‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 4 sur 518 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Ce qui place si haut l'éloquence, c'est qu'elle ne peut être excitéeque par une forte conviction , par fin térdt d'une noble cause. F ,'amou r de la 1 ibertc et de la patrie, le sentiment de la beauté morale, avaient

produltdans l'antiquité les prodiges de l'école et de In tribune. Depuis, d.ms la décadence du monde païen, lorsque désabusé de ses croyances, faliguéde ses systèmes, il périssait p.ar tons les vices de l'esclavage, parurent ces orateurs qui rappelèrent .à une vie nouvelle, lui révélèrent le secret de notre nature et de notre vocnlioa, en.seignérent aux puissants la pitié, aux faibles l'espérance, à tous la charité, et, au milieu des misères et des calamités de cette époque, parurent si secoiirables, qu'une éloquence étrangère û la terre en devint bientôt la première puissance. Sans doute, à mesure qu'il s’est retiré des affaires humaines, le ministère de la parole sacrée a perdu quelque chose de l'expression passionnée qu'il y .nvait prise. Mais ce qu'il ne pouvait perdre , c'est le caractère de grandeur qu’il tient de sa haute destination, de sa céleste origine.

Bossuet .surtout l'a fait voir; Bossuet, qui, malgré l'immense intervalle des temps, la complète révolution des moeurs, s'allie naturellement dans notre pensée aux fondatcursdu christianisme; Bossuet, qui soutint et continua leur ouvTage par les mêmes vertus, la même science, les mêmes talents; en qui se rencontrèrent la pureté du prêtre , le zèle de l'évéque, l'antorité du docteur, et l'empire d'une éloquence sans égale parmi les hommes : génie puissant et sublime, jeté au milieu d’un siècle de grandeurs et de lumières, qu'il semblait encore éclairer et ennoblir; à qui fut donné sur les esprits les plus forU comme les plus brillants et les plus délicats; sur les âmes tes plus hautes comme les plus tendres, sur les personnages les plus célèbres, les plus éminents .en naissance et en dignités, une véritable domination morale, une sorte d'épiscopat nouveau!

Cette carrière, qui devait se prolonger, par des écrits immortels, au delà des bornes de sa longue vie , semble commencer avec elle. Il naît dans une

i,T ÉLOGE DE

fomilk oîi« dès le berceau, de saints exemples Teo* tourejit, et te forment sans effort à In connaissance comme à ta pratique des vertus chrétiennes. C'était un usa^e digne de la gravité de ces ietn|>s, et dont la tradition se perpétuait dans cette maison respec* table, que les principaux événemenU de la vie domestique fussent consignés sur un registre particulier, etsanctiOés par quelque citation de l'ivcriture. Dieu ta guidée Dieu ta instruit.,, * : voilà par quelles paroles avait été consacrée, dans cessimples et touchantes annales, Fépoqiie heureuse de la naissance de Bossuet. Quelques années s'écoulent , et ce vœu de la tendresse paternelle s'accomplit comme une promesse du ciel.

Le jeune et ardent disciple de l'antiquité classique se sent tout à coup attiré vers une école plus grave et plus sainte. Un livre tombe entre ses mains, qui captive aussitôt son imagination, tout enchantée qu'elle est par le séduisant langage des muses grecques et latines. Comment se révèle à une si tendre i et si neuve intelligence la sublime beauté de ce livre qucThomme n’a pointécrit.^ Un instinct secret lui n-tii permis, comme à quelques-uns de ses plus illustres contemporains, de pénétrer dans l'avenir de son génie? Est-ce là cette illumination soudaine qui éclaira, dit-on, ces grands esprits sur la nature de leurs facultés, en les leur montrant dans autrui comme dans un miroir fidèle ? Bossuet o-t-il rencontre dans la Bible sa ressemblance et son image, ainsi que Pascal dans les livres d'Euclide, Malebrancbe dans ceux de Descartes? Ou bien, y aurait-il ici quelque chose de plus même que cette liaute vocation ? et cet enfant, choisi de Dieu pour être un Jourun si éloquent interprète de sa parole, aurait-il, comme Augustin, entendu une voix qui l'appelle et l'invite à la lecture des saints livres?

Désormais ils ne quitteront plus ses mains ; ils tiendront toujours arrêtés ses yeux et son esprit; la légèreté de l'enfance et les dissipations de la jeunesse, ces soins qui troublent notre âge mür, ces langueurs qui assoupissent nos derniers jours, rien n'en pourra un seul instant détourner ses pensées ; dans les écoles et dans le temple , à la ville, à la cour, pendant ses voyages, au sein de la retraite, ils seront toujours près de lui; il y trouvera toutes ses joies, toutes ses consolations , toutes ses espérances , son étude, son inspiration , son génie : voilà la source sublime et cacliée d'où tomberont, comme du ciel , ces torrents de doctrine et d’éloquence, ce fieuve dont l'onde inépuisable, le cours majestueux , étonneront la terre.

