C Écawjile qu'il s'élève à b plus haute pliilosophie, et s’y soutient sans efforts : c'est b qu’avec une incroyable sûreté d’esprit, il se sert de la métaphysique pour sonder les m)stcres de b religion , et de la religion
* Oraison JuKi^rt de Ua reint d'.1n9h'i<-'rre.
pour contenir b témérité de la loétapliysique : la pensée s’initie aux secrets de ta foi ; U soulève quelques instants le voile impénétrable; il explique quelques mots du livre inexplicable; et l'homine, plein de saisissement et d'admiration, ne sait plus s'il adore la profondeur des mystères divins ou la profondeur du génie de Bossuet.
Dans la Connaissance de Dieu etde sol- même, ce n’est plus le même ton d'inspiration et de liardiesse; il analyse avec exactitude les éléments de nos connaissances; il examine avec netteté les facultés de notre esprit. Ce n’est point une clarté trompeuse qui se contente d’écbirerb surface sans pénétrer au fond des choses ; il ne rétrécit pas la science pour la régulariser comme ont fait les philosophes du dernier siècle : il est simple sans être incomplet. Ce n’est pas non plus cette fiuesse minutieuse d'obsg*vaiioiis et ce rigoureux enchaînement d'idées qui , de nos jours, dans b psychologie fait le mérite des philosophes de l’école écossaise. I.a marche de Bossuet est plus libre : franciiissant les idées intermediaires, il semble arriver de plein saut aux conclusions. C’est l'alluredu bon sens, quand le scepticisme n'a pas encore appris à l’homme à douter de ses uotions premières. Aujourd'hui la raison est défiante ; elle inarclic pas à pas , passant d’une idée à une autre sans jamais prendre d’essor. De là , dans la psychologie moderne beaucoup de déliratei^seet de pf^ nétration :dc là unerigueurde raisonnement qui satisfait et qui inquiété à la fois, tant on voit qu’il faut de précautions pour ne pas faillir.
Ainsi, dans Bossuet, théologie, politique, philosophie, toutdé{)€ud de la foi, et, sous co rapport, c’est, si j'ose le dire, l'esprit le plus systéimiliquc de son siècle; car il subordonne tout à la religion, et semble n'aborder une science que pour b soumettre à Dieu : mais, en même temps , il n’a rien de la séclieresse et de b naonoionie des auteurs systématiques ; car son vaste génie embrasse à la fois l'ensemble et le détail des choses; il résume les sciences sans les raccoueir, et met l’unité dans b variété : c'est là ce qui fait le singulier mérite de son Discours sur l'/lisloire universelle ; tout est rappelé à une idée dominante, et tout conserve cepeiidantsa pliysionoiuie particulière. Égyptiens, Grecs, Ilomai ns, ont cliacuii leur attitude, et Dieuîutcrvient sans que l'homme soit effacé. Devant Dieu , il n'y a ni temps, ni lieu, ni dilférence d’époque, de pays, de mœurs etde gouvernements : cependant, dans Vilistoire universelle, ces innombrables accidents de b nature humaine sont marqués avec netteté, et rapporU's à Dieu saiisjamais sc confondre. Bossuet résume et analyse eu même temps : fl voit Dieu qui, du haut du ciel, dirige les choses de la terre; c'est à lui qu'il ramène tout; mais chaque cliose a sa forme : Dieu l'a permis, et Bossuet, avec une religieuse exactitude, conserve aux peuplt^ et aux événements leurs signes et leurs caractères particuliers. Ainsi, attentif à discerner et à suivre les conseils de la divine sagesse, rhistonea inet de la variélé dans ses récits, parce que Dieu a mis de la liberté dans i'IiüiDmc; il y met de ruuilé, parce
)i;i. ',-u uy V
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qu*à travers les ré^ofutlous successives des empires, le dessein de la Providence se poursuit sans être jamais changé ni interrompu.
