CHAPITRE PREMIER
M. Simon entreprend directement de élire le pnxès à saint Aiiguslin sur la matière de la grâce ; son dessein déclaré dés sa préface.
Il ne faudra plus maintenant que lire, pour ainsi parler, à l’ouverture du livre , l’histoire critique de M. Simon, pour y trouver les marqtics sensibles d’une doctrine réprouvée. Nous avons déjà rcmartpié en abrégé pour une autre fin , mais
' I, 2, l> nom. ditp. 190, cap. WIU.
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ET DES SAINTS PÈRES. LIV. VII
Il faut mBintcnant le voir à fond , qu'il s« dévlnre di-s sa préface, où , après avoir parlé des "uostiques et avoir mis ieur erreur à nier ic iibi-e arbitre , Il assure' que c’est par rapport aux fausses idées de res hérétiques que tes premiers Pères ont parlé tout autrement que saint Auqustin des matières de la grâce, du libre arbitre, de là prédestinalion et de tu rr-probation. Voilà donc le fondement de M. Simon, que pour combattre les fausses idées de ceux qui niaient le libre arbitre. Il en fallait parler tout autrement que saint Augustin , qui demeure par conséquent ennemi comme eux du libre arbitre , et fauteur des hérétiques qui le niaient. C'est en général le plan de l'auteur; et, pour le rendre plus vraisemblable , il ajoute que cet évéque, c'est saint Augustin , s'étant opposé aux nouveautés de Pétage qui, au contraire des gnostiques, donnait tout au libre arbitre de rhomme, et rien à la grâce, a été l’auteur d'un nouveau système. C'est un sj'stème en matière de religion et de doctrine : c'est un système pour l'opposer aux nouveautés de Pélage. Si ce .système est nouveau, saint Augustin n opposé nouveautéà nouveauté; par conséipicnt excès àc.xcès, et d'autres excès et d'autres nouveautés aux excès et aux nouveautés de Pelage. Saint .Vugustin a le même tort que cet hérésiarque : il fallait faire un tiersparti entre eux deux ; et non pas prendre le parti de saint .Augustin , comme a fait saint Célestin et toute l'Église.
Si la doctrine de saint Augustin est nouvelle sur la matière où il a reçu tant d'approbation , c'est une suite que ses preuves le soient. Aussi M. Si-' mon pousse-t-il les choses jusque-là : Saint .Augustin, àH-H, s’est éloigné des anciens coin/nentaleurs, ayant inventé des explications dont on n’avait point entendu parler auparavant. Voilà donc un novateur parfait , et dans le fond de son système, et dans les preuves dont il le soutient, sans que l'Église s'en soit aperçue ; sans que d'autres que scs ennemis, que toute l'Église a condamnés , l’cn aient repris. Après douze cents ans entiers , M. Simon le vient dénoncer , on ne sait à qui : Il vient réveiller l'Église , qui s'est laissée endormir aux belles paroles de ce Père , et qui a déclaré en termes formels tpi'elle n'a rien trouvé à reprendre dans sa doctrine ; par conséquent rien de nouveau , rien à quoi elle ne fttt accoutumée : autrement elle se serait soulevée, au lieu de réprimer ceux qui se soulevaient.
L'auteur n'a pu s'empêcher de sentir ici le mauvais pas où il s'engageait ; mais son erreur est de croire qu'il peut imposer au monde par des termes vagues. Je déclare néanmoins, dlMI que ce n’a
' Pnef.
• Pr.tf.