Bossuet est à peine sorti de l'enfance , que déjà quelques honneurs ecclésiastiques, accordés à l'estime qu'a méritée sa famille, aux espérances que fait concevoir son heureux naturel , l'engagent au sacerdoce , dont il sera la gloire. Les plus célèbres écoles, les maîtres les plus habiles, se disputent l'honneur de le diriger dans les études qui préparent au saint ministère. Mais il est à lui-inéine,

I Dftitéromom* , XXX1T, 10. Voyez mUMn de Bossnel, pt kecsnltnal de Ht. kHn. i*', pi^. arts.

BOSSUET

par la vivacité et la pénétration de son esprit, un guide plus prompt et plus sdr. Il embrasse, dans ses actives recherdies, dans ses fortes conceptions , tout l’ensemble de la science sacrée et de la seience humaine, saisissant déjà, d'un coup d'œil |)ei\ant, le point qui les réunit, concevant d'avance, par une sorte de pressentiment, ridée première de ces compositions où il expliquera , en les rapprochant, la suite des révolutions de la terre et des conseils de la Providence, les vues confuses de notre faible raison et les révélations de la sagesse divine. Appelé, non-seulement à connaître, mais à enseigner la vérité, il va chercher, à l’exemple des Pères de r^glise chrétienne, dans lesproductionsdela poésie et de l'éloquence antiques, cet art de la persuasion dont elles renferment le secret ; et toutefois il se souvient , comme eux , qu'il est, pour l’orateur chrétien , des moyens de persuader ^ que la Grèce n'enseîgM point, et que Borne n‘a point appris Ils lui seront accordes : dans son langage original, au milieu de l'éclatante parure qu'il emprunte à l'imagination profane, brillent l’austère gravité des prédicateurs de l’Évangile, in familiarité et la rudesse des apôtres. On croit voir s'élever ers premiers sanctuaires de Home chrétienne, construits avec les débris du paganisme renversé, et qui, parmi les riches ornements dérobes pour le culte du vrai Dieu au culte des idoles, offraient à la vénération des fidèles les simples et naïfs symboles de U religion nouvelle.

Cependant cette voix, qui clurme depuis longtemps les écoles, a depuis longtemps retenti hors de leur enceinte. De bonne heure elle a intéressé la curiosité de ce monde qu’elle troublera plus tard , au milieu de ses pompes et de ses joies , par de si solennels et si terribles avertissements. Contraste singulier de grandeur et de frivolité qu'il ne faut pas repro<dier à ce siècle, car on le retrouverait dans tous les temps. Les triomphes apostoliques de Bossuet sont annoncés par une vogue de salon ; il s'avance vers la chaire sacrée précédé des applaudissements de l'hôtel de Rambouillet et d'un bon mot de Voiture. Il se rappela dans la suite, avec quelque confusion, ce succès futile de sa jeunesse , qu'on a trop célébré. Prenons conseil de lui-même pour en parler, et , dans la première et lieureuse épreuve de son éloquence, voyons surtout la victoire de sa modestie.

Elle ne succomba pas à des suffrages bien autrement imposants. Le vainqueur de Rocroi était venu , entouré des compagnons de sa gloire et des courtisans de sa fortune, présider à l’un de ces actes scolastiques où Bossuet faisait l’essai public de sa science et de son talent. Charmé de la vigueur avec laquelle il repoussait des attaques que rendait plus vives encore une si glorieuse assistance, il fut tenté de prendre part à ce combat, d'un genre nouveau pour lui, ei de disputer ^ dit un contemporain *, à un répondant si fiabUe, tes tauriers mêmes

' BoMuet, Panégyrique de eatml Pou».

* L’abbè de Chotey , Éloge de Boumet.

ÉLOGE DE

de la théohgie. Ceût une singularité piquante

?u*un prince du sang royal, Tappui , l'honoeur de la rance, argumentant sur les bancscontre un jeune bachelier deTUniversi té de Paris. Et cependant à une époque où les questions religieuses préoccupaient tous les esprits; où l’éducation les rendait familiers avec les matières de controverse et le langage des écoles, peut-être un tel spectacle eût-il été moins surprenant qu'il ne nous semble aujourd'hui. L'ima« gination aime à s’arrêter sur celte première rencontré de deux grands hommes que rapprochait, malgré des fortunes et des conditions si diverses, une certaine ressemblance de génie et de caractère ; que devaient unir pendant leur vie, le sentiment d'une admiration mutuelle, et, dans la postérité, le partage d'une gloire où se confondent le héros et l'orateur.