I Quelle admirablerevuedetousiespeuplesîcomme ib viennent tour à tour devant Bossuet témoigner de leur faiblesse et avouer que Dieu seul est grand ! L’est en vain qu’ils veulent s'arrêter et faire halte : il faut marcher ; il faut courir : Bossuet pousse les uns sur les autres les siècles et les peuples, vifarehe f marche! ^\XA\ à l'Egypte, et le trdne majestueux des Pharaons, et ce sacerdoce imposant, et ce peuple grave et sérieux passe et disparait bientôt; inarcAe, marche! dit-il à la Gr^e, et ces républiques turbulentes , cette nation de poètes et d’orateurs, avec tous ses chefs-d’œuvre et tous ses trophées, va se perdre dans le gouffre de la puissance romaine; marche f marcAc/ dit-i) à Rome ellemême, et repeuple invincible, qui sert d'instrument aux desseins de Dieu , sera à son tour effacé de la terre qu'il n'aura conquise que pour Jésus-Christ : son aigle, qui croyait volerau gré de la politique du sénat, est forcée de reconnaître que son vol était tracé, et qu'elle a suivi le doigt de Dieu plutôt que l'ambition des Sylla et des Pompée : ainsi Dieu est partout; il change et renouvelle à son gré la figure du monde, et, à la voix de Bossuet, l'antiquité semble se réveiller du tombeau pour s'entendre révéler ce Dieu inconnu qui présidait à ses destinées , et qui est le seul qu’elle n'ait point adoré.
Le plan de Bossuet ne convient qu'à l’histoire du monde, et Dieu ne peut servir de centre qu'à l’univers. Dans l’histoire d’un peuple ou d'une province , ce seraitdégrader la Providence que de la mêler aux minces détails de l'admini-stration ou aux petits intérêts d’un homme, et il n'y a que les révolutions des empires qui méritent d'être expliquées parles conseils de Dieu.
Jnsqu'ie! nous n'avons point parlé de l’éloquence de Bossuet; arrêtons-nous un instant avant de l'étudier en détail.
Dans Bossuet , tout s’accorde : esprit net et sûr, il rencontre un siècle qui veut partout de l'unité, et embrasse un état qui interdit l'examen : aussi la discrétion et la réserve de pensées est lecaractèredominantde son époque et de son génie ; mais cette retenue n’est point une précaution craintive, et elle n'a ni les petitesses ni les embarras de la peur. C'était «lors la nature des esprits de s'arrêter à temps , sans songer mêmeà se faire honneur de leur modération, car ils semblaient ne pas sentir qu'ils pouvaient aller plus loin. Cétait une de ces époques- où l'homme aime la science pour elle-même, où les méditations n'ont encore d'autre but que le développement de la pensée ; un de ces siècles enfin qui ont tous les genres d’esprit, excepté l'esprit qui faitl’applioation des kJéea aux choses : ce qui prête a la pensée une portée menaçante, c’est l’application qu'elle a : donnez une intention aux spéculations du dixseptième siècle, Pascal sera presque un impie , et Corneille un républicain.
Il n'y a point d'éloquence sans liberté; mais c'est être libre que de croire l'être. Au stède de Bossuet ,
les esprits ont de liberté tout ce qu'ils en conçoivent ; de la l’éclat de l’éloquence à celte époque , de là eu même temps la force et la sûreté d’iûecs ; car rien ne s'accoide mieux avec le bon sens que cette liberté naïve qui reste sans efforts en deçà du danger et de la hardiesse.
C’est aussi le bon sens qui fait l’éloquence de Bossuet. Destinée à émouvoir tous les hommes, elle puise sa force dans les idées communes à tous les esprits, et dans les sentiments naturels à tous les cœurs. C’est par là que Bossuet se rapproche de Déinosthene; ils ont tous deux un bon sens solide et profond : Démosthène ne foudroie pas ; ii raisonne avec le peuple , il se niet à sa portée ; il dit tout ce que le monde sait , l'ambition de Philippe et l’indolence d’Athènes : Bossuet parle aussi aux chrétiens de leurs pensées et de leurs intérêts de tous les jours, de l'éternité, de l'incertitude de la vie. Ils ne se tourmentent ni l'un ni l'autre à chercher des idées neuves ; ils disent ce qui est , mais iis le disent avec une force de raison qui subjugue les esprits. Démosthène est moins élevé et moins imposant que Bossuet , car il ne parle que des choses d'ici-bas : Bossuet parle de Dieu et de riinmortalitc de l'àme; mais ils sont tous deux sublimes à force de bon sens et de vérité: delà cette admirable siinpiieitéde style; leurs mots ne sont pas plus recherchés que leurs idées ; chez eux tout est naturel : le secret de leur supériorité, c’est de savoir se servir mieux que tout le monde de la langue et des sentiments de tout le monde.
