CHAPITRE XVII
i Mépris de l'eutenr pour saint Thomas , pour la théologie scolaalique , et sous ce nom pour celle dea Pères.
On sera bien aise de voir ce que notre auteur a pensé de saint Thomas ; mais If se garde bien de se déclarer d’abord , et on croirait qu’il lui veut donner les louanges qui lui sont dues. On attribue, dit-il*, à ce saint un autre ouvrage sur le Nouveau Testament, qui n’est pas moins digne de lui que le premier; c’est un ample
^ ' goo». 1. JO. — ■ P. 47k
DÉFENSE DE l.A TUADITION
Commenlaire sur toutes tes éptlres (le saint Vaut. AiTclons-iMHis un moment. On attribue. M. Simon saurait-il quelqu'un qui «Wilt ce livre n saint Thonuis? Cela jusqu'iei n'est pas venu à la connais-suncc des hommes; mais les critiques découvrent par leur art des choses que les autres ne soupçonnent pas. Passons sur ees vanités , venons nu fond. On attribue donc à saint Thomas Hii Ojmmentaire sur saint Paul, où il fait pamitre beaucoup d'érudition. Le fond de ce livre r.st pris tU'S Pères et des autres commentateurs t/iii l'ont précède; mais il en rapimrtc plutôt le .sens que les paroles. Jusqu'iei il parait le vouloir louer ; mais c'est par là qu'un lin détracteur introduit sa malisne critique, et il tourne tout court en disant : So méthode étant de raisonner sur les matières de la religion (remarque/, ce style), il a mêlé plusieurs leçons de son arl dans ses explications, qui deviendront par conséquent fort théologiques, c'est-à-dire, i>cu véritables, aussi bien que peu littérales , selon le langage de M. Simon ; et c'est pourquoi il conclut ainsi : En un mot, son Commentaire sur saint Paul est l’ourmge d’un habile théologien, mais scolastique. Hemarquez encore : ce n'est pas absolument un habile théologien, cesi un habile théologien scolastique, qui, poursuit-il, traite un grand nombre de questions qui ne sont guère d’usage que dans les écoles, et qui éloignent même quelquefois du véritable sens de saint Paul. Voilà ou Hotre auteur en voulait venir ; c'était à insinuer qu'un théologien scolastique est né pour éloigner rfurrai sens de l'Écriture, et que c'est en quoi consiste son habileté. C'est pourquoi il donne d’aboivl cette idée vague de saint Thomas, et sous le nom de saint Thomas des théologiens scolastiques : que leur méthode est de raisonner sur les matières de religion ; comme si cela leur était particulier. Quoi qu'il eu soit, saint Thomas est tin raisonneur sur la religion : et cncoi-e sans distinguer qu'il y a là du bien et du mal , du bien à raisonner pour l'éclaircir; du mal à raisonner, ou pour en douter, ou pour en venir à des discussions ti*op curieuses. Mais il n en demeure pus là. Il voulait mener son lecteur au mépris de la scolastique , pour le pousser plus avant encore , c'est-à-dire , Jusipi'au mépris de. la théologie plus aneienne de saint Augustin et des Pères ; et [wur cela il ajoute ^C’est sur ce pied-là (sur le pied d'un habile théologien scolastique , qui éloigne du vrai sens de l'Écriture et de saint Paul); c'est donc, ééà-’A', sur ce pied-là que saint Thomas s'étend d’abord assez au long sur ces mots de t’epître aux Itomains, qui ea.eiDESTiwTis est
Kilil’sDei. h paraît tout rempli de TexplicaUon de saint Augustin et des autres commentateurs, qui veulent que Jésus-Christ soit prédestiné. Car il revient souvent là, et la prédestination de Jésus- Christ, qui doit faire la consolation des fidèles, est l'objet de son aversion. Mais, sans entrer maintenant dans cette dispute , on voit , par cet exemple , que M. Simon n'attaque pas seulement lu théologie scolastique, mais , sous le nom de la scolastique , la théologie de saint .Augustin , quoiqu'elle soit celle des autres commentateurs.
Au reste , c'est à cet auteur téméraire un argument contre saint Thomasd'avoirsuivi saint Augustin : c'est de quoi lui faire blâmer la théologie de ce chef de l'école. Pour être bon théologien au gré de M. Simon, il eût fallu comme lui mépriser saint Augustin , l’abandonner prineiimlcment sur l'épltre aux Romains et sur cette haute doctrine de la grâce et de la prédestination, qui est née pour attérar l'orgueil humain; c'est ce que M. Simon inculque : il fallait enfin commencer par assurer que Jésus-Christ, qui est le chef et le modèle des prédestinés , n'a point été prédestiné lui-mémc, c'est-à-dire, que le mystère de l'incarnation n’a été ni prévu , ni défini , ni pré-ordonné, ni prédestiné de Dieu; ce qui n'est pas seulement une impiété, mais encore une absuixlité manifeste , comme il a déjà été dit.