point été pour opposer toute l’antiquité à saint .Augustin, que j'ai recueilli dans cet ouvrage les explications des Pères grecs. Mais pourquoi donc? Est -ce pour montrer qu'ils sont d'accord? Ce serait le dessein d'un vrai catholique, qui chetchcrait à concilier les Pères, et non pas à les com ■ mettre. Mais visiblement ce n'est pas celui de M. Simon , chez qui l'on ne trouve à toutes les ' pages que les anc'ens d'un côté, et saint .Augustin de l'autre; mais voici toute sa finesse : Comme il y a toujours eu des disputes là-dessus , et qu’il y en a encore présentement , j’ai cru que je ne pouvais mieux faire que de rapporter Jidelement ce que j’ai lu sur tes passages dû Nouveau Testament dans les anciens commentateurs. Il Voudrait donc faire accroire que c'est seulement sur des matière légèreset indifférentes qu'il oppose les anciens à saint Augustin. Nous verrons bicntAt le contraire; mais en attendant, sans aller plus loin, il se déclare en continuant de cette sorte : Vincent de Lérins ( à ce seul nom on s'attend d'abord A voir condamner quelque erreur ; écoutons donc à qui l'on oppose ce savant auteur et les règles do la tradition) : Vincent de Lérins dit que lorsqu’il s’agit d’établir la vérité d’un dogme, CÉcriture seule ne suffit pas , qu’il y faut joindre la tradition de C Église catholique; c’est-à-dire, comme il f explique lui-méme , l’autorité des écrivains ecclésiastiques. Le principe est bien posé; mais voyons enfin contre qui on dresse cette machine. C'est, premièrement, contre rhércsic en général : considérant, poursuit notreauteur, /es anciennes hérésies , il rejette ceux qui forgent de nouveaux sens, et qui ne suivent point pour leur règle les interprétations reçues dans l’Église depuis les apôtres. Mais ce qui se dit contre l'hérésie en général, s'applique dans le moment à saint Augustin : sur ce pied-là , conclut l'auteur aussitM après, on préférera le commun des anciens docteurs aux opinions pariiculicrcs de saint Augustin ; enfin donc, aprèsde vainesdéfaites, M. Simon se déclare sa partie : c'est à lui que tout aboutit : c'est contre lui que l’on procède régulièrement : c’est lui qui n ’a pas suivi les interprétations reçues dans l'Église depuis les apôtres. Il ne reste plus qu'A l'appeler hérétique : on n'ose lécher le mot ; mois la chose n'est point laissée en doute , et l'application du principe est inévitable.
M. Simon, croyant esquiver, s'embarrasse davantage : Les quatre premiers siècles , poursuitil ' , n’ont parlé qu'un meme langage sur le libre arbitre, sur la prédestination et sur la grâce; c'est pou r dire que saint Augustin ne l'a pas parlé : U n’y a pas d’apparence que les premiers Pères
' Pref.
DÉFENSE DE LA TRADITION
«e soient tous trompési c'est donc salât Augustin i qui se trompe et qui renverse rancienne doctrine, dont l'Église l'avait établi le défenseur. C'est où j tendait naturellement tout le disoHirs. L'auteur ; n'oae aller jusquo-la, et tournant tout court : Je \ n'ai pas pour cela prétendu condamner 1rs »om- ! vellcs interprétations de saint Augustin ^ quoi- I *que contraires à celles qui ont été reçues depuis les apôtres; c'est-ÛHlire : Je n'ose pas condamner ce que les règles condamnent , ce que j'ai montré i ooiidamnoblo : J'ai bien posé le principe, mois je ^ n'ose tirer la conséquence : je souliaile seulement que ceux qui font gloire d'être ses disciples , ne fassent pas passer tous les sentiments de leur maitre pour tirs articles dr foi. Je vous l’ai deju | dit , monsieur Simon , vous voulez nous donner | le cluiuge : il ne s'agit pas de savoir si tous les | sentiments de saint Augustin sont des articles de foi ; il s’agit de* savoir si , pour combattre ceux à qui vous le faites dire a tort ou ù droit, il u'im- i porte, vous n'avez pas pris un tour qui t>orte | trop loin , qui range saint Augustin au nombre | desadversaia's delà doctrine reçuedepuis lesa;)ôtrès, qui le note par conséquent et qui oblige à le rejeter comme un novateur; vous avez beau dire, Je ne prétends pas , je n'ai pas dessein ; c'est de I même que tirer sa Jîèche contre quelqu'un et le | percer de sa /once, et puis dire : Je n" l'ai pas \ fait tout de bon ' , je n'avais pas dessein de le blesser.
On voit, dans cette préface de M. Simon , toute la suite de son ouvrage. A vrai dire, c'est à la doctrine de saint Augustin qu'il en veut partout : il y revient u toutes les pagesavec un achnrnemeiit qui fait peur; il en est lui-même honteux, et il voudrait bien pouvoir excuser un déchaînement si étrauge : Au regard des Latins ^ dit-il*, /ai examine plus au long les ouvrages de saint Augustin que ceux d’aucun autrCy parce qu'it a eu des lumiéns particulières sur plusieurs passages du ISouveau Testament y et qu'il a tiré beaucoup de choses de son fond. Sans doute son dessein était de faire admirer la fécondité de son génie; mais non : son dessein était de le reprendre partout , partout de le noter comme un novateur.