Que peut la théologie la plus docte, sans riiiimilité, la charité, celle science de l’Évangile? Ce n'est qu'apres l'avoir étudiée sousia sainte discipline de Vincent de Faute, que Bossuet ose s'approcher du sanctuaire, pour y recevoir, avec le caractère du prêin% lu mission du dc^teur. ?ie croyez pas que l'honneur d'un titre pompeux, l’appareil d'une im- • posante cérémonie, occupent en ce moment ses pensées. Il est tout entier au devoir qu'il va s'imposer, et dont il mesure, sans en être découragé , la redoutable étendue. Autour de lui se presse une jeunesse qui l'a vu avec orgueil croître dans scs rangs : des prêtres, des évêques, vieillis dans les travaux du sacerdoce, et prêts à déposer en d'autres mains le fardeau qui |^se à leurs forces défaillantes, saluent cette naissante lumière de l'Église qui charme et console leurs derniers regards. Mêlons-nous à cette vénérable, à cette touchante assemblée, et avec elle contemplons Bossuet sous ces traits majestueux et flers dunt un habile pinceau nous a conservé le souvenir. Rendons seulement à celte image de sa forte et auguste vieillesse les grâces, l'éclat du jeune âge, qu'on admirait alors en lui. Voyons-le avec ce visage où se déclarent Pin- Docencede scs mœurs, la camleuret la générosité de son âme, l'élévation de son génie, où brillent d'avance ledésirdu combat et la confiance de la victoire, s'avancer, plein d'une sainte allégresse, vers l’autel témoin de la foi doctorale , qui si souvent a reçu les engagements de ses prédécesseurs, de ses pères, comme il les appelle, dans cette famille spirituelie où M va entrer. Cet autel est placé sous l'invocation iUs Martyrs, et ce nom rappelle à Bossuet, au moment où il prononce le serment qui dévoue sa vie à la défense de la vérité, que le docteur qui l'atteste par la parole est aussi une sorte de martyr. Ne pouvant lui offrir l'hommage éclatant de sa mort, il lui promet du moins le continuel témoignage de sa doctrine. «... O vérité su prême, s'écrie-t- il avec un transport qui ravit ses auditeurs et semble les associer à son sacrifice, vérité cooçuedans le sein paterne) d'un Dieu , et descendue sur la terre pour vous donner à l'homme dans les Ecritures, nous nous enchaînons à votre cause, nous lui consacrons toutes nos forces, tout notre être, le souffle qui nous anime. Et com-

BOSSDET XT

ment lui refuser nos sueurs, nous qui lui devons notre sang * ? •

Serment solennel , dont les autels sont garants , que Dieu a reçu ,et que sans doute il inspira , vous serez sa règle constante, irrévocable. Après plusde cinquante années, toutes conformes à ses promesses, ces paroles mêmes que lui a dictées une vive et soudaine inspiration, ces paroles qu'il n’a point écrites, seront encore gravées en caractères ineffaçables, dirai-je dans sa mémoire, ou plutdt dans le fond de son cœur? Quelques mois avant sa mort , comme on lui témoigne le regret qu'il ne les ait pas conservées , il ks répète à l’insUnt même sans hésiter ; il permet qu’on les recueille, et lègue ainsi à l'avenir l'irrécusable témoignage du sentiinentdontilfut toujours possédé, l'expression fidèle de toute sa vie.

Lorsque les premiers chrétiens venaient prendre de saints personnages pour les élever au gouvernement des églises, ceux-ci se refusaient le plus souvent a une gloire si dangereuse , et cherchaient au desert un asile c^mire les instances du monde et les séductions de leur propre coeur. Bossuet , au début de son apostolat , donne un spectacle h peu près semblable. Les succès qui ont attiré sur sn jeunesse l'attention du public et la faveur des grands seinbieut lui préparer vers les dignités ecclésiastiques une voie prompte et facile; mais il les mérite trop pour ne pas les craindre et les fuir. On le voit, avec étonnement , résister aux offres les plus engageantes , quitter Paris et la cour qui veulent le retenir , et aller ensevelir dans une église éloignée, parmi de modestes fonctions , un genie appelé à de si grandes clioses. Là, durant six années, séparé du monde qu'il oublie et dont il se laisse oublier, sans cesse au pied de l'autel ou dans la retraite de son cabinet, il ne s’occupe qu'à chanter les louanges de Dieu , à méditer sa parole : il repasse avec une ardeur nouvelle ce qui a été jusqu’ici l'objet constant de son étude , les livres sacrés , les écrits des Pères, les actes et les décrets des conciles, l'histoire de la religion et de l'Église, cette science de la tradition , qui bieutdt , dans la prédication et dans la controverse , donnera à ses paroles tant de force et d'autorité.

11 le faut avouer : une préférence assez naturelle nous porte aujourd'hui vers ces discours où il annonçait, dans un langage sublime, les plus sublimes vérités de la religion. Les sentiments qu'une telle éloquence clierchait au fond des cœurs ne peuvent cesser de lui répondre ; iis appartiennent à ce qu’il y a en nous de plus intime ; ils sont aussi durables que notre nature elle-même. Un intérêt moins prient et moins vif s’attache à une polé-i mique dont le sujet est souvent bien loin de nous , à des questions qui ont dû passer avec les systèmes luimains qui les avaient produites, À la réfutation , désormais inutile, d'opinions qui n'ont plus de via que par la science et le talent qui les ont corn-

■ Voyez, dant VRUioin du eardinâl de Bauuet, llv. I**, tom. r^p. )e texte de et •enamt, proaooaé «a klla, per Bossuet, le is maJ de l'Aonéc icat.