Bossuet façonne les mots à son gré , il leur com muni<(ue sa puissance ; mais n’essayez pas de lui dérober ces expressions marquées de son empreinte. Cest une monnaie qui ne vaut que dans le pays , ailleurs elle n’a plus de titre; ce n’est qu'un mot laissé à sa propre faiblesse. Balzac, avant lui, avait écrit avec noblesse; mais il s’enivre de ses paroles, et déguise souvent la pauvreté des pensées sous la pompe des mots. Dans Bossuet , rexpre.ssion atteint l'id^sans jamais la dépasser. C’est surtout dans sa philosophie qu’éclate cette heureuse justesse : ce n'est point un jargon prétentieux mêlé de termes de l’école et de phrases poétiques , où les métaphores se croisent ( t se brisent à cliaque instant, où les mots sont plus grands que les idées et trompent le lecteur, pareils à des armures gigantesques qui caclieraient de faibles pygmées ; ici le mot égale toujours la pensée. Bossuet n'a pas , comme Platon , le privilé.ge de créer des termes nouveaux; mais il sait se faire obéir de sa langue, et la plie à son génie sans la défigurer.
Bossuet imite beaucoup les Pères de l’Église : son génie s'est agrandi et sa foi s’est fortifiée dans le commerce de ces grands hommes. En effet, quelle source d’éloquence, quelle admirable variété d’esprits ! Dans le christianisme , chaque pays a son orateur; et l'Afrique elle-même, veuve de gloire depuis ' Carthage et Annibai , s'enorgueillit de son Tertullien. Ainsi de cette religion qui ne connaît plus ni Juifs ni Gentils, qui appelle tous les hommes aux pieds du même Dieu , naît une littérature qui réunit
ÉLOGE DE
üussi tous les gt^nies et toutes les imaginations di- \-erses ; elle n'a ni patrie ni capitale ; elle n’est ni à Rome ni à Athènes; elle ne connaît ni Béotiens ni provinciaux Celle est comme la foi nouvelle qu’elle proclame ^ patrimoine de tous les peuples. Chrétiens de Marseille ou de Corinthe ^ esprits nets et profonds de l’Occident, brillantes imaginations de l'Orient, sophistes de l’Égjple, grammairiens de Rome, vous tous enfin de quelque pays que vous sortiez , venez avec vos idées , vos styles Cl VOS accents divers : la littérature du christianisme ne s'inquiète i>os de la pureté de langage, et c’est ici une communion de foi et non de godt. Aussi dans les Pères de l'Église il n’y a ni m^iocrité servile, ni timidité d’écolier; tandis qu’à genoux devant ses devanciers, la littérature profane demeure élégante, correcte et stérile, le christianisme, irrégulier et fécond, s’abandonne à la lil)erté de ses inspirations; et quand il change la religion du monde, i) ne se fait guère scrupule d'en changer la littérature.
Examinons tour à tour les sermons de Bossuet et ses oraisons funèbres ; ce sont deux parties distinctes de son éloquence, l’une peu connue et qui mérite notre attention, l’autre trop admirée pour que nous essayions encore de la louer.
