CHAPITRE XV
Suite du mépris de M. Simon pour In UK'«d«*;;le : celle do sailli AngusUii et des Péreft contre les aiienn ii>éi>risée : M. Simon, qui prCti-nd inicii\e\pliquer rKcHUirequ’ils n'ont tait, rtnveisc les fondcuieuts de la Toi, et faviMise rurianisnie.
I^s endroits où M. Simon fait le plus semblant de louer la théolr^ic, et sous le nom de théologie la doctrine même de la foi , sont ceux où p.ir de sourdi*s attaques il travaille le plus à sa ruine. En parlant encore de saint .\ugusliii et de ses traités sur saint Jean : H y établit, dit-il %/v^sieurs beaux principes de. théologie, et c'est ce qu'on ydoitplulât chercher que l'intetprctalion de son Kiangile. Ainsi, le.s princi(>es de la tluNv logie sont quelque chose de séparé de l'interprétation de l'Évangile: c'est une pixxluctlon do l'esprit humain, plutût que le fruit naturel de rintelllgence du texte sacré. Remarquez qu'il s'agit ici de CCS beaux priiici(>es de théologie par lesquels saint Augustin concilicnx'crorigine et la mission du Fils de Dieu sa divinité étemelle. Au lieu que ces grands princi|>cs de saint Augustin font la principale partie du sens litténil de l’Évan- ^ gile de salut Jean , et en font le plus pur esprit ,
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Oigiti.’-
KT DKS SAINTS PfiRES. LIV. III.
M. SiiDon les fuit voir comme distingués du sens de cet Évongiie. Encore s’il nous avait dit quelque part que , par le sens de l'Evangile, ou par le sens de la lettre, il entend celui qu'on appelle le grammatical et la simple explicalion des mots ; bien qu’il ne parlilt pas correctement , on le |)mirrait supporter, puisque la saine doctrine demeurerait en son entier; mais non , il fait partout le théologien, et il travaille seulement a nous Insinuer que sa thcologic , qui est , comme on a vu et comme on verra , l'arienne et la aoeiniennc(pculétreun peu déguisée), est fondre sur le teste, liendant que celle de saint Augustin , qui en ce point, comme dans les autres, est celle de toute l'école et des interprètes , n’est plus qu’un discours en l'air et détaché de la lettre : et tout cela s'insinue en faisant semblant de louer ces Iwaux principes de théologie et saint Augustin qui les débite. On n'entcml partout que ces beaux mots -.ce grand homme, ce saint évêque, ce savant évêque , ces Mfes leçons de théologie, ces beaux principes. Telles sont les louanges de M. Simon , semblables à celles des Juifs et des Gentils, qui saluaient Notre-Seigneur dans sa passion. Comme eux il salue les Pères en qualité de prophètes, à condition d’étre frappés, et les couiw suivent de près la gémillexinn.