ÉI.OCiK DK

hatluMct anéanlies. Mais trnnsportona-nous à Tciioque où nossuet s’onRasca dans crtlc guerre de doctrine, et nous trouverons qu’il en citait alors

autrement. , ■

Au sein d’une société généralement livrées le-

tude et à la pratique de la religion , et que n en pouvaient détourner entièrement les dissipations et les désordres même de la vie mondaine, s’agitaient des sectes, des écoles nombreuses, qui se disputaient avec ardeur la conduite des esprits, line curiosité inquiète suivait les vicissitudes de la lutte;

des cris de joie ou de détresse s’élevaient à chaque défaite et à chaque victoire. Depuis un siècle, une grande querelle surtout partageait la chrétienté. Des camps, des cabinets, des conseils, elle avait enfin passé, grSces a la fatigue des peuples et des gouïcrnemenU, peut-être aussi nus progrès de la raison publique , dans le champ de la discii.ssion et de la controverse. 1-a parole semblait devoir être désormais l’unique arbitre d’un différend que les armes et la politique n’avaient pu juger. Le catholicisme et la réforme plaidaient paisiblement leur cause devant le monde attentif.-La soleiinité d’un tel auditoire et d’un tel débat élevait bien haut la mission du théologien, et plaçait la tribune d’où partait une vois entendue de si loin, au-dessus même de ces chaires où triomphait d’une manière plus sensible l’orateur sacré.

Oui dans l’opinion de ce siècle, l’interprete inspiré de la parole divine, le panég.vrisie sublime de la Soirchuiiiaine s’effaçaient devant l’auteur de ces traités, de ces histoires qui rendaient fï-glise victorieuse de l’hérésie. Quelles acclamations retentirent de toutes parts lorsque, dans un livTe où la science se cachait sous les formes les plus modestes et les plus simples ■ , Bossuet exposa avec sincérité , avec candeur sans autreéloquence qu’une expression claire et précise, lavéritable/oicafWiî«e; lorsque, dans un second ouvrage’, il entreprit de désabuser la reforme sur elle-même , de lui montrer sa nouveauté , qui la condamnait en la séparant de l’antique, de l’immuable vérité ; l’inccrtitiidcet l’inconstance de sa foi, inévitablement e ntratnée , par le défaut de son origine, à de perpétuels changements ; la désunion de tant de sectes, incapables de s’accorder entre elles ni avec

elles-mêmes, menées sanscesse, par leu rseffortsmul-

tipliés pour se comprendre, se rapprocher, se rassembler en un seul corps, à des systèmes nouveaux, à de nouvelles divisions; enfin, pour dernier terme , la dissolution de toute Église, l’anéanti.ssement de tout lien commun, de toute règle, de toute autorité, l’indépendance absolue de la pensée individuelle, le combat de la philosophie sceptique contre la révélation !

Tel est en effet le tableau retracé par Bossuet dans cette célèbre Histoire, où il a raconté les variations des églises protestantes , tableau plein d’étendue et de variété, qui renferme le développement complet de la réforme, ses commencents, ses progrès,

I Sttpoêitùm dt la /oi calhoitqu*.

‘ Uitivtrt de$ variadom de$ fgltsc$ prstUitaiiM.

nOSSUKT.

SOS disconlos intostinrs, ses destin*'^ futures, l’an* nonce nouvelle alors des conséquences cachées dans son principe, et que le temps n mises à découvert. On ne sait en vérité ce que cette admirable production a de plus surprenant. Est*cc cette sagacité, cette pénétration, ce coup d’œil perçant qui déméie les doctrines les plus enveloppées, les plus obscures, et pour qui leur avenir même n’a pas de secrets? Est-ce la grandeur du dessein, l’immensité , l’exacti* tude des recherches , la simplicité de l'exposition , renchaînement lumineux des faits, le mouvement entraînant des pensées , la chaleur , l’éclat , la fran* chisedu style? Q^ie dirons*nous enfln? Est-ce l’in* térét et la vie dont Bossuet a su échauffer une ma* tière en apparence si aride, tous ces débris, toute cette poussière de systèmes usés, détruits par la dispute et consumés par le temps ? H les réveille , il les ranime, il les revêt d'une apparence sensible, il leur prête un corps et un visage; les voilà devenus une sorte de personnages abstraits , qu’il fait mou* voir sur cette scène étrange , ouverte par son art au spectacle tout intellectuel de la lutte des idées. Mais derrière ce théâtre fantastique, où lesconcep* lions de l’esprit semblent seules appelées à jouer un rôle, on découvre un théâtre plus réel, où paraissent avec des formes plus vivantes , sous des traits plus prononcés, toutes les passions de l'homme, ses vices et ses vertus, ses talents et son génie. C’est Tardent, l’impétueux Luther, qui rayit, qui subjugue, qui entraîne le monde; c’est lo doux, le docile Me* lanchton qui suit, en gémissant de ses excès, ce mal* tre tyrannique; c’est le hardi Zuingle, le subtil Bu* cer, le sombre et dur Calvin ; ce sont lis peuples , les grands, les rois, emportés par ees conducteurs audacieux dans la sanglante carrière des persécutions, des révoltes, des guerres civiles; c’est la société politique ébranlée par le mouvement qui agite les fondements de Tf^glise.