Le sermon, depuis Massilton, n’est plus guère qu'un discours sur la morale; c’est une dissertation académique qui ressemble aux harangues des sophistes de la Grèce; Bossuet s'en plaignait déjà. On n>nseiçne plus les mystères dit-il; on se ticnl clans les généralités et dans la morale; c’est qu’il croyait, avec les Pères de l'Église, qu'il faut avant tout prêcher les dogmes : ainsi pensait Fénelon. Os deux grands hommes ne faisaient pas de l’éloquence de la chaire un vain jeu de paroles; c’était un ministere sacré. U ne s’agit pas ici d'une harangue apprêtée qu'écouteront des oreilles curieuses; c'est une éloquence qui juge les hommes ^ au lieu d’ètre jugée par eux ; et ils en sorterd }dus coupablés s'i/s n>rt sorten t pas pltus rertueux.
Voilà quelle idée Bossuet et Fénelon ont de l'éloquence de la chaire; c’est un exercice de cliarité et non d'nmour-propre ; c'est une oeuvre de religion et non de littérature. De là l'autorité et la force de leur langage ; dans l’Église, conime dans les républiques anciennes, l’éloquence n’est pas un stérile amusement, c’est une action. C’est elle qui corrige et qui instruit ; c’est elle qui gouverne. Démosthene et Cicéron, Fénelon et Bossuet ne sont pas des hommes de lettres qui vivent dans le loisir et dans la contemplation ; ce sont des orateurs , des consuls et des évêques. Cicéron déjoue les projets de Catilina , Bossuet combat la réforme et le quiétisme. lU parlent y et Us font, ils emt les discours el tes œuvres.
Avant tout , Bossuet enseigne les dogmes : ce mélange d'instruction dogmatique et d’éloquence vive et impétueuse donne à ses sermons un caractère particulier : c’est tantôt la marche du dialecticien , tantôt l'essor de l'orateur ; son éloquence soudaine
* heUrt».
Bossurr. u
et inattendue brille tout à coup au milieu d’une controverse théologique : quelle confusion apparente jusqu’à ce qu’on trouve le point d'où il faut regarder ! alors quelle force et quelle clarté ! Ce n'est point le rigoureux enchaînement de Bourdaloue; Il semble s’^ancer par bonds hardis et in^ulien. Ce sont des sermons faits pour être entendus; ils ont besoin du geste et de la voix, qui achèvent l’idée ; quel naturel et quelle liberté die génie ! comme il pren(| hardiment toutes les formes! Courons au drame de la Passion! car ce n’est plus un semmii c'est un drame : voici Jésus-Christ au prétoirel eiiteudez-vous les cris et les injures des soldats? commeils se demandent en riant le roseau et la couronne d'épines? Quelle vive imagination ! quel dialogue terrible et familier ! Kous frémissons de colère et d'attendrissement. Attendons! le prédicateur a reparu; voici la divhion rigoureuse des preuves, voici l’explication savante des mystères de la foil Ainsi, daosses sermons, poète ou théologien , Bossuet prend tous les tons ; c’est là peut-être que se découvre mieux qu'ailleurs la nature de son éloquence , admirable mélange d’érudition et de génie.
LesÉlécationssur les Mystères el les Méditations sur V Évangile marquées du mên>e earactèrede
profondeur et d’abandon, de science et de simplicité. Tendre et gracieux quand U décrit l'enfance du Sauveur, c'est le langage de l’idylle; c’est une églogtre chrétienne pleine de naïveté et de candeur : tantôt , avec saint Luc et saint Matthieu , il assiste, en quelque sorte , à la vie de Jésus-Christ , et s’en fait le spectateur; il en renouvelle l'intérét, et semble nous conduire par la main à travers les miracles du Sauveur, depuis son berceau jusqu'à sa croix, depuis fe trône de sa pauvreté jusqu'au'trône de son supplice : tantôt philosophe platonicien avec saint Jean , il se plonge hardiment dans la divine obscurité des mystères ; mais il ne quitte jamais le lil conducteur de la foi , et il marche à côté de l'Écriture d'un pas ferme et mesuré, sans jamais la devancer ni rester en arrière.