Et pour montrer avec encore plus d'évidence que ces beaux principes, comme il les appelle, sont l'objet de son mépris , il ne faut que considérer ce qu'il en dit dans un autre endroit • : Sain! Augustin explique dans son second livre de la Trinité plusieurs passages du Nouveau Testament où il est parlé du Fils et du Saint- F.sprit comme s'ils étaient inférieurs au Père (ce sont ceux où il est parléduFilsde Dieu comme n’ayant rien de lui-méme, et les autres de même nature ), LA il rapi»rte en abrégé les principes de saint Augustin , qui constamment sont les mômes dans ce second livre de la Trinité que dans les traités sur saint Jean ; et sans qu'il soit nécessaire d'entrer Ici dans le détail de ces principes , voici à quoi M. Simon les fait aboutir ’ : Il propose en même temps cette règle, qu’on doit toujours se remettre devant les yeux : qu’il n 'est pas dit en ce lieu-là que le Fils soit inférieur au Père, mais seulement qu’il est né de lui; ces expressions ne marquent pas son inégalité, mais seulement son origine. Voilà sans doute la théologie de saint Augustin expliquée en termes clairs (car l’autenr n’en manque pas quand il vent). Il faudrait donc l’approuver aussi clairement qu’il l'énonce , puisque sans elle la foi ne subsiste plus. Mais voyons ce que dira notre auteur, et nppre-
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nous de plus en plus à le connaître. Voici les paroles qui suivent incontinent après cellesi|uc nous venons de rapporter ’ : Il y a beaucoup d’esprit et beaucoup de jugement dans ces réflexions ; elles donnenl un grand jour à plusieurs pa.s.sages du Nouveau Testament qui partiissent enibarra.ssés. On voit ici la louange , et , pour ainsi dire, la salutation de M. Simon, et voici le coup aussitôt après : mais, après tout, poursuit-il, elles ne .sont jmint capables de résoudre toutes les difficultés des ariens. Il faut c[ue M. Simon prête In main a stiint Augustin et à l'Église, qui jusqu'à lui constamment sedéfcndaitde ccitcsorte. Je n’ai que faire d’entrer en raisonnement avec lui sur ses prétendues défenses. Un homme qui prétend défendre la foi contre l’hérésie arienne mieux que les Pères ne faisaient lorsque l'Égli.se était toute en action pour la combattre , dès là doit être suspect ; et il ne faut i>as aller bien loin pour trouver dans notre auteur l'nrinnisine à découvert. Pour faire voir, dit-il’, que ce pa.ssage, m* nocTnixE n’est PAS ma doctki.ve,ïc peut entendre, en Jésus-Christ, de la nature divine, .saint Augustin rapporte pour exemple cet autre endroit de saint Jean où il est dit que te Père a donné la vie au Fils; et comme cela .signijir. qu’il a engendré le Fils, qui csl ta vie, de même lorsqu’il dit qu’il a donné la doelrine au Fils , on enicnd facilement qu’il a engendré le Fils qui est la doctrine. Voilà encore une fois la doctrine de saint Augustin bien expliquée ; mais pour être plus clairement censurée par les paroles suivantes : Cela , dit-il parail plulât appuyé sur un raisonnement que sur les paroles du texte. Ainsi , cette parole du sauveur, le Père a donné la vie nu Fits^; ou comme porte le texte, de même que le Père a la vie en lui, de même aussi il a donné au Fils d’avoir la rie en lui-même, ne veut pas dite naturellement que le Fils reçoit In vie de son Père aussi parfaitement et aussi substantiellement que le Père même la possède : ci>tte explication est de l'homme plutôt que du texte sacré. Saint Augustin, et non-seulement saint .Augustin, mais saint .Athnnase, mais saint Rasile, mais saint Grégoi re de Nazianze et les autres Pères de cet âge (car ils sont tous d'accord en ce point ) , n’ont pas dù presser les ariens itar un passage si formel. Après treize cents ans, M. Simon leur s ient faire leur procès avec une autorité absolue , et leur apprendre que le sens qu’ils ont opposé aux ariens n’est qu'un raisonnement humain. Jusqu’à quand ce hardi critique croira-t-il que celui qui garde Israël sommeille et dort? Jusqu’àquand croira-t-il tpi’il peut débiter un arianisme tout pur,
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SÎ6 DÉFENSE DE LA TRADITION