Ainsi Tiiitèrêt de l'histoire se mêlait, dans ce livre,à Tinlérét, alors si populaire, de la discussion Ihéologique. Faut-il s’étonner de Tcffit prodigieux que son apparition, longtemps et impatiemment attendue, produisit en Europe? Réduite, après tant d’agreasions , à se défendre elle-même, la réforme suscita de toutes parts, contre Bossuet, ce qu’elle comptait de plus savants et plus liahiles théologiens. Et véritablement le talent et l’instruction ne manquèrent pas, dans celte lutte, aux Burnet, aux Basnage, aux Jurieu même. Si , à la fin, ils succombèrent, ce ne fut pas sans avoir vivement disputé la victoire. Mais que pouvaient-ils pour une cause si désespérée et contre un tel adversaire? Resserrés par Bossuet dans un défilé sans issue, pressés entre le principe de l'autorité, et Tesprit dedouteetd’indifference; forcés, pour échapper à celte alternative, de contester subtilement ou l’immutabilité de notre Église, ou leur propre inconstance, ils devaient tombera leur tour dans les contradictions et les Inconséquences qu’ils voulaient justifier, et chacune de leurs réponses ajoutait un chapitre de plus à X Histoire destarUxiions. Cétait en quelque sorte par leurs efforts que s'étendait , se perfection-

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F.I.OCF, !)!■: noSSl’ET.

nail celte granHc et belle composition ; cor on ti en peiil ilélaclier les écrits consacrés à sa défense , et nui, sous des litres divers, n'en sont que la continuation et le complément l'ne contradiction opinilllre et violente y développait sans cesse des mérités nouveaux -, elle y amenait d'impçrtantcs questions d'histoire et de politique, et faisait paraître, à côté du savant théolopien, le critique judicieux, le publiciste profond, le peintre des grandes scènes de riiumanité. Sa dialectique devenait plus pressante et plus impétueuse, son style plus véheinrnt et plus liardi : dans chacune de scs paroles éclataient le sentiment involontaire de sa force, l'impatience de sa conviction, qui s'irritait contre desobs-

tacles tant de fois renversés cl toujours reproduits , son dédain pour les impuissantes fureurs auxquelles s'abandonnaient ses adversaires. Et en même temps, celte éloquence passionnée tem[^rait son ardeur parles ménagements de la charité; elle réservait ses foudres jiour les doctrines, et se montrait indulgente et douce aux personnes ; c'était toujours le chrétien qui , plein de la modération que recommande et qu'inspire l'Évangile, avait, dans la première chaleur de ses controverses , adressé a ceux qu'il combattait ces pacifiques paroles : « Je

• sais honorer en vous, outre la nature qui nous

• est commune, le baptême de .Tesus-Christ, que

• vos erreurs n’ont point effacé ■, »

Et qu’on ne voie pas là une de ces formules d'egard et de courtoisie par lesquelles la politesse du monde cherche à couvTir l'aigreur et l'emportement de la dispute. Bossuet, étranger à de tels exeès, n’avait pas besoin de descendre aux complaisances qui les corrigent. 11 professait la vérité pour clleméme , sans hauteur, mais sans faiblesse , s’oubliant et oubliant ses adversaires dans cet austère devoir, incapable d'y mêler jamais les frivoles considérations de son orgueil ou de l'amour-propre d'autrui. l)e là, un langage dont la sincérité et la rudesse même blessèrent quelquefois des oreilles trop accoutumées aux délicatesses d'un commerce sans franchise. De là aussi, au milieu de cette sévérité, une expression inattendue de tendresse chrétienne pour des frères égarés, qu’il voulait convaincre et ramener. Celui auquel il adressait plus particulièrement les paroles que nous rappelions tout à l'heure', l’eut pour ami comme pour antagoniste-, malgré la diversité de leurs eroyances, la vivacité et l'éclat de leur différend , jamais les liens qui Ica avaient unis ne se relâchèrent Touchant attachement qui les honore également tous deux , et qu'on pourrait se contenter d'opposer pour toute réponse à ce reproche banal de rigueur et de dureté , dont on poursuit si légèrement la mémoire de Bossuet !

la vérité qu'il défendait avec de si nobles armes

• Difente de VHiiUtirt de» variation» ; AvertiesemenU aux prcttitant» tur U» lettre» de M- Jurieu; Commentaire inr C Apocalifpea ; Imtrytetion» pa»toralt» tur le» promeue» faiU» à Cigltte, «te. • etc.

» tlèfutatU>n du Catéekitme de Paul

• P»ul Ferri.