C’est cette profondeur de doctrines qui , de son temps, fit la gloire de Bossuet; il était plus admiré comme théologien que comme orateur, et scs controverses éclipsaient son éloquence. Aujourd'hui nous nous étonnons de cette erreur qui nous semble une injustice; mais Bossuet ne s'en plaignait pas. A cette époque, ta religion passait avant tou» les intérêts, et l’honneur de la défendre avant tous les mérites. Plus tard, les controverses dogmatiques perdirent leur crédit. Alors l'admiration se tourna vers les oraisons funèbres , et Bossuet ne fit que changer de glaire. Eu elTet, la ti>éologie peut êlro plus ou moins goOtée, selon les différents siècles; mais l’ineertitudede la vie, la vanité du monde. Dieu, ses promesses de bonheur, ses menaces de justice, voilà la sourc.6 inépuisable d’une éloquence qui ne doit finir que le jour où il n’y aura plus ni crainte ni espérance dans ce monde.
Dans Bossuet , la mort est une sorte de dogme religieux ; c’est une partie du christianisme dont il s'est fait l'apôtre : de queUe voix solennelle il la pré*
ÈU»GK DE
die à 1ü terrel roinine U aitiif j faire rrtrnlir ses terrililes dans eeUe cour hnilmite, dans ce
Versailles élevé comme par cnclianteinent, devant ce jeune roi enivré de (gloire, d'amour et de flatterie^ (larmi ces liommes si occuper du monde , qui oiiMie nt la mort, et que la mort n'oubliera pas! Quelle /ri.rft'sxe chrétienne dans ces paroles! ce n'<'sl point cette \a^ue mélancolie qui nourrit si« chagrins avec une sorte de tendresse, et cherche des émotions dans b douleur ; c'est une trislessi* grave et sincère qui SC tourne vers b religion plutét que vers la révis rie; c't^tle recueilleineiil d'une âme pieuse plutôt que le désœuvrement d'une S4-n.sibiiité inquiété.
La vérité dans les oraisons funèbres n'est pas la vérité de Hiistoire. Bossuet attaque avec force l'orgueil et l'ambition , mais il ne nomme jamais les coupables; il est libre avec les chtises et mesuré avec b‘S}>ersonnes. Cejiendant, quand leur tombe est déjà relerim^ depuis ((uelque temps, il parle des grands de la terre comme en (Mirlera l'histoire; alors il juge enhomim'd'f'^lat : voyez comme il apprécie la Fronde et ces derniers ej forts d une liberté remuante , et j ce ministre persécuté et devenu nécessaire par ses ^ malheurSf où l'autorité souveraine était engagée. \ I)isons-lc, dans celle manière libre de juger des hommes, on reeunnait parfois l’hote de Chantilly. Bossuet visitait souvent ce prince qui gênait peutêtre la cour de l'éclat de sa gloire née :i\ant Louis XIV, ce frondeur inquiet devenu sujet respectueux, mais qui tenait à Chantilly une sorte decourindé- |>emlanlc avec réserve, et qui ne fut jamais ni l’esclave ni la rivale de celle de Versailles Bossuet , peut-être à son insu, rapporbit des entretiens de Coudé quelque chose de libre et de linrdi qui se mêlait aisément à la franchise de l'urateur chrétien.