et mépriser tons les Pères , à cause qu'il mêle avec les louanges des opprobres dont il les couvre? car écoutons comme il continue ' : On peut erpliqwr sur Ir. mr me pied le premier passage , coxuE I.H l'ÉaE k LS VIE ES SOI, TL * AUSSI IIONSB SU riLS d'avoie la vie en LUi-uèUE. // est vrai que la plupart des commentateurs renlendeni de ta divinité ; mais le sens le plus naturel est de l’entendre de Jésus-Christ en qualité d’envoyé. C'est l'arrêt de M. Simon, qui en sait plus lui seul que tous les commentateurs , que saint Augustin , que tous les Pères. Mais pendant que ce téméraire critique veut mieux dire qu'eux tous, visiblement il ne dit rien. Son dénoùment est que dans ces passages il faut regarder le Fils, non pas comme Dieu ou commebomme, mais comme l’envoyé du Père, pour annoncer aux hommes la nouvelle loi *. Or, ce n'est pas là le dénoùment , mais le nœud même et la propre difficulté qui est à résoudre, et que les Pères voulaient éclaircir. Il s'agissait, dis-je, d'expliquer, non pas que Jésus-Christ fût l'envoyé de son Père, mais coin- 1 ment , étant son envoyé , il était en même temps son égal. las prophètes étaient envoyés : et comme Jésus-Christ était envoyé, selon la déflnition de M. Simon , pour annoncer aux hommes la nouvelle loi , Moïse était envoyé pour leur annoncer In loi ancienne ; mais Moïse ne disait pas pour cela : Comme le Père a la vie en soi, ainsi il a donné au Fils tf avoir la vie en soi; et encore ; Tout ce que le Père fait, le Fils le fait semblablement, et avec une égale perfection ; et encore : Tout ce qui est à vous est à moi, et tout ce qui est à moi e.st à vous; et enfin : Moi et mon Père nous ne sommes qu’une même chose. Il fallait donc distinguer l’envoyé qui pariait ainsi , et qui s'égalait à Dieu dans sa nature comme son Fils uniipie et proprement dit , d'avec les autres envoyés , et Moïse même , qui parlaient comme simples serviteurs. Cest ce que les Pères ont fait parfaitement, en disant que le Fils de Dieu est envoyé A même titre qu'il est Fils , sorti du sein paternel pour venir aux hommes ; en sorte que sa mission n'a point d'autre fondement ni d'autre origine que son étemelle naissance. C'est le principe des Pères pour expliquer le particulier de la mission de Jésus-Christ, et par le même principe ils ont encore développé comment il est Dieu , et comment en même temps il reçoit tout. Car, même parmi les hommes , le Fils n'en est pas moins homme pour avoir reçu de son Père la nature humaine ; au contraire , c’est ce qui fuit qu'il est homme : ainsi Jésus-Christ est Dieu , parce qu'il est Fils de Dieu , non point par adoption , autrement il ne serait pas le Fils uniipic, mais
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par nature ; ce qui ne peut être qu’il ne soit de même nature que son Père. Cette doctrine des Pères conciliait tout et expliquait , par un seul et même principe , tous les passages de l'Évangile qui paraissaient opposés. SI M. Simon n’a pas approuvé cette explication, (|ui allait jusqu’au principe de la mission de J^s-Christ , et si , sans se mettre en peine qu’il soit ou Dieu ou un pur homme, il ne vent regarder en lui dans tous CCS passages que le simple titre d'envoyé , qui lui est commun avec Moïse et tous les prophètes , il est aisé de comprendre le desseiud'un tel discours. C'est que son auteur ne veut qu’embrouiller la divinité de Jésus-Christ ; et en un mot la différence qu’il y a entre les Pères et lui , c'est que les Pères se mettaient en peine de distinguer Jésus- Christ des autres envoyés qui ne sont pas Dieu, et qu’au contraire M. Simon ne s'en sourie pas.
Ainsi , quand ce censeur téméraire s'élève audessus des Pères; quand il dit avec son audace ordinaire, ils disent bien, ils disent mal, ou qu'il faut aller plus avant qu’eux , et que leur explication n'est pas suffisante, ou qu’elle est forcée et subtile , ou que ce n’est , comme il dit ici , çu’ tus raisonnement humain, il ne faut pas regarder dhns ces superbes manières un orgueil commua , mais apprendre à y remarquer un dessein secret de saper le fondement de la foi.
Lors aussi que le même auteur donne de beaux titres aux Pères, ou qu'il semble louer leur théologie , il ne faut pas oublier que ies louanges sont l'introduction de quelque attaque ou cachée ou à découvert , et que ce mot de théologie a dans sa bouche une autre signification que dans la nôtre. C'est une secrète intelligence et un chiffre , pour ainsi dire, de notre auteur avec les sociniens, qui, sous le nom d'interprétations théologiques , leur fait entendre un raisonnement de pure subtilité , qui n'a point de fondement sur le texte.