Msstrr- TOMi. i

sendilail lui prêter sa force dans les rencontres les plus périlleuses. C'est ce dont témoignent hautement, parmi ce grand nomhrc de contemporains qu’il a conquis a l'Église, ceux qui, déjà ébranlés par ses écrits, ont succombé sous l'eloquencc de sa parole ■ ; c'est ce que nous révèle le récit où il a proclamé si modestement sa victoire sur l'un des premiers docteurs de la reforme *. Quelques pages, tracées rapidement au sortir de celte mémorable conférence, sous l’inspiration encore présente de ses pensées et de ses discours, nous font connaître les avantages qu'il portait dans ces controverses soudaines : une mémoire savante , à laquelle rien n'échappait, et que ne pouvait déconcerter aucune autorité imprévue; une précision d'idées qui retenait la di.scussion dans ses limites naturelles, et la précipitait, par une pente inévitable et rapide, vers le terme fixé d’avance à son cours ; une facilité d’élocution, une promptitude de reparties, un esprit d'à-propos, qui s’emparaient de tous les accidents de l’entretien, pour les tourner à l’avantage de sa cause : voilà ce qui se reproduit, dans celle relation, avec le mouvement tout dramatique de la résistance ia plus obstinée qu’eût encore rencontrée Bossuet. Pressé par son redoutable adversaire, il ne peut quelquefois se défendre d’une terreur religieuse, en songeant que le salut de ses auditeurs dépend de scs paroles, et qu’il risque, par sa faiblesse, de mettre leur dote en péril et la cérité en doute. Noble aveu, qui le montre étranger .aux soucis ordinaires de la v.anilé humaine, uniquement louché de l’intérêt sacré commis à ses efforts, et livré avec lui aux chances incertaines de l.i dispute.

I.orsqu’une sage et bienfaisante politique, une théologie pacifique et conciliante, réunies un instant par la pensée de mettre un terme aux longues dis.sensions de la chrétienté , entreprirent de ménager le retour des luthériens à la communion catholique >, Bossuet se trouva, quoique sans mission, sans pouvoirs, par la seule autorité que lui avaient acquise ses travaux et son caractère , appelé à devenir l’arbitre de celte importante négociation. C’est à lui qu’on s’adressa d'abord , comme au représentant reconnu de son Église ; c'est avec lui que traita Leibnitz. Le philosophe et le théologien étaient attirés l’un vers l’autre par celle espèce de curiosité qui fait rechercher aux grands esprits la compagnie des esprits de leur ordre. Une correspondance s’établit entre eux sur la transaction qui devait confondre, par leurs soins, en une seule croyance, deux croyances jusqu'alors ennemies : diplomatie nouvelle, où se trouvaient engages les intérêts les plus difficiles à concilier, ceux de la conscience. Si , dans ce débat , la supériorité du savoir put quelquefois rester indécise , l'avantage de la franchise parut toujours appartenir à Bossuet. Tandis que

' Ssurln, itoge hùlorigue deBouutt; JoamstdM savants, 8 septembre 17M ; l'abbé de Dangeau , Dialcguei sur lareligion, «tc. ,

* Conférence avec M. Claude, minutre de CharentoH, lur la matière de rÉglite.

^ » Ea lew. .

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ELOGK DK BOSSUET.

son adversaire étalait un appareil d'érudition et de subtilités Ihéologiques, peu propre à éclaircir des questions que la dispute n'nvait que trop embarrassées; tandis qu‘il retardait ainsi la conclusion d'un accord si désiré, pour servir, comme on l'a cru, les vues chanpeantes de la politique temporelle*, Bo.ssuet ne cessait de déclarer ouvertement ce que l'Église pouvait souffrir, ce qu'elle devait refuser; il se montrait inflexible sur le dogme , dont les hommes ne sont pas maitres , et en même temps facile sur la discipline, qui peut changer avec les lieux et les temps , au gre de l'autorité qui l'a faite. Ses efforts furent inutiles, ses espérances furent trompées; celle négociation . où il était entré avec tant d’ardeur, plusienn» fois quittée et reprise, fut enfin abandonnée; mais ses lettres sont restées comme un monument des dispositions sincères et bienveillantes qu'il yap|>orta : elles attestent que, tout zélé qu'il était |)Our le maintien de la foi, il n'était rien moins qu’elranger aux égards, aux ménagements, aux compositions d'une sage tolérance.

Une telle expression pourra surprendre ceux qui ne jugent de son caractère que sur les déclamations de ses détracteurs, et se sont accoutumés, sans examen et de confiance , à le regarder comme le modèle, comme le type de l'esprit de persécution. Mais de grâce, qu'on nous le dise, qui donc Bossuet a-t-ii pers^ulé ? les homines ou les doctrines ? I/uD est aussi légitime et aussi saint que l'autre est inique et impie, ce n'est pas assez dire, insensé. Attaquer ouvertement l’errrur, la combattre à outrance Jusqu'à ce qu’on l'ait détruite dans les esprits, ce n’est pas seulement !»• droit et le devoir du docteur apostolique, c'est celui du publiciste, de riiislorien, du philosophe, du savant : c'est l'iniiomite et nécessaire intolérance de la vérité, que le faux blesse et irrite, qui ne peut vivre en paix avec lui , qui ne se donne pas de repos jusqu'à ce qu'elle l'ait chassé du domaine de l'inlelligcDce, qui n'appartient qu'à elle et où elle veut habiter seule: c'était celle de Galilée, lorsqu'il déclarait la guerre à des * systèmes établis depuis des siècles dans la possession paisible de la science et sous l'apparente protection du dogme. Ceux-là étaient tout autrement intolérants, qui, méconnaissant les privilèges de la pensce humaine, entreprenaient de la réduire par d'injustes et impuissantes rigueurs , ()ui prétendaient la punir et la réfuter par la prison. Ksl-il besoin de dire que Bossuet fut trop éclairé et trop sage pour croire mile et permis ce qui n'est pas même possible? il avait trop de foi pour se defier de sa cause, et appeler nu secours de l'arche sainte ce bras humain qui n'y peut toucher sans $c briser et périr : il défendit constamment par les armes do la charité et de la parole une religion que la charité et la parole ont établie toutes seules , et qui ne veut pas d'autres appuis.