La plulosoplUe du dix-huitième siècle Iraitel'oraisoii funèbre dclut)uence servile, consacrée à la gloire des grands, et qui dédaigne les verUis roturières; justes reproches, si l'oraison funèbre n'était qu'un panégyrique : mais c'est une grande leçon donnée au nojiideb mort; et quand Bossuet serait entendre près du cercueil des princes et di« rois, c’est |M)ur mieux confondre b vanité humaine en attestant ces titres et ces inscriptions^ vaines marques de ce qui n'est plus , (t tout ce magnifique témoignage de noire néant. Obscurs comiiie nous, les hommes ordinaires ne meurent que |K)ur leur famille, et le monde n'a rien à apprendre auprès de leur tombeau; mais quand une jeune princesse se sèche du malin ausoir comme l'herbe des champs, quand du milieu des fetes et des [daisirs elle tombe tout à coup entre les mains de b mort, c'est alors que l'homme reconnait la petitesse de l'orgueil luimain. Boi.s, princes, ministres, pleures par Bossuet , diit's-nuus si c’est vous flatter que de montrer avec quel dédain Dieu vous sacr fie à t'imtruclion des hommes pendant qu'ils tremblent sous vos mnins't Pourejuoi envier ces louangj'S données à leur naissance et à leurs titres, vaine gloire qui n’empè-
' Vojez la FitUedi Dumetà ChmilUty. - UisUfirc d»:
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BOSSUET
clii' pn.s qu'ils UC tlc.st-cnüciil au lumUsui |Muir nous scriir il'eusci);iu‘iiiiiil.s? Iaiis.scr. vanter ces priiicra anéantis; laisscx parer la vit'tinie; le saeriliee est prêt. Ainsi dans le pénic de Itossnel il s'e.st trouve iinr élotpirnut qui llalte sans déslinntteur; car rllo n’elève rituintiie que pour l'altais-ser devant Dieu , et il n'y a pas un de ces élopes dutines à île froides poussières qui ne fasse trembler connne une terrible Ityon.
Finissons par un Irait qui acliève de peindre Bossuet, et rettefoi ardente et vite qui fut une partie de son génie.
Ilussuet était près de mourir; l'abbé Dieu, son sern-taire,. à genoux près de son lit, le suppliait de penser queli|uefois h ses amis qu'il laissait sur l.a ternt et qui étaient si dévoués à sa gloire. .A ce mut lie gloire qui venait troubler la pieuse liuinililè du ses derniers instants, Bossuet, ranimé par une sainte indignation, se .souleva à demi, et retrouva assez de force pour s'éerier : (>s.sez ces discours, et ilemandez |K)iir moi à Dieu pardon de mes |M'diés!
Sublime effroi! voilà ccl liuinme qui fut grand entre tant de grands liommes, qui eonvertitTurenne, qui louaCondè, combattit Fénelon et corres- (Hoidit avec I.eibnitz : t|ue eraiiit-il eu mouranl? c'est qu'on ne s'entretienne de sn gloire pins ijue de ses pétdiés ; et il se fait un scrupule d'être immortel dans la mémoire des liommes, quand son dmo iillend encore les jugements de Dieu. Fit bien! tristes témoins de sa initrt, laissez mourir, eoinnic nu juste obscur, le défenseur de la religion et le dernier Père de l'fglise; lais.sez-lo s'abaisser sons la crainte du Seigneur; il n'échappera pas à cette renommée qu'il redoute , et l'admirable humilité de sa mort dirétieiine vient , coimne malgré lui , coiiroiiner la gloire de sa vie. C'est à la postérité, qui ne se fait point de scrupules dans son admiration, c'est à elle de rendre un libre liommage à la niéinoite de Bossuet.
F-spritfait pour ordonner plutêit que pour di.scuter, il aime l'auturilé et craint rindé(iendance ; son génie convenait à son époque , à la monarchie absolue, à l'Eglise calme et res|>ectée, à la littérature naissante fl régulière. Dietaleur superbe de l'esprit Inimain, il plie son siècle sous le joug : politique, lillératiire, histoire, philosophie, viennent, au son de sa voix imposante, se renfermer dans le cercle immuable de la foi. Ses contemporains admirent et se soumeltenl ; mais il en est de la domination du génie cmninc de l'empire îles eonqueranls, qui se di.sperse après leur iniirt: il n'y a que leur glaire qui reste impérissable. Bossuet meurt, et le inajestueiix faisceau desadictalure est brise sans retour; l'esprit humain s'échappe de tous côtés; déjà la roy.iuté de Louis "XIV a perdu le prestige de ses victoires; déj.i le scepticisme perce avec Fontenelle; enliii \ oitaire est né, jeune et audacieux conquérant qui va trans|iorter l'empire à d'autres idées iiui elles inênifs ne le garderont pa.s. Tant il est vrai que l'esprit humain , dans son indomptable et éternelle liberté, ne souffre même que pour unteiiips le dt spotisiiie glorieux du génie.