CHAPITRE XXVI
Beau passage de saint Clément l'Alexandrie.
L’un (les plus anciens auteurs , après saint Justin et saint Irénée, c’est saint Clément, prêtre d'Alexandrie, qui parle ainsi dans so7i avertissement aux Gentils ' , (>n expliquant les mauvais effets du piaissir des sens : Vhomme qui était libre à cause de sa simplicité (Dieu l’ayant créé simple et droit, ainsi (ju’il est écrit dans l’Ecclésiaste) s'est trouvé lié au péché {'pat la volupté), et Notrc-Sciyncur l'a voulu délivrer de ses liens On voit que ce ce n’était pas seulement aux peines, mais encore au péché qu’il était lié, et ({ue c’est de ce lien que Jésus-Christ l'a délivré. Qui dit l’homme , dit ici sans contestation tout le genre humain. Adam n’est pas le seul lié au péché , ni le seul que Jésus-Christ est venu délier; tous les hommes sont regardés en Adam comme un seul pécheur, et en Jésus-Christ comme un seul affranchi par l’unité du même corps et l’influence du même esprit.
11 enseigne, dans le Pédagogue que le baptême est appelé un lavoir, parce qu'on y lave les péchés; et une grâce, parce qu'on y remet la peine gui leur est due. 11 fait donc voir qu’on ne vient dans ce sacrement à la rémission de la peine, que par celle de la coulpc ; et selon la doctrine de saint Augustin et du concile de Carthage , que le baptême serait faux dans les enfants si l’on n’y trouvait l’un et l’autre.
Après avoir rapporté dans le troisième livre des Tapisseries* le sentiment de Basilide, qui condamnait la génération des enfants , à (pioi cet hérésiarque faisait servir le passage de Job , où il est porté que nul n'est exempt de tache, pas même l'enfant d'un jour; et le verset ou David confesse qu'il a été conçu dans les péchés, il conclut : Qu'encore qu'il soit conçu dans les péchés, il n' est point lui-même dans le péché, ce (pii serait contradictoire, si on n’expliquait qu’il n'est point dans un péché qui vienne de lui , quoiqu’il soit dans un péché qui vient d’un autre.
On trouve même en termes formels cette distinction dans ce savant auteur, au quatrième livre Tapisserie s, oiiW estporté^: QueTcn/ant,
àlavétilé, n'a point péché , mais actuellement et eti lui-méme ivcpyôiç, £v tau-rw. Il est vrai que CCS paroles sont de Basilide; mais saint Clément
' Admon. ad. Cmi. p. si.
’ A'cc. vu , 30.
* Pedan. I , (V.
ne les contredit pas, et ne reprend, dans le discours de cet hérétique, que de dire qu'on a commis des péchés dans une autre vie précédente , laissant tout le reste en sou entier, comme en effet il n’y a rien que de véritable.
Et le même Père fait bien voir qu’à la réserve de cette autre vie , et des péché'S qu’on y pourrait avoir commis , la doctrine de Basilide était véritable, puisque daus le troisième livre des mêmes Tapisseries, il enseigne qu’un prophète reconnaît des i rtlpiélés dans les enfants qui étaien l le fruit de ses entrailles ‘ , et qu’il appelle de ce nom d'impiétés , non pas la génération en ellemême, ni ces paroles croisses et multiplies, prononcées de la bouche de Dieu ; mais, dit-il , les premiers appétits qui nous viennent de notre naissance, ix yevéctoK, et qui nous empêchent de connaitre Dieu.
Par là donc il a désigné la concupiscence que nous apportons en naissant. Il l’appelle une Impiété , non point en acte formé, mais quant à la tache qui nous en demeure en habitude , én puissance, en inclination; et cela qu’est-ce autre chose que le fond du péché originel ; puisque , selon saint Augustin’ , c’est à ce fond qu’adhère la tache qui est effacée dans le baptême?