CHAPITRE X
La (iilTérence des deux états de la nature tiumame, itino cente et corroiupuo, assigné selon les principes posés.
Cela étant, on doit comprendre que la différence de l'état oit nous sommes, avec celui de la nature innocente , ne consiste pas à faire dépendre de la volonté divine les actes de la volonté humaine, en l'un de ces états plutêt qu'en l'autre : puisque ce n’est pas le péché qui établit en / nous cette dépendance ; et qu’elle est en l’homme, f non par sa blessure, mais par sa première Instl-j tntion et par la condition essentielle de son élre[ Et c'est en vain qu’on dirait qite Dieu agit da- 1 vantage dans la nature corrompue, que dans la \ nature innocente ; puisqu’au contraire il faut S
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DU LIBB£ ARBITRE.
/«meemir qu'étant la source du bien et de l’étre , \il i^it toeyours plus où il y a plus de l'un et de Vautre.
11 ne font non plus établir la dilTérence de oes deux états doua refllcace des décrets divins , ni ii»n« In certitude des moyens dont Dieu se sert pour les accomplir. Car la volonté divine est en tout état efllcacc par elle-mémc , et contient en elle-même tout ce qu'il faut pour accomplir ses décrets. En un root , l’état du péché ne fait pas que la volonté de Dieu soit pins efllcace, ou plus absolue; et l'état d’innocence ne fait pas que la volonté de l'homme soit moins dépendante. Ce n'est donc pas de ce cAté-lù qu'il faut aller rechercher la différence des deux états , qui en 'cela conviennent ensemble : mais il faut consii /dérer précisément les dispositions, qui sont changées par la maladie , et juger par là de la nature du remède que Dieu y apporte. Et quoique ce ne soit pas notre dessein de traiter à fond cette différence , nous remarquerons en passant , que le changement 1e plus essentiel que le péché ait fait dans notre éme, c'est qu'un attrait indélibéré du plaisir sensible prévient tous les actes de lUM volontés. C'est en cela que consiste notre langueur et notre faiblesse , dont nous ne serons Jamais guéris, que Dieu ne nous Ate cet attrait sensible ou du moins ne le modère par un autre attrait indélibéré du plaisir intellectuel. Alors, tà parla douceur du premier attrait, notre âme est portée au bien sensible; par le moyen du second, elle sera rappelée à son véritable bien, et disposée à se rendre à celui de cos deux attraits qni sera supérienr. Elle n'avait pas besoin , quand aile était saino, de cet attrait prévenant, qui, avant toute délibératioa de la volonté, l'incline au bien véritable ; parce qu'elle ne sentait pas cet autre attrait, qui, avant toute délibération, l'incline toujours au bien apparent. Elle était née maltresse absolue des sens , connaissant parfaitement son bien, qui est Dieu; munie de toutes les grâces qui lui étaient nécessaires pour s'élever à ce bien suprême ; l'aimant librement de tout son cœur, et se plnisaiitd'autant plus daiissou amour, qu'il lui venait de son propre choix. Mais ce choix, pour lui être propre , n’eu était pas moins de Dieu de qui vient tout ce qui est propre n la créature ; qui fait même qu'une telle chose lui est propre plutôt qu'une autre , et que rien ne lui est plus propre que ce qu'elle fait si librement.
En cet état où nous regardons la volonté humaine , on voit bien quelle n’a rien en cllc-méme qui l'appliqueà une chose plutôt qu'à l’autre, que sa propre détermination; qu'il ne faut point, ï pour In faire liirre, la rendre indépendante de I ilieu : parce qu'étant le maître absolu de tout ce
qui est, il n'a qu'à vouloir, pour foire que les êtres libres agissent librement , et pour foire que les corps , qui ne sont pas libres , soient mus par nécessité.
C'est ainsi que raisoimcnt ces tbé-ologicns ; et , l'abrégé de leur doctrine, c’est que Dieu, parce qu'il est [Dieu doit mettre par sa volonté , dans t sa créature libre, tout ce en quoi comiiste essentiellement sa liberté, tant dans le principe que dans l'e.\ercicc ; sans qu'on (rense que pour cela cette liberté soit détruite, puisqu’il n'y a rien qui' convienne moins à celui qui fait , que de ruiner et de détruire.
Cette manière de concilier le libre arbitre avec ^ la volonté de Dieu parait la plus simple ; parce ) qu’elle est tirée seulement des prinei|>es essentiels qui constituent la ci'éature , et ne suppose autre chose que les notions précises que nous avons de Dieu et de nous-mêmes.