Son langage, je le sais, ne répondait pas toujours

' Vovfx. dan» VflhUurt du cardlnsl de Baii»et, liv. XII, toni. iT, l'rxpof^é de n-tte nifpciAlion, et set conjectures *«r les strreU mnlif» de la ronduilr de Leibnitz. Voyez auui l'article LniuMT» dans la iltoÿmiihif i/nrirr»e/te.

I à sa conduite. On voudrait effacer de ses discours < quelques louanges officielles, adressées à l'interven- I lion de la puissance publique, dans 1rs affaires dc^ la religion : c'estavcc regrel,surlout, qu'on l'entend mêler sa voix à celle de son siècle, qui célèbre, par dt^ louanges trop magnifiques et trop unanimes, l'acte d'un zèle sans lumière et sans charité , d'une | olitiquesans équité et sans prévoyance. Du moins resla-t il étranger aux conseils qui le préparèrent; et quand ses suites cruelles et désaslreuseseurent éclaté, il fut le premier à les dcle^slcr hautement, à faire prévaloir dan.s le gouvernement du monarque , dont on avait surpris la foi, des mesures plus modérées et plus efliraces, moins funestes à l'Étnt . moins contrairesà l'Évangile. Il n’avait pas .attendu ce retour aux seuls moyens de persuasion que puisseavourr la douceur de ses préceptes, pour repousser en leur nom, loin du troupeau confié à sn garde, des rigueurs et des violences (lont il eût voulu sauver la France entière. On l'avait vu, armé de sa lioulettc pastorale, SC jeter au devant de ce glaive temi>orcl levé sur les I consciences, et qui faisait à la foi qu'on .s'imaginait défendre de si profondes blessures. Faut-il après i cela se montrer sévère pour un hommage oratoire ; accordé à d'iinpérieuses biensé.anres , et qui, sans I rdoqueneequi a rendu lmj>énss.nble chacune d«* st^s ; paroles , SC serait perdu dans l'éclat de sa généreuse I charité? Écoutez, vous qui l'accusez, sur ce garant, d'une religion inhumaine, écoutez comme parlait de ce |>er.séeiiteiir une Église opprimée : « Il n'emploie pour nous persuader que des voies évangéliques. Il prêelie. Il compose des livres, il fait des lettrc-s, et travaille à nous faire quiller notre croyance par des moyens convenables à son caractère et à l'esprit du christianisme. . . • Voilà toutes les persi^cutions de Bossuet, comme les raconte, dans le secret d'une correspondance familière, un ministre protestant ».

On nous arrête : on nous rappelle qu'il a poursuivi sans ménagement un de ses frères dans la fol, f un de ses collèguesdans l'épiscopat, celui qu'il avait : voulu consacrer de ses mains, celui qu'il avait j nommé son disciple et son ami, le sage, l’aima- ’ ble, l’éloquent Fénelon. Ne vantez plus, nous dit- ■ on, un zèlequi s'est ainsi laissé emporter par une ! frivole qiiestionde théologie mystique. Mais cepen- 5 dant si Bossuet a jugé celte question sérieuse et ; grave; s'il a pensé que les pieuses illusions du pur ] amour pouvaient porter atteinte à la véritable pié- I té , remplacer la pratique et les œuvres par un dangereux état de contemplation et d’extase, exposer r.âine sans défiance et sans secours à la surprise des sens; si cette doctrine lui a paru emprunter du caractère sacré de son interprète, de rautorité de ses vertus et de son génie, un attrait qui la rendait plus séduisante et plus contagieuse ; qui pourra le blâmer, lui docteur, lui gardien de la science sacrée , d’avoir obéi ou cri de sa conviction et de sa conscience , qui lui dénonçaient l'erreur , et lui

• Omis. /un. de le Tellicr; Discours tur l'unité de Vltijlhe.

» Vo>tz U Ij-lln* du ministre Bourdieu, cUè«p.ar Ir cirdl- ' nal d«B.iiis>.i*t. au livre XI de wn Hitloire, loto iv, p.ng S L

ELOGE DE

cummandaient de la poursuivre? Nous plaignons les disgrAcrs de Fénelon ; nous révéronssa candeur, sa constince, son humble et glorieuse soumission : mais quand nous voyons Bossuet faire à son devoir, ' ou du moins à ce qui lui semble tel, le sacriûce de ses plus tendres affections, braver les malignes in- | terprétations d'un monde étranger à ses religieuses i sollicitudes, qui lui supposera des vues intéressées et perverses, les bassesses de b jalousie, les Itau* teurs de l'orgueil ? qui lui imputera les torts , hélas ! trop eondamnaldes de scs partisans? qui chercbera à surprendre curieusement dans ses discours, dans ses écrits , dans sa conduite , ces mouvements irréguliers que mêle la passion à toutes les querelles des hommes, même aux plus saintes ? Alors , frappés d'un si douloureux dévouement, nous ne pouvons pas non plus lui refuser quelque part de notre admiration et de notre pitié.

