‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 28 sur 518 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Tsouitec MOTEX pour accorder notre liberté arec lea dé* creta de Dieu : la contempératioa, et la auarité , ou la déloctaUoo qu'on appelle rictorietiae. InauRîeance de ce moyen.

Une autre opinlou pose pour principe que notre volonté est libre dans le sens dont il s'agit; mais qu'il ne s’ensuit pas que , pour être libre , elle soit invincible à la raison , ni incapable d'ètre gagnée par les attraits divins. Or ce que Dieu peut faire pour nous attirer, se peut réduire à trois choses : l° à la proposition ou disposition des objets : V aux pensées qu'il nous peut mettre dans l'esprit : 3* aux sentiments qu'il peut nous exciter dans le cceur, etdiux diverses inclinations qu’il peut inspirer à la volonté; semblables A celles que nous voyons , par lesquelles les honunes se trouvent portés A une profession ou A un exercice , plutôt qu’A un autre.

Toutes ces choses ne nuisent pas A la liberté, qui peut s’élever au-dessus : mais , disent les auteurs de cette opinion , Dieu , en ménageant tout cela avec cette plénitude de sagesse et de puissance qui lui est propre , trouvera des moyens de s'assurer de nos volontés.

Par la disposition des objets , il fera qu'une passion corrigera l’autre ; une crainte extrême survenue modérera une espérance téméraire qui nous emporterait ; une grande douleur nous fera oublier un grand plaisir. Le courant impétueux de ce mouvement sera suspendu , et par là perdra sa force ; l’occasion ccliappera pendant ce terops-Ià : l'Ame un peu reposée reviendra à son bon sens; l’amour, que la seule beauté d'une femme aura excité , sera éteint par une maladie qui la défigure tout à coup. Dieu modérera une ambition que la faveur trop déclaré'e d'un prince aura fait naitre , en lui inspirant du dégoût pour nous , ou bien en l'étant du monde , ou enfin en changeant en mille façons les choses extérieures qui sont absolument en sa puissance.

Par l'inspiration des pensées , Il nous convaincra pleinement de la vérité , il nous donnera des lumières nettes et certaines pour la découvrir; il nous la tiendra toujours présente , et dissipera comme une ombre les apparences de raison qui noos éblouissent.

Il fera plus ; comme la raison n'est pas toujours écoutée, lorsque nos inciinationsy résistent, parce que notre inclination est elle-même souvent la plus pressante raison qui nous émeuve. Dieu saura nous prendre encore de ce cûlé-là ; il donnera A notre Ame une pente douce d'un côté, plutôt que d'un autre. La pleine compréhension de notre inclination et de nos humeurs lui fêta

trouver certainement la raison qui nousdéterffliaa en chaque chose. Car encore que notre Ame soit libre , elle n’agit jamais sans raison dons les choses un peu importantes ; elle en a toujours une qui la détermine. Que je sache Jusqu'à quel point un de mes amis est déterminé A me plaire , je saurai certainement jusqu’à quel point Je pourrai disposer de lui. En effet , il y a des choses où Je ne me tiens pas moins assuré des autres que de moi-méme ; et cependant en cela Je ne leur ôte non plus leur liberté , que Je me l’ôtc A moimême, en jne convainquant des choses que Je dois ou rechercher ou fuir. Or, ce que Je puis pousser A l'égard des autres Jusqu’à certains effets particuliers , qui doute que Dieu ne le puisse étendre universellement A tout ? Ce que Je ne sais que par conjecture , Il le voit avec une pleine certitude. Je ne puis rien que faiblement ; il n'y a rien que le Tout-Puissant ne puisse faire concourir A ses desseins. Si donc il veut tout ensemble, et gagner ma volonté, et la laisser libre, il pourra ménager l'un et l'autre. KnTm, quand on voudrait supposer que l’homme lui résisterait une fuis, il reviendrait A la charge , disent ces auteurs , et tant de fols , et si vivement , que l'homme , qui par faiblesse et A force d'être importuné se laisse aller !Sl souvent , même A des choses fâcheuses , ne résistera point à celles que Dieu aura entrepris de lui rendre agréables.

C'est ainsique ces auteurs expliquent comment Dieu est cause de notre choix. Il fait , disent-ils, que nous choisissons , par les préparations , et par les attraits qu'on vient de voir, qui nous mettent en de certaines dispositions, nous inclinent aussi doucement (|u'cnicaremeot à une chou plutôt qu'à l'autre. Voilà ce qu’on appelle l'opinion de la contempératinn , qui en cela ne diffère pas beaucoup, ou qui enferme en elle-même celle qui met l’efllcaoe des secours divins dans une certaine suavité qu'on appelle victorieuse. Cette suavité est un plaisir qui prévient toute détermination de la volonté : et comme, de deux plaisirs qui attirent, celui-là, dit-on, l'emporte toujours, dont l'attrait est supérieur et plus abondant , il n'est pas malaisé A Dieu de faire prévaloir le plaisir du côté d'où il a dessein de nous attirer. Alors ce plaisir victorieux de l'autre , engagera par sa douceur notre volonté , qui ne manque Jamais de suivre ce qui lui plaît davantage. Plusieurs do ceux qui suivent cette opinion , disent que ce plaisir supérieur et victorieax se fait suivre de l'Ame par nécessité , et ne lui laisse que la liberté qui consiste dans le volontaire. En cela ils diffèrent de l'opinion de la contempératioa , qui veut que la volonté , pour être libre , puisse résister à l'attrait , quoique Dieu fosse en sorte qu'elle n’y

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DU LIBRE ARBITRE

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résiste pas , et qu’elle s'y rende. Mais , au reste , si on considère la nature de cette suavité supérieure et victorieuse , on verra qu’elle est composée de toutes les choses que lacontempération nous a expliquées.

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