‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 31 sur 518 · TR.\1TÉ · texte numérisé non relu

TR.\1TÉ

autre cboee sinon que la terre est pleine de sucs , et qu’elle est disposée de sorte que les rayons du soleil donnant dessus, il faut que ces sucs s’élèvent. Et ces rayons pour cela n’en sont pas plus agissants d’une action proprement dite , non pius que la pierre jetée dans i'eau n'est pas véritablement agissante, quand elle la fait rejaillir en donnant dessus ; car on voit manifestement qu’elle est poussée par la main : et on ne la doit pas trouver plus agissante, quand elle tombe par sa pesanteur, puisqu’elle n'est pas moins poussée par ce mouvement , pour être poussée par une cause qui ne parait pas.

Ceux donc qui mettent dans le corps des vertus actives ou des actions véritables, n’en ont aucune idée distincte : et ils verront , s’ils y regardent de prés, que trouvant en eux-mêmes une action quand ils se meuvent, c’est-à-dire, l’action de la volonté , par là ils prennent l'habitude de croire que tout ce qui est md sans cause apparente, exerce quelque action semblable à la leur. C’est ainsi qu’on s’imagine qu'mi corps qui en presse d’autres , et peu à peu s'y fait un passage , fait un effort tout semblable à celui que nous faisons pour passer à travers une multitude; ce qui est vrai en ce qui est purement du corps; mais notre Imagination nous abuse, quand elle prend occasion de là de mettre quelque action dans les corps : et on voit bien que cette pensée ne vient d'autre chose sinon que , étant accoutumés à trouver en nous une véritable action, c’est-à-dire, notre volonté jointe aux mouvements que nous faisons, nous transportons ce qui est en nous aux corps qui nous environnent.

Ainsi , dans l’action que nous attribuons aux corps , nous ne trouvons rien de réel , sinon que leuis ligures et leurs mouvements donnent lieu à certains effets. Tout ce qu’on veut dire au delà , n'est ni entendu ni déllni ; mais il n'en est pas de même de l’action que nous avons mise dans notre âme. Nous entendons clairement qu’elle veut son bien, etqu'elleveutêtre heureuse ; nous savons très-certainement qu’elle ne délibère jamais si elle veut son bonheur, mais que toute sa consultation se tourne aux moyens de parvetiir à cette fin. Nous sentons qu’elle délibère sur ces moyens, et qu'elle en elioisit l'un plutét que l'autre. Ce choix est bien entendu , et U enferme dans sa notion une action véritable. Nous avons même une notion d'une action de cette nature (lui no peut convenir qu'à un être créé, puisque nous avons une idée distincte d'une liberté qui peut pécher, et que nous nous attribuons à nous-mêmes les fautes que nous faisons. .Nous concevons donc en nous une liberté

qui se trouve et dans notre fond , c’est-à-dlie dans l’éme mémo, et dans nos actions particulières; car elles sont faites librement : et nous avons déllni en termes très-clairs la liberté qui leur convient. Mais, pour avoir bien entendu cette liberté qui est dans nos actions, il ne s’ensuit pas pour cela que nous la devions entendre comme une chose qui n'est pas de Dieu. Car tout ce qui est hors de lui , en quelque manière qu'il soit , vient de cette cause ; et parce qu'il fait en chaque chose tout cc qui lui convient par sa délinition , il faut dire que , comme il fait dru» le mouvement tout ce qui est compris dans la délinition du mouvement, il fait, dans la liberté de notre action , tout ce que contient la délinition d'une action de cette nature. Il y est donc , puisque Dieu l'y fait ; et l’eflicaee toute-puissante de l’opération divine n'a garde de nous éter notre liberté, puisqu’au contraire elle la fait et dans l'âme et dans ses actes. Ainsi on peut dire que c'est Dieu qui nous fait agir, sons craindre que pour cela notre liberté soit diminuée ; puisqu’cuiin il agit en nous comme un principe intime et conjoint, et qu'il nous fait agir comme nous nous faisons agir nous-mêmes, ne nous faisant agir que par notre propre action , qu’il veut, et fait, en voulant que nous l'exercions avec toutes les propriétés que sa délinition enferme.

Il ne fàut donc pas changer la délinition do notre action , en la faisant venir de Dieu , non plus qu'il ne faut changer la délinition de l'homme, en lui donnant Dieu pour sa cause ; car Dieu est cause , au contraire de ce que l'homme est , avec tout ce qui lui convient par sa délinition : et il faut comprendre de même qu’il est la causa immédiate de ce que notre action est , avec tout ce qui lui convient par son essence.

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