C'est ainsi que , fidèle aux serments de sa jeunesse, Bossuet devient, selon, ses paroles, le martyr de la vérité. Pour elle soufîrent en même temps, et l'un par l'autre, les deux plus illustres apôtres qu'elle ait en ce moment sur la terre. Tandis qu'ils tiennent en suspens les spectateurs d'un débat si animé, où une persuasion intime se montre tour à tour si impétueuse et si touchante, où le savoir et l'éloquence sont sans cesse excités à de nouveaux et plus étonnants efforts, la vérité triomphe à la fois par leur victoire et par leur (kTaite ; tous deux, malgré la diversité de leura idées, de leurs caractères, de leurs talents, de leurs succès , l'établissent de concert par eette ardeur commune qu’ils apportent à sa cause. SI quelques traces d'une querelle trop vive subsistent encore dans des coeurs faits l'un pour l'autre , et qui ne peuvent longtemps demeurer séparés , la conformité de leur vertu les rapproche en dépit d'eux , et prépare une réconciliation h laquelle le temps seul a manqué.

Il faut passer sur des travaux qui , parleur nombre, leur étendue, la multiplicité des faits auxquels ils se rattachent , se prêteraient mal à une exposition rapide : il faut renoncer à suivre dans ses oe^uvres ce zèle vigilant et infatigoble qui se portait en tous lieux au secours de la foi. Bossuet, que son iiioomiptible orthodoxie sauva seul dans ce siècle du joug des systèmes et des partis , devînt naturellement leur arbitre; il les contint, tant qu'il vécut, Hang de justes bornes par cette dictature • que lui avait déférée un consentement universel. Simple docteur , simple évêque , sans ces dignités éminentes auxquelles le désignait le vœu public , il gouvernait l’Église gallicane; il lui communiquait sa modération et sa fermeté; il l'inspirait de son esprit , l'animait de sa parole. Par lui étaient réprimées les maximes corruptrices , les prétentions outrées, les manœuvres turbulentes; par lui étaient maintenus et condliéstous les droits légitimes; par lui se conservaient la concorde , la paix , l'unité. Tout l'épiscopat français s'exprima par sa bouche dans ces jugements solennels qui rappelèrent les véritables

BOSSUET. xiï

règles de la discipline et des moeurs*; dans cstic immortelle déclaration oii furent marqués avec tant de précision les rapports du sacerdoce et de l'empire, de l'Eglise et du saint-siège, l'étendue et les limites de ces puissances que Dieu a faites indépendantes, qui doivent s'unir, mais qui ne peuvent jamais ni se confondre, ni se combattre, ui s’opprimer ».

La doctrine qu’ont maintenuejusqu'à nous , dans notre patrie, la politique de nos rois, la piété et le patriotisme de nos magistrats , la science de nos publicistes et de nos docteurs; la doctrine qui «parmi tous ses défenseurs et ses interprètes, peut compter un saint I..onis , un Talon et un d'Aguesseau,un Pithou, un Gerson,un Fleury;qui, toujours enseignée dansnos écoles , souvent approuvée des écoles étrangères , jamais condamnée au tribunal de l'Église , remonte , par une tradition que les fureurs de la Ligue ont seules interrompue , jusqu'aux institutions primitives du christianisme; cette doctrine , véritablement chrétienne , plus encore que française, parut recevoir, en cette occasion, du génie de Bossuet une consécration nouvelle. Bossuet, qui la fit triompher, qui , pour en perpétuer la victoire , en ra.ssembla , dans un docte ouvrage légué à l'avenir^, les preuves et les titres, Bossuet en estdemeuré avec justice le plus glorieux représentant. Ce sont là les plus importants de ses actes , car ils lui ont survécu; ils durent encore; aujourd'hui comme au dix-septième siècle ils protègent contre les entreprises d'une inquiète et téméraire théologie les droits du pouvoir temporel eteeux des Églises : que dis-je ? la suprématie pontiflcale et l’unité catholique elles- mêmes, trop souvent mises en péril par ces excès. Lorsqu'une érudition qu’il avait convaincue d'ignorance et de mensonge , des sophismes que sa raison avait fait taire, se sont enhardis à rompre le silence, et, grâce à un long oubli , ont tenté de séduire les esprits par une fausse nouveauté , il a suffi , pour les confondre, de leur opposer le nom et l’autorité de Bossuet. Réveillé au fond de son tombeau par le bruit de ces controverses renaissantes, il a reparu dans une lice qu'il semblait avoir fermée pour toujours; et, comme ce vieil athlète de la Fable, que nous rappelle un souvenir peut-être trop frivole, il y a laissé tomber ces armes puissantes et victorieuses, ces redoutables gages de combat qui étonnent la faiblesse de notre âge, et qu’aucun adversaire ne relèverait impunément.

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